Sueur et furie rock n'roll ce 6 juillet au Miles Davis Hall dans le cadre du Montreux Jazz Festival. Au programme, The Eighties Matchbox B-Line Disaster, Black Rebel Motorcycle Club et PJ Harvey.
La soirée débute un peu après 21h00 avec l'entrée en scène des 80's Matchbox. Un peu moins de 45 minutes plus tard, j'ai l'impression d'avoir reçu une paire de baffes sonores. Le chanteur passe plus de temps au milieu du public que sur scène, le batteur cogne comme un dératé et les autres sont à l'avenant. On a franchement l'impression que ces petits jeunes ont juste pu sortir de leur asile le temps du concert. C'est d'ailleurs un peu le reproche qu'on pourrait leur faire. Ils sont dans leur truc et malgré le contact physique du chanteur avec le public, il ne se passe pas grand chose et même les premiers rangs restent assez calmes. Mais à mon humble avis, ce petit défaut se corrigera de lui-même avec les années.
Une demi-heure plus tard, c'est le tour de Black Rebel Motorcycle Club d'investir la scène. Un début de concert surprenant puisque c'est en acoustique avec un morceau du prochain album, "The complicated situation", que s'ouvre ce set. Guitare et harmonica. Arrivé dans la salle avec quelques minutes de retard, j'ai pendant quelques minutes la crainte que le groupe ait annulé et soit remplacé par un chanteur folk. Mais cette impression se dissipe très vite et la température monte de plusieurs degrés. Je n'ai que récemment acquis le premier album du groupe et ne connais donc pas trop leur répertoire. Après une heure de concert, je n'ai qu'une envie : réécouter ce disque en boucle et immédiatement acheter le deuxième. Le dernier morceau du concert "In like the rose" restera pour moi un de ces moments marquants, pendant lesquels on ne fait plus qu'un avec la musique et ceci peu importe la chaleur, les gens autour et les oreilles qui crient grâce. Les yeux fermés, je suis à Detroit en 69, à Seattle en 89, bref j'ai l'impression de ressentir ce qu'ont connu ceux qui ont eu la chance de voir le MC5 ou l'éclosion de la scène grunge. Le genre de show dont je dirai à mes enfants : "J'y étais".
Puis vient la sueur froide de la soirée. Un quart d'heure après l'horaire prévu, on nous annonce que le batteur de PJ Harvey est hospitalisé et que le set démarrera en retard. Malgré ce qu'en dit l'annonceur, tout le monde a un mauvais pressentiment et craint une annulation pure et simple.
Mais à presque minuit et demi, Polly Jean monte sur scène, explique que le concert serait un peu improvisé et attaque "To bring you my love". Malgré les approximations et les faux départs (ou grâce à ceux-ci ?), les premiers titres sont magiques. A croire que le
côté sans filet galvanise la miss et ses musiciens. Le guitariste prend la place du batteur, laissant PJ se débrouiller seule avec sa gratte. Les récents "Who the fuck" et "Shame", entre autres, sonnent dès lors encore plus enragés et âpres que sur le disque. Le batteur souffrant finira par arriver (PJ en aura les larmes aux yeux) après une heure de show. Le groupe retrouve alors ses marques et sa vitesse de croisière et à mon goût, le côté "à l'arrache" du set en viendrait presque à manquer… Quoi qu'il en soit, un très grand moment.
Pour résumer, je dirai que Miss Polly a prouvé qu'elle est une artiste de classe. On le savait déjà mais il est bon de le répéter. Une grande professionnelle qui préfère tout risquer que de laisser tomber son public.
B.R.M.C. est pour moi la révélation live de l'année. Je n'ai rien à ajouter, quoi que ces gars fassent à l'avenir, le concert du 6 juillet 2004 restera de ceux dont le souvenir réussi à me donner des frissons de bonheur.
Quant à 80's Matchbox, je dirai qu'ils sont reçus à l'examen mais qu'il devront se représenter à une prochaine session s'ils veulent une mention.