Camille (Le Printemps de Bourges 2008) - 18 avril 2008 - Théâtre Jacques Coeur, Bourges
Camille : une flamme qui se consume en transmettant des éclairs de génie à ses acolytes doués...
Epoustouflant, brillant, inspiré, renversant, osé, bouleversant, on ne sait pas .../...
Camille : une flamme qui se consume en transmettant des éclairs de génie à ses acolytes doués...
Epoustouflant, brillant, inspiré, renversant, osé, bouleversant, on ne sait pas très bien quels adjectifs utiliser pour décrire le nouveau spectacle de la chanteuse Camille, qui était présenté au magnifique théâtre Jacques Coeur dans le cadre du Printemps de Bourges 2008. Entourée d'un groupe de sept musiciens/choristes (en tous points parfaits) pour un spectacle sonorisé et éclairé avec talent, la récente auteure de l'album Music Hole a présenté sa dernière livrée avec foi, drolerie et concentration.
En grande forme vocale, la toujours fofolle tête de file de la chanson française non figée a véritablement irradié la scène de ses vocalises impressionnantes, de ses textes originaux, de ses chorégraphies réjouisantes et de ses facéties imprévisibles... Lors d'un morceau joué en milieu de set, la belle - habillée en orange et éclairée en ombre chinoise au cours d'un danse débridée -, donne l'impression d'être une flamme qui se consume en transmettant des éclairs de génie à ses acolytes doués. La scénographie, très travaillée, comme la totalité du show d'ailleurs, contribue à rendre la présentation des incroyables morceaux de Camille (Gospel with no lord, Vous, Baby Carny Bird, La jeune fille aux cheveux blancs, Janine I... ) complétement irrésisitible.
Entre gospel fiévreux, hip hop vocal, chanson française stellaire, pop avec human beat box, Camille et ses musiciens proposent un saisissant voyage de près de deux heures, un aller simple pour le paradis de la chanson festive (dans le bon sens du terme), onirique et évocatrice... Avant un superbe final disco avec lacher de paillettes sur le public, Camille avait eu tous son temps pour parcourir gracillement son répertoire magistral et reprendre de manière bien décalée Too drunk to fuck des Dead Kennedys. Entre chanson gospel et punk rock, la provocatrice artiste évolue à sa guise sur le fil ténu de son inspiration, sans se fixer de limites et sans suivre ses prédécesseurs. Avec une insolente réussite !
>> Réponse (le 19/04/2008 par Chloro Phil) Superbe chronique, qui lève les doutes que l'on peut (à juste titre) avoir concernant cette Camille, dont on pourrait .../...La suite
Pour le premier jour c'était par ici et pour le deuxième, fallait commencer par là !
Toujours d'esprit flâneur sous un soleil qui a du prendre comme nous un pass 3 jours (à moins qu'il n'ait eu une accréditation, LUI...?!), on commence tranquillement la journée en n'écoutant quasiment pas Dominique A (ouais, bon, certes c'est pas comme ça qu'on va devenir journaliste professionnel...) Cela étant il est sûr que cet artiste à la voix un peu monocorde mais aux jolis textes, dans une salle fermée, doit être sympa à écouter... moi je ne le vois toujours qu'en festival.
"We are Art Brut, any questions ?" Ouais, quelques unes. Pourquoi le chanteur est-il si vilain et mal habillé ? Connaissant l'album on soupçonnait bien qu'il chanterait mal, mais à ce point : grassouillet et probablement bourré, on dirait un supporter anglais, tout droit sorti d'un pub karaoke ... quand au groupe il est composé de gens biens lookés mais assez poseurs.
Pourquoi commencer par un riff d'AC/DC ? pour attirer le chaland ? Bref, supportant plutôt bien le groupe sur son premier album, on prête tout de même une oreille attentive au combo de, comme on dit, rock arty. Et ses chansons toutes plus désinvoltes les unes que les autres : We formed a Band, My young brother (au son sympa, mais nous désolé on a pas attendu 21 ans pour découvrir le rock),Bang bang rock'n'roll (déjanté et noisy, avec un petit côté Libertines), ou encore Rusted guns of Milan (qui pourrait se résumer en "Too drunk to fuck"). Au bout d'un moment, l'arrogance de ce type devient franchement agaçante, un petit côté tête à claque à la Pete Doherty... On est donc partis pendant Emily Kane, laissant ce groupe réfléchir à la possibilité de recruter un vrai chanteur...
Quoi qu'il en soit, l'un des rendez-vous majeurs de cette édition nous attend : Mogwai !
D'ailleurs le chapiteau dégueule de monde, impossible de s'approcher sans écraser quelques pieds quand le concert débute sur un air celtique. Le groupe a la réputation non usurpée de jouer très fort : on se fait effectivement salement ramonner les cages à miel avec plusieurs chansons du dernier album, l'excellent Mr Beast dont on a dit le plus grand bien, même si par exemple Happy songs for happy people est au moins aussi bon. Le leader, guitariste souvent et chanteur rarement (et encore, avec la voix vocodée à mort), est un ptit gars pas fier planqué sous sa casquette : Stuart Braithwaite, qui comme tous ses potes reste imperturbable, quelle que soit la tempête sonique qu'il déchaîne. On note qu'ils portent pour la plupart des bouchons dans les oreilles, quand même, les petits joueurs...
En tout cas Travel is Dangerous et plus encore, la magnifique Friend of the Night ravissent nos oreilles. Cette musique vrombissante a des effets variés : la fuite -pour pas mal de gens- ou un état second de trip extatique (que certains aident avec diverses substances). Des passages très calmes (où l'on tend presque l'oreille) sont enchaînés sans ménagements avec des déferlantes soniques, littéralement des murs de larsens que construisent, impavides à la manière d'un Ron Asheton des Stooges, le chanteur de Mogwai et sa bande. Ce son totalement anti-commercial, à rebours des modes, que l'on appelle le "post-rock", est décidément bien jouissif et rafraichissant. Dommage qu'on ne puisse pas changer d'oreilles dans une vie ... Mais on veut bien prendre le risque, quand retentit la diabolique Glasgow Mega Snake (que Muse n'arrivera jamais à écrire, car pour cela il faudrait d'abord baillonner Matthew Bellamy...). Le final tout à fait chaotique se fait après un slow très lent, en béton armé, qui doit être sur l'album HSFHP ? Le groupe nous quitte sur ce que l'on appellera un bruit "noir" : tous les instruments saturant tous en même temps, à force d'être maltraités, piétinés, cognés etc. Au final, un excellent moment expérimental qui fait du bien... même quand il s'arrête.
Bien sûr on aurait pu s'échapper plus tôt. Mais pour une fois qu'il y avait peu de groupe popeux à la Belle & Sebastian, on ne s'est pas rués pour voir la fin d'Aberfeldy(sheim*) ; un grand amateur de ces groupes mélodiques (et ch...) nous en a cependant dit du bien, avec la réserve que c'était un peu limite easy-listening variété par moments. * private joke pour alsaciens d'origine - ne pas confondre avec Mittel- et Niederfeldysheim bien sûr
Bref, on reprend ses esprits avec la fin de We are Wolves, live on the beach. Restaient seulement 10 minutes de cet excellent power trio rock, au son électro-garage (guitare, synthé et batterie), super sympa, à revoir en salles si possible !
Car animé d'un mauvais pressentiment, on a traîné des pattes avant de rejoindre la grande scène et Archive. Et notamment, on a poussé jusqu'au sound system, minuscule scène (comparée aux autres) à l'entrée du site, pour revoir un petit coup de Las Ondas Marteles, sympathique trio de musiques espagnoles déjà vu avant un inoubliable concert de -M- au Dôme. Un vrai plaisir que d'écouter de la canson tranquilla en español (un peu de calme après la tempête), des trios a capella avec carillons délicats, un rockabilly guitare/contrebasse acoustique et néanmoins endiablé qui doit s'appeler My baby left me.
Au moment où l'on remarque un truc amusant, que Sébastien Martel a comme un petit air de Manu Chao plus jeune et plus grand, voilà Camille qui arrive !! La même que hier, mais ce coup-ci à peine à trois mètres ! Trop classe. Elle est venue chanter avec Nicolas Martel (chanteur délicat s'il en est), 2 slows rock très classieux, d'une voix archi-sexy digne de Betty Boop. On les quitte à regret sur un blues, mais quelle idée super sympa que cette petite "saynette" à l'entrée du site, pour des collaborations sans façons entre grands artistes !
On rejoint cepentant quand même Archive par acquis de conscience, sur Fuck U. Bien sûr la musique est toujours très belle mais la voix du nouveau chanteur n'est vraiment pas top, bof, il n'y a rien à faire, on regrettera toujours Craig Walker, le rouquin torturé et charismatique parti il y a presque 2 ans. Le groupe joue des nouveautés de l'album Lights, un peu faiblardes a priori (en tout cas répétitives par rapport à leur dernier bon album en date, You all look the same to me, lui-même aussi beau que Londinium - on pardonnera s'il le faut beaucoup de galettes mineures aux deux auteurs de ces oeuvres sublimes).
Mais horreur ! En plus du nouveau chanteur de qualité standard, revoilà le chevelu casse-couille qui nous les a déjà brisées par le passé aux Docks des Suds. A deux doigts de filer, on est retenus par un peu de la magie d'antan, toujours reconnaissable dans les orgues en trémolos magnifiques. En plus le groupe se lance dans Again, les salauds, plus possible de partir, la guitare nous a scotché... musicalement la chanson est évidemment sublime mais vocalement aie aie aie, quand il crie ça fait presque peur (on dirait Bono !). Le concert à Rock en Seine 2004 restera donc celui du top du top d'Archive, on en reste à jamais inconsolables...
Inconsolables, ça tombe bien c'est ce qu'il faut être pour apprécier Sigur Rös. Encore du post-rock, on est gâtés, sauf que celui-ci vient d'Islande. Encore plus planant, presque aussi sonore que Mogwai, le groupe joue d'abord caché derrière un rideau aux images abstraites - dernière photo qu'acceptera de prendre mon appareil photo épuisé. Le chanteur apparaît alors, Jonssi Birgisson, pour votre gouverne borgne et gay selon le (très complet) site web du groupe, mais surtout charismatique et assez beau gosse apparemment, qui joue de la guitare avec un archet, tout en chantant avec une voix d'ange.
Le groupe interprête plusieurs chansons de l'album Takk et notamment le "tube" (ça c'est de l'info non ?). Pour être plus précis, plusieurs chansons aussi de l'album ( ), mon préféré. A ce sujet, un petit regret d'ailleurs : autant ils ont joué ( ) que j'aime bien, autant j'ai attendu en vain la très floydienne ( ), que j'adore (blague à part, la 7e sur 8, 13 minutes qui contiennent la naissance et la disparition d'un monde, cette chanson est un vrai trip, elle est belle à en mourir).
(Photo : image.freemusic.cz)
Le public, il fallait s'y attendre, est complètement euphorisé par ce son tout à fait énorme. Sur scène, il y a pas mal de monde dans l'ombre : des percus et carillons féminins, au moins 5 cuivres, et le son est un peu soporifique (mais au sens positif du terme : on a envie juste de rêver, allongé dans l'herbe), au son de la superbe ( ) (5ième, 8ième ?) qui est vraiment magnifique. Il faut dire que le hopelandic, langue inventée par Sigur Rös, est au moins aussi mélodieux en bouche que le klokobetz de Nosfell... A la fin le rideau retombe, en ombres chinoises, le groupe offre un final grandiose avec un triomphe total (petite surprise, je ne doutais pas que les gens aimaient tant ce groupe - autant de bruit que pour Mogwai...). Et pas moins de 14 personnes qui viennent saluer ! Les deux meilleurs groupes de post-rock en activité, le même jour, elle est pas belle la vie à Belfort ?
Ivre et saturé de bonne musique, il n'est plus question de se battre avec des hordes de minots en t-shirt siglé, pour aller absolument voir les frimeurs prétentieux de Muse, et leurs chansons trop écrites. Déjà vus, plusieurs fois, ils nous énervaient déjà en 2000 quand ils avaient 17 ans et un seul album au compteur. De loin, on entend Bliss et d'autres tubes "historiques", toujours plaisants à l'oreille mais aussi Stockholm Syndrome de l'album Absolution (et comme lui et tout ce que fait Muse : facile d'aimer à la première écoute, facile de se lasser à la deuxième). Le groupe n'a certes pas le génie de la composition, mais ce sont de bons entertainers, et en partant leurs chansons bien connues nous accompagneront agréablement jusqu'à la voiture.
Au final, on retient de ces trois jours une très jolie édition, rien qui nous ait rendu totalement fous (quoique, Daft Punk et Katerine ? ...) mais plein de très beaux moments. De la tempête décibelienne de Mogwaï à un p'tit blues sexy avec Camille et Las Ondas Marteles en passant par l'élixir de jouvence que nous a délivré Depeche Mode ou le prozac sonore de Sigur Rös, du délire francophone de Dionysos à celui en yaourt anglo-nippon des Polysics, une fois encore les Eurockéennes ont su nous étonner, nous amuser, nous énerver, nous faire vibrer...
Avec un engagement écologique et même citoyen (l'association Trop C trop contre la surcharge des prisons) qui ne se dément pas, une organisation sans failles aucune (y compris la météo), on est toujours dans le plus beau des festivals, alors c'est sûr, l'an prochain, on reviendra !
Longue Vie aux Eurockéennes !
A lire aussi sur ConcertandCo : (mes) Eurockéennes 2005, ou même celles de 2004, voire celles de 2003... et puis aussi un retour sur les années 1994 à 2002 !
Après une nuit un peu courte (mais confortable, les années passant on a trouvé comment échapper au camping), retour sur le site de la Presqu'Ile de Malsaucy, commune d'Evette-Salbert, Franche-Comté, temple du rock'n'roll et donc centre du monde chaque année pendant trois jours.
On y est accueilli et bien décrassé par les Hushpuppies, les rockers de Perpignan et leur gros son, tantôt garage tantôt surf-rock. On les connaissait peu (depuis on a a-che-té leur album, notez bien, oui on est encore certains à le faire pour soutenir les bons artistes émergents ...) Ne connaissant pas le groupe à cette époque lointaine (il y a 5 jours), je peux seulement supposer qu'ils ont du jouer : la classieuse Packt Up like Sardines et You're gonna say yeah (un peu dans le style des Hollywood Porn Stars, autre groupe talentueux qui lui, peine à exploser), 1975 et Marthelot & Clavecines (là je me souviens des noms), Pale Blue Eyes qui donne irrépressiblement envie de sauter partout, ou encore leur Single disco-punk qui sonne un peu comme du Scissor Scisters.
En tout cas un excellent concert, une ovation méritée pour ce groupe très élégant, aussi bien vestimentairement que musicalement (on pourrait dire que c'est un peu attrape-tout mais non, on a aimé alors on ne va pas bouder !), dont le chanteur à la voix très accrocheuse, a quand même fini par se jeter à juste titre dans le public sur un gros morceau garage final. Car redingote ou pas, ils font quand même du rock saignant, non de Zeus ! Et les Hushpuppies ont déjà la total attitude de rock stars qu'ils sont peut-être devenues -qui sait- aujourd'hui même !!
On zappe le concert d'Enhancer, dont le début entendu de loin n'a fait que nous rappeler l'immonde prestation de Mass Hysteria l'an passé (rien de pire qu'un groupe de djeun's des années 90 et qui refuse de vieillir). Ca sera donc le groupe joker. Pas grave, il y a plein de trucs à voir sur le site, notamment la Maison de l'Environnement et ces petits jeux amusants de l'opération Kill Detritus, Kill Kill ! pour sensibiliser les gens au recyclage des déchets. Les visiteurs ayant survécu à la plongée dans les poubelles repartent, heureux, avec un goodie superbe : un élégant cendrier de festival (ou de plage) en aluminium, collector Eurock's 2006, et plus aucune excuse pour balancer des mégots partout ! Et un bel autocollant de Couleur 3, sans aucun doute la meilleure radio rock du monde, et qui émet dans le monde entier en streaming sur internet.
Sur la plage, pendant ce temps, se déchaîne un trio de rock noisy appelé I Love UFO. Sans faire de délit de sale gueule, disons qu'ils ne sont pas magnifiques, la palme de la tronche pas possible au bassiste joueur de Korg, qui est toutefois un bon musicien - le chanteur guitariste, lui, a un faux air de Steve Estatof... Mais leur musique, à la croisée du Nirvana des débuts, époque Bleach, du Nick Cave des années 80, de Sonic Youth et autres Melvins, sème un joli pogo devant la scène et la voix n'est pas désagréable. Ca s'écoute un moment avec plaisir, avant que le soleil et leur musique finissent par nous taper légèrement sur le système. Seule bonne nouvelle à ce moment-là : on entend les dernières mesures de On My Mind des banals Sunday Drivers, qu'il ne faudra donc pas se re'farcir comme à Rock en Seine l'été passé.
Au risque de s'attirer les foudres de fans transis qui sont probablement venus de loin pour l'entendre, le paraît-il légendaire Steven Morrissey ne nous fait guère plus d'effet. Il a une belle voix mais on souffre d'une incapacité génétique à l'apprécier, qui dure depuis le collège et la découverte des premiers albums des Smiths... Cela étant ils étaient écoutés par de vrais connards, ce qui pourrait expliquer une sorte de traumatisme pré ou post-pubère mal résolu, combien je vous dois docteur ? Allez, 5 euros la tartiflette en attendant la fin, on va pas en faire une histoire de ce vieux beau, et puis il sera aussi à Rock en Seine 2006, alors ...
Et direction, Camille and the Pascals !! Dans le genre, qui se ressemble s'assemble, un truc aussi fou qu'un groupe de japonais fans de Pascal Comelade (une sorte de précurseur méconnu de yann Tiersen, pour situer) pouvait-il s'associer avec quelqu'un d'autre que notre déjantée Camille pour créer un spectacle pour enfants appelé Nohara ? Le groupe, composé d'une vingtaine de musiciens bigarrés, entame une longue introduction toute ... Comeladienne. C'est joli mais un peu long à notre goût (une amie est par contre sous le charme). un peu de diphonie aussi, dont les japonais sont de grands pros, et puis voilà Camille, habillée en japonaise.
Son album est un peu spécial, mais en vrai, elle a une très belle voix et le mélange avec l'orchestre japonais marche pas mal, notamment pour son tube Ta Douleur. D'ailleurs elle chantera aussi en japonais (avec un léger accent tokyoïte, il me semble), appuyée par des joueurs de percus zarbis et autres scies, et même d'un gros bonhomme qui joue avec des petites voitures et fait le pitre, ce qui colle à merveille avec les mouvements désordonnés, tirages de langue et autres bruits enfantins qui la caractérisent.
A signaler une version rigolote et hurlée de L'amour est enfant de bohème. Le supporter de foot qui sommeille en nous s'égare toutefois par moments sur les côtés du chapîteau, à la recherche du score. Peine perdue : impossible d'approcher les minuscules télés, et d'ailleurs Camille elle-même va annoncer que la France mène 1-0, en sautant partout. Le spectacle un tout petit peu bourratif s'achève après une Janine endiablée, version buto avec danseurs. Au final une création intéressante, comme d'ailleurs à peu près toutes celles des Eurockéennes (une pensée émue pour le sublime concert de Ez3kiel vs Nosfell, l'an passé)...
Sur la route du concert de Depeche Mode, on croise le chanteur d'Infadels qu'on ira pas voir ce soir (on avait pas trop aimé la dernière fois au Poste à Galène, cela dit y'a de belles photos sur la chronique !). Ah ben merde alors, Depeche Mode ... pas mal de souvenirs à l'évocation de ce nom, dont le meilleur n'est certes pas la prestation bruyante et tapageuse de Dave Gahan ici-même il y a trois ans.
Groupe complètement oublié dont le dernier album Playing The Angel nous a pourtant rappelé leur génie intemporel pour composer de belles chansons de dark pop. Par exemple celle qui ouvre le concert, la très classe A pain that i'm used to. Ou encore, la "depechemodissime" John the Revelator, l'excellente Suffer Well. Dave Gahan et Martin Gore, tous deux avec de vraies gueules de survivants à la dope, n'oublient cependant pas leurs fans des débuts, c'est-à-dire ... nous ("je vous parle d'un temps, que les moins de 20 ans ...") avec une collection de tubes, désolé pour les titres approximatifs, c'est l'âge : Question of Time, You're behind the Wheel, Personal Jesus, et autres Enjoy the Silence (un pied hallucinant en live, dûr de croire qu'on a pas écouté ça depuis au moins 15 ans ...)
Leurs voix qui se succèdent ou s'emmêlent sont irréprochables, le light show tabasse pas mal avec ses écrans géants disjoints. Presque captivé, on note tout de même avec intérêt l'agitation qui vient des côtés, et la rumeur qui se répand : le Brésil rentre à la maison (1-0) ! On est vite repris par I Feel U, où une fille sublime et peu vêtue, projetée sur les écrans sème quelques pensées un peu lestes dans notre esprit.
Sur Check the Disease, notre âge est soudain divisé par 2, tandis que sur Never let me down again, une image très précise se forme : celle du vinyle Music for the masses honteusement oublié dans un placard parental depuis bien trop longtemps et qui va peut-être bien devoir en ressortir. Ce n'est pas deux ou 3 chansons un peu en deça comme Lillian qui gâcheront cet excellent concert, une bonne leçon de jouvence !
Mais c'est pas tout ça, il s'agit encore d'aller soutenir les bides volontaires du père Katerine (vu et apprécié il n'y a pas longtemps par ici, on va donc la faire un peu plus courte). On le rejoint tandis qu'il braille "on a gagné, on a gagné !". Avec son pétaradant backing band de Little Rabbits, accoutré de son immonde chemise rose, il dynamite systématiquement toutes ses chansons - déjà excellentes - de Robots Après Tout (depuis hier on sait que les Daft Punk sont en effet Robots after All...) en les multipliant par du rock : Dans le train de 19 H, En 2008, 100 % VIP (qu'on écoutera en pestant coincé à une buvette), Morue la Truie ou un nom du genre, enfin bref cette histoire de blonde qui le poursuit dans les rues de Paris, Répétez après moi ("après moi... non !", cette vanne débile me fait toujours rire après 100 écoutes...). La suite est adaptée au contexte en "on est tous des Malouda", Patati & patata, plus quelques unes pas reconnues.
On le savait charismatique mais là c'est assez impressionnant, c'est du délire sous le chapiteau quand, à la fin d'une tirade sur le fameux Poulet n°..., il se lance dans son tube interplanétaire, Louxor J'adore. Les longues plages où il "coupe le son", ça hurle tellement que les oreilles nous sifflent, avant de transformer le chapiteau en un dance floor hystérique quand ... "il remet le son". Son premier tube Je vous emmerde, toujours sympathique avec une danseuse invitée, est enchaîné avec Borderline dont la version punk-rock furieuse nous laisse à nouveau sur le cul, déclenchant un énorme pogo... Désormais torse nu, exhibant fièrement ses épaules velues, la Secte humaine étant en slip vert et sous-pull collants roses, Katerine nous remet le son une dernière fois et nous quitte totalement épuisés, KO debout. Chapeau l'artiste !
Comme hier, on rentre donc à la maison avec un gimmick impossible à s'enlever de la tête (et "jeuuuuu ... coupe le son"), rigolant encore avec d'autres amis -eux aussi légèrement éméchés- de ces paroles débiles et jouissives (Pascal Nègre et Johnny, tu connais ? et tu dis Viiiii, et tu dis Aïïïï, et tu dis Piiii, Vi-aï-Piiiiiiiii...."). Allez, ça suffit les conneries, au lit tout le monde, demain on a rendez-vous avec les cadors du post-rock !
Après le feu d’artifice du premier jour et une nuit un peu courte, on se dit que la journée va être longue et rude ; il va en effet falloir choisir entre le foot (France - Brésil) et Morrissey, Camille & Pascals et Depeche Mode. Aie, aie, aie, quel choix cornélien ! Sans regrets, on rate un match mémorable pour assister à des concerts enthousiasmants, les yeux rivés sur scène en guettant les différentes annonces faites par les téléphones portables des membres du public. L’atmosphère de fête, déjà impressionnante à Belfort en temps normal, prend alors une nouvelle dimension, pour se transformer en communion totale sur la fin du set de Depeche Mode et sur la totalité du méga show de l’allumé de service, Philippe Katerine, littéralement en transe ! Et hop, voici la chronique du samedi 1er juillet 2006 aux Eurockéennes de Belfort…
Hushpuppies :
La journée démarre à fond, comme toujours avec les Hushpuppies, avec un set percutant et enthousiasmant des Perpignanais émigrés à Paris… De bons morceaux, une jolie reprise des inestimables Kinks (I’m not like everybody else), une attitude classieuse, un slam final du chanteur qui ruine sa jolie veste ceintrée et son impeccable foulard pour se donner à son public (très en joie à la fin du concert), les Hushpuppies provoquent l’hystérie générale, comme au Printemps de Bourges ! Les concerts en tête d’affiche dans les festivals ne sont plus très loin…
Teitur & Orchestre :
Malgré toute la bonne volonté du monde, et le talent de Teitur (qui avait donné un bon concert solo au festival Europavox), impossible d’apprécier la folk music du monsieur : entre les basses du sound system situé à l’entrée du site et les gueulantes risibles des charlots d'Enhancer sur la grande scène, on entend difficilement Teitur. Ou plutôt, on entend très bien ce qu’il joue mais, c’est un peu comme si sa musique intimiste était remixée façon dub/néo métal à dreadlocks, une véritable torture donc. La présence de l’Orchestre de Dole à ses côtés ajoutera encore au sentiment de gâchis…
I Love UFO :
Ce n’est pas le genre de problèmes qui risquent d’arriver aux trois Français d’I Love UFO : vu le volume sonore de leur prestation, impossible de les couvrir, sauf peut être en faisant décoller un avion juste à côté… Et encore ! L’effet que produit I Love UFO est tout simplement hallucinant ; dès les premières notes, on se laisse emporter par une déferlante de décibels vrillants. Ce divin raffut est provoqué - volontairement - par un chanteur/guitariste de feu, un bassiste ultra violent et un batteur déchaîné. On pense à Gun Club (cette voix incantatoire) jammant avec Sonic Youth (ce mur de guitare en fusion) et les Queens of The Stone Age (ces rythmiques énormes) : une sorte de rock bruitiste psychépathe. A rendre n’importe quel humain complètement maniaque. La preuve : AHHHHHHHHHHH !
Morrissey :
Changement radical d’ambiance avec le set de Morrissey, en plein jour et devant un public de fans et de curieux… Avec son gang de musiciens anglo irlandais habillés comme lors des bals donnés dans les bases américaines après la deuxième guerre mondiale, l’ex chanteur des Smiths peut crooner à loisir, cabotiner avec son micro et affoler ses admirateurs des deux sexes avec ses poses suggestives. Le Mozz chante à la perfection les morceaux les plus marquants de son répertoire, et c’est un véritable régal, tout simplement. Les titres - soigneusement - sélectionnés tiennent la route, et provoquent même des frissons de bonheur ! Ah, ces mélodies superbes, ces morceaux ensorcelants entre pop et rock… En interprétant très peu de titres de son ancien groupe, The Smiths, Morrissey a enchanté son auditoire.
Camille & Pascals :
Racontée en direct live par le groupe japonais Pascals et la fée chantante française Camille, l’histoire en français et en japonais de Nohara a emmené loin, très loin, des rivages habituellement fréquentés dans notre beau pays… Quand des musiciens aventureux et drôles se mettent au service d’une vocaliste complètement partie dans son monde, cela aboutit à la création d’un univers onirique, fou, naïf et rafraîchissant. Ce spectacle mériterait de tourner en France et à l’étranger.
Depeche Mode :
Pendant que certains regardent la deuxième mi temps de France - Brésil, la majorité des festivaliers réunis à Belfort tient à assister au méga show des Anglais de Depeche Mode. Scénographie futuriste, vidéos torturées, look gohiques, Dave Gahan, Martin Gore et Andy Fletcher (accompagnés par un batteur et un pianiste) ont sorti le grand jeu et l’artillerie lourde. L’electro pop de DM est en effet plus musclée en live, et c’est une très bonne chose : les morceaux mémorables de la discographie du groupe (entrecoupés des sympathiques clones du dernier album) n’en ont que plus d’impact ! La voix puissante et marquante de Dave Gahan fait merveille ; les chœurs et les interventions guitaristiques de Martin Gore font un effet considérable ; pendant ce temps-là, Andy Fletcher envoie des bidouillages électroniques qui sont sa marque de fabrique ; et les musiciens additionnels font leur boulot comme il faut. Malgré le côté archi pro et réglé au millimètre, le show de Depeche Mode fonctionne à plein régime. On regrettera seulement les interventions incessantes de Mr. Gahan pour haranguer le public (déjà à fond !), le morceau dispensable de Martin Gore joué avec le groupe, mais, à part cela, le best of DM présenté sur scène nous a ravi. A l’heure actuelle, qui d’autre peut se permettre d’enchaîner autant de tubes aussi populaires qu’artistiquement réussis (Enjoy the silence, Shake the disease, Never let me down agin, Behind the wheel, Personal Jesus etc etc. ) une heure et demie durant ? Pas grand monde. Un large sourire aux lèvres (l’ambiance est ultra festive et triomphale pour Depeche mode), Dave Gahan conclut en hurlant « Vive la France et Allez les bleus ! », saluant ainsi la victoire de la France sur le Brésil. Une bien belle journée donc ce 1er juillet !
Katerine :
Et ce n’est pas Katerine et ses acolytes rebaptisés Les Raymond Domenech qui vont gâché la fête ! Comme à Rennes, Bourges et Clermont-Ferrand, la troupe branché sur le 220 volts a propulsé le chapiteau (plein à craquer!) dans la stratosphère, avec ses tubes funky punk irrésistibles. Comme le dit l’ami Philippe, « on est tous des Thierry Henry, répétez après moi : on est tous des Willy Sagnol, répétez après moi : on est tous des imbéciles ! » Certes, mais des imbéciles incroyablement heureux… Grâce au show aussi improbable que puissant de cette bande de fous furieux, boosté par des guitares en furie et des improvisations drolatiques (comme un morceau inédit intitulé « Et 1, et 1 et 1 - 0 ! »). Du grand art, ce concert de Katerine. Celui qui s’emmerde en présence de ce gars-là s’ennuiera toute sa vie… C’est sûr à 100% !
Camille - 18 mars 2006 - Théâtre Lino Ventura – Nice Qu'elle le veuille ou non chacun sait que l'hystérie est un trait de caractère propre à toutes les femmes. Cette Folie qui irrite tant à juste titre les hommes peut toutefois avoir du bon. Jamais un .../...
Qu’elle le veuille ou non chacun sait que l’hystérie est un trait de caractère propre à toutes les femmes. Cette Folie qui irrite tant à juste titre les hommes peut toutefois avoir du bon. Jamais un membre du sexe fort aurait pu réaliser un tel concert. Il faut avoir cette excentricité pour faire un tel spectacle, pour se permettre de jouer avec sa voix, ses musiciens, le public, sans avoir peur du ridicule. C’est cette absence de gène qui fait qu’on a assisté à un concert féerique. Camille accompagnée de seulement deux musiciens a fait un spectacle d’anthologie enchaînant chansons profondes ou comédies, vocalises et technique. C’est a la fois spectaculaire et mélodieux. Moi qui a force de voir des concert en devient blasé et n’applaudis plus, j’étais debout, je me suis même surpris a crier encore. A la fin du concert je n’arrivais plus à bouger et encore moins à parler, j’étais hypnotisé par ce show. Une claque. Réagir à cette critique