Pour la neuvième année consécutive, les hauteurs des Pennes-Mirabeau deviennent le lieu de rendez-vous des pèlerins de France de confession (rock-)progressiste. En ce week-end de l'Ascension, ils sont de nouveau rassemblés au JasRod pour écouter les bonnes paroles délivrées par les apôtres, venus de part le monde, d'une musique naît au début des années 70 et revêtant de multiples facettes. Tous viennent avec la ferme conviction que durant cette nouvelle édition du ProgSud, ils trouveront la (ou les) révélation(s). Ce soir pour ouvrir le festival, descendu non pas du ciel mais de l'est de la France, Ange, augure de mauvais temps sur Marseille (voir plus bas) mais surtout pape du rock-progressif français, a déplacé les foules.
La notoriété du groupe semble modifier d'ailleurs le déroulement habituel que l'on connaît des soirées du festival : les rangées de chaises ont fondu comme neige au soleil pour accueillir un plus grand nombre de personnes debout et la durée des sets des 2 premiers artistes sera relativement courte rappelant un concert traditionnel avec premières parties et tête d'affiche. Ceci dit l'affiche n'en reste pas moins celle d'un festival du ProgSud puisqu'on y retrouve d'ailleurs les 2 mêmes protagonistes qu'au dernier soir de l'édition précédente. Spectre d'une redite ? Que nenni...
21h00 Fred Schneider
Habituellement accompagné du groupe Éclat, ce soir le bassiste fait un one man show. Un one man show musical évidemment, mais aussi de comique d'autodérision. Après un "on m'applaudit déjà" à son entrée sur scène, le musicien réclame l'indulgence du public : pour lui c'est "une première en solo total" (rappelons-nous que l'an passé c'était aussi une première mais en duo) et qu'il "apprend à jouer". Pas de doute, 20 ans passés à Marseille ont surdéveloppé le sens de l'exagération du Lorrain.
Le set se déroule sous forme d'une "série de petites pièces selon l'ambiance" : improvisation, morceaux écrits, titres tirés de son dernier album de duos seul à seul. De longs chorus aux inspirations fusion-jazz, des arpèges joués en tapping à deux mains, des slaps, des accélérations et des tensions... Un superbe panorama (non exhaustif) du jeu et des influences du bassiste (Pastorius, Caron, Wooten...) servi avec énormement d'émotion et de sensibilité. On apprécie également les sonorités de l'instrument avec beaucoup de claquant et parfois même des aigus proches d'une guitare acoustique.
Grâce à ses "machins", il s'accompagne de boucles rythmiques tapées à la basse, sonnant parfois comme des sortes de battements mécaniques. Pas de surenchère de parties samplées, des parties sobres pour s'accompagner simplement, utilisées à bon escient et parfois avec originalité lorsque par exemple le thème devient la partie jouée en boucle et l'arpège la partie jouée live.
Poussé aux bords de la scène par l'encombrement du matériel des musiciens à venir, face aux premières rangées de chaises à ses pieds, coincés de part et d'autre par deux caméramans, Fred Schneider utilise la parole comme oxygène entre chaque morceau. Décrivant son nouvel album sans synthé, ni batterie, mais avec uniquement de la basse, il ironise : "rassurez-vous ça ne se vend pas !".
Après 5 titres en 35mn de concert, et après avoir remercié du luthier à l'équipe d'organisation, le bassiste à le temps d'en piocher "une courte" dans "un répertoire large de 15 ans de variétés". Le morceau est diamétralement opposé à tout ce qui a précédé : c'est un feu d'artifice de boucles rythmiques. Superposant couches de slap, de battements, de claps, Fred Schneider termine en chorussant avec un son de distorsion et un phrasé proche de la guitare électrique.
Un petit entracte permet à quelques uns de gratter des chaises supplémentaires et à d'autres d'aller au stand toujours convoité des thérémins, en nombre cette année et habillés de couleur bois.
22h00 Guillermo Cides
Tous ceux qui étaient présents à l'édition précédente se souviennent de Guillermo Cides (et pour tous les autres c'est en ligne ici) : dans ses mains il semblait que seul la parole manquait au stick Chapman. Aussi pour combler cette lacune, le musicien "a invité" (dixit Alain Chiarazzo) une autre joueuse de stick, et non moins chanteuse, Linda Cushma, également présente au ProgSud 2007 au sein du groupe Oxygene8 (voir lien précédent pour les absents).
Dans son rôle d'homme orchestre, Guillermo Cides pose de grosses nappes vrombissantes auquel il ajoute des sons de violons. De là s'échappent quelques notes au délay familier puis deux accords grattés en légère distorsion, le tout sous les tambourins de Linda Cushma. Aux premières paroles de la chanteuse, pas de doute on connaît ce morceau : c'est Still haven't found what I'm looking for de U2. L'instrumentation forcément différente garde en elle la marque des guitares de the Edge, le texte fidèle est parfois parlé sur des ambiances planantes de violonnings et agrémenté de coups de cymbales sur pieds. C'est le concept du set des deux artistes : "reprendre des morceaux célèbres avec un autre point de vue". Une idée originale en ces lieux et fortement appréciée qui nous entraîne sur des sortes de standards revisités que sont Heroes,Make You Feel My Love, Kashmir ou Time After Time.
Sur scène le duo fonctionne à merveille. On est bluffés par l'ubiquité de Guillermo Cides qui occupe ses mains et ses pieds entre instrument, racks et pédales d'effets. À lui seul il fait renaître thèmes, accompagnements et chorus le tout en mélangeant subtilement l'essence de ces succès et arrangements personnels. On est séduit par le côté "nature" de Linda Cushma à la voix habitée et fragile, au chant presque parlé et syncopé qui n'hésite pas à déplier un cd de CCA et se le mettre sur la tête pour en faire la promotion : "si vous n'aimez pas la musique vous pourrez toujours vous en servir comme chapeau !". Derrière la batterie, instrument de ses débuts, elle accompagne le titre de Led Zeppelin, et s'en retire presque gênée pour laisser la place à Jerry Marotta et prendre son stick le temps d'un trio.
Coup de théâtre final : Guillermo Cides abandonne son instrument et sa musique qui se répète en boucle puis réapparaît aux sons des roulements d'une caisse claire qu'il s'est passée autour du cou pour inviter Linda Cushma à traverser le public du JasRod. Le fade out laisse place au commentaire "ça c'est du talent !" du maître de cérémonie qui rappelle le duo. Accompagné d'une jeune joueuse de stick, Marina pour qui c'est le premier concert, ils interprètent le titre de Cindy Lauper dans un esprit proche de celui de Tuck&Patti, les nappes suspendues de violon en plus.
22h50 Après ce "pur moment de bonheur", comme le conclut Alain Chiarazzo, les derniers préparatifs se terminent sur scène pour accueillir le groupe que l'on présente plus... formule utilisée au sens littéral ce soir !
23h15 Ange
Dans le noir, la bande son où se superposent violons et cliquetis rapides et qui tournent depuis quelques instants, est rattrapée par le claquement de mains du public. Une détonation met fin à l'attente du JasRod qui voit débouler, tout de noir vêtus, les musiciens de Ange et son leader en combinaison beige et tétine autour du coup, le tout ébloui par les illuminations des projecteurs. Le set débute sur les chapeaux de roues avec Tous les boomerangs du monde, une entrée énergique qui est accompagnée d'une augmentation substantielle du nombre de watts! Aux devants de la scène on retrouve Hassan Hajdi avec un chorus fantomatique et oriental exécuté au bottleneck : à n'en pas douter le premier d'une longue série. On y retrouve également Caroline Crozat tambourins et filet de percussions en mains, qui enchaîne par le mime du déplacement d'une locomotive sur l'introduction de La Gare de Troyes. Et bien sûr, le Christian Décamps transpirant d'une hargne qui force le respect et qui, une fois de plus, commence sa prise de parole par le mauvais temps marseillais : "il ne fait jamais beau ici. Il a plu ce matin sur l'Estaque, on se serait cru à Brest". Théorie du complot ou méthode Coué, il est vrai qu'il n'a jamais autant plu que ce matin et que l'an dernier le même temps avait accueilli Ange à Aix-en-Provence.
Le groupe poursuit avec l'Exode, duquel on pourrait dire qu'il est le premier morceau progressif pur jus de la soirée. Le titre aux multiples mouvements et humeurs, voit tour à tour Caroline Crozat danser avec un squelette couronné en lambeaux, Christian Décamps se livrer à un air-guitar face au guitariste inspiré et un déchaînement de la totalité des musiciens sur un final qui suscite l'acclamation du public. Retour au dernier album, après une petite citation de Jean Yanne, avec Dieu est un escroc : un titre où se mêle un rythmique électro, riffs hard-rock, texte parlé, canons de voix et chorus alanguis, le tout dans le dos de la choriste qui lit le Canard enchaîné puis froisse des feuilles de papiers qu'elle envoie à l'aide d'un lance-pierres dans la salle. Le titre se termine par un face à face aux claviers des Décamps père et fils. L'atmosphère devient plus calme avec la ballade qui suit, au solo déchirant de Hassan Hajdi qui fait fondre en larmes le chanteur qui se ressaisit pour présenter les musiciens qui personnifient Ange ("Ange c'est...et c'est aussi...encore...toujours").
"Une chanson pleine de poésie en ces temps où il vaut mieux être gérontophile que pédophiles : on a moins de soucis avec le parents !" annonce Aurélia, titre pour lequel Thierry Sidhoum lâche sa basse pour la guitare acoustique, Benoît Cazzulini sort de derrière sa batterie pour se mettre aux percussions et Caroline Crozat joue du tombass. Le guitariste nous assène à nouveau un chorus vibrant...au vibrato. Pour les deux titres suivants Christian Décamps cède le chant. Nouvelles du ciel est d'abord interprété en solo par Tristan Décamps. Le morceau rappelle Harmonie (que certains croient reconnaître aux premiers accords) avec sa voix éclatante et son piano acoustique qui mêlent de superbes tensions à la mélancolie. Ensuite, guitare et accordéon accompagnent Caroline Crozat sur Coupée en deux. Si le titre s'annonce comme une sorte de valse tranquille, celui-ci se durcit au cours de l'interprétation au gré de la voix parfois grave d'une chanteuse plus que convaincante.
Une intro style opéra-rock seventies relance une série de trois titres plus pêchus dont le récent Les beaux restes. L'occasion pour le bassiste de venir aux devants de la scène durant un passage instrumental, faire claquer un slap bien groove ou bien encore oser un chorus à la pédale wha-wha digne de Stanley Clarke. Ce soir Thierry Sidhoum me fait oublier le souvenir d'un bassiste effacé qu'il m'avait laissé au Hot-Brass. À l'image de celui-ci, le groupe entier semble alors se lâcher complètement : roulements de batterie, vocalises, accords quasi punk...le tout finissant crescendo dans un rythme hard-rock endiablé . Christian Décamps taquine le public avec Ode à Emile en imitant l'accent marseillais "et puis tranquill-heu on peut partir-heu" en guise de conclusion mais le mot de la fin "firmament" lui est soufflé pour la salle.
0h45 Après une standing ovation et des "ho-hohoho-ho" spontanés, Ange revient pour Le Soir du Diable avec sa super ligne de basse et son chorus de clavier pink floydien final. Le temps d'une intro aux toms de Benoît Cazzulini soutenu par le claquement de mains du public, Christian Décamps abandonne son squelette couronné et revient en haut-de-forme fleuri et veste queue-de-pie pour Les noces. Après un passage parlé, le chanteur danse sur une rythmique rock puis s'en va chercher, d'une main, Caroline Crozat enceinte sous sa chemise de nuit blanche, et d'une autre, une poupée gonflable. Christian Décamps termine ses frasques en pissant (avec une bouteille d'eau) sur le premier rang, et laisse Caroline Crozat poursuivre par une fessée donnée à la poupée gonflable à l'aide d'un bâton de majorette prélude à une danse enlacée. Derrière l'instrumentation s'est peu à peu réduite à des roulements de caisse militaire. Ballon de Billy termine sur une note très rock la prestation et donne à Hassan Hajdi une nouvelle occasion de bravoure.
1h10 Sur une bande son,les musiciens de Ange reviennent saluer le JasRod qui debout applaudit longuement, sans doute caressant l'espoir d'un ultime morceau.
J'avais quelques craintes au fait de voir deux concerts de Ange à moins d'un an d'intervalle. Quelle bonne surprise donc, que de constater que le répertoire de ce soir était complètement différents de celui joué au Hot-Brass. S'ajoute à cela de nouvelles mises en scène, une prestation un peu moins théâtrale et plus musicale...Bref, un autre concert. Il en va de même pour les deux premiers artistes de la soirée qui ont assuré un set bien différent de celui donné il y a un an.
Une nouvelle édition qui démarre bien, et qui ce soir ne se termine pas trop tard (il faut penser à se ménager pour les trois soirs à venir).
ANGE - 1 MARS 2008 - Le Forum CHAUNY (02) Tout simplement angélique. Concert captivant, envoûtant. Une vrai vision de ce qu'est le rock français, le vrai rock...(pas celui de taratata ), je le dit, je le crie.
Il faut voir et écouter .../...
Tout simplement angélique. Concert captivant, envoûtant. Une vrai vision de ce qu'est le rock français, le vrai rock...(pas celui de taratata ), je le dit, je le crie.
Il faut voir et écouter Ange. Deux heures d'une autre dimension musicale que celle que l'on nous serine à longueur de temps. Eteignez vos tubes cathodiques et allez sur le rêve et à bientôt sur la route et à toujours sur la vie. Réagir à cette critique
Lazuli + Ange - 7 Juin 2007 - Hot-Brass Aix-en-Provence Au milieu d'une route de campagne, le domaine du Hot-Brass s'étend de part et d'autre de la chaussée. Nous quittons notre voiture dans un parking rangé au cordeau, et nous pénétrons dans .../...
Au milieu d'une route de campagne, le domaine du Hot-Brass s'étend de part et d'autre de la chaussée. Nous quittons notre voiture dans un parking rangé au cordeau, et nous pénétrons dans l'établissement : une boîte de nuit avec sa piste encaissée et ses dalles à la saturday's night fever entourée de tables basses, un bar, des écrans LCD sur chaque mur, des balcons vitrés au-dessus de la piste au travers desquels on voit des gens assis, et au plafond, de longs cheveux d'ange suspendus et une vitre qui permettra au coucher de soleil d'accompagner la première partie de soirée.
Il y a, à quelques jours près, un an, je découvrai Lazuli qui fut pour moi la révélation de l'édition 2006 du ProgSud. Après huit mois passés à attendre la sortie de leur troisième album, dont était déjà issu la majorité des titres interprétés à ce festival, ce n'est pas sans un certain enthousiasme que je retrouve cette formation dont l'originalité s'affiche rien que par les instruments qui les attendent sur scène. On y trouve vibraphone, marimba, percussions, métallophone, warr guitar (qui n'est pas une arme de destruction massive, mais un instrument apparenté au stick chapman, se présentant comme une basse au manche très large, et un double jeu de cordes symétrique permettant de jouer, comme au piano, accompagnement et mélodie dans un jeu en tapping à deux mains), et le plus original à juste titre, la Léode, sorte de guitare sensitive reliée à un expander midi, inventée par son interprète Claude Léonetti qui lui a donné son nom (LÉOnetti+clauDE=LÉODE).
20h45 Les musiciens de Lazuli entrent sur scène, avec en tête Dominique Léonetti. Après un amical « Bonsoir les amis », il entonne En avant doute, premier titre de l'album éponyme. Un excellent titre d'introduction, avec une atmosphère calme d'arpèges à la guitare sèche et la voix impeccable de Dominique Léonetti, qui m'avait déjà impressionné au ProgSud. L'instrumentation s'étoffe au premier refrain de notes cristallines de marimba, de violonnings de guitare et de Léode, qui donnent un côté symphonique au morceau, une ambiance William Sheller. Des battements électroniques viennent appuyer le second couplet, faisant monter l'intensité du morceau jusqu'à l'éclat de voix de « en avant doute » à vous coller la chair de poule. Le morceau explose, l'espace sonore est envahi de la puissance de toute l'instrumentation du groupe. On est littéralement submergé par la vague d'énergie libérée par Lazuli qui nous entraîne ensuite dans une espèce de vertige musical, une mélodie rapide au vibraphone et à la Léode, sur un déchaînement de percussions et de râles de guitare électrique. Dans une aspiration soudaine, la vague se retire, laissant réapparaître l'instrumentation délicate du début de morceau et son refrain symphonique. Sorte de douche écossaise, ce titre, un de mes préférés, a immergé en quelques minutes le public du Hot-Brass dans le monde créatif et inventif de Lazuli. Seule ombre au tableau (pour paraphraser un titre du groupe), le manque de fréquence basse dans le son; un son qui sera corrigé et en constante augmentation tout au court du set.
Le groupe enchaîne avec une « chanson qui parle de chansons » : chansons nettes. Petit flottement en début de morceau qui aurait pu passer inaperçu si les musiciens ne s'étaient pas trahis par de multiples échanges de regards et de sourires révélateurs. On notera d'ailleurs avec ce deuxième titre que le jeu de mot est l'un des credo de Lazuli. Laisse courir vient tromper tous les spectateurs avec sa fausse fin, le solo de guitare exécuté au vibrato venant interrompre les applaudissements précoces du public. Avec ce solo, Gédéric Byar montre l'originalité de son jeu en tirant des sonorités particulières de son instrument. Guitare,Léode et warr guitar viennent parfois à se confondre dans le jeu en violonning des trois multi-cordistes.
Film d'aurore révèle aussi le côté très visuel du groupe. L'originalité des instruments confère aux musiciens des postures très particulières, à l'image de Yohan Simeon batteur debout ou de Frédéric Juan muni de deux baguettes à chaque main devant son vibraphone. Dominique Léonetti prend des airs inquiétants, le visage seul éclairé d'une lumière blanche dans une atmosphère sombre, un peu comme s'il nous racontait une histoire d'épouvante en s'éclairant le visage d'une lampe torche. Pour ce morceau il a quitté sa guitare acoustique, et se fait doubler par Yohan Simeon au chant. Le volume sonore qui n'a pas fini d'augmenter fait maintenant vibrer le sol. Suit un hiver avec son thème d'introduction oriental et sa fin jouée en solo par Sylvain Bayol au manche imposant de sa warr guitar. Vient Mal de chien, morceau en deux parties. Première assez tranquille accompagnée d'une harmonie de guitare, Léode et warr guitar. Une sorte de bruit d' accélération de moteur sorti de la Léode amène une seconde partie instrumentale, ponctuée de coups de cymbales à deux mains du chanteur, comme le fait Thomas Fersen sur la fin de croque.
Lazuli nous conte alors Le repas de l'Ogre dont le personnage terrifiant ne vit hélas pas dans un monde de fables. L'éclairage noir et rouge écarlate reproduit l'ambiance carnassière du clip réalisé par le groupe. Dans la même veine que En avant doute, le morceau alterne douceur et énergie. Les couplets sur fond de mélodie de boîte à musique jouée au vibraphone sont rattrapés par les cris de Léode sur les refrains. Sur la fin, le morceau se déchire entre les bruitages de la Léode et la voix aigüe de Dominique Léonetti qui fond sur le micro tel un rapace les bras déployés de toute leur envergure. À un peu plus de la moitié de la prestation, le balcon est maintenant debout pour l'impasse dont les applaudissements qui suivent le morceau ne laissent pratiquement plus la place aux paroles de Dominique Léonetti. Ce dernier prendra un certain plaisir à se demander « je ne sais pas si celle-là vous la connaissez » avant que le groupe ne commence la seconde partie Capitaine coeur de miel, titre de la tête d'affiche de la soirée. Courageux de la part de Lazuli et excitant pour le public qui aura droit aux deux version du morceau ce soir. Un titre terminé par un chorus de Léode qui se substitue à la guitare de l'original, sur des gros accords en distorsion de Gédéric Byar.
La valse à 100 temps, dont les paroles pourraient être le quatrième temps et les suivants de la valse à mille temps de Jacques Brel, souligne le deuxième credo de Lazuli : le temps qui s'écoule. Un thème récurrent dans les textes du groupe, un combat de Don Quichotte qui ne laisse que des blessures superficielles si l'on sait profiter des instants simples (je m'excuse pour le raccourci auprès des auteurs). Le morceau se termine par un superbe solo de scie, aux couleurs fantomatiques, sorti de la Léode dont le surprenant éventail des sonorités semble sans limite. Toujours applaudi sans relâche, le groupe interprète Nos voix se mélangent, morceau aux allures plus pop, avec un rythme plus « batterie conventionnelle » et un refrain chanté en choeur par les musiciens. Le chorus de guitare , durant lequel Gédéric Byar transforme son instrument en sitare, ne clotûre pas le morceau : Dominique Léonetti lance seul un gimmick rock à la guitare acoustique prélude à de nouveaux chorus de Claude Léonetti et Gédéric Byar. L'arbre est ce soir dédicacé à Patrick et Sylvie. Le titre mêle sonorités tribales et sonorités électriques, duo percussions de Yohan Simeon et Frédéric Juan et chorus en distorsion de Claude Léonetti.
La fin approche, le chanteur interroge le public avec un « une autre ? », un public qui depuis quelques titres réclame une Amnésie. Une séquence électronique, pour un morceau calme et lancinant, vient satisfaire le public qui lance un « merci » en retour. Rappelé bien que Claude Léonetti signifie « nous aussi on veut voir Ange », Lazuli interprète Cassiopée, qui est pour moi leur meilleur titre. Un titre assez néo-progressif dont la deuxième partie, précédée de quelques bruitages de guitare, laisse éclater un solo de Claude Léonetti qui par la sonorité,le phrasé et l'interprétation rappelle David Gilmour sur atom heart mother : fantastique ! Le groupe ne pouvait choisir meilleur final, et même si au terme d'une prestation d'1h20 le public réclame un autre morceau, le chanteur ne pourra leur donner qu'un « une autre fois ? ».
Une demi-heure pour nous rafraîchir et nous rappeler au moment de payer les boissons que ne nous sommes pas dans une salle de concert comme les autres...
22h35 Noir...Fumée...Rien...Un ange passe (facile)...Même pas...Ou alors pas celui qu'on attendait....5 minutes plus tard, re-fumée...Une bande en fond sonore...Les musiciens d' Ange viennent s'aligner un à un devant la scène pour déclamer à tour de rôle les vers de caricatures.
Une fois cette introduction théâtrale achevée, Tristan Décamps retrouve ses claviers, Thierry Sidhoum sa basse et Benoît Cazzulini sa batterie pour accompagner un Hassan Hajdi survolté à la guitare. Allant et venant sur la scène, le guitariste martèle le riff rock-heavy accrocheur d' Aujourd'hui c'est la fête chez l'apprenti sorcier affichant un enthousiasme bondissant. Le charismatique Christian Décamps, seul membre original du groupe de 1970, vient le rejoindre pour se présenter comme « l' arrière-arrière grand-père d'Harry Potter » capable, entre autres, de « transformer les flics en citrouilles », vêtu d'une toge blanche et paré d'une tétine autour du cou.
En contraste, Caroline Crozat vêtue comme un ange noir, après quelques choeurs, vient saupoudrer le chant de Christian Décamps de confettis argentés. Musique et mise en scène sont réunies pour nous plonger dans la féerie du groupe, mais un ronflement constant vient gâcher le plaisir. Heureusement le chanteur éradique l'incongru, non pas d'un coup de baguette magique, mais d'une formule peu poétique mais efficace : « c'est pas une fréquence qui va nous faire chier ». Ne laissant pas de place au temps mort, Christian Décamps nous présente la protagoniste du titre suivant qui « a quitté sa bourka pour faire des ricochets très loin ». Il installe une ambiance plus calme avec sa guitare folk. Caroline Crozat vient chorégraphier les paroles ricochets, s'agenouillant devant le bassiste ou dessinant des ronds dans l'air. Hassan Hajdi en guitariste inspiré, fait planer son chorus les yeux fermés.
Retour à l'énergie et aux essences du rock progressif avec histoire d'outre-rêve qui débute par une introduction très jazz-rock. Le morceau aux multiples mouvements s'achève par des vocalises poignantes et déchirantes de Caroline Crozat. Une petite histoire d'un point d'interrogation précède les cocottes funkies et le son des claviers 80's de vu d'un chien. L'ineffable Hassan Hajdi est rejoint par de nouvelles et douces vocalises de Caroline Crozat qui laisse le micro pour déambuler sur la scène en faisant tournoyer une laisse métallique accrochée à son cou. Christian Décamps, un os en plastique à la main, entame la chanson avec un timbre de voix à la Charlélie Courture. Avec Caroline Crozat, ils s'investissent de leur rôle canin, aboyant ou se disputant l'os à pleines dents. Alors que le guitariste s'est une fois de plus lancé dans un solo effréné, Christian Décamps se sert du fil du micro comme d'un fouet, avant que retentisse une fin rock académique.
Avant de se lancer dans des explications sur la fonction de micro pour chien de son os en plastique, le chanteur nous fait part de son triste constat sur le climat de notre région : « il fait toujours beau, sauf quand j'y vais ! ». Derrière nous, certaines personnes plantées au comptoir ont des préoccupations autres qu' atmosphériques, et hélas autres que musicales, et leur verbe un peu trop haut est quelque peu agaçant (pour rester poli). Pas de formule magique pour faire baisser le ton, il faudra être patient, il s'estompera au cours de la soirée. Si j'étais le Messie vient à point nommé pour montrer qu'il y a dans la salle un public plus assidu et acquis à la cause de Ange : lorsque Christian Décamps déclame « Et les gens s'étonneraient, criant » le public répondant du tac-o-tac « Au nom du père ! », et a le mot de la fin sur « Il est venu d'ailleurs, d'une autre galaxie,Et les gens l'ont » avec « tué... ». Le texte est entièrement illustré du début à la fin par Caroline Crozat qui se fait l'interprète visuelle du chanteur. Elle poursuit dans une danse muni d'un sari rouge sur jour après jour et son introduction orientale, terminant dans des pas plus flamenca. Mais elle s'affiche surtout avec le titre entre foutre et foot. Débutant par un monologue, ou plutôt un dialogue sans réponse avec Tristan Décamps, elle interprète le morceau sur lequel Christian Décamps officie à l'accordéon.
Comme le disait Andy Warhol, « tout le monde aura son quart d'heure de célébrité », et c'est donc au tour de Tristan Décamps, jusque là assez discret, de passer au premier plan. Seul derrière son piano, il interprète le très mélancolique Harmonie d'une voix éclatante et touchante qui emplit la salle du Hot-Brass. Le morceau ne pouvait se terminer sans le retour de Hassan Hajdi et ses chorus transpirants de feeling. Avec son titre digne d'une fable de La Fontaine, Le chien la poubelle et la rose marque un nouveau retour au gros son et au progressif. Après quelques arpèges, le groupe se déchaîne sur un riff hard-rock illuminé par une rampe de projecteurs, dont les watts nous flashent les pupilles. Christian Décamps et Caroline Crozat se lancent dans une course au tambourins sur un solo de guitare. Court passage basse/batterie pour calmer la cadence et laisser place aux chorus posés de Tristan Décamps et Hassan Hajdi qui prennent fin sur les cloches actionnées virtuellement par Christian Décamps, sonnant le temps de la ballade. Le chant passe d'un musicien à l'autre jusqu'au roulement de caisse claire militaire de Benoît Cazzulini. Hassan Hajdi, que l'on voit jouer à blanc, volume coupé, doigts en actions, lorsque sa guitare n'a pas la parole, s'arrache des starting-blocks, pour un solo affichant technique et dextérité, entraînant dans son sillage tous ses comparses dans un final en crescendo.
Il est temps pour Christian Décamps de présenter « l'Ange éternel », un groupe qui à la fois montre ses années d'expérience avec une maîtrise et un art de la scène, et sa vitalité extraordinaire à l'image de son guitariste. La formation qui a connu plusieurs line-up semble plus que jamais en symbiose, dans un équilibre où chaque musicien a la place pour exprimer son caractère et son talent.
Le cool Jazzouillis laisse apparaître une Caroline Crozat à la voix et mimique des chanteuses jazz, et une nouvelle rupture métallique amenée par Hassan Hajdi. Père Décamps après une histoire de vin de messe, bénit son public à coups de micro. « Mais il est tard monsieur, il faut que je rentre chez-moi » lance ce dernier dans un baiser d'au revoir.
Les musiciens restés sur scène accueillent le retour du chanteur maintenant vêtu d'une casquette et d'une veste de marin, dans une main du rhum blanc, dans l'autre une canne. C'est le temps de Cap'taine coeur de miel. Un capitaine enivré qui titube sur scène, malmené par les chorus de Hassan Hajdi. Il lance quelques râles : «...pauvres flics, pauvre système... », et regardant sa bouteille d'alcool : « no fucking message in the bottle ». Après une dérive sur une mer de bruitages, des coups tombass de Benoît Cazzulini résonnent comme portés par roulis monotome. Dans cet atmosphère lourde et pesante, Christian Décamps dans un chant tourmenté poursuit la complainte de Cap'taine coeur de miel, celle même que Dominique Léonetti chantait deux heures plus tôt. Le ryhtme de batterie, fait jusqu'ici de roulements, part sur le premier « couteau dans la plaie ». Le capitaine, avec sa canne, regarde alors le solo de guitare qui s'étend à perte de longue-vue.
0h30 Le plébiscite du public est remercié par un « Merci d'exister » de Christian Décamps qui évoque alors ses souvenirs du dernier passage à Aix en 1981 également dans une discothèque : le Krypton. Souvenirs encore avec ces gens-là, reprise de Jacques Brel, qui fut le premier gros succès du groupe en 1973. Douche sur Tristan Décamps qui d'une voix quasi-lyrique entonne Quasimodo. Commence alors un extraordinaire jeu de questions/réponses entre la voix de Tristan Décamps, qui est sorti de derrière ses claviers, et la guitare de Hassan Hajdi qui lui fait face. La voix monte et le morceau se durcit tirant vers le hard-rock, transformant le jeu en véritable duel. Le chanteur l'emporte sur le guitariste, qui s'échappe dans un solo, prétexte à un tirage de langue envers le public.
Tous les musiciens reviennent sur scène pour un chaos final dans lequel Christian Décamps glisse un « que la vie soit un rêve et que la nuit vous soit douce ».
Après 2h10 de concert, chose que j'entends pour la première fois, le public scande « Merci, merci, merci » au pied des musiciens regroupés pour le salut.
Ange - 11 mars 2006 - Longueau Théatre de la Renaissance Ange, magique toujours et encore, magnétique !!
Deux heures trente de décollage vertical!
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Merci pour le bien que vous faites!
Ange - 7 novembre 2003 - Clermont - salle Pommery Un superbe concert avec une première partie de feu : Garden Gnomes (ska-rock-chanson) et Osm'oz (métal mélodique). Ange en pleine forme sur scène, un truc impressionant...