On l'avait laissée sur un album baroque, poétique et très branché sexe, Libido, et voilà que Son Extravagance Brigitte Fontaine, sa voix éraillée et son élégance naturelle, nous reviennent toutes les trois... et qu'elles ne sont pas contentes. Artiste engagée depuis toujours, la .../...

On l'avait laissée sur un album baroque, poétique et très branché sexe,
Libido, et voilà que Son Extravagance
Brigitte Fontaine, sa voix éraillée et son élégance naturelle, nous reviennent toutes les trois... et qu'elles ne sont pas contentes. Artiste engagée depuis toujours, la société composée de boeufs lobotomisés menés par une élite médiocrate et pré-fascisante dans laquelle nous vivons en 2009, lui convient particulièrement peu, et elle a les mots pour le dire !
Dura Lex décline déjà la thématique du titre, tout ce qui n'est plus permis c'est-à-dire, tout ce qu'elle trouvait agréable et bon, et qu'une nouvelle loi d'expulsion/ploitation vient chaque semaine contrarier : au train où vont les choses, musique, amour, poésie ne seront-ils pas très bientôt interdits ?
Mais le pic de l'album est la chanson
Prohibition, bouleversante et magnifique, s'en prenant à ceux qui prônent l'hygiénisme tout comme le jeunisme (ce sont souvent les mêmes, dont les ancêtres en poussant un peu les deux concepts avaient tenté, sans trop de succès d'ailleurs, de créer une race supérieure). Avec quelle délectation admirable elle les pourrit en articulant, les babines retroussées,
"Je suis vieille, et je vous encule !", et quelle fin sublime, à en avoir chair de poule et larmes aux yeux à chaque écoute, comme le bon Fred Taddeï le confessait récemment !
A retenir aussi en chansons qui marquent, la très mélancolique et superbe
Harem (seule avec un piano) et sa cousine électrorientale
Soufi (appuyée par le timbre rauque mais discret de sa copine
Grace Jones). Bon, il y a bien aussi quelques chansons mineures, encore qu'admirablement mises en musique par son complice
Areski Belkacem... Et puis évidemment, il y a toujours des morceaux plus légers, les titres déconnants habituels
Entre guillemets ou la genèse pop-trash de
La Fiancée de Frankenstein, les un peu sibyllines (
Pas ce soir ou la bien-nommée et troublante
Je suis un poète...).
Elle semble d'ailleurs chanter plus ou (un peu) moins faux, selon l'intérêt porté à la chanson... Elle s'applique par exemple sur la bien jolie balade
Just You and Me, fuite possible qu'elle propose à son vieil amoureux pour échapper à ce vilain monde, moins pour délirer avec
Katerine sur le même thème de la fuite (l'hymne rock élégant et
totally nonsense, Monty Pythonesque en somme, de
Partir ou rester). Bref, les nouvelles de la Grande Vioque Timbrée sont bonnes : elle va très bien,
Brigitte Fontaine, merci, posée comme elle est dans les bras d'un beau gaillard, elle emmerde les cons, a l'intention d'en enterrer encore un paquet, et d'aller fumer, boire et baiser sur leurs tombes ! Et plus encore, elle est toujours dans le haut du panier de la chanson rock française... Mais
comment-fuck allons-nous faire (admirable anglicisme n'est-il pas ?), le jour où elle arrêtera de publier de si bons disques ?
(2009)