Quand on aime, on ne compte pas. Malgré le nombre important de fois (5) où il nous a été donné d’assister à des concerts de la
Tournée des grands espaces d’
Alain Bashung, une dernière étape ne se refuse pas, surtout qu’on annonce des bouleversements dans les morceaux interprétés… et
Daniel Darc en première partie.
Fred, le nouveau Tété ?
Malheureusement au dernier moment, une personne mal intentionnée a jugé bon d’ajouter
Fred en début de soirée… On se demande encore pourquoi : ce monsieur s’accompagnant avec sa guitare chante des textes sans intérêt sur des musiques du même acabit, vraiment aucun rapport avec les univers sombres et fascinants de
Bashung et
Darc. Par conscience « professionnelle », on essaye de tenir quelques morceaux mais, non, rien n’y fait,
Fred produit une musique aussi plate, consensuelle et proprette que le désespérant
Tété. Oui, vous savez, le brillant auteur de
A la faveur de l’automne, la pire chanson de l’année…
Daniel Darc, ténébreux, émouvant et convalescent
« Bonsoir je suis Daniel Darc. » Arrivé sur scène comme un anonyme contraint de se présenter, l’ex chanteur de
Taxi Girl semble être dans un mauvais jour, il a l’air perdu, désespéré et absent. Le premier concert de la nouvelle tournée (qui se terminera le 14 décembre à l’Olympia) sans le précieux
Frédéric Lo à la guitare, semble le terrifier, il ne parlera que très peu, contrairement au concert mémorable des Eurockéennes de Belfort 2004… L’absence de son compagnon de route se fait cruellement sentir dans les arrangements,
Alice Botté cabotine torse nu sous son blouson de cuir mais sa guitare manque de présence et de justesse,
Denis Clavaizolle se perd parfois dans des sonorités un peu trop kitsch pour l’occasion, la basse et la batterie sonnent approximatives… En clair, au début rien ne va ; le son est mauvais, les lumières sont trop fortes et les spectateurs paraissent gênés par le regard terrifiant de
Daniel Darc. Seul le cri du cœur (« non ! ») d’un spectateur à la fin de la chanson (Suis-je)
Inutile et hors d’usage arrache un sourire timide à celui qui semble avoir envie d’en finir vite, dans tous les sens de l’expression. Puis les choses s’arrangent un peu, et le public peut donc apprécier sur scène les morceaux poignants de l’album
Crèvecoeur.
Daniel Darc se fait violence pour assurer une fin du concert réussie avec un touchant
Psaume 23 intercalé entre d’excellentes reprises de
Taxi Girl (
Cherchez le garçon,
N’importe quel soir et
Quelqu’un comme toi).
Daniel Darc semble encore convalescent…
Un Bashung, rock, dépouillé et étourdissant
Quel privilège d’assister à un nouveau concert d’
Alain Bashung avec quantité d’anciens morceaux non joués sur cette tournée, des arrangements différents (
Geoffrey Burton et
Ad Cominoto ne sont plus là pour assurer guitare et claviers) et une mise en scène plus sobre (sans écrans, ni pyramide scénique mais avec un décor fait de rochers)… Comme d'habitude, Bashung parlera peu et se contentera de chanter ses textes uniques d’une voix toujours aussi singulière. Pendant près de deux heures, de l’immense
Angora joué en solo au final magistral sur un
Madame rêve plus que jamais émouvant, le mystérieux chanteur gardera son incroyable aura. Entre ces deux morceaux de bravoure, les spectateurs auront la joie de voir Bashung et ses musiciens revisiter les titres marquants des albums
Roulette russe,
Play blessures (
J’envisage,
Scènes de manager et
Martine boude),
Figure imposée,
Novice (
Pyromane et
Alcaline enchaînés),
Chatterton,
Fantaisie militaire (très bien représenté) et
L’imprudence (beaucoup moins présent cette fois-ci). Une occasion unique de constater que les titres sélectionnés tiennent encore parfaitement la route en 2004, même s’ils ont été enregistrés il y a longtemps, comme
Bijou Bijou ou
What’s in a bird.
Ces moments d’une beauté presque irréelle resteront sans aucun doute gravés dans les mémoires des personnes présentes ; pour notre part on se souviendra longtemps d’
Aucun express (présenté ainsi : « J’ai essayé d’écrire une chanson d’amour, je dis bien essayé. »), du captivant
A perte de vue, d’une version belle à chialer de
L’apiculteur et de
Night in white satin (une reprise magique des
Moody Blues introduite par ces humbles mots : « Voilà une chanson que j’aurais vraiment aimé écrire... »), quelques perles inoubliables parmi tant d’autres jouées lors de cette soirée magique…
A consulter également : une
interview de
Daniel Darc, la
chronique se son dernier disque, ainsi que des comptes rendus de ses concerts à
Belfort et
Sédières, sans oublier les chroniques des derniers
albums de
Bashung et de ses concerts à la Coopérative de Mai en
septembre et
octobre 2003, à
Vichy et à
Sédières en 2004.
Site Internet :
http://alainbashung.artistes.universalmusic.fr/,
www.danieldarc.net.
(Photos live Jean-Pascal Blache, photos Bashung Dominique Gonzalèz Foerster)