En première partie du concert d'
Arno à la Coopérative de Mai, le groupe vichyssois
Doe a tant bien que mal réussi à présenter ses morceaux bizarroïdes à un public peu enclin à la découverte. Armés d’une basse et d’une guitare, les deux musiciens s’accompagnent par un déluge de samples et de boucles rythmiques qui peut choquer certaines oreilles sensibles… Ce rock déjanté en français semble encore un peu jeune, le chant demandant un temps d’adaptation pour l’auditeur découvrant le groupe. Bonne route à
Doe !
Après un passage à Thiers lors du défunt festival
Rock Au Max en 1999 et une visite à Clermont-Ferrand en compagnie de
Beverly Jo Scott en 2000,
Arno revenait pour promouvoir son excellent nouvel album,
Charles Ernest. La seule différence notable par rapport à ses précédentes apparitions sera une affluence plus conséquente - la grande Coopé affichant presque complet - car, à part ça, notre homme présente toujours un spectacle de « chanson rock » à voir absolument...
Plus que jamais,
Arno sait s’entourer de musiciens idoines, il n’oublie jamais de dire un petit mot « gentil » quand il les présente. Si le batteur
Rudy Cloet « joue depuis 25 ans avec moi mais j’ai jamais vu son zizi. Sa sœur dansait pour Claude François, c’était une lesbienne, comme moi ! », le guitariste multi facettes
Geoffrey Burton a, lui,
« mauvais caractère mais je l’aime comme un chou à la crème »… Le bassiste
Mirko Banovic, quant à lui,
« est pas cher parce qu’il est yougoslave », l’organiste
Serge Feys « était mannequin chez Vogue Homme, il faisait des pubs pour les strings léopard » et l’accordéoniste
Gwen Cresens « est un ancien Chippendale »… Tout le monde en prend pour son grade avec
Arno ! Ce qu’on remarque surtout, c’est que les musiciens sourient et sont contents de jouer avec
M. Hintjens qui, en plus, les fait participer à la composition des morceaux.
Quand
Arno entonne de sa voix cassée et bouleversante, une chanson des
Beatles (
Drive my car), un hymne des
Rolling Stones (
Mother’s little helper), un morceau de bravoure signé
Adamo (
Les filles du bord de mer), un classique de
Jacques Brel (
Le bon Dieu), une vieillerie datant de l’époque
TC Matic (
Putain Putain) ou tout autre extrait de répertoire, il sait qu’il peut compter sur ses cinq fidèles musiciens pour l’épauler de manière touchante (
Les yeux de ma mère,
Lonesome Zorro) ou musclée (
Mon Sissoyen,
Oh la la la)… Cette fanfare rock ‘n’ roll bien déglinguée réussit à mettre en valeur chaque chanson avec classe.
En s’appuyant sur cette base solide,
Arno peut se concentrer sur sa voix écorchée, ses textes uniques, son harmonica ou ses cymbales pour rendre grâce à des compositions toujours aussi pertinentes. Pour un artiste ayant sorti autant de disques, il est assez rare de constater que les meilleures chansons jouées sont extraites du dernier album en date. C’est pourtant le cas des très réussies
Ma femme,
Je veux nager,
Lola, etc ou
Honky Tonk. Même s’il chante la plupart du temps en fermant les yeux, il y a toujours une lumière dans les yeux (et les chansons) d’
Arno…
A lire également : le compte rendu du
concert d'
Arno au Théâtre Antique de Vienne, en juillet 2003.
(Photo Jean-Pascal Blache)