Cette année, les Eurockéennes de Belfort ont vingt ans et j'ai eu la chance invraisemblable de pouvoir assister à quinze d'entre elles d'affilée (je peux le prouver !!), les quinze dernières donc. Autant dire que le festival fait partie de mon patrimoine génétique du live, dont il en est même la colonne vertébrale. Pour le prestigieux anniversaire, sans s'emballer comme aurait fait n'importe qui en invitant une locomotive ruineuse et consensuelle (au pif, les Rolling Stones), les programmateurs ont gardé la tête froide qui les a toujours caractérisés, en privilégiant des têtes d'affiches pointues, des découvertes, des nouveaux projets et des collaborations.
Et tout de même pour attirer le chaland, on n'a pas oublié de convoquer quelques stars radiophoniques nationales et internationales que, autant vous avertir tout de suite, nous ne sommes de loin pas toutes allé (re)voir... Pour l'excellent mais vieillissant Ben Harper, la vibrionnante Camille, les insupportables piège-bobo de The Dø, les frimeurs de N*E*R*D, le gentil et plaisant Cali, le lourdaud Sinik et le vendeur de sonneries Moby, se référer à votre marchand de journaux habituels, donc, ou mieux : les chroniquer vous-même !
Niveau décoration du site, pas d'affolement des organisateurs non plus : pour tout dire, certes plus fonctionnel (plage agrandie par exemple, ou loggia ouverte avec un accès en plus...), il nous a semblé un peu moins beau que l'année dernière, du moins en débarquant de jour... abîmé par un peu trop de stands de pub à la con (c'est quoi ces saloperies de téléphones S-----g à la place de notre buvette habituelle de la Plage ?) Enfin ! Pas de quoi gâcher le plaisir annuel et sincère d'y entrer d'un pied encore ferme, armés comme tout un chacun d'un K-Way, de godasses garanties mud-proof et de breuvages artisanaux dans des bouteilles en plastique, vendredi par un chaud soleil dans la magnifique Presqu'Ile du Malsaucy.
A propos de plastique, les Eurockéennes ont eu le courage de tenter en très grand ce qui avait réussi en petit à Argelès l'an passé : basculer radicalement dans le gobelet consigné et perdre d'un seul coup, excusez du peu, 80 % de leurs déchets ! Avec l'association EcoCup, et la mise en place d'un système, sans doute complexe pour eux mais on-ne-peut-plus simple pour nous : tout ce qu'on a à faire, c'est garder son gobelet, et on vous le remplace sur demande ! Même si ça sème un peu le trouble dans les esprits parfois déjà embrumés des arrivants (créant des files inimaginables le premier jour...) "Mais euuuh m'dameuuh alors, j'ai le droit de le garder à la fin ou pas ?" Puisqu'on te le dit, et que c'est marqué, couillon !
Quant à la possibilité de se le faire rembourser, il faudrait vraiment être mesquin pour ne pas vouloir emporter un si chouette souvenir - parce qu'en plus d'être costauds, ils sont beaux ! Et puis, calcul pas bête : avec au moins 50 % des gens qui les gardent et les ont payé 1 euro, l'opération se finance toute seule, voire génère des recettes. Ecologique et rentable, c'est pas beau ça ? Bref les Eurocks l'ont fait, chapeau, c'est donc que c'est possible partout, CQFD - Madame, Monsieur, pour vos prochains festivals, exigez la qualité recyclée ! Fin du couplet écolo, désolé, parlons un peu musique maintenant voulez-vous !
Comme le veut la tradition, on rate en arrivant la plus grande partie de la première qu'on voulait voir : la vibrionnante Keny Arkana, encore peu connue au nord de l'Estaque mais qui retourne les foules à Marseille avec son rap engagé (pas qu'avec des mots d'ailleurs, elle se bouge vraiment) et surtout, sa pensée cultivée et cons-truc-ti-ve. On reconnait son fameux Nettoyage au Kärcher, un véritable baume contre le carlabrunisme, en faisant la queue à l'entrée, ainsi que son style de harangue si particulier. Le temps de perdre nos amis (une sombre histoire de file spéciale pour les pass presse...héhé, merci Amélie !) et d'attraper un sandwich, et on réalise qu'on peut encore en voir la fin !
Cela étant, la minuscule Pasionaria a l'air de très bien s'en sortir sans notre appui sur la grande scène, si on en croit la joie d'un public encore assez peu dense et la façon dont elle semble (comme toujours) le tenir dans sa main, ou encore le sourire radieux qu'elle affiche. Peur de la Liberté où je réalise que certains spectateurs connaissent quand même ses textes par coeur, et la très jolie 5ème Soleil viennent conclure un set apparemment fort en émotions : on a bien cru qu'elle allait pleurer de joie à l'ovation finale, la gamine Keny... occasionnant même une légère chair de poule, bien excusable de la part d'un marseillais en goguette non ?
Pour le pauvre Arno par contre, rien ne s'est passé comme prévu : dès le départ il annonce qu'il a perdu son guitariste - faut le faire (Mais putain de merde, c'est quand même pas un porte-clef ! comme disait l'autre dans Snatch !). A cette heure précoce de l'après-midi, il a pourtant l'air très en verve et remarquablement ... sobre : son jeu d'harmonica et sa voix sont meilleurs que la dernière fois qu'on l'a vu, il y a deux mois - on était d'ailleurs pas fou de joie de le revoir si vite, mais on dirait que ça va le faire, finalement !
Il fait toujours ses simagrées, déhanchements et langue pendante, au cours de nouvelles chansons (pas toutes géniales d'ailleurs), enfin il assure le steak quoi, et puis ses musiciens sont bons, jusqu'à ce que deux coupures successives de courant sous le chapiteau (dont une de dix minutes, quand même) viennent mettre un terme précoce à sa prestation - il quitte la scène avec l'air assez fumasse, ça se conçoit. Quand ça veut pas ... De notre côté on s'inquiète un peu, avec tout ce qu'on veut voir sur cette scène, mais la panne ne se reproduira plus du week-end !
Moi en tout cas je retrouve mes amis ainsi que l'excellent Vince Venckman (batteur d'un formidable groupe de rock marseillais bien trop méconnu, les Nitwits) - je ne cesserai de tomber sur des marseillais pendant ces trois jours ! Petit passage sur la Loggia (qui n'a plus de toit cette année !) pour A Place to Bury Strangers, un groupe de rock noisy décrit dans le programme comme le "groupe de rock le plus bruyant de New York"... Et en effet ça sonne un peu comme du Jesus & Mary Chain joué par Sonic Youth dans un mégaphone de Lutte Ouvrière - c'est proprement inécoutable de saturation. Nous quittons donc sans trop traîner ce déraisonnable dégueulis de décibels.
C'est le moment de rencontrer La Bande Originale, assemblage de sympathiques personnages de la chanson française tous déjà venus de produire ici, mis en musique par les excellents Vincent Segal et Cyril Atef aka Bumcello, ainsi que Sebastien Marterl et DJ Shalom... Bref la quasi-totalité des musiciens qui accompagnent -M- sur scène. Jolie kermesse où vont se succéder des duos improbables d'une bonne partie de tous ceux, et ils sont peu nombreux, qu'on aime actuellement en chanson française, dans une ambiance joyeusement bordélique mais avec quand même, et ça s'entend, du boulot de répétition avant !
Parmi les réussites notables (en gros, presques toutes les chansons sans le pataud Oxmo Puccino...): Camille et An Pierlé se font une version hystérique du Petit Train des Rita Mistouko ; Didier Wampas et un Labyala Nosfell... chevelu et barbu (!) déchirent tout avec I was made for loving you de Kiss ; Cyril Atef et Olivia Ruiz rappent sur du Run DMC (enfin je crois) ; Amadou, le croiriez-vous, joue (et bien !) du AC/DC à la guitare tandis que ce vieux cochon de Wampas fricote furieusement avec Olivia sur Whole Lotta Rosie ; Daniel Darc dédicace le Requiem pour un Con à not'bon président, puis chante Ca ne sert à rien avec Nosfell, et une Redemption Song braillarde avec Wampas ; la décidément délicieuse An Pierlé revient pour un délicieux donc, Killer Queen... de Queen.
A la question que je me posais - Arno est-il parti fou de rage ? Réponse, non, il nous donne La Fille du Père Noël (c'est An qui fait la fille), dans sa version "Jean Genie", excellente, puis un blues avec Amadou ; et voici donc, forcément, la rayonnante Mariam qui va donner avec son mari une reprise de Stevie Wonder, cette fois c'est sûr : Amadou can play the blues ! Pour autant, il arrive quand même à écouter Wampas s'incruster dans son duo Mon Amour Ma bien-aimée - pour un très touchant moment. Le final se fait sur un titre des Temptations (merci à Hervé pour les références soul !), tous ensemble - Daniel Darc est si déchaîné qu'il manque de faire l'amour à une caméra. Encore une vraie réussite de création belfortaine, sans esbrouffe inutile ni égos surdimensionnés - un succès !
Au risque de passer pour un goujat, voire un crétin, on ne fera qu'un passage bref à Catpower : certes cette fille a une jolie voix mais c'est pas trop notre came... et puis on aime pas son dernier album et le chapiteau est déjà plein ! En avant donc pour Comets on Fire, un groupe post-Led-Zeppelinien de 5 chevelus qui jouent des titres de dix minutes - un pur bonheur. Le chanteur chante peu mais bien (trois minutes de hurlements avec une voix excellentissime, avant 7 minutes instrumentales), les riffs sont énormes et hypnotiques... Excellente surprise bien cachée dans le programme en somme, qui nous a rappelé les formidables Datsuns !
Le retour 5 ans après de Massive Attack laissera une impression plus en demi-teinte, déjà parce que le light show est nettement moins ambitieux - même si l'on y voit toujours des messages subliminaux, des dépêches défilants à toute vitesse, ainsi que la météo, une proposition de texte pour l'impeachment de GW Bush, ou encore des horaires de vol pour Taipeï... Le mentor Del Naja est devant, avec un minuscule Korg, tandis que son compère Grant Marshall restera assis à peu près tout le temps. D'ailleurs, ils n'ont rien de nouveau à vendre à part un ou deux inédits. Bon, c'est vrai, le son est d'entrée énorme, provoquant une zombification du public qui commence à osciller en rythme.
On confesse connaître très mal le nom de leurs titres, sur des albums si excellents et trippants qu'on les a toujours écoutés d'une traite ! Disons simplement que Massive Attack donne un spectacle best-of, en espérant que le lecteur aura assez d'imagination ! Une chanteuse blonde (pas la même, on dirait) assure les parties féminines (Teardrop), 3 D murmure le reste de sa non-voix creuse et inimitable, dans une ambiance sombre et bleutée... et le charme agit un peu. Détail agaçant, une partie de l'assistance est assez dissipée (même tout devant) alors que ce type de musique ne marche que religieusement écouté... et qu'il n'y a vraiment aucune raison défendable de slammer dessus !
Enfin, après la blonde assez insignifiante et sa guitare factice (puisqu'elle n'en joue pas), arrive heureusement la Grâce de ce concert : Yolanda, une chanteuse black voluptueuse et ronde, à la voix de velours, et la seule qui a l'air contente d'être sur scène - il est vrai que le tirage de gueule a toujours été une marque de fabrique des Massive Attack, toujours très occupés à trafiquer des bidules aux réglages invraisemblables, comme ce synthé à huit pédales d'effet !
Avec l'augmentation de la cadence, les titres plus rythmés mettront enfin le public dans une ébullition raisonnable, comme Yolanda chantant superbement Unfinished Sympathy et Safe from Harm, ou le merveilleux Horace Andy (qu'on craignait de ne pas voir ce soir) venu comme toujours pour les magnifiques Angel et (je crois) Everywhen, qui créent enfin l'écoute appropriée, même les cancres étant enfin scotchés. Le final très speed, s'il n'enlève pas cette impression persistante de non-groupe qu'on avait déjà ressenti en 2003, met cependant le feu aux poudres et s'achève dans une clameur énorme. Vivement un nouvel album quand même.
On a beau être un chroniqueur sérieux, on fait comme tout bachelier quelques impasses - comme de ne pas réviser ni apprendre dEUS, honteuse lacune ! Pour être honnête je pensais que le sujet Ben Harper allait tomber - finalement je n'ai pas eu envie d'y aller du tout : déjà vu et revu à la grande époque (folk/blues/gospel), vraiment aucune raison d'y retourner pour entendre le reggae banal qu'il fait aujourd'hui ! Bref c'est d'autant plus regrettable que dEUS, sur le papier un des meilleurs groupes de rock en activité en Europe, l'est également sur scène - ça sonne formidablement bien, même si le groupe finit devant un chapiteau presque vidé de sa substance (effet Ben Harper toujours). Je reconnais quand même (si l'on peut dire) le tube classe et lancinant de Pocket Revolution qui conclut ce fort beau concert.
Evidemment sécher le bon géant afro à la guitare implique d'aller voir sur la plage la jolie et trépidante Missill : pour une fois qu'elle n'est pas programmée à 5 heures du mat', on ne se fait pas prier. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça pulse, entre techno séminale (production perso et remix des autres, Digitalism notamment) et remix de rock hardis de AC/DC comme de Nirvana, c'est la teuf sur la Plage (heureusement parce qu'il fait sacrément froid ...). L'enthousiasme communicatif de la gadjie, ainsi que l'arrivée de vrais instruments (guitare et batterie) achève de rendre le tout jouissif et décérébrant - on aurait bien filmé tout son set de partouze électro/bastard, pour se remonter le moral les jours de pluie !
Dernier gros rendez-vous de la soirée, le retour 2 ans après des Gossip, qui depuis ont explosé médiatiquement (et tant mieux !) avec la réédition de leur formidable disque éponyme. La chanteuse Beth Ditto qui est énorme à tous les points de vue (et c'est la seule mufflerie qu'on s'autorisera à ce sujet), apparaît dans une combinaison pour un déjà furax Yr Mangled Heart qui déchaîne le chapiteau. On remarque qu'il y a désormais un clavier en plus des deux honnêtes musiciens qui l'accompagnent, tandis qu'elle commence (déjà) à se déshabiller sur Coals to Diamonds ou sur Keeping you alive, pour se retrouver dans un très seyant déshabillé noir, qui contient à grand peine ses formes généreuses et sa très jolie voix - cette fille est belle comme un tableau de Botero !
La température augmente donc très vite, au fil de quelques chansons nouvelles et de titres imparables comme Jealous Girls et Fire with Fire, furies punk-soul, ou encore Eyes Open... Et on sait déjà que la diva nous empêchera de sombrer dans le sommeil comme la dernière fois ! C'est encore pour un nouveau titre qu'elle va chanter dans la fosse, qu'elle s'éclate par terre et en rigole ; sur Listen Up il faut se rendre à l'évidence, sa voix hargneuse et groovy est plus belle encore que dans notre souvenir ... mais c'est déjà fini - veulent-il nous faire croire sans avoir joué leur tube absolu !
Un rappel arrivera donc sans surprise mais à notre plus grande joie, qui commence par un long instrumental. Puis on comprend qu'il s'agit (évidemment) de Standing in the Way of Control : la demoiselle se présente carrément en sous-vêtements pour interpréter ce déjà grand classique. Pour ceux qui se demanderaient encore ce qu'elle fout à poil, la chanson dénonce diverses formes de censure ("control") et harcèlements des gens différents, homos, lesbiennes, et autres... grosses, revendiquant le droit à chacun de vivre sa vie comme il l'entend. La démarche de s'assumer les fesses à l'air prend alors tout son sens !
Et c'est encore par amour du public et envie de partager que Beth finira en plein milieu de la foule, couverte de mamours et en distribuant elle-même pour un final pétaradant et bordélique, en scandant un slogan bien connu de ces dangereux agitateurs qu'on appelle en Amérique les pacifistes : "What do we want ? Peace ! When do we want it ? Now !"... Tandis que tout le chapiteau danse les bras levés, un grand sourire aux lèvres - une belle bouffée d'oxygène donc : à part leur leader, les musiciens de Gossip ne sont peut-être pas de grands techniciens mais le charisme et l'enthousiasme de leur chanteuse sont proprement irrésistibles !
Après cette déjà copieuse première journée, le moment est venu de rentrer, puisque les recyclages 80's de Calvin Harris n'ont convaincu aucun d'entre nous sur sa page Myspace... Et c'est en partant qu'on remarque que le site est surtout illuminé... de l'extérieur, où il brille de mille feux et darde des rayons laser dans le ciel, au risque d'attirer par erreur les rares jeunes de la région absents des Eurocks, qui seraient à la recherche d'une boîte de nuit où écouter de la merde - hélas pour eux, la Presqu'Ile de Malsaucy ne serait précisément pas l'endroit approprié...
De vraies photos (réussies) à venir par Flore-Anne Roth, et des vidéos-souvenir par ici !
PS : Réaction, insultes, félicitations, concerts ratés, n'hésitez pas à réagir ! Réagir à cette critique
>> Réponse (le 10/07/2008 par Fred) Pour ce qui est des gobelets ça devrait se généraliser sur tout les festivals, la semaine précédant les eurock, ils .../...La suite
>> Réponse (le 18/07/2008 par fab_solaire) salut les gars, je vois que les eurock se mettent au verre ! de quoi hésiter à balancer sur verre sur les autres... snif .../...La suite
Bumcello - 09 Avril 08 - boule noire-Paris En rentrant dans la boule noire tout le monde est coincé vers le fond de la salle alors que le devant de la scène est complètement libre.
En rentrant dans la boule noire tout le monde est coincé vers le fond de la salle alors que le devant de la scène est complètement libre.
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En s’approchant pleine de surprise, je m’aperçois que ce n’est autre que Vincent Ségal qui mixe tranquillement.
Petit à petit le public se rapproche et c’est le moment pour Cyril Atef de rentrer sur scène avec son nouveau masque rocambolesque.
Ils n’ont pas de sortie de disque à promotionner donc on assiste à un concert d’improvisation comme ils l’annoncent.
Ces deux musiciens sont toujours aussi virtuoses et manient l’impro admirablement au son des rythmes très divers.
Ils feront monter quelques amis avec eux sur scène pour chanter aussi bien du slam qu’un de leur classique.
Pour le rappel on a le droit de choisir et le public fait chanter Vincent même s’il n’est pas vraiment convaincu. Et à la demande générale, ils nous interprètent Dalilah.
J’ai, du coup, préféré les rappels plus aboutis que les essais du début malgré une technique irréprochable.
C’est Cyril qui finit la soirée en prenant les platines en main. Photo July pour Liveinmarseille.com Réagir à cette critique
BumCello - 3 février 2006 - Le Mouline, Marseille
Même si je n'ai jamais réellement vu le groupe en solo, Bumcello n'est certes pas composé d'inconnus pour moi ! Ayant déjà constaté l'excellence de leurs accompagnements pétaradants et .../...
Même si je n'ai jamais réellement vu le groupe en solo, Bumcello n'est certes pas composé d'inconnus pour moi ! Ayant déjà constaté l'excellence de leurs accompagnements pétaradants et ensorcelants de la cartoonissime rock star -M- sur scène comme sur son DVD, je les ai même déjà aperçus aux Eurockéennes en tant que résidents en 2005, mais sans suffisamment m'y intéresser pour cause de fatigue intempestive et de concurrences déloyales.
Le moment est donc venu de voir ce que valent réellement en solistes Cyril Atef aka [Boum] et vincent Segal aka [Chello], dont les disques sont certes sympas, mais semblent surtout destinés à rendre fous les vendeurs de la FNAC, très ennuyés dès qu'un groupe déborde d'un style donné, la pluri-musicalité étant chez eux un art de vivre !
J'arrive hélas après le début du concert (Pirlouiiiit notre vaillant photographe a heureusement assuré l'intérim, ça a commencé par des disques passés par Cyril Atef apparemment). A mon arrivée Vincent Segal est très occupé à poser des boucles funky, enregistrées avec son célèbre violoncelle éléctro-rouge (fruit des amours défendues d'une contrebasse et d'une Gibson SG). La salle n'est pas complètement pleine mais au moins elle est en configuration "grande" et il y fait bon (même si nos deux héros portent, qui une écharpe, qui un keffieh Arafat Style, à croire qu'ils n'ont pas chaud !).
La première chose qui frappe est qu'en fermant les yeux, on dirait qu'il y a plus de monde sur scène que la réalité grâce à une maîtrise parfaite de la "boîte à boucles". quand Cello joue, au bout d'un moment on croirait qu'il y a 3 ou 4 instruments à corde sur scène ; quand Bum maltraite ses percus, on croirait qu'il sont 5 ou 6 à jouer ensemble... Quand les deux se déchaînent en afro beat, on dirait que Fela Kuti et tout son big band sont arrivés, il ne manque que quelques danseuses aux fesses virevoltantes pour s'y croire...
Puis quand on joue du rock, c'est pour démarrer sur un gros riff bien naze digne de Van Halen mais ça se finit bien, enfin plutôt ça enchaîne sur une bossa nova trilingue (allemand, anglais, français), le tout joué avec la désinvolture (ou la classe) de musiciens en répétition. Puis quand on joue du jazz 70's avec un melodica, c'est pour le faire évoluer insensiblement vers de la B.O. de Blaxploitation ; en fermant les yeux on verrait presque Huggie, Pam Grier et Shaft se dandiner d'un air blasé dans leurs costards en cuir.
Puis quand on sudamérique un peu sa musique, c'est pour évoquer une batucada entière, vite attaquée par un violoncelle distordu qui me rappelle Apocalyptica (ce kitsch et plaisant groupe scandinave qui s'était mis en tête de jouer du Metallica au violoncelle). L'évolution de la percussion vers le continent africain, voire les îles, nous mène en territoire inconnu et jouissif avec l'Animal sophistiqué : peut-être du zouk métal (à moins que ce ne soit du mambo trash ?), Bumcello prenant un malin plaisir à brouiller les pistes (il paraît que tout serait improvisé sur scène, peut-être ne font-ils même pas exprès), en tout cas un long solo de guitare graisseuse (effectué au violoncelle évidemment).
Puis quand on décide de jouer de la musique littéralement innommable, sorte de pop déglinguée orientale où Cyril Atef part promener un peu son réservoir d'eau vide (élément essentiel de son appareillage), le chroniqueur rend les armes : les mots lui manquent pour évoquer tout ça... Même s'il reprend des couleurs avec les invités de Papa Wemba : on est bien en Afrique avec cette étrange cloche à sons délicatement effleurée en mélodies exotiques, et puis finalement on part un peu en trip hop avant que Vincent Segal ne vante les mérites de ces deux chanteurs, professeurs respectifs et probablement grands inspirateurs du duo.
En rappel, Bumcello nous joue une sorte de rock aux sonorités afro qui pourrait s'appeler Oh Dalila, puis une balade gentiment funky avec solos sautillants, qui rappelle -M- (forcément, les yaourts -M- il y a de vrais morceaux de Bum et de Cello dedans). D'abord du violoncelle, puis de la basse, puis une guitare jouée en bottleneck ; ça donne finalemnt un morceau afro-punk cajun (ou un truc dans le genre), improbable et chouette.
Puis vient leur tube (mais si, leur tube, je peux même le siffler, ne ricanez pas, on en peut pas être spécialiste de tout le monde, aidez-moi plutôt !) repris en choeur par un public enchanté. L'un des chanteurs black revient pour conclure sur une sorte de dombolo endiablé (ce qui est synonyme je pense, dans au moins une langue en Afrique) où les deux zicos donnent leur pleine mesure.
C'est terminé après presque deux heures de concert, enfin Cyril n'étant pas fatigué il continue à passer des disques. Tenté par d'autres aventures, après avoir battu mon record (3 tracts distribués), je le laisse finir la soirée et éteindre en partant. En tout cas Bumcello ne m'a pas déçu ; si je n'ai pas eu une envie folle d'acheter leur dernier CD (vendu sur scène), j'ai en tout cas passé un très bon moment en leur compagnie.
Photos Pirlouiiiit, parti un peu avant la fin pour voir ce que donnait Christophe Mali l'un des chanteurs de Tryo en solo au Poste a Galene
Rappel : toute utilisation autre que copie personnelle des photos (y/c publication sur le web) doit faire l'objet d'une demande à Pirlouiiiit@yahoo.fr qui en est l'auteur mais sera ravi d'être sollicité !
Bumcello - 3 decembre 2005 - Cargo de nuit - Arles Le duo de Cyril Atef (batterie, percu, sample, danse et voix) et Vincent Ségal (violoncelle, basse, sample, voix et percu : couilles de singe) nous ont encore donné un concert mémorable.
A notre .../...
Le duo de Cyril Atef (batterie, percu, sample, danse et voix) et Vincent Ségal (violoncelle, basse, sample, voix et percu : couilles de singe) nous ont encore donné un concert mémorable.
A notre arrivée dans la petite salle du cargo, Vincent Ségal se trouve seul sur la petite scène derriere des platines. la salle se remplie peu à peu. Comme si il voulait tater le terrain, Vincent passe de morceaux de style totalement différent allant du blues au zouk, de l'afro à la salsa... jusqu'au hip hop. Le public reste trés calme.
Cyril Atef entre sur scene vétu d'un superbe costume jaune brillant en accompagnant un dernier morceaux hip hop aux percus. C'est parti pour un set innoubliable!
Ces gars la, savent chauffer le public. Vincent sort des sons allucinant avec son violoncelle. il le sample, fait des solo avec un son de guitare et fait des lignes de basse bien funky... bref s'est un homme orquestre à lui tout seul. Cyril met le piblic en trans comme il sait si bien le faire. Il fait danser, chanter les gens.
Dans sa tenu de fou furieux il sample sa voix avec une trés grande precision. Il est inutile de venter ses qualités de batteur... Cyril Atef est un tueur!
A la fin de leur set, s'est au tour de Cyril de se coller au platine. La salle se vide peu à peu. Le choix musical n'est pas au gout de tout le monde. Il passe de la musique gnawa au r&b sans enchainer les disques. Sans doute un problème technique. Réagir à cette critique
La deuxième soirée du festival de Sédières s’annonçait riche en bons moments, elle n’a pas déçu… Sensible à la qualité de l’affiche, le public s’était déplacé en masse dans la grange rénovée qui tient lieu de (superbe) salle de spectacle au milieu d’un formidable océan de verdure.
Las Ondas Marteles
Juste après les prestations de Quidam (dont le concert donné en mai en première partie d’Hollywood Pornstars était prometteur) et Scories (qui nous avaient laissés de marbre à la Coopérative de Mai) programmées à partir de 18 heures, le groupe des frères Martel a parfaitement confirmé l’excellente impression qu’ils nous avaient faite un an auparavant lors d’un show case dans le club de la Coopé tout simplement renversant. A Sédières, comme à Clermont-Ferrand, la voix et le charisme de Nicolas Martel sont admirablement supportés par la guitare de Sébastien Martel et la contrebasse de Sarah Murcia. Lors d’une prestation scénique de Las Ondas Marteles, les moments de communion musicale où le trio semble possédé par ses superbes morceaux de folklore cubain ne manquent pas… Quand on entend Sarah, Nicolas et Sébastien jouer ou chanter en chœur, il n’y a aucun doute sur la sincérité de leur passion commune (et communicative) pour la musique cubaine.
Bumcello
Cyril Atef et Vincent Ségal nous avaient enchanté à plusieurs reprises avec leurs improvisations scéniques, mais, à Sédières, ils semblaient un peu moins inspirés que les autres fois. Ce qui n’a pas empêché le public, un peu interloqué au début, de réagir positivement aux morceaux partant d’une boucle rythmique et d’un gimmick joué au violoncelle. Vers la fin du concert de Bumcello, l’arrivée de Sébastien Martel (lui aussi fidèle musicien de Matthieu Chédid alias –M–) a apporté un plus, mais sans faire décoller les débats, à notre avis…
Alamo Race Track
Puis, la place est laissée aux groupes de rock à guitares… Le premier à fouler la scène est l’une des révélations de l’année avec le très recommandable album Birds at home : les Hollandais volants d’Alamo Race Track. Malgré un volume sonore trop élevé (culminant avec une orgie de larsens à la fin du show), les quatre musiciens ont proposé au public (très réceptif) un set aussi brûlant que glacial. La musique d’Alamo Race Track est en effet aussi bien dans la veine Joy Division (ambiances froides et gothiques, chant superbe et prenant à la Ian Curtis) que dans celle d’un rock aérien et énergique avec guitares acérées. Sur disque, l’effet est saisissant, mais dans une salle de concert, l’intensité, la qualité et la versatilité des compositions d’Alamo Race Track éclate au grand jour. La série de tubes acidulés enchaînés avec une virulence à peine croyable provoque carrément des envies de pogos, de plongée en apnée, de virée nocturne dans une forêt bien sombre, voire de sauts dans le vide sans parachute. Ce groupe semble avoir un potentiel pour conquérir un large public. Il a impressionné tout le monde à Sédières… Et même le chanteur de The National, qui ira longuement féliciter son homologue après le concert et remerciera sur scène Alamo Race Track pour sa prestation.
The National
Fidèle à sa réputation de groupe de scène et visiblement ravi de retrouver le festival de Sédières un an après son dernier passage, The National a tout simplement triomphé juste après. Il semble bel et bien que le groupe new yorkais draine désormais un public de fans qui attend chaque concert avec une impatience grandissante. Et on les comprend ces gens aux visages extatiques qui acclament Matt Berninger et son combo capable des montées les plus vertigineuses comme des descentes les plus déchirantes ! Très peu de groupes sont actuellement habitués aux sommets de songwriting, d’intensité et de dynamique fréquentés par The National. Dans un lieu bien sonorisé (ce qui n’était pas le cas aux Eurockéennes de Belfort), ce groupe à six têtes chercheuses (Bryce, Aaron, Padma, Scott, Bryan et Matt) ne craint rien, ni personne… Cerise sur le gâteau, on n’a jamais vu l’étrange chanteur nommé Berninger dans une forme aussi étincelante ; en plus de chanter divinement (comme presque à chaque fois), il sourit souvent au public, parle un peu entre les morceaux et semble passer un très agréable moment. Comme le public, tout le monde est donc sur la même longueur d’onde ! Avec une set list aussi bien choisie (de suberbes extraits d’Alligator, Cherry Tree, Sad songs for dirty lovers et The National) et 1 h 10 de concert aussi planant ou recueilli que remuant ou énervé, comment aurait-il pu en être autrement ? La fin du concert atteint une sorte d’acmé insurpassable : Mr.November, Cold Girl Fever, Val Jester et Available font souffler le chaud et le froid en proposant des décharges de rage pure ou des ballades intranquilles proprement renversantes… Avant de partir, Matt Berninger déclare, tout sourire, « Le groupe qui suit s’appelle The Wedding Present, c’est un de mes groupes favoris sur la planète ! ». Et l’on se dit que le monde n’est, finalement, pas si mal fait que ça… Le chanteur de The National passera l’intégralité du concert du Wedding Present sous le pied de micro de David Gedge. Ce n’est pas une légende : les grands esprits se rencontrent…
The Wedding Present
« Bonsoir, nous sommes The Wedding Present ou le cadeau de mariage, si vous préférez… » Cela fait plus de dix ans qu’on rêvait de réentendre cette phrase sortir de la bouche du toujours génial David Gedge… Comment oublier en effet que ce monsieur aux allures de dangereux psychopathe nous a proprement électrisé et ému avec sa musique (Seamonsters et surtout Hit Parade) et ses concerts (on se souvient comme si c’était hier de ses performances scéniques aussi teigneuses que concises... ) dans les années 90 ? Les morceaux du Wedding Present restant quant à eux gravés dans un coin privilégié de notre disque dur intime, pour encore très longtemps… Oui, mais de l’eau a coulé sous les ponts, John Peel est mort (c’est grâce à lui que David Gedge a pu connaître son heure de gloire), Bernard Lenoir attend la retraite (la cassette audio avec la Black Session du Wedding est usée jusqu’à la corde) et le Wedding se résume aujourd’hui à son leader omnipotent… Qu’importe, le groupe vient de monter sur scène…
Après l’intro instrumentale figurant sur le très bon nouvel album - Take Fountain -, le groupe enchaîne avec Interstate 5, un morceau constituant une preuve irréfutable du talent persistant de Mr Gedge pour l’écriture de pop songs tour à tour nerveuses, déchirantes ou soniques. Les petits jeunes qui accompagnent Gedge en 2005 sont bien dans l’esprit, la bassiste en bottes de cuir et jupe sexy se concentre sur ses parties de basse, le batteur cogne comme un enragé et le guitariste au physique poupon se charge de mettre des fils de fer barbelés autour des compositions à rebondissements de son patron. Et David Gedge alors ? Il chante toujours avec sa voix particulière (étranglée, bizarre, reconnaissable entre mille), n’oublie pas de s’énerver sur ses guitares et, petite nouveauté, évoque pour le public quelques anecdotes sur les morceaux joués (de larges extraits du dernier disque, plus les hits du combo de Leeds comme Blue eyes, Go-go dancer, Once more, Silver shorts etc)… En 54 minutes chrono (sans rappel bien sûr, on aurait aimé que cela soit plus long !), le Wedding Present a permis au public de passer par divers états d’esprit en alternant hargneux brûlots noisy rock au rythme enlevé et ballades mid tempo vous fauchant de plein fouet (chant susurré, mélodie imparable, guitares virulentes). On devrait interdire à cet homme d’écrire des chansons d’amour, elles sont trop belles et rappellent trop de souvenir (bons ou mauvais). Au début, on est heureux et ému et après on se sent seul au monde, comme un con, avec une sévère envie de chialer… Don’t cry no tears chantait Neil Young (et Mr Gedge quand il le reprenait sur Hit parade 1) ; c’est plus facile à chanter qu’à appliquer dans la réalité...
A lire également : les chroniques sur les autres concerts de l'édition 2005 du festival de Sédières, ainsi que celles des années 2002 et 2004.