André Minvielle c'est le jazz et la java, la mémoire gasconne et les musiques pygmées. Fils naturel de Lacan, Bobby Lapointe, Nougaro et Babs Gonzales. Style ? Du rap naïf aux rythmes sophistiqués, des singularités chantées, un papier du Monde en hip-hop, le tour est joué.
Pendant le discours inaugural de cette douzième édition, quatre contrebasses exposées sur la pelouse du Domaine de Fontblanche attirent le regard. La raison première de leur présence n'est pas de captiver l'œil mais l'oreille. Il s'agit d'une installation sonore de Frank Lovisolo qui fait sienne cette maxime de John Cage : "Quand un bruit vous ennuie, écoutez-le". Les improvisations du vent sur les quatre instruments sont amplifiées. J'écoute.
Emmanuelle Grangé y ajoute un texte par elle écrit. Soixante heures après, je n'en retiens que la forme, très poétique. Le fond s'est dispersé, noyé dans le chant des cigales. L'ambiance du festival, bucolique, devient créatrice. Convivialité et création vont cohabiter ici trois jours durant.
La Fanfare du Boukistan prend le relais. Ambiance festive grâce à une musique légère appuyée sur une originale rythmique soubassophone / percussions, rafraîchie par le son du banjo et égayée par les envolées des deux saxos et du trombone. Petits fours et boissons diverses sont ingurgités par les festivaliers autour de ce sextet taillé pour l'occasion, propice qu'il semble être à la discussion entre amis autour d'un verre. La fanfare visite différents lieux du festival et trouve un public plus attentif autour des tables du restaurant aux senteurs irrésistibles. Elle peut alors faire apprécier son répertoire intercontinental et ses qualités instrumentales.
Claude Gravier, président de l'Association Charlie Free présente le Duo Minvielle / Suarez. Les termes de "chimistes", "facteurs d'accents" nous mettent l'eau à la bouche. André Minvielle, conteur occitan haut en couleur met à profit les transitions pour nous parler de sa rencontre avec Nougaro, de leur statut d'amateur d'opéra et d'apéro, de son projet "Suivez l'accent", du relâchement involontaire des voyelles, du bombardement de Montauban, de sa vision très personnelle des OGM, des onomatopées que produisait son grand-père lorsqu'il racontait ses souvenirs... Savoureux !
Le duo est original, le merveilleux morceau introductif K You K Yaw donne le ton de leur répertoire dans lequel jeux avec les mots et allitérations répondent à l'accordéon de Lionel Suarez.
Plaisant mais peu varié exception faite d'un thème de Charlie Parker et surtout de la "trilogie perronesque" avec la merveilleuse chanson De Dame Et D'Homme de Marc Perrone. Malgré l'heure tardive (Baptiste Trotignon Quintet ‘Share' aurait dû commencer depuis un quart d'heure), la volonté du public est exaucée avec un deuxième rappel, une autre chanson en occitan "parce que c'est excitant".
Lorsque Baptiste Trotignon s'installe au piano et joue First Song de l'album Share accompagné des seuls Thomas Bramerie à la contrebasse et Franck Agulhon à la batterie, je suis inquiet. Non pas que ce soit désagréable mais l'heure avancée (il est 23h00) est plus propice aux formations étoffées. La deuxième pièce Flow avec Mark Turner au saxo me rassure quelque peu. Enfin, Jeremy Pelt entre en scène pour Samsara avec son bugle puis plus tard sa trompette. Le concert change du tout au tout dès son premier solo, de ceux qui vous font presque changer d'avis sur votre instrument préféré (en ce qui me concerne, ça restera tout de même le saxophone). La magie opère à nouveau sur un dialogue entre la trompette et le piano sur un titre tiré de l'album Blue.
Baptiste Trotignon annonce alors 5 Seasons "qui risque de durer jusqu'à 7 h du matin". Chrono en main, ils n'ont tenu "que" 49 minutes. J'adore ces titres énigmatico-évocateurs (à condition qu'on vous les dise avant, après, c'est frustrant). Vous pouvez chercher des indices dans chaque son. Des chants d'oiseaux ? Un feu de cheminée ? Un orage qui gronde ?... Et quid de cette cinquième saison, est-ce une nouvelle révolution qui commence ou un fruit de l'imagination de Baptiste Trotignon ?
Dans cette pièce, je chancelle lorsque la trompette et le saxophone racontent la même histoire et je succombe lors de l'ultime chorus de Jeremy Pelt, le plus beau solo de trompette auquel j'ai assisté depuis longtemps.
Il est 0h20 et les Ateliers Jazz de Charlie Free dirigés par Bernard Jean débutent à peine. Juste un saut pour voir de quoi il s'agit. Du jazz vocal qui swingue bien et où le saxophone est roi. J'y aperçois une trompette. Je file avant son premier solo désirant rester sous le charme de celle de Jeremy Pelt.
Bonus vidéo : Duo Minvielle / Suarez : De Dame Et D'Homme
André Minvielle, Abd Al Malik (Festival Jazz des Cinq Continents) - 27 juillet 2007 - Parc du Palais Longchamp, Marseille Très belle soirée en effet sur les pelouses du Parc Longchamp (dont il faut bien profiter avant que notre bien-aimée municipalité en arrache un bout pour en faire un parking à 4x4... renseignez-vous si vous n'y croyez pas !). Je fréquente peu ce festival pour cause d'ignorance avérée en matière de jazz, et n'y suis donc pas revenu depuis longtemps, .../... La suite
...pour une fabuleuse prestation de St Germain feat. Herbie Hancock ! Avant notre arrivée, Abd Al Malik est venu répondre aux questions du public, très gentiment (pas étonnant de la part du personnage). Dommage, l'interview Live in Marseille est encore ratée pour cette fois !
André Minvielle, musicienaccompli que je ne connaissais que de nom, convoque avec lui et ses excellents musiciens, tout l'imaginaire du festival d'Uzeste, à mi-chemin entre jazz Nougaresque et diction FabulousTrobadorique. Il est extrêmement sympathique, drôle, son concert tient aussi du one-man show ou de la répète en plein-air, que l'on suit agréablement le cul dansl'herbe et une chopine à la main - le passage sur la toux de pépé est effectivement génial. Il chantera aussi, pour conclure idéalement sa prestation, la fameuse chanson qui fait "Et si c'était ça la vie, et si on nous l'avait pas dit...', joyeuse et mélancolique, qui me renvoie à mes années d'étudiant !
Plus tard le p'tit black duNeuhof revient faire des siennes avec son non moins excellent groupe : le vibrionnant Abd al Malik nous a déjà laissés sur le cul en triomphant aux Eurockéennes il y a trois semaines, et ce devant un public rock gonflé à bloc,pourtant plutôt venu pour voir les Hives et autres Q.O.T.S.A ... Et ce soir il s'y prend d'une autre façon, plus calme et détendue, mais cette fois-ci devant un public venu en partie spécifiquement pour lui. Qui s'est déjà levé et amassé devant la scène sans qu'il ait besoin de dire quoi que ce soit, d'ailleurs !
Ses textes pleins decharme, de gravité et de maturité, font merveille même si on commence à bien (voire trop) les connaître - on envie ceux qui ont encore la chance de les découvrir ! Sa reprise songeuse de Ces Gens-là (qui s'appelle Les Autres, soit dit en passant Miss Zou ;-) !), les moments tragiques du Grand Frère et de la très déprimanteSaigne sont efficacement contrebalancés par l'afro-beat de Gibraltar, la combattante 12 Septembre 2001 et la rappée Rentrer Chez Moi (où il se livre à des chorégraphies étranges et très personnelles, comme sur Soldat de Plomb...).
Après nous avoir fait danser, penser, communier, il termine en lisantune lettre pleine de jolies pensées à son petit Mohammed (Je regarderai pour toi les étoiles), tandis que le Parc Longchamp flotte doucement sous les constellations, bercé par une brise agréable. Longue vie au Festival Jazz des 5 Continents qui tient bon malgré des difficultés fréquentes à exister à côté de très grosses affiches commeMarciac - on se fait la promesse d'y revenir plus souvent !
Abd al Malik+André Minvielle - 27 juillet 2007 - Palais Longchamp- Marseille Retour dans le magnifique cadre du Palais Longchamp ce vendredi 27 juillet pour une soirée sous le signe du slam, cet art d'expression orale sorti de l'ombre il y a quelques années et propulsé sur le devant de la scène par des artistes comme Grand Corps Malade, Abd Al Malik ... et surtout Vibrion !!!
En première partie ce soir André Minvielle, .../... La suite
...partie ce soir André Minvielle, que je connais de nom, mais dont je suis loin de soupçonner les qualités artistiques.
Dès les premiers morceaux, le monsieur nous invite dans un univers festif, décalé et ultra original où règne l'accent du sud. Sur scène cet homme-orchestre-troubadour (au chant, percussions, batterie, piano et autresobjets non identifiés !!) s'entoure d'un band où tous les musiciens rivalisent de talent.
Accordéon, contrebasse, sax, basson et trompettes se mêlent et s'entrechoquent dans un style jazz, blues, java et musette qui n'est parfois pas sans rappeler celui d'un certain Claude N également originaire du sud ouest.
Des rythmes quiaccompagnent à merveille les textes, interventions et mimiques de Minvieille : des sujets parfois drôles (comme le râle de son grand père), parfois plein d'émotion (deux titres très touchants sur sa compagne et leur enfant) voire également revendicateurs.
Bref, chez ce "volcalchimiste" comme il aime à se présenter, les motsfrétillent et cognent, les rythmes claquent. Un spectacle bien sympathique, à voir en live résolument !!
NB : cet activiste est associé à la Complexe Articole de Déterritorialisation dans le grand projet/sujet Suivez l'Accent. Plus d'infos ici : http://www.larticole.org/
Arrive ensuite Abd al Malik, star de la soirée qui a (entre autres) le mérite de rajeunir sérieusement le public du festival !!
Rappeur, slameur, poète, chanteur, conteur urbain ...on ne sait plus comment présenter celui qui indéniablement a su s'imposer dans le paysage musical français par son talent et son originalité.
La nuit tombée, ce "grand homme" (dans tous les sens du terme ...) et ses excellents musiciens entrent enfin en scène et attaquent par un destitres phares de l'album : Soldat de Plomb.
Le jeu de lumières minimaliste et tout en contre jour met parfaitement en valeur ce texte brut et dénonciateur.
Piano, fender rhodes, batterie, contrebasse et Bilal (ex NAP) aux platines : musicalement on est à la frontière du slam, du rap, du jazz et de la chanson française.
Très rapidementAbd Al Malik et ses musiciens réveillent le public qui se lève et reprend en cœur les textes forts de titres comme 12/09/2001, Gibraltar, ou encore Rentrer chez moi et La Gravité. Doué d'une très bonne présence scénique, étonnant par sa simplicité et son authenticité, Abd Al Malik nous offre un set riche,incluant notamment Ces gens Là, jolie reprise de Brel mariant intelligemment imitation et hommage.
Bref, un beau spectacle ! porté par des musiciens prestigieux et des textes souvent critiques mais toujours touchants. Profitez en, ils sont en tournée tout l'été!