Au lieu d'avoir droit à un hommage mérité et patiemment agencé, l'immense Alain Bashung se voit affligé d'un enterrement de première classe (voire à un remake affligeant de L'invasion des profanateurs de sépulture) orchestré pas sa maison de disques avec tous les poids lourds .../...

Au lieu d'avoir droit à un hommage mérité et patiemment agencé, l'immense
Alain Bashung se voit affligé d'un enterrement de première classe (voire à un remake affligeant de
L'invasion des profanateurs de sépulture) orchestré pas sa maison de disques avec tous les poids lourds bien « variétés » de la chanson française ou du rock français, ce mirage... Bizarrement, sur les onze artistes présents, de nombreux sont sous contrat avec Universal, qui ne perd pas le Nord en ces temps de crise du disque. Le directeur artistique du projet est, quant à lui, à féliciter pour sa surdité et sa cécité. Il a en effet choisi des versions sans intérêt et pas vu le versant intéressant de la scène française : les artistes retenus sont aussi surprenants qu'un palmarès des victoires de la musique, et les titres proposés sont majoritairement ratés ou dispensables. Tour d'horizon sur l'étendue des dégâts... Complétement lessivé et en instance de divorce,
Noir Désir fait pâle figure avec sa version mielleuse d'
Aucun express, chantée par un
Bertrand Cantat absent et pas du tout inspiré. Même si l'on lui doit le dernier disque – correct – de Bashung,
Gaétan Roussel fait du Gaétan Roussel, consensuel et gentillet.
Madame rêve, est couinée par le très fatigant
-M- ;
Benjamin Biolay, en flagrant délit de pilotage automatique, ânonne
Ma petite entreprise ;
Apiculteur est sauvagement massacrée par le désespérant
Raphaël ;
Vanessa Paradis aurait mieux fait de s'abstenir de toucher au sublime
Angora, et la version d'
Osez Joséphine par
Miossec est un parangon de médiocrité. Sinon à part ça,
Dionysos sauve légèrement les meubles avec
2043, les seuls jeunes « talents » (rires), les
Bb Brunes calquent leur
Gaby oh Gaby sur l'original (c'est inécoutable, mais on s'attendait à bien pire de leur part !),
Keren Ann fait une belle tentative électro pop dansante avec
Je fume pour oublier que tu bois,
Stephan Eicher se lance dans une reprise respectable de
Volutes et
Christophe arrive à titrer son épingle du jeu sur
Alcaline. En fait, il se pourrait bien que le meilleur titre soit uniquement disponible en digital :
La nuit je mens (une sublime chanson, inaccessible et très délicate à reprendre) par
Mustang, qui nous refait le coup de la chanson surf 'n roll sixties et ça marche ! Pour conclure sur le gros et gênant dossier de cet album "hommage", il faudra un jour que quelqu'un paye pour une telle (Alain Bashung) mascarade ! Avec un répertoire aussi riche que celui de l'auteur de
Fantaisie Militaire et la flopée de chanteurs français classieux (
Dominique A, Florent Marchet, Rodolphe Burger, Bertrand Belin, Jean-Louis Murat etc etc), dévoiler onze pauvres ré-interprétations, c'est simplement honteux. Et le pire est peut-être à venir : si l'on suit la logique d'Universal, pour l'épisode 2 dans trois ans, ne pas oublier de contacter Grégoire, JJ Goldman, Cali, Jenifer, Zaz, Julien Doré, Zazie, Obispo ou René la Taupe... Pourquoi massacrer des chansons immaculées, magnifiques et osées que Bashung a pris soin de graver pour l'éternité ? Pourquoi ? On se souviendra de
ses disques et de
ses prestations scéniques habitées, on oubliera vite ce projet avide - qui est un véritable calvaire à écouter pour qui aime Alain B. - et sans aucun intérêt artistique.
Liens :
http://alainbashung.artiste.universalmusic.fr,
www.facebook.com/Bashung,
www.myspace.com/legroupemustang/music/songs/la-nuit-je-mens (
La nuit je mens par
Mustang),
www.deezer.com/fr/music/various-artists/tels-alain-bashung (écoute de l'album en entier).
Mai 2011 (Universal)