Un dosage entre le son vintage et l'efficacité electro. La culture rock des 50's et 60's est utilisée comme toile de fond de cette "machine" terriblement rock'n'roll, furieusement groovy: "Electro 60's super soul !".
La journée débute pour nous avec les Français de Bikini Machine qui se démènent pour faire bouger le public sous le chapiteau. Une jolie prestation, avec des morceaux électro rock bien funky et groovy, chantés tour à tour en français ou en anglais… A signaler : deux très bonnes reprises de Jacques Dutronc et des Sonics, exécutées par un groupe en perpétuel mouvement (les instruments passent de mains en mains… ). Tout n’est pas génial, mais l’ensemble est plutôt percutant ; Bikini Machine dégage une énergie communicative qui permet de partir du bon pied dans un marathon musical des Eurockéennes en ce début d’après midi.
Loney, Dear :
Quelques instants plus tard, le Suédois Loney, Dear a l’opportunité de présenter sa musique au festivaliers agglutinés sur la scène placée sur la Plage ensoleillée. Un club intimiste aurait été plus approprié pour la musique délicatement folk pop de ce songwriter plutôt doué, mais un peu timoré en live. Si la mayonnaise a un peu de mal à prendre dans l’ambiance festive et décontractée qui règne sur le sable belfortain, on remarque néanmoins une très belle voix et des morceaux qui tiennent la route. On pense furtivement à Sufjan Stevens, l’on se dit que notre homme et ses musiciens devraient plus se lâcher pour véritablement convaincre, avant de se dire que le lieu n’est tout simplement pas adapté. A revoir dans un autre cadre…
TV On The Radio :
Véritables bêtes de scène habituées à se produire sur de grandes scènes, les New-Yorkais de TV On The Radio ont une nouvelle fois impressionné par leur puissance de feu quasi surnaturelle sous le chapiteau des Eurocks. Ah, se laisser transporter par les guitares tournoyantes, le chant possédé et les rythmiques impérieuses de TV On The Radio… C’est vraiment le trip total, qui fait tout oublier et planer à 4000 mètres sans l’aide du moindre produit licite ou illicite… L’équilibre parfait a été trouvé entre la soul, le groove, le rock bruitiste et la pop sidérale par ces alchimistes diaboliquement doués ; dans ces conditions, avec un son puissamment évocateur, TV On The Radio n’a aucun problème pour emmener une foule entière dans son univers passionnant. Et comme à chaque fois, à la fin du set, on reste comme orphelin.
The Good The Bad and The Queen :
Heureusement, pas le temps de se laisser aller à des états d’âme, le super groupe The Good The Bad and The Queen a déboulé sur la grande scène pour accompagner paisiblement le début de soirée ensoleillé et engourdi de festivaliers avachis, mais souriants. « C’est bizarre, c’est la même voix que Gorillaz ! » dit une jeune fille à son amie, qui lui répond du tac au tac : « C’est normal, je crois que c’est le même chanteur… » Oui, le nouveau projet de Damon Albarn (Blur, Gorillaz, donc… ) réunit Paul Simonon, le mythique bassiste du Clash, Tony Allen, le batteur de Fela Kuti et Simon Tong, le guitariste de The Verve, pour un résultat plutôt sympathique sur disque et sur scène. La pop teintée de soul prodiguée par The Good The Bad and The Queen est une invitation au rêve éveillé et à la relaxation : le chant boudeur, les mélodies cotonneuses et les rythmes alanguis produisent un délicieux effet décontractant. On se croirait presque à Woodstock ou à l’île de Wight pour un festival de hippies… Sans forcer son talent, et en s’enquillant une bouteille de Whisky avec le toujours excellent et flegmatique Paul Simonon, Damon Albarn fait le strict minimum au chant et au piano, avant de lâcher quelques « Thank you very much » endormis. Le super groupe est un peu sous utilisé mais tout cela sonne finalement bien, sans être renversant.
Klaxons :
Renversant, le show des très hype Klaxons l’a, lui, été à Belfort… La foule hystérique qui se presse sous le chapiteau devient dingue dès les premières minutes du show des fluokids anglais, devenus des héros à a fois rock ‘n roll et dancefloor. Leurs titres méchamment vrillants donnent immanquablement envie de se jeter partout ; le chapiteau devient donc une immense piste de danse bien rock. Le rêve quoi… Tous les publics (branchés, pas branchés), les sexes (hommes, femmes) et les âges (jeunes et un peu plus vieux… ) sont réconciliés en un clin d’œil pour participer à la fiesta. Et les Klaxons apprécient cette ambiance de feu. Ce qui les poussent encore à appuyer sur le champignon pour donner tout ce qu’ils ont. Le résultat est un concert de rêve où chaque titre est un tube imparable (Goldskans, It’s not over yet etc etc). Ah, que c’était bon !
Tryo :
Juste après les très risibles Tryo font un triomphe sur la grande scène avec leur chanson reggae démago et ultra facile. Ils représentent l’archétype du groupe détestable ayant cartonné après avoir bien étudié le comportement du jeune qui aime fumer des joints, kiffer le bon son entre potes au coin du feu quoi hein et se ressourcer en dehors des villes polluées (c’est méchant la pollution, hou la la !). Les chansons soi disant engagées (pour la légalisation du cannabis, contre la télé réalité, le racisme etc etc) et drôles (je raconte mon lendemain de cuite, ce genre de choses passionnantes… ) sont une véritable insulte à l’intelligence. Que ce genre de groupe ramasse la caillasse comme les autres lors de lucratives tournées des Zéniths devant un public de trentenaires nostalgiques et beaufs passe encore, mais qu’il soit programmé aux Eurockéennes, on se demande vraiment pourquoi. Oui pouquouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ?????
Air :
Fort heureusement, pour oublier ce (court, on n’est pas maso… ) mauvais moment le groupe Air se charge de nous faire évoluer en apesanteur pendant le durée de son set classieux et bien mené. Les morceaux du nouvel album du duo versaillais – Pocket symphony – sonnent beaucoup mieux en live que sur disque et s’intègrent parfaitement à une set list mélangeant les différentes époques… Jean-Benoît Dunkel et Nicolas Godin sont accompagnés par un groupe de pros discrets et sachant parfaitement ce qu’il doit faire… Les voix vocodérisées, les synthés analogiques, les guitares sèches, les basses rondes n’ont donc aucun mal à créer des atmosphères entre rock planant et pop lumineuse… C’est du grand art. Le public, très chaud (certains slamment carrément, ce qui fait sourire les musiciens) respectent les moments calmes et se déchaînent sur les passages plus enlevés. Et l’on passe un moment de rêve, qui nous place idéalement sur la rampe de lancement pour le décollage final avec les Montréalais volants, Arcade Fire.
Arcade Fire :
Deux ans après avoir été enchanté par leur set en plein jour au festival Rock en Seine, Arcade Fire nous a à nouveau emmené loin, très loin, dans la nuit pluvieuse de Belfort. Le set titanesque des Canadiens a enchanté le public présent devant la grande scène, malgré les trombes d’eau qui s’abattaient sur la presqu’île du Malsaucy. La très craquante et émouvante Régine Chassagne (chant, batterie, accordéon etc), l'inquiétant et intense Win Butler (guitare, mandoline etc) et leur virevoltants acolytes nous ont plongé dans un océan de bruits divins, du genre de ceux qu’on aimerait entendre lors du repos éternel au paradis (s’il existe !). Présenté avec un son magistral et dans une scénographie réussie (de multiples néons rouges et de petits écrans ronds disséminés partout sur scène), les morceaux des deux albums - Funeral et Neon Bible - de l’ultra talentueux combo ont - comme à chaque fois qu’on les écoute – fait passer du rire aux larmes en un instant (magique). C’est donc le cœur battant, les yeux pétillants (ou humides) et dans un état d’esprit euphorico mélancolique qu’on a reçu In the backseat, No Cars Go, Wake up, Neighborhood, Ocean of noise et Keep the car running (entre autres) lors du show mémorable d’Arcade Fire à Belfort. Un show qui met un point final à un week-end très réussi. On reviendra donc avec grand plaisir l’année prochaine !
Bikini Machine - 10 Fevrier 2006 - Poste à Galène, Marseille Live report initialement posté sur Massilia's Burning : http://massilia.burning.free.fr/
Il y a foule quand j'arrive au Poste à Galène aux alentours de 21h30, facile une dizaine de personne se .../...
Live report initialement posté sur Massilia's Burning : http://massilia.burning.free.fr/
Il y a foule quand j'arrive au Poste à Galène aux alentours de 21h30, facile une dizaine de personne se sont masser prêt du bar, un chiffre qui atteindra une pénible petite cinquantaine de personne au fur et à mesure de l'avancée du concert, donnant un air un peu plus remplie à une salle qui sonnait un peu vide au départ du set. Un public flirtant avec la trentaine d'ou ne ressortira aucun visage familier si ce n'est celui de Pirlouiiiit de Live in Marseille arrivé un peu plus tard. Preuve que je m'aventure un peu en dehors de mon champ d'écoute musicale habituel. C'est en effet sur le nom du groupe (que je trouve incroyablement attirant et classe) et sur les chroniques enthousiastes de Pierre Andrieu que je me suis décidé à être curieux. Et la (totale) curiosité à 10€ c'est un luxe que je ne peux guère souvent me payer.
Signe qui ne trompe pas, dés l'arrivé du groupe tout le monde lâche le bar et s'agglutine devant la scène. Les rennais de Bikini Machine montent donc sur scène, le chroniqueur un peu feignant qualifierait leur musique d'electro-rock avec des petites touches diverses, ça tombe bien c'est ce que je suis, donc pour faire court et pour ceux qui ne connaîtrait pas, Bikini Machine c'est donc de l'électro-rock. Les gars sont cinq sur scène : un batteur, deux guitaristes, un bassiste et un clavier. Ça du moins c'est la position initiale puisque le groupe opère une véritable tournante dans son line-up (un peu comme au volley-ball) tout au long de l'évolution du set, ce qui, il faut bien l'avouer, ajoute une petite touche de fraîcheur au set. Ainsi le batteur passe au chant principal, parfois au deuxième clavier, quand ce n'est pas le guitariste qui s'y colle.
Le bassiste passe tantôt au chant, tantôt à la batterie où il est alors remplacé à la basse par l'un des deux guitaristes, bref ça n'arrête pas. Seul le clavier et l'un des deux guitaristes ne bouge pas. Ca donne une bonne dynamique à l'ensemble du set et l'on s'amuse à constater ces divers (et fréquents) changement. Seul léger hic, le chanteur principal manque un poil de charisme pour un 'frontman' d'une telle formation. Le bassiste ayant un peu plus d'entrain à l'exercice quand il s'y colle. Mais ça n'enlève toutefois rien à ses qualités de chanteur et de batteur.
Si vous n'avez pas encore décrocher avec tout cet imbroglio, sachez que musicalement c'est donc de l'électro-rock avec parfois des petites touches surf (trop rares malheureusement) comme sur l'intro, des influences garage rock, des bruitages et bien sur de l'électro, plus ou moins présente. Les morceaux trop électro m'on un peu lassé car je n'aime pas spécialement le genre (ou alors à petite dose), en revanche ceux plus rock sont de véritable machine à danser où le dosage entre rock garage et électro touche à la perfection. Ces justement ces fréquents changement dans le line-up qui apporte cette diversité au set, selon le rôle de chacun les morceaux sonneront plus ou moins rock, ou plus ou moins électro.
Il y en a pour tout les goûts, mais une chose est sure, le public a très bien réagis, avec pas mal de gens en train de danser frénétiquement sur un son résolument rétro (dans les milieux autorisés on dit vintage) et groovy. Ajoutés à cela quelques reprises, dont deux ou trois de Dutronc tiré de leur fameux EP où ils revisitent les morceaux de l'homme au cigare, et vous obtenez un bon set bien dansant. Une bonne grosse heure de concert, un rappel pour un morceau plutôt long, une bonne présence sur scène, des morceaux bien foutus, un public conquis, il y a du bon dans cette machine à bikini, fun et groovy qui donne envie de remuer du popotin et de battre la mesure.
Si vous appréciez le rock 60's et l'électro et que le mélange des genres ne vous effrayent pas, Bikini Machine devrait vous emballer haut la main.
Bikini Machine (Interview) - 22 juin 2004 - La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
Le groupe rennais Bikini Machine s'apprête à prolonger une tournée qui semble ne pas devoir connaître de fin par une visite des festivals en juillet 2004... Un occasion de revenir avec Frédéric .../...
Le groupe rennais Bikini Machine s’apprête à prolonger une tournée qui semble ne pas devoir connaître de fin par une visite des festivals en juillet 2004… Un occasion de revenir avec Frédéric Gransart (chant, batterie, claviers etc) sur le parcours du combo électro garage depuis la sortie du disque - l’excellent disqueAn Introduction to Bikini machine - et ses concerts (Efferv’Essonne 2003, Volcaniques de mars 2004 et Printemps de Bourges 2004) dont on sort lessivé mais heureux… Rencontre à la Coopérative de Mai avec l’ex batteur des Skippies, un trentenaire cultivé, ouvert, curieux, passionné et … passionnant !
Pour commencer, peux-tu évoquer en quelques mots l’histoire de Bikini Machine ? Frédéric Gransart : « En fait, l’histoire de Bikini Machine est liée à deux autres formations : il y a trois personnes du groupe qui étaient membres des Skippies (on faisait de la pop/punk au sens large) et deux autres qui viennent d’un combo rennais qui s’appelait Terminal Buzz Bomb (c’était du punk avec déjà un peu d’électronique dedans). Terminal Buzz Bomb a publié un 4 titres sur BMG puis a splitté… Au début de Bikini Machine, on était trois (les 3 ex Skippies), chacun vaquait à ses occupations, on se retrouvait presque trimestriellement pour faire du bidouillage sans trop savoir où on allait. On faisait marcher nos vieux orgues Farfisa parce que la plupart d’entre nous a bien kiffé sur les sixties, que ce soit le rock, la soul ou le surf, tout en écoutant l’électro des années 90. Il y a un côté très permissif dans les mélanges qu’on expérimentait ; on avait des morceaux qui lorgnaient aussi bien sur le jazz ou la drum ‘n bass que sur le rock garage. Ça partait donc un peu dans tous les sens. On aimait bien Bentley Rhythm Ace quand c’est sorti, on trouvait ça super frais. On appréciait également beaucoup les bidouillages de Money Mark et les instrumentaux des Beastie Boys. Conjointement, on furetait les disques de musiques de films depuis pas mal de temps comme de nombreux musiciens de notre génération. C’est dans un univers comme ça, entre bidouille et laboratoire, qu’on a démarré.
Dès vos premiers titres ensemble et vos premières prestations live, il y avait cet esprit de mélanges tous azimuts ?
Oui, on avait fait un "quatre titres" tout au début (il y a quatre ans, en 1999/2000) et les sons étaient déjà dans cet esprit là. C’est sur scène qu’on s’est rendus compte que le côté rock ‘n roll était très présent, plus que sur disque en fait.
Comment avez-vous signé avec le label bordelais Platinum records ?
On a démarché les labels, et c’étaient eux les plus enthousiastes, tout simplement. Ils étaient dans une veine métissage, électro/pop, électro /rock, ça nous convenait. Grâce au succès d’estime de Rubin Steiner, c’est une structure qui se débrouille. En plus ils sont distribués nationalement, on a donc signé avec eux.
Comment ça se passe quand on sort un album en 2003 sans chanter en français ?
C’est très dur ! Les Skippies avait quand même marché à l’époque, on avait fait 10 000 ventes en tout avec les deux albums plus le maxi… C’était super correct. On s’est rendus compte que la période était difficile, en dix ans les références ont triplé chez les disquaires, ce n’est donc pas évident de se faire remarquer. Pour l’instant, on est à l’affiche de beaucoup de festivals, les programmateurs ont apprécié notre musique mais l’album ne se vend pas énormément…
Vous écoutez tous des musiques très diverses, comment procédez-vous pour composer vos morceaux ?
Dans l’album, certains morceaux ont été signés à cinq, d’autres à trois, à deux, ça dépend… On compose assez rarement à 5 mais ça arrive, c’est un labo, depuis le temps qu’on joue, on a pas mal de matériel aussi bien d’enregistrement numérique qu’analogique. On possède plein de vieux claviers, on aime bien bosser en studio sur les textures sonores.
Y-a-t-il actuellement des groupes dont vous vous sentez proches ?
Même si on ne fait pas particulièrement un truc d’avant garde, on n’a pas vraiment rencontré des gens qui font la même musique que nous… Ceux qui vont partager une partie de notre culture musicale, ça va être certainement le rock garage ou les DJ qui mixent du groove au sens large. On a tourné pas mal avec AS Dragon, un groupe plus rock qui a également des influences sixties… Sinon, dans les rencontres on est plus attachés au facteur humain que musical. Je n’ai pas été vraiment touché par la vague des groupes en « The » comme dit la presse même si je trouve que certains sont vraiment talentueux. Sinon, j’aime beaucoup DJ Shadow, il est très doué ! Je vois une affiche de Belle & Sebastian (qui passe bientôt ici à la Coopé), en pop on fait rarement mieux que ça… Je réécoute plein de vieux trucs, les gens sont en ce moment trop accrochés à l’actualité musicale ; il subissent pas mal de coups de bluff. Moi, j’aime bien prendre un petit temps de recul avec l’actualité. Ces dernières années, j’ai préféré découvrir Thelonious Monk, du jazz ou de la musique classique. Ça ne m’empêche pas d’écouter à fond du rockabilly ou du punk 77…
Comment appréhendez-vous la scène ? Pour vous, c’est un lieu pour expérimenter ? vous amuser ? promouvoir votre musique ? essayer des nouveaux morceaux ?
C’est tout ça à la fois ! Depuis que l’album est sorti on a quand même fait pas mal de concerts et les morceaux ont évolué… On aime bien l’idée que malgré la présence des machines et l’aspect métronomiques des rythmes qu’elles produisent, il y ait encore la possibilité d’évoluer.
Vous êtes vous lancés dans la composition de nouveaux morceaux ?
Sur scène, on joue deux morceaux qu’on sortira sans doute bientôt sur un maxi en avril 2004, on a aussi un autre nouveau morceau en cours. On bosse déjà sur des maquettes pour le prochain album. On a pas mal d’actu en ce moment : on a fait un clip pour un morceau de l’album, c’est plus pour l’étranger que pour la France. Les chaînes hertziennes françaises sont quand même assez sclérosées et il n’y a pas énormément de trucs sur le câble.... M6 ne rempli plus du tout son rôle, pour eux le rock indé c’est Kyo, c’est tout dire ! Par contre en Allemagne et en Espagne, il y a beaucoup plus de clips de musiques indés… L’étranger commence à s’ouvrir pour nous maintenant : on vient de jouer en Suisse, en Belgique, on va aller en Allemagne, en Ukraine, et peut être au Portugal…
Vous reprenez un titre des Sonics, Have love will travel, tu peux nous en parler ?
On est plusieurs à avoir beaucoup écouté ce genre de muisque à une époque (et on continue d’ailleurs !), on avait envie d’un standard de rhythm and blues efficace et assez court ; on l’a boosté avec de l’électro et des boites à rythme. C’est une démarche assez simple… On voulait adresser un clin d’œil au public d’amateur de pépites de années 50/60/70 qui nous était destiné ; ce sont souvent des gens qui ont la réputation d’être un peu figés dans leur goûts et passéistes alors que ce n’est pas du tout le cas je pense. Depuis les groupes comme les Chemical Brothers l’électro et les boites à rythme ne sont plus tabou. Cela avait même démarré avant d’ailleurs : Devo peut être considéré avec le recul comme une espèce de garage band alors qu’on appelait ça de la « new wave ». Finalement, c’est la même culture.
Ecoutez-vous beaucoup de groupes comme les Sonics dans Bikini Machine ?
Oui, en plus les Sonics ont un lien avec la musique noire américaine : c’est super rhythm and blues. Moi j’écoute pas mal de soul, Franck écoute ça aussi… et les autres également d’ailleurs ! On connaît les deux albums des Sonics par cœur, ce sont des standards !
Ce soir (6 mars 2004) à Lyon, il y a un concert avec à la même affiche les reformations d’Arthur Lee & Love et de The Seeds, qu’en penses-tu ?
Je savais qu’ils faisaient quelques concerts ensemble. J’ai vu Skye Saxon (NDR : le leader des Seeds) en 1989 à Rennes sur deux dates, ça m’avait un peu déçu parce qu’il jouait avec un guitariste métal. Je n’ai rien contre le métal, mais dans le contexte Skye Saxon, ça ne m’avait pas plu. Avec Love, ce sont les plus zinzins des années 60…
A part Love et The Seeds, qu’est ce que tu retiens dans la musique des années 60 ?
C’est quand même super riche ! La soul c’est important pour moi : c’est là que les noirs américains ont pu accéder à une musique de masse, ce qui avait beaucoup de sens au niveau social. Je parle de la véritable soul plus la Stax que la Tamla qui était plus de la pop américaine. Après, il y a pleins d’épiphénomènes musicaux comme Dick Dale et le surf ou les grands groupes pop américains et anglais (Beatles, Kinks, Beach Boys). Après ça va un peu dans toutes les directions car les musiques de films sont assez riches ; des gens comme Lalo Shiffrin ont expérimenté le mélange pop latino jazz classique musique contemporaine. Le jazz aussi est assez intéressant pour moi, il peut aller parfois vers le groove, vers le free, vers l’Afrique... Musicalement parlant, les années 50 sont tout aussi intéressantes.
On retrouve l’influence de la surf music dans votre musique…
Oui, surtout sur le premier morceau de l’album, Bikini Theme… Certains pourrait nous reprocher d’être dans l’exercice de style mais on voulait faire notre thème avec un côté « série ».
Le nom « Bikini Machine » est tiré d’un vieux films de série Z, êtes-vous passionnés par ce genre de films et ceux d’Ed Wood par exemple ?
Oui, j’aime ce que faisait d’Ed Wood mais je n’ai vu qu’un seul de ses films… Les films de série Z sont souvent de très très bons films, l’original de La mouche est supérieur au remake réalisé par David Cronenberg. Il y aussi plein de films qui sont plus des nanars qu’autre chose, certains trucs italiens par exemple… Par exemple, le film qui a donné son nom au groupe (Doctor Goldfoot and the bikini machine) est une espèce de comédie un petit peu commerciale avec Vincent Price, on ne peut pas vraiment parler de série Z, c’est plus une série B. Il faut replacer ça dans le contexte du milieu des années 60 car le scénario est extrêmement naïf : des nanas en petites tenues sont en fait des androïdes chargés de séduire des millionnaires pour ramener de la thune à un méchant savant… A côté de cela, on aime aussi le cinéma « officiel », que ce soit Fellini ou John Huston et les musiciens qui ont fait des grandes musiques de films qui ont fait des bandes originales d’obédience plus classique. Et encore, ces musiciens là étaient tellement des laissés pour compte au niveau composition qu’ils métissaient beaucoup. Nino Rota comme Bernard Hermann - par exemple - avaient quand même une démarche très particulière par rapport à la musique classique, ils développaient leurs idées dans des formats de deux minutes. On découvre maintenant que les grands classiques de la musique orchestrée sont à chercher du côté des musiques de films de série B voire dans les scores des grands films qui n’étaient pas pris très sérieux par rapport à la musique contemporaine.
Qu’avez vous prévu après la fin de la tournée ?
En ce moment, on fait tous de la musique, mais on a tous des projets en parallèle. Il y en a un qui va régulièrement au Sénégal faire de la musique « ethnique », il y en a d’autres (Patrick le bassiste et Franck le guitariste) qui bossent avec Dominic Sonic, ils ont fait un mélange des deux groupes qui s’appelle Sonic Machine, ça envoie bien ! Samuel, sous le nom de Slam, fait du break assez dur, il fait partie d’un label qui se nomme Piss off… Et puis moi, quand j’ai le temps, je fais des petites musiques de film, de petits bidouillages. On a tous fait des projets en dehors (certains ont monté Soda tour, la structure qui nous fait tourner), mais aujourd’hui on est tous à fond dans la musique.
Et le prochain album ?
La tournée est éparpillée, étant donné qu’on ne peux pas véritablement mettre en place une grosse tournée, on fait quelques dates de temps en temps. On a pas mal tourné en octobre/novembre et là ça va être pareil en en mars, avril et mai. On a des festivals prévus pour l’été 2004 qui devraient être des sympa : on va faire Scopitone à Nantes avec une super programmation (DJ Krush, Tortoise…), ils nous ont demandé une création avec du visuel qu’on va bosser avec des réalisateurs… On attend aussi d’autres dates, en principe on devrait s’atteler à la réalisation de l’album à la rentrée (septembre 2004)… D’ici là, un maxi avec des inédits et des remix sera sorti en avril ou mai.
Par qui avez-vous été remixés ?
On ne sait pas ce qu’on va mettre encore, on a reçu des remix de Rubin Steiner, des Little Rabbits, de copains DJ de Rennes ; on en attend d’autres encore comme ceux des Tambours du Bronx ou d’Ezekiel…
Qu’est qui t’a marqué récemment dans les concerts auxquels tu as pu assister ?
J’ai aperçu sur scène aux Efferv’Essonne une rennaise qui s’appelle Laetitia Shériff… Son concert m’a carrément plu, ses deux musiciens - Oliver Mellano et Gaël Desbois - sont des copains.
Pour conclure, qu’est ce qu’on pourrait souhaiter à Bikini Machine pour l’avenir ?
Faire des collaborations enrichissantes, des choses ludiques car on aime bien tout ce qui est à tiroir au niveau des sens… Enregsitrer une bande originale d’un film assez classe, ça serait le rêve. Sinon, en toute humilité on aimerait bien que dans vingt ans un morceau de Bikini Machine figure sur une compile regroupant les pépites des années 1990/2000 ! »
Retrouvez Bikini Machine en live cet été :
le 1er juillet 2004 à Nantes - Festival Scopitone
le 3 juillet à St Denis de Gastine (53) - Festival Au foin de la rue
le 8 juillet à Lausanne (Suisse) - Festival de la cité
le 10 juillet à Paris - Festival Solidays
le 17 juillet à Esfacy (43) - Festival Les sensations d'Esfacy
le 18 juillet à Dour (Belgique) - Festival de Dour
le 31 juillet à Malestroit (56) - Festival Au pont du rock
Et une soirée rock ‘n roll servie bien chaude au Printemps de Bourges, une ! Description par le menu :
Tokyo Sex Destruction : groupe de garage rock espagnol dont les membres ont semble-t-il mis les doigts dans des prises de courant (alternatif) dès leur plus jeune âge… Leur album Red soul communitee le prouve de manière irréfutable : ils aiment l’électricité et ça les rend complètement fous. Habillés en noir avec des pantalons et chemises bien taillés, les Tokyo Sex Destruction prennent un malin plaisir à froisser leurs tenues de scène en gesticulant de manière frénétique pendant toute la durée de leur set. Ces jeunes gens veulent qu’on parle d’eux et qu’on les regarde, ils n’arrêtent donc pas de vociférer des slogans - comme l’intelligent « Free Michael Jackson » - en prenant de multiples poses sensées faire fantasmer les femmes. Heureusement, ils n’oublient pas de reprendre magistralement les Sonics et leur mémorable Have love will travel puis de rendre hommage à la soul music en interprétant brièvement a capella quelques tubes soul. Oh yeah !
Surprise : No One Is Innocent : Si l’on en croit les affiches, flyers etc, l’événement de cette soirée était la reformation surprise et le concert non annoncé sur le programme de No One Is Innocent à 23 h 30 au 22. Permettez-moi de rire… Ah, ah ah ! Même si on avait apprécié les concerts déchaînés du combo français en leurs temps, on se contrefout un peu du retour du chanteur Kemar sous ce nom vendeur (après une expérience solo catastrophique à tous points de vue). Un album est même prévu en août, l’attente va être insoutenable ! Pour être franc, on trouverait une nouvelle session de Danièle Gilbert pour le magazine Lui presque plus bandante, c’est dire. On passe la tête dans la salle où le groupe se produit : lumières aveuglantes, sauts de cabris de Kemar (plus que jamais en colère contre les méchants de la Terre entière), c’est du No One toujours aussi inspiré et novateur, pas de doute là dessus…
Ghinzu : groupe belge inquiétant dont le leader (assis aux claviers) fait très peur quand il hurle violemment dans le micro… Les morceaux commencent pourtant calmement mais à chaque fois la pression monte crescendo pour obtenir une sorte de metal pop hyper puissant… et troublant. Comment peut-on passer en l’espace de deux minutes du statut de gentil groupe pop à celui de méchant combo ultra violent ? Seul les taciturnes membres de ce projet ont la réponse… Une chose est sûre : le chanteur de Ghinzu a incontestablement sa place au panthéon des grands psychopathes du rock ‘n roll, et son groupe mérite sans conteste la palme de l’originalité…
Baby Woodrose : « Affreux, sales et méchants », l’expression semble avoir été inventée pour décrire ce conglomérat de graisseux en goguette sur la scène du 22. Vous aimez la bière, le sexe et Motörhead ? Alors vous aimerez Baby Woodrose ! Pendant la totalité de ce set assez jouissif, le chanteur (dont les cheveux n’ont pas dû voir le shampooing depuis le début de la tournée et un coiffeur depuis 10 ans) hurle des inepties dont le thème principal est le triptyque « sex and drugs and rock ’n roll ». Perdu dans ses « pensées », il n'oublie toutefois pas d'usiner des riffs pachydermiques sur une guitare dont le son évoque un décollage d’avion finissant en crash. De temps en temps, l’imposant leader de Baby Woodrose se risque au périlleux exercice du solo de guitare dans les aigus, aïe ! De son côté, la section rythmique cogne aussi fort qu’elle le peut sur ses instruments. Ah, que c’est rafraichissant un power trio sans autre prétention que de faire du bruit, tirer des groupies et boire des litres d’alcools... Contrairement aux regrettables Phoenix ou Texas, Baby Woodrose ne fera jamais la couverture de Magic!, pas plus qu’il n’accordera un entretien philosophique de 12 pages aux Inrockuptibles comme Jacques Derrida. C’est peut-être aussi bien finalement !
The Bambi Molesters : Ces Croates ont tout compris au rock : ils jouent une sorte de surf rock énergique avec conviction - mais sans grande originalité - en prenant soin de mettre à la basse et au milieu de la scène une superbe blonde dominatrice. Celle-ci toise en permanence le public masculin avec un air de « Je t’attends dans les loges… ». Et ça marche, on partirait bien sur le champs en Croatie apprendre avec elle les rudiments du surf, de la basse, du solfège ou de n’importe quoi ! Heureusement que la belle est là pour apporter une touche visuelle car ses comparses ont des têtes de vieux gangsters prompts à sortir leurs flingues à la moindre contrariété. En fait, ils ne dégainent que leurs six cordes pour exécuter des solos gorgés de reverbe ou des rythmiques enlevées propices à la danse lascive. Ouch !
Danko Jones : groupe de rock/metal puissant mais légèrement casses burnes à la longue… Au début, on apprécie les riffs, les hurlements et la puissance de feu de Danko Jones mais rapidement, le chant - trop metal - énerve, l’attitude hautaine et grande gueule du leader exaspère et les morceaux ennuient… Ça tombe bien dans l’autre 22, Bikini Machine a commencé à jouer.
Bikini Machine : quintet français d’electro rock qui rend furieusement heureux (voire hystérique) si on le voit sur scène… Grâce à un son mêlant le garage rock, la surf music et l’électro, Bikini machine est le groupe idéal pour danser sur du rock en fin de soirée. Il manque peut être seulement au groupe un leader un peu plus charismatique pour décoller, sinon on ne voit pas ce qui pourrait l’arrêter. Essayer leur disque 11, An introduction to Bikini Machine, c’est l’adopter !
On ressort du 22 rassasié par le nombre de décibels ingurgités, en souhaitant être convié rapidement à un nouveau festin sonique de ce type.
A lire également: une interview de Ghinzu et la chronique de l'album Blow.
La dernière soirée des Volcaniques de Mars est traditionnellement une occasion de péter joyeusement les plombs en découvrant des jeunes groupes de rock festif (dans le bon sens du terme) ; l'édition 2004 de ce festival défricheur n’a pas dérogé à cette excellente règle...
Les années précédentes King Khan et Bee Dee Kay & The Roller Coaster avaient littéralement enflammé le Pocoloco, cette année Bikini Machine et surtout Hawaii Samourai ont brûlé les planches de la Coopérative de Mai après une bien pâle prestation des vétérans du punk rock, les Burning Heads, aux abonnés absents…
Sans inspiration, avec un nouveau guitariste perdu sur scène, le quatuor orléanais fait peine à voir dès le début de son concert. Ses prestations en 1996 dans un Sonic Rendez Vous transformé en immense pogo et en 2001 ici même à la Coopé en version reggae/punk laissaient pourtant un excellent souvenir, mais là en 2004, c'est une autre histoire… Heureusement, les quelques morceaux reggae évitent d’avoir la douloureuse impression d’entendre le même morceau en boucle, mais rien n’y fait : de nombreuses personnes choisissent d’aller se rafraîchir au bar. Et il est bien difficile de leur donner tort.
Après cette mauvaise surprise, le concert de Bikini Machine a pâti du manque de public réuni dans la grande salle, une partie de l’assistance devisant toujours au bar ou s’étant éclipsé discrètement. On peut donc seulement reprocher à l’excellent batteur et honnête chanteur de Bikini Machine son manque de charisme et d’énergie quand il se trouve derrière le micro, ce qui n’avait pas frappé aux Efferv’Essonne devant une Magic Mirrors survolté. Sur la petite scène, devant un club bondé, le groupe rennais se serait sans doute mis au diapason de son guitariste/batteur, déchaîné dès son arrivée sur scène…
Malgré cela, le combo - superbement éclairé - se livre à un exercice de haute voltige en mélangeant dans son shaker ultra groovy samples de musiques de films sixties, boucles électroniques, guitares surf, et rock garage remuant. Difficile de tenir en place avec une telle recette quand elle est parfaitement réalisée - comme ce fut le cas, une fois encore ! Le résultat de ce tourbillon musical : musique surf (Bikini Theme), soul survoltée (Who’s gonna make it ? et Monkey bum bum), electro (Bongos and burgers), chant de Noël Rhythm & Blues (Santa Claus) et electro rock garage (Have love will Travel des Sonics)…
Finalement, Bikini Machine a réussi l’exploit de faire sortir le public de sa torpeur ; après chaque titre, la chaleur monte de plusieurs degrés. C’est donc fort logiquement qu’un rappel est réclamé ; le groupe - désormais bouillant - s’exécute avec classe et disparaît dans les loges peu après. On attend la suite des aventures de Bikini Machine avec impatience…
Dès la fin du rappel de Bikini Machine, Hawaii Samurai attaque (c’est le cas de le dire !) son set dans le club voisin, pied au plancher, en passant les vitesses à la volée… Pourtant, le surf sixties from Besançon, France, ça ne faisait pas très envie sur le papier ! Et bien, en vrai, sur la scène de la Coopé, c’est de la bombe, bébé ! Cette bande de brutes épaisses complément monomaniaques joue le surf rock à la manière des Ramones. Le guitariste cagoulé sort des sons gorgés de reverbe tout en poussant parfois des cris terrifiants, le batteur - qui arbore un loup du plus bel effet - frappe ses fûts comme un damné, le bassiste est une véritable pile électrique avec attitude de killer, enfin le saxophoniste, quant à lui, bouge comme un furieux, si bien qu’on ne se soucie presque pas du fait que son instrument ne soit audible que sur les derniers morceaux. Les textes sont limités à leur plus simple expression : parfois, le bassiste rassemble son inspiration et hurle un truc en espagnol (par exemple : « La Bruta ! ! ») pendant un break et hop, c’est reparti pour une grande rasade de musique du diable…
Avec les psychopathes de Hawaii Samourai, c’est à un authentique voyage dans le surf ‘n punk qu’est convié le public ! Celui-ci ne se fait d’ailleurs pas prier et embarque illico presto avec force cris, pogos et autres manifestations de joie… Plaisir d’offrir, joie de recevoir ; le club en ébullition surfe sur la vague musicale déclenchée par l’ouragan Hawaii Samourai avec une allégresse qui fait plaisir à voir. L’interprétation de Misirlou de Dick Dale (la musique du film Pulp Fiction) est la cerise sur le gâteau qui vient clore le set, et les Volcaniques de Mars 2004. Rendez-vous en 2005 !