C’est précédé d’une sérieuse réputation que débarque Abd Al Malik à Marseille. Vu à la télé, plébiscité par le public, primé par ses pairs, le rappeur de Strasbourg jouit d’un gros « buzz ». Un peu trop gros d’ailleurs, ce qui a tendance à rendre méfiant le chroniqueur avisé.
L’Affranchi annonce logiquement complet pour cette date exceptionnelle, il faut dire que c’est probablement la dernière occasion de voir Abd Al Malik dans une petite salle. Joli coup donc pour l’équipe de l’Affranchi.
Pas de première partie, concert ultra-ponctuel, le public est pris de court mais rentre très rapidement dans l’ambiance. Abd Al Malik démarre avec Bilal, son DJ pour une introduction à deux en configuration rap. Les musiciens arriveront plus tard, après deux ou trois morceaux.
Abd Al Malik mets direct les plus dubitatifs dans la poche en posant la problématique de base, celle qui animera tout son show : peux-t-on penser et danser en même temps ? De toute évidence, il est convaincu que oui et va s’employer pour nous le prouver, notamment grâce à une version pêchue de « 12 septembre 2001 », au texte effectivement très politique et engagé (« moi, je n'mélange pas ?la politique avec la foi »), mais au beat et à l’instru assez entrainant (surtout en live).
Et puis donc les musiciens arrivent, dont l’excellent Laurent de Wilde au piano, pour une sublime version de « Gibraltar » où Abd Al Malik se déchaine, envoi son texte avec fièvre. Et là, on est dedans. Les autres morceaux sont magnifiquement interprétés, on retiendra « je veux rentrer chez moi », et le superbe « les autres » (inspiré par Brel), que Abd Al Malik agrémente de commentaires bien sentis.
Décidement, le garçon est attachant, convaincu dans son discours de paix et d’amour, finalement pas trop donneur de leçons. On tique un peu sur quelques citations naïves type : « rencontrer l’autre, c’est un se rencontrer soi-même… » mais l’ensemble est touchant de sincérité et de justesse. Abd Al Malik se livre, parle de lui sans retenue mais avec la distance et la sagesse que lui donne ses 30 ans et un parcours chaotique. Et puis, il ne manque pas d’humour, il joue avec le public, se moque gentiment de ses musiciens (qu’il ne manquera pas de mettre en valeur par ailleur), bref on est loin de l’ambiance « prédicateur » que l’on redoutait.
Le concert est un peu court (1h1/4), on auriat pu rester deux heures de plus, mais on se souviendra de la qualité exceptionnelle du moment. Les doutes inspirés par l’écoute de l’album sont totalement dissipés. Définitivement, c’est le format « concert » qui convient le mieux à Abd Al Malik et son orchestre, il s’y passe des choses que l’on ne met pas en disque.