Du psyché blues pop/rock par un groupe sachant composer de main de maître des morceaux évocateurs, simples et directs, qui font un effet énorme sur l'auditeur. Archie Bronson Outfit sonne comme dans un rêve humide, avec un chant habité, des guitares hantées, du sax free, des chœurs en forme d'incantations chamaniques, des rythmiques quasi tribales. Du blues électrifié donc.
Une entrée en matière plutôt réussie pour les Eurockéennes de Belfort 2007… En ce vendredi 29 juin humide, le site du festival est bien rempli, avec une public bigarré (hypsters, fans de musique en général, gens plus âgés venus pour faire la fête… ) comme tous les ans dans le Territoire de Belfort. Au milieu de la foule, impossible toutefois de manquer la horde de jeunes gens gothiques qui arpentent les alentours de la grande scène en attendant l’arrivée de la tête d’affiche du jour, Marilyn Manson, alias l’antéchrist en personne…
Archie Bronson Outfit :
Mais avant « l’événement » de la soirée, prévu à 0H30, pas le temps de s’ennuyer. Sur la scène placée à côté de la Plage de la presqu’île du Malsaucy Archie Bronson Outfit délivre un set percutant, dans la lignée du Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, la grande influence des Anglais… Sorte de blues rock râpeux et free, la musique d’Archie Bronson Outfit appelle inexorablement à la transe sonique. Chant habité de chaman, magma de guitares démentes, rythmiques surpuissantes et saxophones débridés produisent un incroyable effet hallucinogène sur le nombreux public ayant préféré fuir le très dispensable hard rock sans saveur de Juliette & The Licks sur la grande scène. En plein jour, sous un ciel couvert, avec une brise fraîche, Archi Bronson Outfit marque les esprits ; on n’ose imaginer l’impact du groupe dans un club intimiste et bondé…
Wu-Tang Clan :
Quelques instants plus tard, sur la grande scène, le Wu-Tang Clan présente un show best of à l’américaine assez réjouissant. Les rappeurs américains semblent contents de se produire ensemble pour relever les compteurs du hip hop façon gangsters. Bien aidé par un DJ pas maladroit, la troupe - qui hurle des onomatopées fédératrices, rappe en groupe et fait le show avec une certaine conviction - emporte rapidement l’adhésion du public. Le côté je m’en foustiste et branleur du Wu-Tang Clan, s’il est toujours présent, semble s’être atténué : le collectif assure un set remuant et plutôt nerveux. Un set bien loin du foutage de gueule intégral de sa prestation lamentable au festival Rock à Paris au Parc des Pinces en 96 où, ivres morts au Champagne, les rappers avaient fait bien pâle figure. C’était du temps où Old Dirty Bastard était encore vivant… En 2007, il est sans doute toujours en train de déconner mais plus sur Terre ; il est désormais au paradis des gangsters… ET le Wu-Tang Clan 2007 lui rend un vibrant hommage en jouant de vieux titres mythiques, une attention saluée avec enthousiasme par l’assistance… Au final, un concert pro et plutôt convainquant d’un Wu-Tang emmené par un souriant Method Man.
Amy Winehouse :
C’est le moment de rejoindre avec empressement le chapiteau pour assister à la grand messe soul d’Amy Winehouse, une anglaise fervente disciple de Billy Holyday, Aretha Franklin, des Supremes et des Shangri-Las. Bien accompagnée par un impeccable groupe rhythm and blues/soul, l’ingérable nouvelle égérie de la soul pop chante divinement dès les premiers morceaux, mais conserve malheureusement sa moue très boudeuse pendant la première moitié du set. C’est un peu comme si elle était en pilotage automatique… Mais l’essentiel est là : des morceaux superbes entre soul, jazz et pop sixties, et une voix à donner des frissons. Après quelques verres et de nombreuses remontrances à ses hommes en coulisse, la bad girl se décontracte enfin et sourit furtivement au détour d’un couplet ou d’un refrain. Elle semble désormais parfaitement connectée avec l’émotion dégagée par ses chansons remplies d’âme. Un grand moment donc que ce concert ! A revoir très vite dans un cadre plus intimiste si possible, même si le décorum classieux adopté pour cette tournée nous a rappelé un club de jazz de New York ou New Orleans…
Les Rita Mitsouko :
Puis c’est au tour des Rita Mitsouko nouvelle formule de faire leur show sur la grande scène… Comme d’habitude, c’est Catherine Ringer qui assure sur le devant de la scène avec sa voix et ses danses improbables, laissant Fred Chichin derrière ses lunettes de soleil et sa guitare électro acoustique quasi inaudible. D’entrée, on observe que le groupe réuni pour cette tournée est de meilleure qualité que le précédent qui sonnait franchement « variété funk ». Là, la tonalité est plus rock/pop, mais si subsistent malheureusement quelques scories variétoche frenchy. On remarque également que les nouveaux morceaux passent plutôt bien la barrière du live, même s’ils ne déclenchent pas des bouffées de joie comme C’est comme ça et Andy, joués à la grande joie du public. Pour promouvoir la sortie de Variety, les Rita Mitsouko proposent un set professionnel et consensuel qui laisse malgré tout une bonne impression, grâce à l’étourdissante Catherine…
Young Gods vs Dälek :
La rencontre des mythiques suisses indus des Young Gods et du rapper bruitiste Dälek a tenu toutes ses (nombreuses) promesses ! En injectant une bonne dose de hip hop aventureux dans le rock indus de ses acolytes, Dälek réussit à propulser leur musique dans le 21ème siècle, gommant par là même le côté daté de certaines sonorités électroniques des derniers travaux des musiciens emmenés par Franz Treicler. La guitare acoustique trafiquée d’Alain Monod, la batterie sèche de Bernard Trontin, la guitare électrique bruitiste et le chant habité de Treicler se mêlent superbement aux parties rappées nocives et aux cataclysmes sonores déclenchés par Dälek… Pour créer de remarquables tableaux soniques aux humeurs tempétueuses. Chaque titre des Young Gods ou de Dälek s’en trouve joliment réinterprété et les morceaux originaux créés pour l’occasion sont captivants. Une belle réussite donc que cette création exceptionnelle !
Marilyn Manson :
Prévu pour durer 1h30 (de 0h30 à 2h), la grand messe satanique de Marilyn Manson n’a en fait duré qu’une petite heure (rappel compris !), le démoniaque chanteur étant arrivé 15 minutes en retard et reparti un quart d’heure plus tôt. C’est sans doute le sens du respect du public à l’américaine. Manson déchaîne pourtant toujours autant les passions, il suffit de compter le nombre impressionnant de fans grimés à son effigie. De nombreuses personnes ont en effet fait le déplacement à Belfort uniquement pour Manson. Malgré ce dévouement, Marilyn Manson se plait à traiter son public comme de la merde, et celui-ci, en bon masochiste, en redemande… Il faut dire qu’entre l’arrivée et la sortie de scène, le show est plutôt de bonne qualité, même si les grosses ficelles se voient parfaitement : c’est de l’entertainment avant tout, un spectacle pseudo métal sans subversion aucune. Manson arrive avec un micro prolongé par un énorme couteau de boucher, il fait mine d’étrangler son guitariste quand il n’hurle pas (plutôt bien) dans celui-ci, il se roule par terre théâtralement, fait mine de monter ses fesses !!! Hou la la, c’est très choquant ! Il faut vraiment être une vieille bigotte de 79 ans pour être choqué par ça… Cela dit, le spectacle grand guignol tient la route, les morceaux sont souvent percutants et joués de manière rock ‘n roll, même si cela manque tout de même un peu de frisson et d’inspiration… En plus, il faut se farcir les sempiternelles reprises tartes à la crème - Sweet Dreams et Tainted love -, avant d’avoir droit à quelques vieux titres aux riffs malsains. Marilyn Manson propose un show parfait pour Halloween, idéal pour faire fantasmer les adolescents mais, après, quand on rentre dormir, aucun risque de cauchemar, de pensées torturées ou malsaines ; on dort à poings fermés du sommeil du juste… Tant mieux : demain la journée promet d’être chargée sur la presqu’île du Malsaucy.
Peut-on dire "mes" et s'approprier un peu des mythiques Eurockéennes, sous prétexte qu'on y va pour la 14 ième fois ? Bof, tant qu'un type qui y serait allé 15 fois ou plus ne nous aura pas traité de merdeux néophyte, pourquoi pas ? On gagne donc en habitué notre presqu'Ile de festival favorite, à la recherche de petits améliorations ou changements. Pas grand chose cette année, à part quelques endroits défoncés accidentellement au Manitou, et une route en gros cailloux - preuve de la confiance qui règne sur ce site puisqu'ils pourraient très bien servir de projectiles, en d'autres contrées et d'autres ambiances !
Vendredi : Du gros son et une déesse en chignon
Bref c'est sous un ciel gris et un site encore presque vide qu'on arrive au Malsaucy, avec de mauvais pressentiments météorologiques, en écoutant d'un oreille distraite Kaolin ennuyer le public sous de lourds nuages et un chapiteau peu rempli. Heureusement une bière, un rayon de soleil et surtout les chiapacans new-yorkais de Gogol Bordello vont nous remettre d'aplomb, grâce à leur bonne humeur certes un peu too-much, mais résolument communicative.
Le chanteur a ce qu'il faut bien appeler une tête de voleur de poules, ses choristes par ailleurs splendides sont maquillées comme des camions volés et tous sont habillés comme des Didier Wampas - visuellement kitschissime, c'en est presque fatigant à regarder ! Mais ils ont une belle énergie, jouent à fond avec un son horriblement mal réglé leur gypsy punk caractéristique et entraînant, quoique répétitif, en déclenchant force pogos et slams sur des titres endiablés comme Sally ou Not a Crime.
D'autres titres (à peine) plus subtils comme Dogs were Barking et Start Wearing Purple, où l'on entend un peu mieux le violon, les rapprochent quelques instants du plus slave No smoking Orchestra. Le naturel revient vite au galop avec le technoïde Think Locally, fuck globally, Mishto et divers autres trucs pétaradants, sur lesquels le chanteur totalement dépouillé (au sens propre et figuré - il est à moitié à poil et a un peu forcé sur le picrate), finit en crowd-surfant avec une choriste sur un tambourin. Voilà qui nous a au moins échauffé les esgourdes comme il faut !
Le début d'excitation retombera toutefois bien vite avec la performance dispensable de Juliette & the Licks. Certes on y admire la jolie actrice tueuse née (qui s'est bien amochée avec un maquillage de mort-vivante), mais on se demande vite à quoi bon ce groupe. Caprice de star ou plutôt réorientation professionnelle suite à une carrière en dent de scie ? En tout cas son backing-band est tout juste bon à animer une mi-temps de Superbowl : gros rock ricain sans saveur, compositions ineptes... ce qui est d'autant plus dommage que sa voix un peu fêlée, son début de charisme même, pourraient être tellement mieux utilisés ! Tandis que la miss se la pète un peu trop en se roulant par terre, une amie émet l'hypothèse plausible suivante : "tu sais, en fait je crois qu'elle se drogue !". Bien possible en effet.
On partira donc vers des horizons plus sound-systémiques, et avec raison : les Hell's Kitchen sont un formidable trio de blues joué à fond la caisse, avec guitare fuzzy et contrebasse en roue libre. Par ailleurs ils sont francophones (suisses ?), font un peu les guignols et sont finalement très attachants. On les quitte sur la fin de leur concert, une sorte de folk-blues déchaîné et tout à fait convaincant. Pendant ce temps, au loin, on entend Juliette et les Léchouilles en train de massacrer Hot Stuff. Ils auront au moins joué une bonne chanson - God bless Donna Summer...
Sur la plage se produit alors Archie Bronson Outfit, un duo que nous a chaudement recommandé le Big Smelly Toe (marseillais crypto-suédois de nos amis et croisé à plusieurs reprises - mais il faut dire qu'il mesure au moins 2 mètres). Il s'avère que c'est un duo ... de quatre personnes, dont le rock un peu lancinant semble fort bien écrit (on pense tout de suite à 16 Horsepower et autres groupes du même auteur). Par contre il s'avère qu'on entend peu ou prou que les guitares (donc ni les voix ni la batterie, ni même le saxo pourtant un peu expérimental). Dommage, ça doit être bien sur disque et peu-être même en salle, à revoir.
A ne pas revoir par contre, les gros bourrins du Wu-Tang Clan, sept à huit pignoufs braillant des yeah, des shit et des fuck dans leur micro, au point que nul ne sait si c'est encore la balance ou déjà le (rires) "concert". Il paraît qu'ils ont réussi à se poser à Francfort pour venir ici, d'ailleurs, et qu'ils ont pourri la vie à l'organisation. La parfaite bande de branquignols en somme... Soit parce qu'on connait pas soit qu'on a pas les codes pour le rap US (on avait pourtant apprécié Jurassic 5 à Rock en Seine, dans le style ?), ça nous fait immédiatement chier. Quoi qu'il en soit, un type avec une voix de photocopieuse en bourrage et une gueule de camion fera un truc autrement plus convaincant le lendemain ici-même.
Ce sera donc le prétexte à acheter un énorme et régressif cornet de frites mayo-ketchup et à croiser notre camarade Pierre Andrieu, qui erre lui aussi à la recherche d'un bon concert. Que nous trouverons (comme souvent dans ces cas-là) au sound-system - il faut le savoir, il y a TOUJOURS un bon concert quelque part aux Eurockéennes ! Ca s'appelle donc Andy Newcomers, c'est jeune groupe de pop-rock explosive (genre Placebo, mais au siècle dernier) qui s'éclate vraiment, avec de bonne compos qui rappellent parfois Dirty Pretty Things, une référence ! Ils ont en plus amené des potes qui assurent l'ambiance dansante et même pogotante. Excellente surprise, à suivre si possible, je les préconise chaleureusement !
Mais voici venu le temps de s'y remettre. S'il est bien un concert que l'on ne manquerait pour rien au monde c'est celui de la diva punk-soul Amy Winehouse, notre révélation de l'année sur disque . Le décor sous chapiteau est d'une classe folle, tout en lourds rideaux, esprit très Motown, de bonne augure comme les musiciens blancs et les cuivres tout à son service... et puis ses deux choristes noirs en costards, beaux comme des dieux, avec leurs pas de danse au ralenti sur l'air jazzy qui introduit l'affaire. 9 personnes en tout, c'est bien le big band qu'on espérait !
Le speaker l'annonce et pas le temps de l'esquiver : cette fille est une bombe atomique que le chapiteau se prend en pleine gueule, avec ses tatouages, son chignon extravagant, son jean taille basse et ses boucles d'oreille de supermarché. Sa voix est à la fois grave, chaloupée et laid-back, globalement elle est comme qui dirait sexy à mourir. En plus elle n'est même pas vraiment drunk ni high (il paraît pourtant que ça lui arrive souvent en live), enfin pas au point de mal chanter Tears dry on their Own ou la délicate Love is a Losing Game...
Juste assez éméchée pour chanter sur le fil et sans violons, un extraordinaire Back to Black qui nous donne des frissons et recueillera un triomphe mérité ! Cette chanson est sans doute la chose la plus bouleversante entendue depuis Bang Bang de Nancy Sinatra/Lee Hazlewood... Le concert, d'abord soul mélancolique, prend ensuite assez vite une tonalité plus chaleureuse avec des morceaux sans doute plus anciens, un truc chicano-ska et même un titre carrément rocksteady qui mettra littéralement le feu - il faut dire que la demoiselle boit sec et commence à être d'autant plus enjouée... Tarantino doit absolument faire apparaître cette incroyable créature dans un film, à la bande-son ou mieux, à l'image, c'est urgent !
La déesse est finalement à point pour chanter magistralement Rehab, un peu plus vite que sur album - elle est en fait toujours un peu en retard ou en avance sur les musiciens mais se rattrape chaque fois avec classe - et si c'était simplement ça, la soul ? Le concert, notre premier concert de ce genre au fond, se termine sur You know I'm no good (mais si tu l'es chérie !) et un langoureux Me and Mr Jones (qui est ce Môssieu, on peut savoir ?). c'était à prévoir quand elle quitte la scène : nous sommes complètement amoureux d'elle, nous crions toutes et tous comme des fous, heureux et ivres - comme elle. Très grosse claque, vivement Rock en Seine (PS août 2007 - eh non, elle n'y est pas venue, They finally made her go to rehab, and she said no, no, no...).
Malheureusement Peter Von Poehl programmé en même temps en a fait les frais : on n'en voit que la toute fin (heureusement qu'on l'a déjà vu et aimé il y a peu à Marseille). De même on ne fera que passer au concert des Rita Mitsouko, dont les chansons de moins de 15 ans d'âge ne nous ont plus réellement passionné, même si un C'est comme ça bien torché nous rappelle de bons souvenirs du collège, comme le fort cool Andy qu'on chopera à la fin en repassant. Ca sonne un poil trop variète pour les Eurocks quand même, les Rita ... On fait aussi un tour sous la tente militante, qui propose cette année de s'engager contre l'échec scolaire en banlieue (www.pasdequartier.org).
Pas tout ça mais c'est peut-être le moment d'aller voir de l'électro ! Simian Mobile Disco, c'est deux types qui viennent de sortir un disque (chroniqué par Pierre Andrieu) et qui tournent dans la loggia en ébullition autour d'un gros cube avec des lumières clignotantes, dont ils actionnent des boutons, des trucs et des machins. La machine émet en retour un électro-rock énorme qui met, pardon, un putain de feu : ça tient plus de la rave que du concert mais c'est vraiment très excitant (il faut avouer que nous sommes à point, nous aussi).
Tellement à point que Young Gods vs Dälek sera mon concert de sieste (il y en a toujours un...) Il faut dire que la création, très recherchée et sonique, est très peu consensuelle. On y reconnait quelques airs des Young gods, retriturés en un trip-hop industriel sur lequel slamme le gros chanteur de Dälek, planqué derrière son laptop - le résultat n'est pas sans rappeler Tricky. Le son n'est hélas pas formidable, et le tout n'est pas complètement passionnant ni abouti. Nosfell vs Ez3kiel, c'était quand même autre chose ... et le chapiteau s'est pas mal vidé quand je ré-émerge.
Sans doute à cause du diable qui s'apprête à jouer. Autrefois explosif et vraiment excentrique, le grand Marylin Manson (déjà passé ici en 1999 - et il nous avait retournés !), a en effet précipité ici des hordes de jeunes adultes déguisés et maquillés - mais qui, je le signale avec ma perfidie de trentenaire, devaient plutôt vénérer Dragonball Z à l'époque de Portrait of an American Family en 1994... Ses concerts se sont pourtant transformés en un cirque grand-guignol et provocateur très calculé et plutôt vain... Le chanteur ne fait qu'esquiver toutes les parties vocales difficiles (il a récemment été pris en flag' de play-back sur ce site, d'ailleurs), brandit mollement un micro en forme de couteau dont il fait mine d'égorger son guitariste, qui est au fond presque plus inquiétant que lui, avec son regard de mérou en fin de criée.
Même si son show est très carré et ses décors assez pimpants, le virage pop plus ou moins assumé de l'Antechrist, ainsi que le départ de ses meilleurs musiciens (Twiggy Ramirez en tête) a fait de lui un clown un peu triste qui peine à mettre le feu avec ses chansons récentes comme mObscene (même un show de 2002 réécouté sur le trajet sonnait encore sacrément plus affreux, sale et méchant...). C'est même pire avec son nouvel album qui semble sonner comme du Cure de bas étage. La bonne reprise de Sweet Dreams, ou la mauvaise de Tainted Love, ne suffiront pas non plus à nous exciter les boyaux...
C'est quand il envoie des tubes anciens qu'il retrouve un peu de sa superbe : I am the God of Fuck, The Dope Show et deux trois vieilleries nous rappellent qu'on l'a un jour beaucoup aimé, sans doute avec raison, même si là où il montrait son cul et plus si affinités, il ne fait plus que montrer son caleçon... Allez Marylin, quittons-nous bons amis puisque tu as fait The Beautiful People, l'une de mes préférées, en rappel tout de blanc vêtu, en espérant que tu retrouveras un jour une gonzesse assez décadente pour te rendre ton inspiration !
Permets-nous cependant de nous rendre à Justice, dont l'album "†" demandait confirmation sur scène : voilà des gens qui savent énerver une foule ! Si les deux tiers des gens ont quitté le site après la gargouille glam, les autres se précipitent vers la croix blanche lumineuse déjà allumée, à l'entame d'un Genesis inaugural et identique à sa version disque, mais sur un très gros son ! L'enchaînement sera davantage remixé sur Phantom Pt I & II, puis sur D.A.N.C.E. nettement plus abrasif (et donc plus jouissif) que sur disque, tout comme D.V.N.O.
On ne reconnait pas tous les titres, soit parce qu'ils sont plus anciens soit parce qu'ils en gardent des méchants pour le live, mais c'est une tuerie à peu près du début à la fin : le light show d'abord un peu poussif monte en puissance et le show éclate dans toute sa puissance sur un phénoménal enchaînement qui, comme espéré, nous décalquera au plafond : Stress (ma préférée), Never Be Alone (funky à crever) et les terribles vrombissements de Waters of Nazareth - difficile de reprendre son souffle après ça !
Les deux compères qui font un tabac, ont pourtant un air un peu stressé qu'ils garderont tout le concert - allez quoi, c'est pas comme si on vous arrachait une dent, c'est quand même pas tous les jours qu'on fait danser 8000 personnes, faut rigoler les gars, ou alors mettez des casques comme vos aînés ! Un malheureux concours de circonstances m'a fait égarer mon dernier petit papier de la journée (or j'avais déjà paumé mes derniers neurones aussi) : je ne sais plus la fin de la tracklist mais il paraît évident qu'ils ont du jouer à peu près tout l'album et je crois même, un court remix de Daft Punk...
Alors pour conclure, certes ça n'a pas tout a fait été aussi formidable que ceux-ci l'an passé (mais personne ne s'y attendait non plus !) mais il faut bien constater que nous en sommes ressortis hilares et surexcités. Justice a largement tenu son rang de nouvelle sensation française de la so-called french touch. Et cette première journée de festival nous laisse enchantés !
Illustrations par Philippe
Un moulon de petites vidéos d'ambiance à tous ces concerts, c'est par ici !