Lyon rugit la nuit – Ninkasi Kao – 26 mars 2003
Lyon est une ville qui bouge. Et les soirées "Lyon rugit la nuit" se veulent être une représentation scénique de cette évidence. Si le principe est simple et ambitieux (mettre sur scène des groupes aux horizons et influences radicalement différents), le résultat pour les oreilles (et même les yeux) n'en est pas moins difficilement supportable. Car à moins d'être doté de l'éclectisme le plus admirable, réussir à apprécier trois groupes aussi différents que ceux proposés le 26 mars au ninkasi relève de l'ambition aveugle. C'est pourquoi nous nous ne permettrons pas de critiquer ici L'Orchestre Anonyme (de la guinguette purement sympathique) et Les Suprême Dindes (du punk alternatif bien de son temps (!) qui se veut drôle mais tout en dénonçant tu vois). Effectivement, Kitchen n'existe pas pour dénoncer la musique qu'elle déteste mais pour encenser celle qu'elle aime: ça a l'air d'être une évidence, encore faut-il parfois le préciser.
Nous étions donc ouvertement là pour Apple Jelly. Et nous ne l'avons pas regretté. Car malgré un dernier album (Home) à la maturité affolante, nous étions restés sur un concert place Ambroise-Courtois en juin dernier qui n'offrait pas la qualité sonore exigée par la diversité des sons offerts par la musique du groupe. On avait pourtant décelé une qualité scénique qui ne demandait qu'à exploser au contact d'une balance efficace. Et comme de bien entendu, le ninkasi offrant cette meilleure liberté sonore, on a trouvé une flamboyante réponse à nos attentes. Forcément, un groupe qui prend soin de nous mettre du Boards Of Canada plein les oreilles avant son entrée sur scène marque un point. Mais pour se faire une bonne moyenne, il s'agit ensuite de tailler ses morceaux pour la scène afin d'éviter un dangereux copier-coller (qui a cité l'effroyable exemple Blur???). Et ça, le groupe lyonnais l'a compris, quitte à sacrément durcir sa musique et à se créer un jeu de scène harangueur, un peu à l'anglaise (on retient la prestation hallucinante et hallucinée de Benoit, le chanteur). Au final, on vivra une remarquable prestation d'une heure, sans temps mort et avec les morceaux emblématiques (dont le tubesque et très fédérateur Hello). Désormais totalement converti, il ne nous restera plus qu'à diffuser la bonne parole au moins jusqu'à La Rochelle...
Yohann - 2 avril 2004