Passionnant side-project de Nick Cave (sans ses Bad Seeds), pour lequel il s'est enfermé dans un garage avec d'autres bêtes hirsutes, pour (re)jouer un rock hargneux, râclé jusqu'à l'os, tour à tour malsain ou drôle, en tout cas fascinant.
Créé en 1971, le festival Roskilde est un des rendez-vous incontournables du circuit européen pour les artistes du monde entier... La raison de ce succès est assez simple : tous les ans, entre 75 000 et 100 000 personnes se pressent chaque jour dans l'enceinte de cet énorme festival. Celui-ci comporte 7 scènes devant lesquelles l'ambiance - ultra festive, très bon enfant et franchement familiale - est un véritable must... Avec pareille réserve de public, il est "facile" de se payer des têtes d'affiche d'envergure mondiale comme Radiohead, Neil Young, Jay-Z, My Bloody Valentine ou les Chemical Brothers, ce qui contribue à la renommée de ce grand raout estival. Les fans de musique venus de l'Europe entière s'acquittent sans broncher de la somme de 200 euros pour rester pendant 4 jours dans une véritable ville accueillant en parallèle des concerts (dans tous les styles possibles), un cinéma, une boite de nuit, un skate park, une cathédrale de silence, une patinoire, un lac pour nager, un lac pour pêcher, des plages, des supermarchés, une gare et - bien sûr - d'immenses campings.
Sorte de mélange réussi entre les festivals de Glastonbury en Angleterre (le gigantisme et le temps, souvent pluvieux), Benicassim en Espagne (la programmation indie pop rock classe, le rassemblement de gens beaux, en bonne santé et pas exactement dans le besoin ) et les Vieilles Charrues en Bretagne (pour l'ambiance de fête intergénérationelle et un mélange des genres assez audacieux entre pop consensuelle danoise, têtes d'affiche internationales classieuses - electro/pop/rock/soul - ou heavy metal daté : Judas Priest), le Roskilde Festival permet de se plonger quatre jours durant dans un incroyable bain de foule en écoutant en bonne compagnie - ah, le charme des Danoises ! - les meilleurs groupes du monde. Retour sur un week end musical de rêve au pays des gentils Vikings...
Jeudi 3 juillet :
Les choses sérieuses commencent dès le premier jour puisque les superstars de Radiohead sont attendues sur la scène Orange à 22 heures pétantes... La foule déjà très compacte (67 000 spectateurs ont acheté un forfait 4 jours, plus les bénévoles, les invités etc etc) n'a pas de soucis à se faire pour patienter avant les Anglais : la programmation est copieuse.
C'est donc un véritable ras de marée humain qui s'abat vers 18h sur la Roskilde Arena - un chapiteau de la taille d'un zénith situé à l'entrée du site . Impossible d'approcher de la scène, mais ça ne fait rien, c'est la très "variété soul" Duffy qui officie sur les planches. Pas de quoi fouetter un chat...
Juste le temps de déguster une bière Tuborg (sponsor du festival), de découvrir un peu le gigantesque site, ses immenses allées peuplées d'une foule bigarrée (jeunes, moins jeunes, personnes vraiment âgées, handicapés, parents avec bébé... ) et la propension des Danois à uriner absolument sans aucune gêne partout (quel que soit leur sexe !), et l'on se retrouve devant la monumentale scène orange placée devant un site grand comme deux terrains de foot... C'est une des vedettes locales, le songwriter pop folk Teitur, qui joue sur scène, et il fait un triomphe. Son répertoire inégal comporte de belles réussites, mais le lieu semble quand même un peu grand pour ses petites chansons intimistes, même s'il est accompagné d'un groupe complet. Sa prestation au festival Europavox en 2006, dans un lieu beaucoup plus petit il est vrai, était plus marquante.
Il est déjà temps de rejoindre le Roskilde Odeon - un chapiteau de grande taille - pour assister à la prestation très attendue des New Yorkais de MGMT. Entourés par un groupe au taquet, les deux protagonistes du groupe se mettent le public dans la poche en deux temps trois mouvements avec leur mix sexy entre pop, rock, psychédélisme, funk et electro. Habillé comme un shaman croisé avec Keith Richards, le chanteur/guitariste varie admirablement les ambiances délivrées par sa voix malléable à l'envi. Les hits se succèdent à un rythme soutenu (Time to pretend, Electric feel, Week end wars, Pieces of what, The Youth et le génial Kids en final triomphal), et ils sont entrecoupés par des parties plus psychédéliques de nature à faire planer dans de hautes sphères. Et l'on commence à se dire que Roskilde, quand il ne pleut pas, c'est le paradis sur terre : MGMT en grande forme sur scène, de la bière de bonne qualité, un soleil radieux, des top models partout (une véritable torture, d'autant qu'elles ont souvent les seins gonflés par le désir de vivre... ), une ambiance "peace and love" facon Woodstock...
Après ce très bon moment, se pose le premier dilemme du festival : faire la queue pour renter dans le mosh pit protégé (pour éviter les mouvements de foule et les drames comme celui de 2000 : 8 morts) afin de voir une énième fois Radiohead ou assister à la prestation des démoniaques Gossip. Notre sang ne fait qu'un tour : Radiohead a un peu tendance à nous fatiguer avec ses côtés sérieux, moralisateurs et mercantiles, direction l'Odeon pour Gossip donc. Dès les premières secondes du show, on s'autofélicite : Beth Ditto et son armada punk funk démontrent devant nos yeux et nos oreilles ébahis une propension à électriser n'importe quel auditoire ! Entre punk diabolique, soul à la Janis Joplin, rock bruitiste et electro dance hédoniste, Gossip en met plein la vue aux festivaliers, totalement ravis... Cette femme au physique hors norme possède un don unique pour communiquer sa foi en sa musique et faire partager aussi bien ses idées pro homos que ses douloureuses peines de coeur. Devant pareille démonstration, on a souvent très envie de la serrer fort dans nos bras pour la réconforter et la remercier, quand on ne pense pas à bouger son corps comme un petit hystérique. Et l'on n'est pas le seul à être enthousiaste : les tubes du groupe sont accueillis de manière hyper enthousiaste par la foule, qui n'en revient pas d'assister à pareille fiesta sonique : Yr mangled heart, Standing in the way of control, Heavy kross etc etc. Si Beth Ditto est une performeuse de génie, l'excellent guitariste, la puissante batteuse et le furieux bassiste/clavieriste ne sont pas étrangers non plus au succès retentissant de cet hallucinant show. Désolée que le public ne puisse assister au concert de Radiohead - qui a commencé - Beth se lance au cours du live de Gossip dans une reprise a capella drolatique de Creep.
Après cette prestation positivement remuante, le show calibré et lointain de Radiohead dégage un léger sentiment d'ennui, malgré la qualité des morceaux interprétés et l'impressionnant light show. Pas sûr que ces gens là croient toujours en ce qu'ils font... Les quelques mots bredouillés par Thom Yorke accréditent d'ailleurs cette thèse : ils sonnent faux et distants après les incantations poignantes de Gossip, qui restera comme le point culminant de cette première soirée de feu au festival Roskilde.
Vendredi 4 juillet :
La journée du vendredi au festival Roskilde est un bon exemple de ce que peut offrir ce festival : une flopée de groupes "découvertes" ou non consensuels accueillis comme des héros par un public en liesse. Un exemple : Nick Cave et son projet rock bruitiste Grinderman a droit au même accueil que Radiohead sur la grande scène, devant 50 ou 60 000 spectateurs...
En ce joli 4 juillet, jour de fête nationale américaine, c'est Band Of Horses qui ouvre le bal devant une foule compacte de 10 000 personnes sous la Roskilde Arena. Désormais superstars, les Américains sont acclamés comme des têtes d'affiche. Tant mieux pour eux, mais leur virage "classic stadium rock" grandiloquent à la U2 n'est pas une excellente idée, à notre humble avis. On préférait, et de loin, le son du premier album, à l'époque de leur passage à la Route du Rock, en 2006 ; il reste néanmoins une voix magistrale et un savoir faire impressionnant pour écrire des chansons qui accrochent l'oreille. Le chanteur en fait malgré tout beaucoup trop... Reste le titre The Funeral, toujours incroyablement émouvant. Et cette phase pleine de bon sens du leader de Band Of Horses : "Vous avez vraiment les plus belles femmes du monde ici !" Bien vu monsieur, il faudrait être aussi clairvoyant pour votre musique...
Juste après sur la grande scène baignée de soleil, le chanteur de Gnarls Barkley, l'imposant Cee-Lo vante, lui, la qualité irréprochable des poitrines danoises ; on peut être artiste et savoir apprécier des choses simples... Sinon, musicalement parlant Gnarls Barkley emporte l'adhésion grâce au show de Cee- Lo, l'homme à la voix soul en or. Entre deux ou trois blagues salaces et autres facéties, l'impressionnant bonhomme habite littéralement les morceaux écrits par Danger Mouse (planqué à l'orgue sur scène). Attention, malgré le caractère pro et carré du concert, la pop ' n soul sacrément groovy de Gnarls Barkley provoque des sensations de bien être incontrôlées !
Après s'être sustenté avec comme fond musical et visuel lointain le bon concert de Vieux Farka Toure, le fils du légendaire bluesman africain Ali Farka Toure, retour devant la grande scène pour communier avec les quatre fils de prêtre de Kings Of Leon. Toujours impressionnant sur les planches, le combo américain a fait une nouvelle fois preuve de son savoir faire pour lancer une folle cavalcade rock 'n roll à base de tubes aussi accrocheurs et rugueux qu'authentiques et crasseux... Au programme, entre autres : Molly's Chambers, On Call, My Party et Charmer en rugissant final, plus de nouveaux morceaux prometteurs. Le tout envoyé en serrant les dents (allez, un petit sourire les gars !), pied au plancher et avec une énergie et une virulence inégalables. Malgré une petite baisse de régime en milieu de set, les Kings Of Leon ont prouvé sur la scène de Roskilde qu'ils formaient une machine de guerre scénique inattaquable. Leurs armes : batterie implacable, basse reptilienne, guitares tranchantes et chant volcanique... La Classe !
Il est temps maintenant de faire bouger son popotin au son des pop songs épicées de l'Américaine Santogold, auteure d'un premier album de nature à illuminer une journée entière . Malgré la très faible durée de son set et ses propos un peu trop niais entre les morceaux (on croirait presque entendre cette endive de Celine Dion), la très en forme chanteuse a fait une éclatante démonstration de ses talents pour mixer dans sa centrifugeuse sonique electro, pop, R&B, reggae, soul, world et rock. C'est frais, explosif et roboratif, aucun doute là dessus ! Et le public chauffé à blanc de la Cosmopol (encore un immense chapiteau) l'a bien compris : il s'est lancé dans force danses groovy.
Place maintenant au plat de résistance de la soirée avec le show tétanisant de Grinderman, le nouveau groupe rock bruitiste de l'immense Nick Cave. Arpentant la monumentale scène comme un lion en cage à la recherche de sexe, notre homme et ses trois musiciens (une section rythmique en acier trempé et l'homme des cavernes complétement fou Warren Ellis au violon, à la mini guitare fuzz/wah wah et aux percussions diaboliques) ont littéralement brulé les planches avec un set en forme de boulet de canon bruyant, violent et dissonnant. Les imprécations du prêcheur avec de nombreuses idées derrière la tête (baiser à tout prix, se comporter comme un fou dangereux), ses embardées guitaristiques vrillantes et l'infernal vacarme de ses acolytes électrocutent le public sur place, sans le tuer, mais en l'irradiant d'une folle envie de tout casser... Avec entre autres Get it On, No Pussy Blues, Love Bomb, Go tell the Women et un nouveau titre des Bad Seeds en rappel, on peut vraiment dire que le public en a eu pour son argent avec le freakshow rock ' roll de Grinderman !
Le périple nocturne se termine (pour nous) avec le très joli concert des Américains de Yeayayer sous le Pavillon, un chapiteau un peu plus petit que les autres et du coup plus convivial. Ravi de jouer au Danemark le jour de leur fête nationale, partant pour démontrer au public les immenses qualités de leur répertoire sautillant et aérien (cf l'album All Hour Cymbals), le groupe propose un set rafraîchissant, tourbillonnant et marquant. Les voix célestes, les harmonies vocales ultra pop, les guitares sidérantes et les rythmiques intenables s'unissent pour créer une pop world psychédélique et dansante. A voir absolument sur scène !
Samedi 5 juillet :
Illuminée par la prestation remarquable de l'éternel Neil Young (lire la chronique de son inoubliable concert), la journée du samedi 5 juillet fut également riche en bon moments. Dès 12h30, The Tings Tings se font forts de faire bouger le public avec les hits en or massif (Shut up and let me go, That's not my name, Great DJ, Be the one etc etc) présents sur leur très festif album We Started Nothing.
Jose Gonzales, quant à lui, réussit à donner un concert très intimiste dans un chapiteau bondé, enthousiaste et ultra respectueux (merci les Danois)... Sa voix et ses arpèges de guitares magiques ne manquent pas de transpercer le coeur des aficionados de folk pop enchanteresse. Cerise sur le gâteau, les reprises à couper le souffle de The Knife - Heartbeats - et Massive Attack, Teardrops.
Juste après, les Canadiens de Tokyo Police Club font bonne impression dans un style Strokes énervés et souriants. Un peu plus tard, le grande revue soul de Salomon Burke réchauffe le coeur... Assis sur son trône, entouré par un groupe honnête, l'homme à la voix en or massif interprète les plus grands tubes de la soul avec maestria et professionnalisme. Même si l'on voit bien pourquoi il est là - pour gagner un joli paquet d'argent -, commet il chante admirablement et fait le show entre les morceaux, on repart content d'avoir croisé la route d'un légende vivante de la soul music.
Après la fin du set de Neil Young, les Raveonettes font un tabac à domicile devant une véritable marée humaine qui les acclame à chaque occasion. Toujours aussi bon ce groupe danois au regard tourné vers les fifties et les sixties ! Juste après les Chemical Brothers font leur boulot : transformer une immense pelouse en dance floor géant. En pilotage automatique depuis trop longtemps, le duo assure le minimum syndical. Pour finir la soirée sur une bonne note, Black Mountain donne un concert d'anthologie avec son heavy rock furieusement psychédélique. Ce groupe là est un ovni noir scintillant dans la nuit... Sa musique métallique, viscérale, planante et ennivrante provoque des hallucinations de fort belle tenue en live (comme sur le disque In The Future) ! Un trip à essayer de toute urgence si vous avez un jour rêvé d'une infernale rencontre entre Pink Floyd et Led Zeppelin...
Dimanche 6 juillet :
Le festival se termine par une dernière journée pluvieuse, malheureusement. La star locale A Kid Hereafter offre un superbe set facon Mercury Rev/Flamings Lips au nombreux public de l'Astoria (une véritable salle de concert montée de toutes pièces pour le festival !). Bien allumé, le chanteur ressemblant à un savant fou vocalise joliment sur des symphonies pop psyché.
Malheureusement Cat Power et son groupe n'ont pas le même enthousiasme ; Chan Marshall fait le minimum car elle est fatiguée et énervée par la mauvaise qualité du son, son groupe l'accompagne sans conviction. C'est triste de voir ça quand on sait à quel point Cat Power peut nous transporter de joie quand elle est en forme...
Bonnie Prince Billy est, lui, plutôt de bon poil, il blague entre les morceaux, demande des champignons hallucinogènes au public et offre un set - 100% country folk - de bon aloi. On aurait préfèré un concert plus folk rock comme aux Eurockéennes de Belfort 2005, mais Will Oldham n'est pas du genre à transiger : et en ce moment, c'est à fond dans la country ! Donc acte. C'est à cet instant précis que les éléments se déchaînent et que le déluge s'abat sur le festival Roskilde.
La prestation ultra pro de Jay-Z ne souffre toutefois pas de cet état de fait : le public danois est chaud bouillant même sous l'averse ! Le show mainstream, souriant et énergisant de Jay-Z et de son groupe fonctionne à plein regime : grâce au flow imparable du rappeur américain, à ses tubes interplanétaires et à sa bonne humeur communicative, on oublierait presque le côté consensuel de ce concert best of des familles. Mais il y a là de quoi lever les mains en l'air et passer un bon moment.
Le festival se termine avec une prestation impeccable des électroniciens allemands de Digitalism. Venus en voisins et gonflés à bloc, le deux musiciens s'y entendent parfaitement pour attiser le désir et faire péter les plombs de leur auditoire. A ce niveau, c'est du grand art ! Parfaite conclusion pour un festival de rêve donc. Si l'on est fan des grands festivals, le voyage à Roskilde au Danemark est vivement recommandé...
Après une bonne nuit de sommeil et un copieux repas chez nos hôtes, notre fine équipe de 8 personnes arrive sur le site où il fait toujours beau (conclusion, on ne peut même pas faire confiance à meteo.fr, enfin quand c'est dans ce sens-là on leur pardonnerait tout, pas vrai ?). On remarque à l'entrée que outre l'absence des gobelets plastiques écrasés, il n'y a presque plus de flyers distribués ni d'affiches collées tout du long, c'est donc tout propre - pour un peu on se croirait à l'entrée des Journées Mondiales de la Jeunesse ! Qui a dit que les festivaliers étaient sales ? Il suffit pourtant de ne pas leur distribuer de merde pour qu'elle ne finisse pas par terre ! Petit passage aux jetons (où les nouveaux arrivants posent les mêmes questions débiles que ceux de la veille "Mais euuuh m'dameuuh alors, chuis obligé d'l'acheter l'attache ou quoi ?") avant de parvenir, et c'est notable, pile au début du premier concert que tout le monde voulait voir...
A savoir évidemment, celui du grand Daniel Darc dont on ne se lasse pas (peu importe qu'on l'ait déjà vu dedans et même dehors... et tout ça il y a moins de 3 mois). Un public clairsemé permet d'aller tout devant profiter des Remords, et d'un J'irai au Paradis très rock et très classe - on avait déjà remarqué la dernière fois que notre sombre héros de l'amer est plus en forme dans l'après-midi qu'en soirée. Il plaisante sur son nouveau et donc "deuxième" album (le compteur ne tournant qu'à partir du moment où vous recevez une Victoire de la Musique, bien sûr) avant son duo gainsbourissime d'insultes échangées avec son guitariste : L.U.V., énorme son qui envoie bien plus encore que sur album, puis l'incontournable Nijinsky, et un temps calme avec la très trippante Un peu, c'est tout et La seule Fille sur Terre.
Petite modification de la set-list habituelle avec Elegie 2 dûe à la présence d'un invité prestigieux (Pierre Lebourgeois, l'accompagnateur de Nosfell), puis un titre de Taxi Girl, N'importe quel soir, du rock qui pousse bien et où le toujours très classieux Alice Botté et sa guitare en ruines font des merveilles. Déçu de ne pas entendre Jamais, jamais qui me brise régulièrement le coeur sur scène, je me console en apprenant que Yoann (aka Big Smelly Toe), bon géant marseillais également fan de concert, est devenu depuis hier professeur des écoles (bravo mec !)... pendant un solo énorme du génial contrebassiste qui se conclut par la sortie de l'artiste.
Monsieur Darc revient bien sûr, pour Il y a des moments (note pour plus tard, se procurer l'intégrale...), positivement magnifique. Et évidemment, le tube inoxydable de 1980 qui connaît une deuxième vie sur scène : Cherchez le Garçon, speed et déchaîné, parfait pour enflammer un chapiteau pourtant ignifugé... Avant le traditionnel sermon de fin : une prière lue dans son petit bréviaire, puis le Psaume 23, toujours déclamé avec emphase, et le dyptique Redemption / Sad Song. Encore une concert d'une classe éblouissante à mettre au compteur des bonnes actions de cet homme, un survivant qu'on devrait canoniser d'office - la France tient enfin son Johnny Cash, et ce n'est pas Dick Rivers !
Après ce moment très intense, on confesse un peu de désinvolture pour l'écoute des ludiques Vampire Weekend : il fait baud et cheau (contrepèterie, hum) sur la plage, où un magnifique bar spécial cidre a été installé - même si mon bracelet vert ne donne hélas pas accès à l'étage ... C'est donc en sirotant une boisson à la pomme qu'on écoute de loin les titres eux aussi rafraîchissants du prometteur groupe de New York : des hits sautillants comme A-Punk, Walcott, aux afroïdes Cape Cod Kwassa, Bryn, en passant par de jolies compos pop comme Oxford Comma, M 79 ou Campus, à peu près tout leur premier album y passe, plus quelques inconnus d'avant, ou d'après. C'est quand même nettement moins gonflant dans le style sensation-new-yorkaise-du-moment que les Clap Your Hands say Yeah... juste dommage qu'ils jouent les flutes au synthétiseur et que tout ça sonne exactement comme sur album : très bien donc, mais sans surprise.
On s'éloigne sur la délicieusement énervante Blake's got a new Face, et quelqu'un (moi) décrète que c'est le moment d'aller tester la Silent Disco, concept très à la mode et franchement rigolo : dans un enclos, tout le monde écoute la même musique au casque, ça gigote furieusement à l'intérieur mais c'est silencieux de dehors, sauf quand l'assistance braille un refrain en choeur en levant les bras. Le DJ, un anglais charmant, a la bonne idée de passer System of a Down au moment précis où l'on reçoit nos casques ; nous sommes donc instantanément séduits par le concept et il s'ensuit un joyeux concours de air guitar / headbang ! Tard dans la nuit, la même attraction dégueulera littéralement de monde - c'était en effet le moment de la tester ! Ca s'achète où au fait cette installation, que je l'offre à mes voisins d'en face ?
Bien entendu, tout ceci nous a fait rater la charmante Camille, qu'on serait très volontiers allé revoir, même sans les japonais barjos de la fois précédente, nul snobisme là-dessous - mais enfin on ne peut pas être partout et elle a plus de chance de repasser près de chez nous que les vampires ! Quoi qu'il en soit il y a de suite un autre chevauchement à gérer... On commencera par Sharon Jones & the Dap Kings sous le chapiteau : un très classieux big band envoie toute la gomme, avec au chant un guitariste black qui à lui seul aurait déjà une voix justifiant de monter un groupe...
Après deux ou trois très bonnes chansons des Dap Kings (après enquête, ils ont également accompagné Amy Winehouse lors de sa sublime prestation de l'an passé), arrive la diva très applaudie, plus jeune que prévue, jolie voix soul, pas bouleversante pour autant - mais honnêtement je n'avais jamais rien entendu d'elle avant et elle a ému une amie aux larmes ! Dommage, il est très possible que dans deux ans je me morde les doigts d'être parti si vite mais...
... Les Midnight Juggernauts ayant été déplacés de la nuit à ce même créneau, comment faire autrement ?! On s'est donc donné une grosse moitié de leur concert pour jouir de leurs chapelets de grenades électro-pop, à commencer par Tombstone, qu'ils jouent pendant qu'on se faufile péniblement - l'accès à la loggia est plein à craquer ! En effet l'effet Bowiesque de la voix est frappant, sur Road to Recovery et Into The Galaxy notamment, le boum-boum est bon, la guitare saignante et le synthé de Twenty Thousand Leagues putassier à mort : un de ces groupes aussi jouissifs et sexy sur scène, que le pressage sur disque ne leur rend pas justice ! Posons donc nos neurones dans notre gobelet consigné et Let's hurl Into the Galaxy, car le set est évidemment dansant à crever ! Définitivement un groupe de scène, qu'on espère revoir en entier (raté, le formidable single d'intro du disque...)
Pas tout ça mais il y a de gros poissons à ferrer sur la grande scène, avec une première historique : la Cavalera Conspiracy a démarré sans crier gare, dont on a trouvé le premier album Inflikted ... digne des temps héroïques ! Icônes du trash metal par excellence, les frères Cavalera sont à la hauteur du mythe, déjà visuellement : deux taureaux trapus et terrifiants, cheveux courts aux fûts et dreadlocks au micro, une splendide guitare au couleurs du Brésil à la main. Tout comme le bassiste qui n'est finalement pas de Gojira mais de Fireball Ministry (Merci Linus), physiquement dans le genre Chabal-en-plus-méchant. Inflikted ouvre donc le set comme on ouvre un ennemi à l'épée ("Nobody moves, nobody gets hurt !"), puis la tonitruante Sanctuary - le son n'est pas génial hélas ...
Plus loin, on reconnaîtra Territory de ... Sepultura, les percus de la très old school Terrorize, la plutôt marrante The Doom of All fire (imaginez la unplugged et pas hurlée, franchement on dirait pas une comptine pour enfants ?), Never Trust qui à la réflexion est peut-être un poil bourrine. Il va sans dire qu'à ce stade, la fosse de la grande scène ressemble à la séquence finale de Braveheart : des gens s'empoignent et volent dans tous les sens et il en sort régulièrement des jeune et moins jeunes gens suants, tuméfiés et parfois saignants du crâne, les habits déchirés et le regard hébété... il est vrai qu'il y a peu de concerts de metal cette année, alors les aficionados donnent tout ce qu'ils ont !
En fin de compte certains titres sont jouissifs (Hearts of Darkness), d'autres juste... bruyants (Bloodbrawl ou Hex), mais on passe un très bon moment. Hallucinant aussi, ce moment où c'est le fils d'Igor (12 ans à tout casser) qui s'asseoit crânement à la batterie pour jouer un titre, avec double pédale et tout le toutim (trop la classe le morveux !). Un peu lassés, c'est par contre en se servant des Picon au bar qu'on reconnaîtra, pour notre plus grand bonheur, les deux titres les plus fabuleux à notre connaissance de Sepultura : on s'étrangle de bonheur sur Refuse/Resist (aaargl !) où Max réclame "the biggest mosh pit ever !", puis Roots Bloody Roots (garglll !), deux titres qu'on s'était résignés à ne pas voir avant de mourir, bonne chose de faite donc !
Après ça, écouter la pétillante (et jolie) Santogold fera quand même du bien... Habillée comme une vraie cagole hollywoodienne (de loin on dirait un peu Cathy Guetta, jusqu'à ce qu'elle chante et qu'on réalise qu'elle, elle a du talent), elle est hélas venue sans instruments, je suis un peu déçu parce que ça avait l'air d'être de la vraie musique sur disque ! Heureusement, elle est accompagnée de deux choristes, qui font en outre des chorégraphies assez marrantes. Elle grille d'entrée ses trois titres les plus addictifs et les plus dansants : LES Artistes, You'll find a way, Say Aha et je suis donc un peu inquiet pour elle...
Mais la demoiselle a de la ressource : elle se marre, baragouine du français, dégaine du dancehall (Shove It), ose des chansons lentes (Superman, Anne), maîtrise son groove (la très Jackson 5 Unstoppable et la prenante Starstruck) : son set nettement moins racoleur que celui des Juggernauts tient pourtant très bien la distance, bravo mademoiselle, vous revenez en huitième semaine sur le top 5 de notre iPod ! Quand on sait en plus que grâce à vous on a pas eu besoin de voir les horripilantissimes The Dø, dont on déteste - entre autres - la voix féminine (contrairement à la vôtre) et dont les échos ne seront d'ailleurs pas géniaux, on ne peut que vous remercier une fois encore !
Rien ne nous a pourtant préparé au choc qui va suivre, encore une première en France. Mis à part le fait qu'on adore violemment leur disque (avec le recul, sans doute le meilleur album rock de l'année 2007), et que ce groupe contient de vrais morceaux des Bad Seeds, très bons sur scène il y a peu, ainsi que la totalité de Nick Cave dedans : Grinderman est le groupe dont on attend le plus cette année ! Bien entendu, une bonne partie du public ne sait pas de quoi il s'agit et tant mieux, on peut donc s'en approcher sans problèmes sur la grande scène. Le groupe ayant démarré à toute berzingue, on aime déjà : le son grincheux, rapeux, groovy, et grave vénère de Get It On confirme que tout ceci va être énorme.
La toxique Electric Alice nous donne l'impression d'avoir été mordu par un crotale et d'errer en délirant en plein désert, au son de la voix lancinante de Nick Cave et des furieux coups de maracas de Warren Ellis, privé de guitare. Quand elle enchaîne sur Grinderman, c'est la Mort qui vient roder autour de nous sous la forme d'un grand rémouleur sinistre, en costard, avec cheveux longs et moustache noires, couteaux à la main. On s'aperçoit avec horreur mais sans surprise que notre coeur saigne à l'écoute de Don't set me free, blues noisy et fantastique (non, je n'étais pas drogué, votre Honneur). Puis vient une nouvelle chanson très bruyante, réussie évidemment, où le pauvre Warren peut enfin prendre un instrument à cordes (d'abord, un violon), et puis à nouveau une lente (Rise ?). Le Farfisa enflammé de Honey Bee rallume la mèche et le tout nous pète à la gueule, Nick crachant des "Bzzzzz !" furieux au micro tandis que nous twistons comme des créatures possédées, entourés d'essaims d'abeilles tueuses.
Avec un remarquable sens du timing du chaud et du froid, à nouveau une chanson plus calme et nouvelle, Dream (ça y est, la punition de Warren est levée, à lui ses guitares miniatures chéries, dont il tire des soli et des bruits invraisemblables), et Man in the moon, une chanson à faire chialer même un tueur d'enfants. Et ensuite, climax attendu mais dépassant toutes les espérances : Ladies & Gentlemen, could you please welcome the No Pussy Blues !! Dont le refrain Korgesque est au delà de tout ce que vous pouvez imaginer sur scène, vrombissante, craquante, outrageusement sexuelle, explosive, c'est la quintessence de ce que Nick Cave peut faire de mieux ! Pour ma part, c'était fatal, je me tranforme à partir de ce point en bête dingue, la bave aux lèvres, sautant partout et notamment sur mes amis en faisant des gestes hystériques.
Pas convaincus, ignares du groupe, partis avant la fin ? cliquez sur ce lien, baissez les stores, montez l'ampli à onze, cliquez sur plein écran... et si vous ne ressentez rien dans les tripes, voire dans le bas-ventre, arrêtez de me lire immédiatement, merci !
Je ne serai hélas pas calmé par Love Bomb, tout aussi barrée et jouissive... Et au rappel, non, pitié c'est trop, l'hypnotique et mythique Tupelo ! on l'aura compris, l'immense Nick Cave et ses mauvaises graines nous ont littéralement coupé les jambes de bonheur. J'avais déclaré à l'emporte-pièce avant le concert que je jouais toutes mes Eurocks dessus ? Pari gagné ! Quant aux 25 000 spectateurs qui n'ont pas compris de quoi, ou de qui il s'agissait, par pitié, tenez-les éloignés du vinyle au singe vert, ou ils s'en mordront les doigts jusqu'à la fin des temps. Nous les 5 000 autres, nous pouvons mourir heureux... ou plutôt non, car un nouvel album de Grinderman doit sortir un de ce jours !
Ouais, bon, le truc c'est qu'après un concert d'une telle beauté et d'une telle intensité, tout paraît anecdotique, y compris de bons groupes comme Red Sparrowes, post-rock à 4 guitares & 1 batterie, entièrement instrumental (ça c'est couillu), tout à fait dans l'esprit Mogwaï - j'en perds une partie tandis que Vince et sa copine me content, tout fiers, les exploits exhibitionnistes de Madame au premier rang du concert de Nick Cave... Plus anecdotique encore, le trio des trois affreux mais bien nommés Wombats (avez-vous déjà vu la tronche de ce petit animal ? eh bien ils sont encore moins beaux) - je ne me permettrais pas un tel commentaire si je ne les trouvais pas gravement surévalués, racoleurs et approximatifs - leur tube probablement unique Let's Dance to Joy Division ferait certes une face B passable pour les Arctic Monkeys... si du moins le chanteur réussissait à chanter à peu près juste. Pffff...
La soirée se finit à la plage, en compagnie de Sébastien Tellier, une énigme pour nous puisque sa discographie ne permet pas de trancher s'il est vraiment idiot (pour gâcher ainsi un potentiel de melody maker assez exceptionnel, avec des arrangements et des paroles aussi nazes) ou s'il se fout carrément de notre gueule depuis le début ? Quoi qu'il en soit sur scène, où Air l'a souvent pris comme première partie, il n'est pas indigne loin de là, jouant de la guitare ou du piano, chantant de sa voix délicate, ses titres sonnant nettement plus rock et moins synthétique que sur album.
Et pourtant entre deux titres le personnage grossier est bien là, fumant clope sur clope, le cheveu hirsute, semblant avoir dormi deux jours avec son costard, déclamant des tirades débiles à la Edouard Baer (qui, je l'avoue, me feront pour partie rire aux éclats, notamment la partie sur sa visite au cadastre de Belfort, sur sa mère obèse, ou sa tirade/imitation de Chimène Badi et de Michel 'euuarrgh' Sardou). Musicalement, Divine n'est pas désagréable (pas assez nulle pour obtenir un 9.3 chez le jury estonien en tout cas), Roche est même assez sensuelle - ses slows sont idéaux pour se rouler des pelles, ce que font d'ailleurs à peu près tous les veinards qui sont venus à deux...
Le pitre continue par un solo de guitare metal, et même une imitation convaincante de Bowie. C'est au moment où je me demande où sont partis mes amis qu'il se met enfin au piano pour la très jolie (sans les paroles) L'amour et la Violence, mais comme on pouvait le craindre ils sont au fond, mes amis, et détestent avec une belle unanimité - c'est le moment de rentrer ! Comme les gros bling bling de N*E*R*D n'ont pas fini, très vite en s'éloignant on ne l'entend plus du tout, et je ne saurai donc pas s'il a joué Sexual Sportswear... ma préférée, j'ai honte, c'est grave docteur ? M'enfin peu importe, j'ai vu Grinderman et cette vraiment énorme journée qui a comblé tout le monde de bonheur ! On peut donc rentrer, le porte-monnaie vidé, la voix éraillée et ...les talons talés.
Photos pro par Flore-Anne Roth (Plein d'autres photos des Eurockéennes 2008 sur son Flickr !), photos d'illustration par Philippe.
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