La Halle de Martigues est au bord de l'eau, sous le pont qui enjambe la Méditerranée. De l'extérieur ça ressemble à un hangar en tôles ondulées. À l'intérieur, ça ressemble toujours a un hangar en tôles ondulées! C'est une architecture nue, brute de décoffrage, signe des temps, semblable à celle des supermarchés discount ou des aéroports low-cost. .../...
La Halle de
Martigues est au bord de l'eau, sous le pont qui enjambe la Méditerranée. De l'extérieur ça ressemble à un hangar en tôles ondulées. À l'intérieur, ça ressemble toujours a un hangar en tôles ondulées! C'est une architecture nue, brute de décoffrage, signe des temps, semblable à celle des supermarchés discount ou des aéroports low-cost. Pas de superflu, juste l'utile, une grande scène, quelques structures métalliques pour soutenir les rampes de projecteurs et pour former les gradins qui, prolongés par quelques rangées de chaises, permettent une configuration variable de la salle : pour le concert d'aujourd'hui, environs 1000 places assises. Finalement le mauvais temps exceptionnel de ce mois de Mai n'est peut-être pas une si mauvaise chose : à six heures de l'après-midi, en cette saison on doit cuire dans cette salle ! Six heures de l'après-midi, pas très habituel pour une manifestation rock, juste de quoi ajouter un peu plus d'eau au moulin de ceux qui pensent que ce concert est fait par "des vieux" et pour "des vieux". Ce qui est sûr, c'est qu'à cette heure de la journée, le contraste entre la lumière du jour et l'obscurité de la salle, où vient de retentir le symphonique
Pomp and Circumstance d'
Edward Elgar, n'en est que plus violent.
18h05 Les projections du logo bleu d'
Asia, sur les deux écrans placés sur le fond de la scène, sont nos seuls guides pour retrouver les premiers rangs. Les quatre membres du groupe arrivent alors devant nous, quatre musiciens composant "la dream team du rock progressif". Cette analogie avec le monde sportif, vient du fait que chacun est issu des plus prestigieux des groupes fondateurs du rock progressifs à savoir
Yes,
King Crimson, et
ELP. Et à ce titre "ils sont" presque le rock progressif, je dirai les 4 fantastiques du genre.
Carl Palmer serait
L'homme de pierre (La chose): habillé d'un tee-shirt sportswear blanc et rouge, il surplombe sa batterie et affiche un physique sportif et dynamique sur lequel le temps semble avoir eu peu d'effets. Deux grosses caisses, fûts à l'horizontale permettant une vue bien dégagée, multitude de cymbales et deux gongs (un rond, l'autre en forme de bouclier doré dans lequel est moulé une araignée), deux accessoires encombrants sur lesquels n'est généralement porté qu'un seul coup au cours d'un concert, entourent le batteur ne le rendant que plus imposant.
John Wetton serait
Mr Fantastique : en première ligne, à la fois leader au chant, et soutient rythmique à la basse, il tient la structure musicale des morceaux par les deux bouts. Sa voix s'est un peu épaissie avec les années, mais sa stature devant le micro est restée inchangée, instrument en bandoulière qu'il tient relativement bas et qu'il maîtrise à l'aveugle d'un pouce agile.
Steve Howe serait
La torche humaine : mais les années passées, il se serait beaucoup (voire complètement) consumé, laissant apparaître le corps frêle de
Mr Burns (personnage de la série
The Simpons). De deux ans l'aîné de
John Wetton, il paraît 20 ans de plus. Chemise à rayures fermée jusqu'au dernier bouton, pantalon gris en tergal marqué d'un pli au fer à repasser, lunettes et cheveux mi-longs blancs autour d'un crâne dégarni, il est presque anti-rock'n'roll! Mais ces considérations physiques passées, la flamme de la guitare qui l'anime est restée, elle, intacte, et c'est finalement tout ce qui importe à ceux qui sont présents aujourd'hui. L'analogie est une méthode qui a souvent montré ses limites et en ce qui concerne
Geoff Downes on peut dire qu'il est tout sauf
Invisible : il jongle avec pas moins de 8 claviers placés autour de lui, un autre planté devant la scène et un dernier qu'il porte en bandoulière pour venir se coller au dos de
John Wetton. Il enfile veste à brillants et lunettes noires pour interpréter son succès personnel.
La présence de quatre telles personnalités au sein d'un même groupe alimente diverses motivations pour venir voir
Asia en concert, autres que celle du groupe lui-même. Et ce soir, il y en a pour tout le monde :
Roundabout pour les adeptes de
Yes,
In the court of King Crimson pour ceux de
King Crimson ou encore
Fanfare For the Common Man pour ceux d'
ELP. Un passage en solo est également consenti pour les fans de chacun des musiciens.
Geoff Downes interprète
Bolero extrait de
Cutting it Fine, entre classique et années 80.
Steve Howe nous livre, assis avec sa guitare folk,
Clap, un titre country entraînant aux inspirations de
Merle Travis et qui a dû ravir les amateurs de
Marcel Dadi.
John Wetton reprend à la guitare 12 cordes la ballade
Voice of America. Enfin,
Carl Palmer exécute un solo durant
The heat goes on, s'attardant sur un jeu original de cymbales, effectuant quelques acrobaties avec ses baguettes et terminant dans un grondement de double grosses caisses sous un déchaînement de coups de gongs. Les fans exclusifs d'
Asia ont eu droit à pas moins de 13 titres.
Pour revenir sur la prestation du groupe et ses fans, si vous en faites partie et que vous n'étiez pas à ce concert vous pouvez commencer à vous flageller! Nous étions d'abord aux premiers rangs jusqu'à ce que les cloches finales de
Wildest dreams sonnent le glas de la prise autorisées des photos. Là, à ma droite, une jeune fille les yeux rivés sur le bassiste, absorbée par la musique, chantait chaque parole prononcée par
John Wetton. Partis plus en milieu de salle pour une meilleure vue d'ensemble sonore et auditive, je me suis retrouvé à côté d'un quinquagénaire moustachu qui a commenté oralement mais plus souvent par gestes tout le concert : claquements de main sur les titres entraînants comme le shuffle de
Fanfare For the Common Man, mime des descentes de toms comme sur
In the court of King Crimson, air-guitar et air-keyboard sur la quasi totalité du concert, c'est carrément de l'exultation traduite par des éclats de rires compulsifs sur le solo physique de
Carl Palmer. En clair, ceux, tous âges confondus, qui aiment
Asia et ses musiciens se sont régalés: ils ont dévoré et ont été repus par 2 heures de concert, à l'image de mes voisins successifs, et c'est sans surprise qu'après une standing ovation beaucoup ont quitté leur siège pour s'avancer aux pieds de la scène et réclamer un nouveau titre.
Pour les autres, comme moi, qui ont été plus interpelés par le nom des musiciens, et l'appellation "dream team du rock progressif", il y a eu un enthousiasme plus modéré. Certes, il n'y a rien à redire sur la qualité des musiciens : le passage acoustique de
Steve Howe suffit à lui seul à traduire le talent du guitariste;
Carl Palmer a été pêchu du début à la fin;
John Wetton a assuré un bon chant et un jeu de basse à l'onglet peu commun et lui permettant de placer quelques notes au son slap convainquantes; quant à
Geoff Downes...Bien, mais je suis réticent à certains sons de claviers comme le "cor de chasse" et certains parfois trop "datés". Par contre, c'est dans le côté progressif que je n'ai pas trouvé mon compte. Les compositions d'
Asia ont sonné, d'une façon générale, plutôt comme du rock-FM, avec des refrains un peu pop, des gimmicks de guitares dans les aigus un peu systématiques, des sons de claviers à la
Europe, avec une structure assez classique et de durée courte (pour du rock-progressif j'entends bien). Maintenant, du point de vue de l'interprétation, là non plus rien à dire, c'était nickel. Le groupe a bénéficié d'un son excellent pour chaque instrument (à l'instar des sons acoustique ou de sitar de la guitare posée sur un pied (alternative à la guitare à deux manches) devant
Steve Howe) et également d'une excellente balance. Pour agrémenter le spectacle, les projections alternaient vues de la scène avec quelques vieux clips, où l'on retrouvait les musiciens et leur cheveux blonds, et apportaient un côté kitsch (notamment les scènes de
The Smile Has Left Your Eyes où l'on voyait des acteurs en 2CV dans Paris) et un côté second degré. En effet, les musiciens ont affiché une attitude décontractée, pas prise de grosse tête, à l'image de
Geoff Downes qui a revêtu la tenue des
Buggles pour interpréter
Video Killed the Radio Star. Le chant au mégaphone, les "hou-hou" de choristes imités à la guitare, refrain en voix synthétique, tout y était mais le côté second degré aurait été plus réussi si le groupe avait arrêté le morceau brusquement en faisant une quelconque remarque plutôt que d'y ajouter un chorus sans fin de
Steve Howe. D'ailleurs ce dernier a cultivé un jeu de scène particulier durant le concert , dont je me demande si le comique était toujours voulu : il prend son élan pour courir vers la batterie et fait sa prière sur
Without you, il se fait "agresser" par deux confettis, vestiges d'un spectacle antérieur, qui lui tombent dessus comme le dolmen miniature de
Stone Age tombait sur la scène des
Spinal Tap!
20h05 Les musiciens viennent saluer le public, et j'avoue que les deux heures ont réellement filé sans que je m'en aperçoive. Mon voisin moustachu est tout en émoi, et je pense qu'il va continuer des heures durant à parler et à commenter chaque note, chaque geste, chaque titre qu'il a entendu, vu et redécouvert ce soir.
Setlist :
0-
Pomp and Circumstance
1-
? (j'ai oublié de le noter !)
2-
Only Time will Tell
3-
Wildest dreams
4-
Never again
5-
Roundabout
6-
Time again
7-
Bolero
8-
Clap
9-
Voice of America
10-
The Smile Has Left Your Eyes
11-
Open your eyes
12-
Fanfare For the Common Man
13-
Without you
14-
An Extraordinary Life
15-
In the court of King Crimson
16-
Video Killed the Radio Star
17-
The heat goes on
18-
Heat of the moment
19-
Sole Survivor
Photos :
Greg
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