Bilan un peu mitigé pour la Route du Rock 2007, qui avait lieu près de Saint-Malo, du 15 au 17 août 2007 : la pluie du premier jour et le froid nocturne des autres soirées n'ont pas empéché de découvrir des artistes classieux et/ou émergents, mais c'est le concert pathétique (et hors de prix, en plus !) de la tête d'affiche - les Smashing Pumpkins - qui laisse de gros regrets. Venu pour défendre un album sans intérêt aucun, le groupe de Billy Corgan a englouti presque la moitié du budget programmation, pour rien serait-on tenté de dire, s'il n'avait attiré le public nécessaire à la survie du festival. Cela étant dit, la qualité du reste de la présentation de la collection été au fort de Saint-Père était de nature à satisfaire le festivalier en manque de sensations électro pop rock, comme tous les ans... Compte rendu.
Mercredi 15 août :
Herman Düne : ensoleillé, groovy et rock.
Le festival débute pour nous, après une très (trop) longue attente sous des trombes d'eau, avec un bon concert d'Herman Düne. C'est malheureusement sous la pluie que le groupe français délivre sa musique ensoleillée, groovy et rock ; cela permet néanmoins de mettre du baume au coeur des premiers arrivants... David-Ivar, Neman et leur acolytes semblent ravis de se produire à la Route du Rock devant un public tout acquis à leur cause. Le concert, peut-être un peu trop calibré pour les festivals, place en tout cas la soirée sur de bons rails...
The National : puissance émotionnelle remarquable.
Juste après, The National présente brillamment son excellent nouvel album Boxer, avec quelques retours percutants sur sa discographie plus ancienne. Avec un tel groupe, impossible d'être déçu, malgré l'absence du violon magique de Padma Newsome : les morceaux sont tous intensément captivants, le groupe joue de manière inspirée, le chanteur semble habité par des démons insaisissables... Cerise sur le gateau, les éléments déchainés (pluie, vent, froid) conviennent parfaitement aux atmosphères délivrées par le combo new yorkais, selon Matt Berninger lui-même. Cela donne même une dimension supplémentaire au spectacle... Qui, une fois de plus, emporte tout sur son passage, grâce à une puissance émotionnelle remarquable.
Quelques instants plus tard, le show d'Eddie Argos et ses musiciens redonnent définitivement le sourire. Ce monsieur, en apparence propre sur lui et sans relief, est en fait une véritable bête de scène : il est drôle, facétieux, imprévisible et toujours en forme. Entre deux bons mots, quelques exercices physiques pour éliminer les excès (un peu de corde à sauter avec son fil de micro) et quelques provocations bon enfant, le leader omnipotent n'oublie pas d'insuffler une énergie et une hargne incroyables aux morceaux de son groupe de rock. C'est un peu comme si Jarvis Coker de Pulp et Mark E. Smith de The Fall ferraillaient avec un groupe de punk rock obsédé par le hard rock ; on assiste à un feu d'artifice de tubes concis et percutants osant parfois aller jusqu'aux limites du bon goût. En un mot, c'est totalement jouissif ! Les deux albums truffés de hits d'Art Brut et ses concerts survoltés sont vivement conseillés à... absolument tout le monde !
The Go ! Team : irrésitiblement frais et joliment brouillon...
Pour oublier le froid et l'humidité, rien de tel qu'un peu d'exercice. The Go ! Team et son mélange hip hop/soul/pop/rock bricolo bruitiste semble tout indiqué pour faire bouger le public, surtout avec une chanteuse aussi surexcitée que Véronique et Davina réunies. Même avec un genou douloureux, la très craquante vocaliste s'en donne à coeur joie en sautant partout, en chantant avec enthousiasme et en dégageant une énergie plus que communicative... Certes, tous les morceaux sont batis sur la même formule et se ressemblent un peu, mais sur scène l'ensemble se révèle irrésitiblement frais et joliment brouillon. De quoi faire tourner la tête à plus d'un !
Sous des cieux enfin plus cléments (il fait beau et chaud !), les Anglais de Fujiya & Miyagi permettent de décoller en douceur avec leur électro krautrock de fort belle facture. Au menu : guitares légères, claviers vintage aériens, voix lancinantes, boites à rythmes caressantes... Les atmosphères éthérées délivrées par ce groupe sans charisme aucun ont le grand mérite d'être saisissantes ; l'auditeur, peut-être un peu distrait au début, se laisse progressivement envouter par les entrelacs de guitares et de claviers, les boucles sonores oniriques, les gimmicks entétants et les montées hallucinogènes. A revoir au plus vite dans une salle intimiste...
Déjà auteurs d'une prestation impressionnante au festival Europavox deux mois plus tôt, les furieux Norvégiens de 120 Days confirment à Saint-Malo leur statut de groupe de scène imparable... Si à la Coopérative de Mai, ils avaient joué seulement deux morceaux – géniaux, planants, vrillants – en 45 minutes, la tactique d'attaque est différente en territoire malouin : plus de morceaux avec guitare façon Stone Roses/Primal Scream, mais toujours des tentatives réussies de mélange rock/électro/punk entre Suicide, Kraftwerk et « Rolling Stooges ». Malgré un public peu réceptif (sans doute à cause d'un horaire de passage trop précoce), 120 Days a fait étalage de toute sa classe. Un combo tout à la fois à voir sur scène pour péter les plombs, à écouter chez soi pour partir en vrille et à passer sur un dance floor pour sauter partout ; aussi à l'aise avec des boucles préenregistrées, des claviers triturés et des instruments de rock classiques, l'avenir semble véritablement radieux pour ces quatre musiciens-là.
Encore un très bon moment juste après avec le set psychédélique en diable des Montréalais volants de Besnard Lakes, sorte de croisement stellaire entre Pink Floyd, Neil Young, les artistes du label Constellation et les Beach Boys. Oui, rien que ça ! La troupe semble s'entendre à merveille et être ravie de se produire en France ; dans ces conditions idéales, elle donne donc le meilleur d'elle même, avec de longs morceaux propices pour laisser divaguer son esprit à très haute altitude. Certes, tous les fans hardcore des Smashing Pumpkins (qui sont attendus incessamment sous peu) ne sont pas très enthousiastes, mais qu'importe : les fans de musique pop expérimentalo planante se sont vus proposer une dose de leur drogue préférée par un groupe simple et inspiré.
Smashing Pumpkins : un cauchemar...
Tout le contraire donc des Smashing Pumpkins qui ont plongé dans le désarroi le plus total une très grande partie de leur public... La faute à un nouvel album inintéressant au possible, à la transaprence des remplaçants de James Iha et D'Arcy, à un Billy Corgan en pilotage automatique, à un Jimmy Chamberlin ultra lourdingue sur ses fûts... Le résultat : dès le premier morceau – interminable, avec une tentative d'hymne américain à la guitare en plein milieu ! -, l'on se dit que la soirée va tourner au cauchemar. Entre prog rock sans inspiration, métal plombé et massacre éhonté du répertoire (une bonne partie de Mellon Collie And The Infinite Sadness est jouée mollement, avec en « bonus » un Bullet with butterfly wings complétement raté), la bouillie sonore qui provient de la scène donne envie de prendre ses jambes à son cou et de fuir au plus vite ! Avec un peu plus d'envie de jouer, une bonne dose d'humilité, une volonté d'oublier un peu les racines hard rock et un meilleur choix de set list (pourquoi oublier 1979 ?), il aurait pu en être autrement. Dommage, vraiment dommage, surtout vu le cachet excessif demandé par les Smashing Pumpkins ! A oublier...
New Young Pony Club : efficace.
Fort Heureusement, New Young Pony Club réussit à faire – un peu – disparaître de notre esprit la désagréable impression laissée par la soi-disant tête d'affiche du festival. Et cela en proposant une électro pop/New Wave loin d'être géniale, mais efficace en diable et servie très fraiche par un groupe monté sur ressorts. New Young Pony Club a le grand mérite de se bouger le cul pour nous donner envie de remuer notre popotin, et c'est déjà énorme !
CSS : on a envie de danser n'importe comment et de faire l'amour n'importe où... et avec n'importe qui en plus !
Dans le même registre, mais en plus musclé et fruité, les furies brésiliennes de CSS ont fait bonne impression au coeur de la froide nuit malouine. Ce groupe bigarré et fluo dispose pour principaux atouts d'une énergie débridée, d'un brin de folie et d'un manque flagrant de complexes pour mélanger tout et n'importe quoi. Et ça marche : on a envie de danser n'importe comment et de faire l'amour n'importe où... et avec n'importe qui en plus ! Tous les morceaux se ressemblent, mais l'éssentiel est là : on est content de communier bêtement avec cette bande de doux dingues. Comme pour récompenser le public d'être resté, CSS propose « une reprise de Daft Punk », qui s'avère être en fait une version électro rock du hit mortellement jouissif de L7, Pretend we're dead. Finalement, la nuit sera belle, en attendant Sonic Youth...
Déjà le dernier jour de cette route du rock 2007, avec le gros morceau de l'affiche : Sonic Youth jouant son mythique album Daydream nation dans l'ordre et en intégralité... Le grand moment - prévu à 23h - nous trouble au point de nous faire manquer les excellentes Electrelane, qui remportent un véritable triomphe auprès du public. Juste après, Albert Hammond, Jr., le guitariste des Strokes, n'a pas cette chance, malgré le concert correct qu'il propose. Le public accueille assez fraichement les morceaux pop folk rock de l'album Yours to keep qui sont pourtant de très bonne tenue ; il faut dire qu'Albert et ses impeccables musiciens se la jouent un peu et ça ne plaît pas à tout le monde. Malgré ce petit détail et le côté expéditif du concert (qui se termine sans un aurevoir par le jet intempestif de la guitare dans la batterie... ), les amateurs avaient sans aucun doute pu remarquer les mélodies immédiates, l'écrite soignée des morceaux, les arrangements percutants, la belle voix du monsieur et la surprenante reprise de Frank Black himself : Old black dawning. A suivre donc.
Sonic Youth : la flamme artistique brûle toujours chez la jeunesse sonique.
Puis Sonic Youth arrive à l'heure dite pour jouer l'un de ses chefs d'oeuvre, paru en 1988 : le double album Daydream nation, subtil mélange de rock bruitiste, de punk rock déstructuré et de mélodies aussi planantes que toxiques. Tout commence avec l'excellentissime Teenage riot, un incontournable du répertoire du groupe de New York, joué en général à la fin des shows. Le son est bon, le groupe a envie de jouer, le public est chaud et l'énorme bougie figurant sur la pochette du disque sert de fond de scène, sans doute pour prouver que la flamme artistique brûle toujours chez la jeunesse sonique : tout cela ressemble bel et bien au bonheur... Le disque défile donc avec ses passages noisy bruitistes, ses morceaux plus immédiats (Silver rocket, Eric's trip, Hey Jony) et l'on se dit qu'effectivement cet opus est d'une sacrée trempe. La relecture scénique qu'en propose le combo de Thurston Moore, Kim Gordon, Lee Ranaldo et Steve Shelley est à la fois fidèle et aventureuse ; seul petit détail, les très bons morceaux du nouvel album - Rather Ripped - joués lors d'un très long rappel auraient peut-être pu être intercalés dans Daydream nation. Tout cela relève du détail car Sonic Youth, renforcé par l'ex bassiste de Pavement, Mark Ibold, lors des rappels, a démontré que sa musique - qu'elle date de 1988 ou de 2006 - était toujours d'une éclatante actualité.
C'est donc un concert mémorable d'une tête d'affiche digne qui clôture pour nous cette Route du Rock. Malgré les quelques aléas inhérents à ce genre de manifestation, l'édition 2007 laissera finalement un excellent souvenir. La preuve : on a déjà très envie de revenir en août 2008.
Art Brut - 9 Août 2007 - Festival Plage de Rock - Saint Tropez Hein ? Quoi ? Comment ? Art Brut le groupe que j'ai trop envie de voir depuis deux ans passe enfin dans le Sud ? A Saint Tropez ? Dans un camping ? Gratos ? On fonce !!!
Quand même fou ça mais c'est .../...
Hein ? Quoi ? Comment ? Art Brut le groupe que j'ai trop envie de voir depuis deux ans passe enfin dans le Sud ? A Saint Tropez ? Dans un camping ? Gratos ? On fonce !!!
Quand même fou ça mais c'est bien réel après renseignement auprès des organisateurs ( www.myspace.com/plagederock ).
Forcement quand on plus l'habitude des quartiers prolos de Marseille, on se perd à St Tropez, on rate la 1ere partie et on tombe sur un Art Brut qui a déjà commencé et entame son Rusted guns of milan , excellent morceau qui raconte une panne sexuelle...
C'est tout Art Brut ça, un rock imparable qui lorgne vers les Buzzcocks au service de textes ironiques balancés par la voix monocorde d'un chanteur nonchalant. A priori ça devrait me prendre la tête, moi qui ne supporte pas les groupes de petits cons prétentieux. Mais là ces anglais touchent juste et confirme tout le bien que je pensais suite à leur 1er album, Bang Bang Rock'n'roll.
Car avant d'être un groupe de guignols, faut dire qu'ils assurent tous sur scène. Musicalement c'est impeccable, les gratteux sont pleins de poses, le batteur joue debout et ça envoie sévère. Quand au chanteur, il assure le spectacle. Sa voix monocorde pourrait être horripilante s'il n'était pas si drôle. L'arrogance affichée, tellement rock'n'roll, fait partie du show, comme s'il découvrait pour la 1ere fois le pied à jouer dans un groupe.
Et malgré l'environnement surréaliste, devant un public formé à 99% de personnes qui ne connaissent pas le groupe et qui se font la soirée camping (dont des ados déchainés devant qui se paieront le luxe d'envahir la scène devant des roadies débordés et surtout amusés.), ce fut un concert assez jouissif. Ils sont assez rares les groupes capables de déchainer des instants défoulatoires et complètement brainless que la performance d'Art Brut est à souligner. D'autant, je me répète, que musicalement ça assure sévère.
Espérons qu'un programmateur avisé de Marseille lise ces lignes et nous programme ces kadors, je sais pas moi au Poste à Galène avec Hatepinks en première partie... Réagir à cette critique
Jusqu’à présent ma seule idée sur les camping provenait des reportages de Zone interdite ou Streap tease. C'est-à-dire un truc pour fans de Johnny, buvant des kilomètres de bière, regardant le tour de France sur une vieille télé à antenne portative pendant que leurs enfants bronzaient sans surveillance sur la plage voisine. Une fois de plus la télé nous trompe. Il m’a été donné pour la première fois de ma vie d’entrer dans un camping en l’occurrence Les Prairies de la Mer à Port Grimaud pour assister au festival plage de rock, et je dois dire que je ne le regrette pas. Ce camping est une ville dans la ville de 8000 personnes où on trouve tout (supermarché, bar, salle de jeux…) et la population n’est pas plouc du tout, un mélange hétérogène de nationalités et de personnes entre 3 et 55ans. Le nombre de fille entre 20 et 30 ans est lui tout bonnement ahurissant, à tel point que tout mâle qui se respecte regarde davantage les passantes que les concerts. Concert plus qu’étonnant, car pointu a l’extrême. On imagine que le gérant du camping est un fan de musique indé et se fait plaisir avec un budget de dingue : regardez un peu le monde présent cette année : Stuck in The Sound, Das Pop, The Blood Arm, Hey Gravity… mais on retiendra surtout Kaolin et Rhesus pour l’espoir que nous français mettons sur nos compatriotes, Bishops entre retro et décibels où le chanteur est un clone de Passe-partout de Fort boyard. Les plus grosses pointures étant !!! fonctionnant uniquement à l’énergie pour une machine a danser sortie d’une cave new yorkaise et Art brut où des glandeurs britanniques nous proposaient une sorte de punk avec un chanteur au look très approximatif (en chaussettes dépareillées et trouées) déclamant des textes sur des détails du quotidien pendant que derrière lui un groupe se déchaînait inventant des mélodies soniques et distordues. Quand je vous aurai dit que la scène est à 50 mètres de la mer et l’entrée gratuite je suis sûr que vous serez là l’an prochain. Réagir à cette critique
>> Réponse (le 27/08/2007 par Ultrateckel) Eh, ben Simon!...Ca c'est sûre j'avais su j'aurais venu (Note du Pinguin : c'était pourtant annoncé sur .../...La suite
Dimanche 2 juillet, troisième jour des Eurockéennes de Belfort 2006 toujours aussi ensoleillées et agréables, après deux belles journées (vendredi et samedi) de musiques et de chaleur. Compte rendu...
My Baby Wants To eat Your Pussy :
Malgré un nom aussi alléchant qu’évocateur pour tout homme ayant un jour dans sa vie fréquenté une femme bisexuelle, et une choriste bougeant joliment son derrière (bien ferme !), le groupe My Baby Wants To eat Your Pussy nous a laissé complètement froid. Un comble avec un nom pareil ! Cette troupe bigarrée se présente comme suit : un chanteur de hard rock couine à l’envi, un guitariste habillé en femme en fait des kilos sur ses six cordes et le reste du groupe essaie de se montrer le plus possible… Le gros problème, c’est que dans tout ça, il manque cruellement de morceaux percutants ; cet assemblage disparate de pop FM, de heavy metal à cheveux permanentés et de funk est assez dispensable. Reste le nom, dont le groupe semble très fier, puisqu’il le répète continuellement. Un nom excitant donc, pour un groupe peu bandant.
Islands :
Toute de blanc vêtue, cette secte musicale canadienne se fait fort de distiller des ambiances psyché pop/rock à la Arcade Fire. Les ex Unicorns ont fait étalage de leur talent si particulier pour trousser des pop songs bizarroïdes aux vertus euphorisantes. Voix continuellement à la limite (c’est ce qui fait sa beauté), constructions de morceaux alambiquées (ruptures de rythme, changements d’atmosphère dans la même composition), cordes partant en vrille, Islands réussit à emmener le chapiteau dans son univers bien barré, malgré une présence un peu timide et une communication limitée…
Dominique A :
« Désolé, je ne parle pas beaucoup, vous me tétanisez ! » déclare Dominique A au bout de quelques chansons ; mais personne ne semble lui en tenir rigueur, vu la qualité du set proposé. Accompagné par les excellents musiciens de la tournée précédente (qui jouent également sur son très beau dernier opus, L’horizon) et par le fidèle guitariste Olivier Mellano, monsieur Ané - pour l’état civil - donne un concert de très haute tenue. Morceaux envoûtants, interprétations habitées, orchestrations soignées : rien ne manque à l’appel… Le chapiteau - ouvert aux quatre vents - n’est pourtant pas l’endroit idéal : on entend le satané sound system au loin, mais la mayonnaise prend immédiatement. Et puis comme le dit ironiquement, l’ex chanteur nantais : « Il y a deux musiques en même temps, c’est bien, ça fait gagner du temps ! » Malgré ce « petit détail », on retiendra des versions magistrales de Pour la peau, Le commerce de l’eau, L’horizon (avec un solo sidérant) et du Courage des oiseaux, pour conclure cette prestation de fort bon aloi…
Art Brut :
Malgré un cadre inhabituel pour lui (la grande scène, en plein après-midi), le groupe Art Brut a encore une fois fait très bonne impression (après la Route du Rock 2005 et le Printemps de Bourges 2006) avec son mélange très relevé entre la pop anglaise, le punk et le hard rock…. L’intro sur Back in black d’AC/DC donne le ton : le combo n’est pas là pour faire dans la dentelle ; son but ultime est plutôt de provoquer des étincelles entre les points de frottement des différents genres abordés. Et ça marche ! Grâce à un enthousiasme communicatif, à une belle série de discours débiles d’Eddie Argos, à ses textes tous plus savoureux les uns que les autres et à une belle série de hit singles joués à l’arrache, avec une conviction rafraîchissante. C’est un peu comme si ces petits garnements venaient de découvrir le rock ‘n roll : ils n’en reviennent pas de faire du bruit avec leurs instruments respectifs et d’être applaudis, en plus.
Aberfeldy :
Le groupe Aberfeldy se fait fort de délivrer une pop fleur bleue et sautillante avec violon émouvant, claviers cheap, voix douces et choeurs bucoliques… Cela a déjà été fait avant, et cela sera encore fait après eux, mais ces jeunes gens bien sous tous rapports semblent sincères et très contents d’être ensemble sur une scène. Petit détail qui pourrait éventuellement avoir son importance au moment du jugement : Aberfeldy écrit de jolis morceaux qui rendent heureux ou joyeusement mélancoliques. Et c’est déjà beaucoup, non ?
Sigur Ros :
Toujours très impressionnants en live, les Islandais de Sigur Ros confirment juste après leurs excellentes dispositions scéniques. Mise en scène captivante, musiciens ultra concentrés, morceaux propices au décollage vers d’autres sphères, public de fans attentifs, le mega show façon Sigur Ros réussit l’exploit d’être à la fois intimiste et grandiose, puissant et délicat. On se sent un petit peu comme dans du liquide amniotique, tranquillement bercé par la fureur du monde extérieur, sans que rien ne puisse nous atteindre et altérer ce précieux sentiment de bien-être. Après une sorte de best of post rock versus pop, le set se termine sur une ode au bruit proprement renversante. A la fin, on se sent comme orphelin, seul au monde… D’autant plus qu’en sortant de la foule massée devant la scène, on se rend compte que la moitié des spectateurs est allée se presser aux abords de la grande scène pour assister à l’horrible démonstration technique de Muse. Qu’on évitera soigneusement, préférant avoir un sommeil bercé par le souvenir du concert magique de Sigur Ros… A l'année prochaine !
Pour le premier jour c'était par ici et pour le deuxième, fallait commencer par là !
Toujours d'esprit flâneur sous un soleil qui a du prendre comme nous un pass 3 jours (à moins qu'il n'ait eu une accréditation, LUI...?!), on commence tranquillement la journée en n'écoutant quasiment pas Dominique A (ouais, bon, certes c'est pas comme ça qu'on va devenir journaliste professionnel...) Cela étant il est sûr que cet artiste à la voix un peu monocorde mais aux jolis textes, dans une salle fermée, doit être sympa à écouter... moi je ne le vois toujours qu'en festival.
"We are Art Brut, any questions ?" Ouais, quelques unes. Pourquoi le chanteur est-il si vilain et mal habillé ? Connaissant l'album on soupçonnait bien qu'il chanterait mal, mais à ce point : grassouillet et probablement bourré, on dirait un supporter anglais, tout droit sorti d'un pub karaoke ... quand au groupe il est composé de gens biens lookés mais assez poseurs.
Pourquoi commencer par un riff d'AC/DC ? pour attirer le chaland ? Bref, supportant plutôt bien le groupe sur son premier album, on prête tout de même une oreille attentive au combo de, comme on dit, rock arty. Et ses chansons toutes plus désinvoltes les unes que les autres : We formed a Band, My young brother (au son sympa, mais nous désolé on a pas attendu 21 ans pour découvrir le rock),Bang bang rock'n'roll (déjanté et noisy, avec un petit côté Libertines), ou encore Rusted guns of Milan (qui pourrait se résumer en "Too drunk to fuck"). Au bout d'un moment, l'arrogance de ce type devient franchement agaçante, un petit côté tête à claque à la Pete Doherty... On est donc partis pendant Emily Kane, laissant ce groupe réfléchir à la possibilité de recruter un vrai chanteur...
Quoi qu'il en soit, l'un des rendez-vous majeurs de cette édition nous attend : Mogwai !
D'ailleurs le chapiteau dégueule de monde, impossible de s'approcher sans écraser quelques pieds quand le concert débute sur un air celtique. Le groupe a la réputation non usurpée de jouer très fort : on se fait effectivement salement ramonner les cages à miel avec plusieurs chansons du dernier album, l'excellent Mr Beast dont on a dit le plus grand bien, même si par exemple Happy songs for happy people est au moins aussi bon. Le leader, guitariste souvent et chanteur rarement (et encore, avec la voix vocodée à mort), est un ptit gars pas fier planqué sous sa casquette : Stuart Braithwaite, qui comme tous ses potes reste imperturbable, quelle que soit la tempête sonique qu'il déchaîne. On note qu'ils portent pour la plupart des bouchons dans les oreilles, quand même, les petits joueurs...
En tout cas Travel is Dangerous et plus encore, la magnifique Friend of the Night ravissent nos oreilles. Cette musique vrombissante a des effets variés : la fuite -pour pas mal de gens- ou un état second de trip extatique (que certains aident avec diverses substances). Des passages très calmes (où l'on tend presque l'oreille) sont enchaînés sans ménagements avec des déferlantes soniques, littéralement des murs de larsens que construisent, impavides à la manière d'un Ron Asheton des Stooges, le chanteur de Mogwai et sa bande. Ce son totalement anti-commercial, à rebours des modes, que l'on appelle le "post-rock", est décidément bien jouissif et rafraichissant. Dommage qu'on ne puisse pas changer d'oreilles dans une vie ... Mais on veut bien prendre le risque, quand retentit la diabolique Glasgow Mega Snake (que Muse n'arrivera jamais à écrire, car pour cela il faudrait d'abord baillonner Matthew Bellamy...). Le final tout à fait chaotique se fait après un slow très lent, en béton armé, qui doit être sur l'album HSFHP ? Le groupe nous quitte sur ce que l'on appellera un bruit "noir" : tous les instruments saturant tous en même temps, à force d'être maltraités, piétinés, cognés etc. Au final, un excellent moment expérimental qui fait du bien... même quand il s'arrête.
Bien sûr on aurait pu s'échapper plus tôt. Mais pour une fois qu'il y avait peu de groupe popeux à la Belle & Sebastian, on ne s'est pas rués pour voir la fin d'Aberfeldy(sheim*) ; un grand amateur de ces groupes mélodiques (et ch...) nous en a cependant dit du bien, avec la réserve que c'était un peu limite easy-listening variété par moments. * private joke pour alsaciens d'origine - ne pas confondre avec Mittel- et Niederfeldysheim bien sûr
Bref, on reprend ses esprits avec la fin de We are Wolves, live on the beach. Restaient seulement 10 minutes de cet excellent power trio rock, au son électro-garage (guitare, synthé et batterie), super sympa, à revoir en salles si possible !
Car animé d'un mauvais pressentiment, on a traîné des pattes avant de rejoindre la grande scène et Archive. Et notamment, on a poussé jusqu'au sound system, minuscule scène (comparée aux autres) à l'entrée du site, pour revoir un petit coup de Las Ondas Marteles, sympathique trio de musiques espagnoles déjà vu avant un inoubliable concert de -M- au Dôme. Un vrai plaisir que d'écouter de la canson tranquilla en español (un peu de calme après la tempête), des trios a capella avec carillons délicats, un rockabilly guitare/contrebasse acoustique et néanmoins endiablé qui doit s'appeler My baby left me.
Au moment où l'on remarque un truc amusant, que Sébastien Martel a comme un petit air de Manu Chao plus jeune et plus grand, voilà Camille qui arrive !! La même que hier, mais ce coup-ci à peine à trois mètres ! Trop classe. Elle est venue chanter avec Nicolas Martel (chanteur délicat s'il en est), 2 slows rock très classieux, d'une voix archi-sexy digne de Betty Boop. On les quitte à regret sur un blues, mais quelle idée super sympa que cette petite "saynette" à l'entrée du site, pour des collaborations sans façons entre grands artistes !
On rejoint cepentant quand même Archive par acquis de conscience, sur Fuck U. Bien sûr la musique est toujours très belle mais la voix du nouveau chanteur n'est vraiment pas top, bof, il n'y a rien à faire, on regrettera toujours Craig Walker, le rouquin torturé et charismatique parti il y a presque 2 ans. Le groupe joue des nouveautés de l'album Lights, un peu faiblardes a priori (en tout cas répétitives par rapport à leur dernier bon album en date, You all look the same to me, lui-même aussi beau que Londinium - on pardonnera s'il le faut beaucoup de galettes mineures aux deux auteurs de ces oeuvres sublimes).
Mais horreur ! En plus du nouveau chanteur de qualité standard, revoilà le chevelu casse-couille qui nous les a déjà brisées par le passé aux Docks des Suds. A deux doigts de filer, on est retenus par un peu de la magie d'antan, toujours reconnaissable dans les orgues en trémolos magnifiques. En plus le groupe se lance dans Again, les salauds, plus possible de partir, la guitare nous a scotché... musicalement la chanson est évidemment sublime mais vocalement aie aie aie, quand il crie ça fait presque peur (on dirait Bono !). Le concert à Rock en Seine 2004 restera donc celui du top du top d'Archive, on en reste à jamais inconsolables...
Inconsolables, ça tombe bien c'est ce qu'il faut être pour apprécier Sigur Rös. Encore du post-rock, on est gâtés, sauf que celui-ci vient d'Islande. Encore plus planant, presque aussi sonore que Mogwai, le groupe joue d'abord caché derrière un rideau aux images abstraites - dernière photo qu'acceptera de prendre mon appareil photo épuisé. Le chanteur apparaît alors, Jonssi Birgisson, pour votre gouverne borgne et gay selon le (très complet) site web du groupe, mais surtout charismatique et assez beau gosse apparemment, qui joue de la guitare avec un archet, tout en chantant avec une voix d'ange.
Le groupe interprête plusieurs chansons de l'album Takk et notamment le "tube" (ça c'est de l'info non ?). Pour être plus précis, plusieurs chansons aussi de l'album ( ), mon préféré. A ce sujet, un petit regret d'ailleurs : autant ils ont joué ( ) que j'aime bien, autant j'ai attendu en vain la très floydienne ( ), que j'adore (blague à part, la 7e sur 8, 13 minutes qui contiennent la naissance et la disparition d'un monde, cette chanson est un vrai trip, elle est belle à en mourir).
(Photo : image.freemusic.cz)
Le public, il fallait s'y attendre, est complètement euphorisé par ce son tout à fait énorme. Sur scène, il y a pas mal de monde dans l'ombre : des percus et carillons féminins, au moins 5 cuivres, et le son est un peu soporifique (mais au sens positif du terme : on a envie juste de rêver, allongé dans l'herbe), au son de la superbe ( ) (5ième, 8ième ?) qui est vraiment magnifique. Il faut dire que le hopelandic, langue inventée par Sigur Rös, est au moins aussi mélodieux en bouche que le klokobetz de Nosfell... A la fin le rideau retombe, en ombres chinoises, le groupe offre un final grandiose avec un triomphe total (petite surprise, je ne doutais pas que les gens aimaient tant ce groupe - autant de bruit que pour Mogwai...). Et pas moins de 14 personnes qui viennent saluer ! Les deux meilleurs groupes de post-rock en activité, le même jour, elle est pas belle la vie à Belfort ?
Ivre et saturé de bonne musique, il n'est plus question de se battre avec des hordes de minots en t-shirt siglé, pour aller absolument voir les frimeurs prétentieux de Muse, et leurs chansons trop écrites. Déjà vus, plusieurs fois, ils nous énervaient déjà en 2000 quand ils avaient 17 ans et un seul album au compteur. De loin, on entend Bliss et d'autres tubes "historiques", toujours plaisants à l'oreille mais aussi Stockholm Syndrome de l'album Absolution (et comme lui et tout ce que fait Muse : facile d'aimer à la première écoute, facile de se lasser à la deuxième). Le groupe n'a certes pas le génie de la composition, mais ce sont de bons entertainers, et en partant leurs chansons bien connues nous accompagneront agréablement jusqu'à la voiture.
Au final, on retient de ces trois jours une très jolie édition, rien qui nous ait rendu totalement fous (quoique, Daft Punk et Katerine ? ...) mais plein de très beaux moments. De la tempête décibelienne de Mogwaï à un p'tit blues sexy avec Camille et Las Ondas Marteles en passant par l'élixir de jouvence que nous a délivré Depeche Mode ou le prozac sonore de Sigur Rös, du délire francophone de Dionysos à celui en yaourt anglo-nippon des Polysics, une fois encore les Eurockéennes ont su nous étonner, nous amuser, nous énerver, nous faire vibrer...
Avec un engagement écologique et même citoyen (l'association Trop C trop contre la surcharge des prisons) qui ne se dément pas, une organisation sans failles aucune (y compris la météo), on est toujours dans le plus beau des festivals, alors c'est sûr, l'an prochain, on reviendra !
Longue Vie aux Eurockéennes !
A lire aussi sur ConcertandCo : (mes) Eurockéennes 2005, ou même celles de 2004, voire celles de 2003... et puis aussi un retour sur les années 1994 à 2002 !