
Photo : www.eurockeennes.fr
Avec un brin de fierté, on fête cette année notre 12e participation sans interruption à ce somptueux festival : sur papier une programmation moins "exceptionnelle" qu'en
2004 mais, comme pour
2003 et depuis toujours, une bonne dizaine de têtes d'affiche dont on tremble à l'avance d'excitation... Préparé au pire grâce à Yahoo Météo, on investit le site déjà résigné à ressortir trempé jusqu'au slip et couvert de boue ; bien heureusement ces prévisions vont s'avérer totalement foireuses pour la 2ème année consécutive. Car cette fois encore rien qui ressemble sérieusement à de la pluie ne viendra gâcher la fête !
(Comme d'hab les noms de groupes sont en gras pour qui n'aurait pas le temps à perdre ni l'envie de lire tout ce blabla de passionné compulsif) !
Vendredi 1er Juillet : Du très lourd pour commencer...
On attaque en douceur (sauf au niveau des décibels) par
Kaizers Orchestra, groupe de pop-rock nordique très content d'être là mais totalement dépourvu d'originalité. Bouchons d'oreille d'entrée : on veut bien gagner un acouphène en écoutant Trent Reznor mais pas sur de la musique de division 2 ... Dans cette même catégorie, on retrouve sans plaisir excessif les
Bloc Party qui nous ont déjà déçu au Moulin il y a 2 mois. Le son est toujours atrocement mal réglé (on entend à peu près que la batterie et le chant) et le public, après quelques chansons tubesques, commence déjà à s'ennuyer ferme et à se disperser. Dans le style "révélation de l'année", rien à voir avec la prestation pétaradante de Franz Ferdinand l'an passé. Cette fois-ci c'est sûr, groupe définitivement dispensable... et CD à revendre sans tarder !
De toutes façons ceux qu'on voulait vraiment voir en premier, ce sont les
Queens of the Stone Age et leur charismatique frontman
Josh Homme, menhir du mouvement
Stoner (co-fondé avec Kyuss). Et en effet ce sera une grosse sentation : avec son son caractéristique,fort mais ici bien réglé, pour se venger de notre appréciation mitigée de leur dernier
album (amputé de Nick Olivieri qu'on adore), le groupe nous envoie à la figure la moitié de son
Lullabies to Paralyse, déclenchant des pogos assez exceptionnels et un plaisir intense ! Placé au milieu de ce maëlstrom, on envisage avec tristesse la possibilité de mourir piétiné pendant
Everybody knows that you're insane avant de s'y résigner ...après tout il y a des morts moins excitantes, non ? Un rappel avec l'énormissime
No one Knows et le groupe nous laisse d'ores et déjà KO debout, en nage, les yeux exorbités et la bave aux lèvres... la journée va être longue.
Il va pourtant bien falloir se ressaisir pour honorer le rendez-vous impératif que nous a fixé la charmante
Emilie Simon, qui se produit dans une création avec l'orchestre de la
Symphonietta de Belfort. Si le volume de musique créé par cet accompagnement est par moments un peu pléthorique, c'est dans l'ensemble un très beau moment de grâce. La voix et la présence tout à fait sublime de cette Björk à la française (en tenue de soirée magnifique avec accessoires technologiques au bras), font des miracles aussi bien pour
Flowers, premier album (
I wanna be your dog enthousiasmante,
Désert belle à en chialer), que pour la
Marche de l'Empereur qu'elle a si joliment illustré. Les frissons qui nous parcourent par deux fois sont sans ambiguïté : en plus de son potentiel créatif exceptionnel, cette fille vraiment délicieuse a une voix qui parle directement au coeur. Ma-gni-fi-que.
Ressorti du chapiteau définitivement amoureux transi, on subit un rapide retour sur terre avec un
Nine Inch Nails très, très en forme. On se souvenait d'une prestation mortelle sous le chapiteau il y a quelques années, animée par une bande de punks crasseux et dépravés, et l'on craignait donc un peu d'être déçu par les jeunes premiers qui semblent les avoir remplacés pour un
nouvel album un poil en deça du niveau habituel... Pour mettre les choses au clair, le frontman historique et ses nouveaux petits camarades nous attrapent donc au collet avec une très méchante
March of the Pigs, ou encore
The Hand that feeds, nouveau single qui prend ici sa pleine mesure. Puis ils déroulent leurs plus grands morceaux dans une prestation techniquement impeccable et donc, fatalement fabuleuse.
Trent Reznor ne ménage pas sa peine et sa sueur (soit plusieurs litres) pour nous revendre ses 'vieux' tubes (notamment
Happiness in Slavery, une boucherie, ou
Head like a Hole, un massacre) et sait également toujours nous émouvoir, même a capella avec la balade
Hurt reprise en choeur par 15 000 fans chavirés de bonheur. Les fesses rougies par la fessée cuisante de
Starfuckers inc, et Reznor étant manifestement toujours le meilleur dans sa catégorie, on décide raisonnablement de rester fan de
NIN pendant au moins la prochaine décennie.
Interpol en comparaison semblera évidemment bien calme. Ce qui sera bienvenu vu ce que nos oreilles ont déjà enduré. Leur pop glaçante et
joydivisionesque semble moins bien vendue que sur album, car on s'aperçoit qu'on se lasse assez vite de la voix trop monocorde du leader. Cela étant la prestation est très honorable et le son, parfait. On prendra néanmoins le temps d'aller voir
Eagles of Death Metal qui, déception, ne compte pas ce soir
Josh Homme en guest star et devient donc un groupe de rock tout à fait basique, pas mauvais mais vite oublié.
Les ayant vu déjà par trois fois et déçu l'an passé par leur show à Rock en Seine, certes gigantesque mais qui ne se renouvelle vraiment pas beaucoup (cinq ans que leur concert commence par
Hey Boy, Hey Girl par exemple), on laissera les heureux néophytes s'éclater avec les
Chemical Brothers pour s'aventurer sur la scène de la Plage à la recherche de nouvelles sensations. Trouvées en partie avec
The Faint, plaisant groupe de rock mâtiné d'électro (bien tendance quoi !), mais surtout avec
Bright Eyes. on attendait un
Conor Oberst faisant du folk seul à la guitare sèche, et c'est une dizaine de personnes qui déroulent un concert de rock bruitiste, un son original qui n'est pas sans rappeler Beck dans sa meilleur époque, autrement dit de l'inclassable mais du plaisant !
Relativement épuisé et raisonnablement éméché, on se rappelle avec dépit qu'on a bêtement lancé un concours sur LiveinMarseille qui va nous forcer à rester encore une bonne heure sur le site. Heureusement on est soniquement repris en main par la prestation amphétaminée de
La Phaze (écurie Jarring Effects, une valeur sûre) qui ressemble, il faut bien le dire, à du Bérurier Noir en version techno : bête et méchant, jouissif et maîtrisé, une tuerie qui se termine d'ailleurs par un
Police on my back sans ambiguïtés sur la filiation revendiquée !
On a finalement pu remettre le CD promis à une heureuse gagnante, bonne chose de faite !
C'est après une négociation ferme avec des amis épuisés (et corrompus à coups de cigarettes) qu'on obtient le droit de voir quelques chansons de
Gomm (notre révélation de l'année sur album), hélas programmé bien trop tard. Les lillois en costumes 60's déroulent leur
krautrock sauvage, original et classieux, dont je n'arriverai hélas à convaincre personne qu'il ressemble à du Sonic Youth... Rideau donc, épuisé mais heureux pour ce premier jour déjà très chargé (12 heures de présence sur le site !) et qui a tenu toutes ses promesses !
To be continued ... par
ici !
Ou alors par
là !
Photos mae