Fiche artiste CASH
CASH : vos dernières critiques de CD
Johnny Cash - American VI : Ain't No Grave par Philippe
Les amoureux de Johnny Cash, c'est-à-dire la quasi-totalité des gens qui ont du goût, sont décidément de pauvres petites choses maltraitées par la vie. Tous les 3 ou 4 ans, alors que l'Homme en Noir a disparu depuis 2003, on leur ressort une petite collection de ces titres .../...
Les amoureux de Johnny Cash, c'est-à-dire la quasi-totalité des gens qui ont du goût, sont décidément de pauvres petites choses maltraitées par la vie. Tous les 3 ou 4 ans, alors que l'Homme en Noir a disparu depuis 2003, on leur ressort une petite collection de ces titres magnifiques qu'il a enregistrés au soir de sa vie, en studio avec le formidable producteur Rick Rubin. Initialement, il y en avait 4, d'enregistrements officiels de ces American Recordings, 4 disques de reprises d'autres gens et de lui-même, souvent meilleures que les originales, et enregistrées entre 1994 et 2003.
Quelques 40 chansons d'une stupéfiante beauté, sépulcrale et chairdepoulesque, chantés d'une voix de plus en plus chevrotante par le géant, à la fin terrassé par la maladie, paralytique et presque aveugle (à l'opposé du bambin souriant ici, voir l'image laissée dans le clip sublime de Hurt), finalement veuf de sa bien-aimée June Carter, posant encore son coeur, ses tripes et le reste sur la table, désireux d'enregistrer jusqu'à son dernier souffle.
Puis il y en a eu 5, et maintenant, 6. A chaque fois, en nous jurant que ce sont les dernières qu'il a enregistrées - à chaque fois le fan, sidéré de cette mini-résurrection, écoute religieusement, renifle, chiale, se remet pratiquement à croire en Dieu, fait son deuil et se dit qu'il doit passer à autre chose. Pire encore, le fan éploré et inconsolable du Plus Grand Chanteur Américain De Tous Les Temps, se réécrit l'épitaphe à chaque fois, sur Concertandco comme ailleurs (la dernière donc, pour American V : A Hundred Highways qui comportait son lot de chansons bouleversantes). Et à l'annonce du nouveau cru, l'endeuillé continuel en veut à mort à ses cruels dealers d'émotion, tout en les remerciant intérieurement de prolonger ainsi l'aventure, presque au même rythme que si Johnny Cash vivait encore...
Voici donc American Recordings VI : Ain't No Grave. Bien sûr, le pic fut atteint sans doute entre les enregistrements III et IV et on est sur une pente descendante, les reprises étant moins prestigieuses que par le passé. Mais peu importe, on retrouve l'émotion intacte, sur des orchestrations à la fois feutrées et chatoyantes, les plus belles imaginables, à écouter encore une fois Johnny Cash égrener ses sujets favoris de sa voix sub-claquante, tour à tour tragique ou légère.
Ainsi, la combattante Ain't no Grave évoque sa propre résurrection (clin d'oeil pour le moins pertinent ici !) ; Redemption Day est un nouveau monument chrétien à en tomber à genoux (et notre préférée) ; For the Good Times a un double sens poignant, s'adressant à un amour que l'on quitte pour le réconforter (l'auditeur peut aussi le prendre pour lui à quelques rimes près) tout comme Can't help but Wonder where I'm bound (il se demande où il va, et nous invite à ne pas le suivre) ; I Corinthians 1555 est comme son nom l'indique un épître récité d'une voix pleine d'allégresse (qui aurait bien pu loger sur son mythique My Mother's Hymn Book) ; Satisfied Mind est l'archétype de la chanson bluesy (immense titre déjà présent sur la BO de Kill Bill vol.2, et encore avant reprise par Jeff Buckley) ; I don't Hurt anymore en petite balade légère et gentiment misogyne ; la très ancienne Cool Water comme ultime complainte de cowboy, un style que Cash affectionnait ; Last Night I had a Dream en parabole pacifique naïve comme seul un vieux bigot comme lui pouvait en chanter sans avoir l'air ridicule ; et enfin Aloha Oe, hymne composée par la dernière reine de Hawaï à l'histoire tragique, Lydia Lili'uokalani.
32 minutes de résurrection à peine et 10 chansons pratiquement toutes indispensables interprétées par Johnny Cash : un mini-miracle à découvrir le coeur serré et les yeux parfois embrumés, puis à écouter en boucle, déjà certain(e) que sans doute, pas un album de vivant ne nous bouleversera davantage en 2010...
(2010)
Bonus : Johnny Cash pour les Nuls, les débutants & les jeunes padawans ?
Surtout, SURTOUT, ne pas commencer par la fin ! Au minimum, écouter tous les Legendary Sun Records des années '50, puis les concerts mythiques de St Quentin/Folsom, avant de vous aventurer dans ces American Recordings. N'ayez pas de complexe, il n'a plus besoin de votre argent et en plus, il aimait chanter pour des délinquants comme vous... Et, au fait, vous êtes un(e) sacré(e) putain de veinard(e) si vous avez encore tout ça à découvrir...
Les amoureux de Johnny Cash, c'est-à-dire la quasi-totalité des gens qui ont du goût, sont décidément de pauvres petites choses maltraitées par la vie. Tous les 3 ou 4 ans, alors que l'Homme en Noir a disparu depuis 2003, on leur ressort une petite collection de ces titres .../...
Les amoureux de Johnny Cash, c'est-à-dire la quasi-totalité des gens qui ont du goût, sont décidément de pauvres petites choses maltraitées par la vie. Tous les 3 ou 4 ans, alors que l'Homme en Noir a disparu depuis 2003, on leur ressort une petite collection de ces titres magnifiques qu'il a enregistrés au soir de sa vie, en studio avec le formidable producteur Rick Rubin. Initialement, il y en avait 4, d'enregistrements officiels de ces American Recordings, 4 disques de reprises d'autres gens et de lui-même, souvent meilleures que les originales, et enregistrées entre 1994 et 2003. Quelques 40 chansons d'une stupéfiante beauté, sépulcrale et chairdepoulesque, chantés d'une voix de plus en plus chevrotante par le géant, à la fin terrassé par la maladie, paralytique et presque aveugle (à l'opposé du bambin souriant ici, voir l'image laissée dans le clip sublime de Hurt), finalement veuf de sa bien-aimée June Carter, posant encore son coeur, ses tripes et le reste sur la table, désireux d'enregistrer jusqu'à son dernier souffle.
Puis il y en a eu 5, et maintenant, 6. A chaque fois, en nous jurant que ce sont les dernières qu'il a enregistrées - à chaque fois le fan, sidéré de cette mini-résurrection, écoute religieusement, renifle, chiale, se remet pratiquement à croire en Dieu, fait son deuil et se dit qu'il doit passer à autre chose. Pire encore, le fan éploré et inconsolable du Plus Grand Chanteur Américain De Tous Les Temps, se réécrit l'épitaphe à chaque fois, sur Concertandco comme ailleurs (la dernière donc, pour American V : A Hundred Highways qui comportait son lot de chansons bouleversantes). Et à l'annonce du nouveau cru, l'endeuillé continuel en veut à mort à ses cruels dealers d'émotion, tout en les remerciant intérieurement de prolonger ainsi l'aventure, presque au même rythme que si Johnny Cash vivait encore...
Voici donc American Recordings VI : Ain't No Grave. Bien sûr, le pic fut atteint sans doute entre les enregistrements III et IV et on est sur une pente descendante, les reprises étant moins prestigieuses que par le passé. Mais peu importe, on retrouve l'émotion intacte, sur des orchestrations à la fois feutrées et chatoyantes, les plus belles imaginables, à écouter encore une fois Johnny Cash égrener ses sujets favoris de sa voix sub-claquante, tour à tour tragique ou légère.
Ainsi, la combattante Ain't no Grave évoque sa propre résurrection (clin d'oeil pour le moins pertinent ici !) ; Redemption Day est un nouveau monument chrétien à en tomber à genoux (et notre préférée) ; For the Good Times a un double sens poignant, s'adressant à un amour que l'on quitte pour le réconforter (l'auditeur peut aussi le prendre pour lui à quelques rimes près) tout comme Can't help but Wonder where I'm bound (il se demande où il va, et nous invite à ne pas le suivre) ; I Corinthians 1555 est comme son nom l'indique un épître récité d'une voix pleine d'allégresse (qui aurait bien pu loger sur son mythique My Mother's Hymn Book) ; Satisfied Mind est l'archétype de la chanson bluesy (immense titre déjà présent sur la BO de Kill Bill vol.2, et encore avant reprise par Jeff Buckley) ; I don't Hurt anymore en petite balade légère et gentiment misogyne ; la très ancienne Cool Water comme ultime complainte de cowboy, un style que Cash affectionnait ; Last Night I had a Dream en parabole pacifique naïve comme seul un vieux bigot comme lui pouvait en chanter sans avoir l'air ridicule ; et enfin Aloha Oe, hymne composée par la dernière reine de Hawaï à l'histoire tragique, Lydia Lili'uokalani.
32 minutes de résurrection à peine et 10 chansons pratiquement toutes indispensables interprétées par Johnny Cash : un mini-miracle à découvrir le coeur serré et les yeux parfois embrumés, puis à écouter en boucle, déjà certain(e) que sans doute, pas un album de vivant ne nous bouleversera davantage en 2010...
(2010)
Bonus : Johnny Cash pour les Nuls, les débutants & les jeunes padawans ?
Surtout, SURTOUT, ne pas commencer par la fin ! Au minimum, écouter tous les Legendary Sun Records des années '50, puis les concerts mythiques de St Quentin/Folsom, avant de vous aventurer dans ces American Recordings. N'ayez pas de complexe, il n'a plus besoin de votre argent et en plus, il aimait chanter pour des délinquants comme vous... Et, au fait, vous êtes un(e) sacré(e) putain de veinard(e) si vous avez encore tout ça à découvrir...
Johnny Cash - American V : A Hundred Highways par Philippe
Qu'un artiste puisse sortir un album trois ans après sa mort provoque en principe toujours un peu de méfiance. Mais pas quand il s'agit de the one and only Mr Johnny Cash, moins encore si l'on sait que c'est le cinquième et dernier volet des sublimes American Recordings réalisés .../...
Qu'un artiste puisse sortir un album trois ans après sa mort provoque en principe toujours un peu de méfiance. Mais pas quand il s'agit de the one and only Mr Johnny Cash, moins encore si l'on sait que c'est le cinquième et dernier volet des sublimes American Recordings réalisés avec Rick Rubin qui a su capturer juste à temps en 2003 (en cinq albums), la quintessence d'un artiste oublié, mais qui avait encore tant à donner. Pierre avait présenté en son temps le sépulcral - et ô combien bouleversant - The Man Comes Around, opus n° 4. Sachant donc qu'il s'agira de vraies chansons, bien enregistrées et publiées avec le consentement de l'artiste, on accueille donc ce supplément inespéré en tremblant de reconnaissance et d'excitation. Bien sûr le chanteur, à demi-paralysé et presque mourant (voir le clip crépusculaire de Hurt), n'a souvent plus qu'une voix voilée et fatiguée (comme sur If you could read my mind qui semble particulièrement douloureuse), bien loin de cet organe puissant qui haranguait les détenus dans les célèbres concerts donnés aux pénitenciers de Folsom & St Quentin. D'autant plus que les notes de production de Rick Rubin laissent à penser que June Carter a déjà décollé lorsqu'il enregistre ces dernières chansons. C'est donc un vieil homme en paix, très croyant et prêt à entrer dans sa lumière, qui fait un clin d'oeil à la Camarde en la défiant de venir le prendre, le chapeau sur le crâne et la guitare à la main !
Pour autant, il ne se gène pas pour nous retourner, une fois encore, les tripes : Rose of my heart, chanson d'amour immense, et chantée au présent, à la disparue. Clin d'oeil peut-être à la terrible Give my love to Rose qui ferait chialer à peu près n'importe qui. Ou encore, On the Evening Train (de Hank williams) où un enfant et son père regardent la mère, emportée dans un catafalque par le train de nuit - image transparente du deuil que Johnny Cash est en train de vivre.
Bien sûr le disque contient toujours des reprises, un peu moins connues que précédemment (Bruce Springsteen étant l'auteur le plus connu avec Further on up the road, blues séminal où l'on sent battre le coeur viril de l'Amérique, et qui nous donne, comme par hasard, rendez-vous "plus loin sur la route"). La chanson Like the 309, bluegrass plutôt joyeux, est officiellement la dernière enregistrée par l'Homme en Noir. Il y parle encore d'amour, de vin, de voyages en train (fut-ce en cercueil)... cette chanson est pleine de vie et d'allant, et sur la dernière ligne, l'artiste y annonce carrément sa sortie - la classe.
Plutôt que de se tirer une balle dans la tête, comme aurait fait n'importe quel vieux cowboy mourant venant de perdre la femme de sa vie, grâce soit donc rendue au courageux Mr Cash d'avoir plutôt donné encore au monde, 12 chansons sur le deuil et l'attente sereine du passage. N'aurait-il enregistré que ces cinq American Recordings (ainsi que des reprises définitives et souvent supérieures aux orginales de, entre autres, Hurt, One, Personal Jesus, The Mercy Seat, A Bridge over trouble water, ...) que son héritage serait déjà incroyable. Il nous laisse, en plus, une discographie immense. Farewell Mr Cash, Rest in Peace.
(2006)
Qu'un artiste puisse sortir un album trois ans après sa mort provoque en principe toujours un peu de méfiance. Mais pas quand il s'agit de the one and only Mr Johnny Cash, moins encore si l'on sait que c'est le cinquième et dernier volet des sublimes American Recordings réalisés .../...
Qu'un artiste puisse sortir un album trois ans après sa mort provoque en principe toujours un peu de méfiance. Mais pas quand il s'agit de the one and only Mr Johnny Cash, moins encore si l'on sait que c'est le cinquième et dernier volet des sublimes American Recordings réalisés avec Rick Rubin qui a su capturer juste à temps en 2003 (en cinq albums), la quintessence d'un artiste oublié, mais qui avait encore tant à donner. Pierre avait présenté en son temps le sépulcral - et ô combien bouleversant - The Man Comes Around, opus n° 4. Sachant donc qu'il s'agira de vraies chansons, bien enregistrées et publiées avec le consentement de l'artiste, on accueille donc ce supplément inespéré en tremblant de reconnaissance et d'excitation. Bien sûr le chanteur, à demi-paralysé et presque mourant (voir le clip crépusculaire de Hurt), n'a souvent plus qu'une voix voilée et fatiguée (comme sur If you could read my mind qui semble particulièrement douloureuse), bien loin de cet organe puissant qui haranguait les détenus dans les célèbres concerts donnés aux pénitenciers de Folsom & St Quentin. D'autant plus que les notes de production de Rick Rubin laissent à penser que June Carter a déjà décollé lorsqu'il enregistre ces dernières chansons. C'est donc un vieil homme en paix, très croyant et prêt à entrer dans sa lumière, qui fait un clin d'oeil à la Camarde en la défiant de venir le prendre, le chapeau sur le crâne et la guitare à la main !Pour autant, il ne se gène pas pour nous retourner, une fois encore, les tripes : Rose of my heart, chanson d'amour immense, et chantée au présent, à la disparue. Clin d'oeil peut-être à la terrible Give my love to Rose qui ferait chialer à peu près n'importe qui. Ou encore, On the Evening Train (de Hank williams) où un enfant et son père regardent la mère, emportée dans un catafalque par le train de nuit - image transparente du deuil que Johnny Cash est en train de vivre.
Bien sûr le disque contient toujours des reprises, un peu moins connues que précédemment (Bruce Springsteen étant l'auteur le plus connu avec Further on up the road, blues séminal où l'on sent battre le coeur viril de l'Amérique, et qui nous donne, comme par hasard, rendez-vous "plus loin sur la route"). La chanson Like the 309, bluegrass plutôt joyeux, est officiellement la dernière enregistrée par l'Homme en Noir. Il y parle encore d'amour, de vin, de voyages en train (fut-ce en cercueil)... cette chanson est pleine de vie et d'allant, et sur la dernière ligne, l'artiste y annonce carrément sa sortie - la classe.
Plutôt que de se tirer une balle dans la tête, comme aurait fait n'importe quel vieux cowboy mourant venant de perdre la femme de sa vie, grâce soit donc rendue au courageux Mr Cash d'avoir plutôt donné encore au monde, 12 chansons sur le deuil et l'attente sereine du passage. N'aurait-il enregistré que ces cinq American Recordings (ainsi que des reprises définitives et souvent supérieures aux orginales de, entre autres, Hurt, One, Personal Jesus, The Mercy Seat, A Bridge over trouble water, ...) que son héritage serait déjà incroyable. Il nous laisse, en plus, une discographie immense. Farewell Mr Cash, Rest in Peace.
(2006)
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Vendredi 25 mai 2012 : 9865 concerts, 20890 critiques de concert, 4719 critiques de CD.



