Style :
Soul Funk Rap Nouvel album, nouvelle démonstration éblouissante du petit-grand Abd Al Malik, le philosophe des cités alsaciennes, qui nous a depuis son très grand Gibraltar, enchantés à plusieurs reprises sur scène. Bien sûr, ce n'est pas vraiment un grand chanteur, ni même un grand slammeur par sa diction. A vrai dire on écouterait même ses textes a capella. Mais le fait est que les musiques très léchées qui entourent ses compositions, qu'elles soient jazz, afro, trip hop ou autres, contribuent indéniablement à les mettre en avant. Et ses textes, bonne nouvelle, sont toujours d'une pertinence et d'une sensibilité admirables, résistant sans problèmes à des écoutes multiples. C'est du lourd, single annoncé, est un manifeste pour sonner la relève citoyenne des banlieues, simple et universel. Enfoncé par le constat, plus amer mais pas désespéré, de HLM Tango en fin d'album...
La mort est très présente tout au long de Dante. Elle conclut évidemment Romeo et Juliette, très joli duo tragi-comique avec Juliette Gréco, ou Circule, Petit, mort d'un petit malfrat qu'aurait pu écrire le grand Renaud il y a vingt ans. Mais qu'il parle de la mort de Malik Houssekine et du monde de l'époque (il y a déjà plus de vingt ans), ou de celle du Nègre Aimé Césaire (et de comment il disait son Ile), où même de celle d'un Marseillais connu dans sa cité (et de comment il racontait sa ville), Abd Al Malik fait preuve d'intelligence, de modestie, d'ironie, à travers une prose luxuriante, cultivée et sans ostentation. D'autres textes sont de petites tranches de vie plus joyeuses qui offrent un heureux contrepoint (Le Faqir, Paris Mais...).
Au rayon émotion, son Conte alsacien en forme de valse est le plus bel hommage a l'émigration entendu depuis longtemps : nostalgie de la terre de départ, déclaration d'amour à celle d'arrivée, tout en un. Si un alsacien exilé (ou un exilé en Alsace) peut écouter ça sans avoir les yeux humides, c'est qu'il est plus fort que moi... Et ses magnifiques Noces à Grenelle, déclaration de foi écologique tardive mais sincère, concluent admirablement un album à l'éclat d'un joyau sombre, qui s'avèrera à n'en pas douter poignant sur scène. Alors fier d'être français ? Pas de quoi, non, en tout cas pas tous les jours... Fier d'être du même pays que Keny Arkana, MAP et Abd al Malik ? Ca, oui, et pas qu'un peu.
(2008) Signature : Philippe Envoyer un message à Philippe Page Web Conseillée : www.liveinmarseille.com
Artiste :
Abd Al Malik Titre :
Gibraltar
Style :
Autres / Rap Encore tout secoué par le magnifique concert d’Abd Al Malik à l’Affranchi, je décide de courir acheter l’album. Bonne surprise : le prix et cassé en deux, ce qui ne gâche pas le plaisir.
Autant le dire tout de suite, même à plein tarif, ce n’est pas cher payé pour un album de cette qualité. Titres après titres, c’est une expérience musicale originale et sincère, une œuvre aboutie comme rarement, bref de l’art du vrai. Il faut dire que de l’avoir vu en concert m’a permis de mieux comprendre l’univers de l’auteur et sa démarche artistique, finalement pas si facile que ça. Gibraltar (c’est le nom de l’album), s’ouvre sur le titre éponyme, dans lequel règne une certaine tension accentuée par la frénésie du piano. On connaît le titre pour l’avoir maintes fois entendu sur les ondes.On connaît moins le suivant «12 septembre 2001», à connotation fortement politique et ancré dans l’actualité, morceau sous tension aussi avec un instru assez électrique.
Puis la tension redescend d’un cran et l’album trouve assez vite son rythme de croisière : de superbes textes, considérations philosophiques et reflexions sur ce monde qui tourne à l’envers, le tout accompagné par une très belle musique entre jazz et chanson, idéalement arrangée, bien plus qu’un simple accompagnement. Abd Al Malik aborde ses sujets de très près comme de très loin. Il parle de son quartier, de son quotidien sur des titres comme «Je veux rentrer chez moi» ou «la Gravité». Il sait aussi élargir sa vision des choses, sur des morceaux comme «Le grand Frère» ou «Soldat de Plomb». Il nous parle d’amour et de haine, de doutes et de certitudes, de solitude et de fraternité. Le disque confirme ce sentiment qu’il y a quelque chose d'universel chez Abd Al Malik, comme si le recul qu’il a su prendre tout au long de la vie lui donnait le pouvoir de voir les choses par les deux bouts de la lorgnette (comme dans «La Gravité»).
Un mot sur la musique, magnifique, émouvante, à la hauteur de ce que l’on a pu voir sur scène. On se dit que décidément, l’avenir du rap passera aussi par les musiciens.
S’il ne devait rester qu’un morceau, ce serait «Les Autres», hommage indirect à Jacques Brel, magnifique moment d’émotion mis en musique avec sensibilité. A lui seul ce morceau résume l’album tant Abd Al Malik s’y livre. Et, encore plus que les autres, il fait mouche. Probablement l’un des morceaux de l’année. Probablement l’un des disques de l’année.
(2006)
Signature : Jz Page Web Conseillée : www2.abdalmalik.fr/