Le printemps revient et l'atmosphère bon enfant du festival de Bourges est toujours aussi agréable. Les concerts commencent à l'heure à Bourges, qu'on se le dise. Mais malheureusement le public attend toujours aussi longtemps pour pénétrer sous le chapiteau du Phénix.
AMADOU & MARIAM, toujours aussi souriants, débutent cette soirée aux couleurs très africaines. On regarde si Manu Chao est à la guitare comme lors de leurs 3 concerts parisiens ; petite déception, mais les musiciens tiennent la route. L'ambiance monte très vite. On sent qu'ils sont de plus en plus populaires : ils le méritent, ce couple d'aveugles maliens est vraiment chaleureux et sincère dans ces textes. Le final est grandiose : "la Réalité" est applaudi de bout en bout. Malheureusement pas de rappel : on a l'impression qu'à Bourges il faut tenir la montre pour laisser le prochain artiste commencer à l'heure dite.
Le petit décor en forme de feuilles pour la chanteuse malienne est vite monté et voici l'envoûtante ROKIA TRAORE. Entourée d'instruments traditionnels : Balafon (grand xylophone), N’goni (petite guitare à 4 cordes), djembé etc… Même si elle chante en malien, l’émotion passe très vite.
Puis le public se resserre, pas mal de jeunes sont venu voir la voix de la rue de l’Afrique de l’ouest, le successeur d’Alpha Blondy : l’ivoirien TIKEN JAH FAKOLY. Entouré d’une petite formation de cuivres (saxo, trompette, trombone), le son très lourd balance rapidement le public. Il alterne quelques titres de son dernier album avec ses classiques : tous ces textes sont très revendicatifs : la dette africaine, la pauvreté, l’esclavage, la politique françafricaine, la dictature des présidents etc…. Il résume et dénonce toujours aussi parfaitement la situation catastrophique de l’Afrique de l’ouest et fait reprendre à la foule ses slogans : « Quitte le pouvoir ! Africa va mal ! ». Pour le final il interprète l’excellent « Y’en a marre » des présidents assassins, des aides détournées, des populations affamées…. Ca fait du bien d’entendre des textes engagés à la LKJ, bien loin des clichés du reggae roots habituel et d’un monde qui n’existe pas (Jah, Babylone, love, harmonie etc…). En plus, ce soir les chansons sont toutes en français : pour faire mieux passer son message ?
Enfin la salle se vide quelques peu ; le son change carrément : il devient très lisse pour accueillir la voix de BERNARD LAVILLIERS. Même si il introduit ses textes comme des invitations au voyage (c’est sympa), ses textes ressemblent à du Kerouac de bas étage.
Personnellement je remarque qu’il a toujours autant de certitudes lorsqu’il explique les genres de musique qu’il aborde : comme si il venait professer au public la vraie salsa, la vraie musique brésilienne. D’ailleurs pas mal de monde quitte le chapiteau ; à tel point qu’un gars de la sécurité à la sortie nous disait « Partez pas tous, le vieux y’ va se retrouver tout seul ! »
Deux regrets cependant. L’ordre de passage des artistes a été mal choisi : Rokia Traoré et Bernard Lavilliers (tête d’affiche !) auraient dû passer avant Amadou & Mariam et Tiken Jah Fakoly qui ont enflammé le public. Pas de duos entre les africains ce soir qui se connaissent pourtant bien : on a l’impression d’assister à des prestations pré formatées et sans improvisations.
Néanmoins le public est toujours aussi varié : de 7 à 77 ans, c’est ce qui fait le charme du printemps de Bourges.