Comme lors de son épatant concert en première partie de
Lloyd Cole en 2002,
Maximilian Hecker a réussi à capter l’attention du public avec ses chansons pop. Après quelques morceaux aux claviers, le jeune allemand s’empare de sa guitare pour jouer
over, une magistrale ballade figurant sur son premier album,
Infinite love songs. Sur ce recueil de morceaux propre à ravir les âmes romantiques, on retrouve aussi
Cold wind blowing que
Maximilian Hecker ne manque jamais de jouer sur scène… Ce long et captivant titre est très calme jusqu’à ce que le réservé jeune homme enclenche violemment la distorsion de sa guitare.
Le nouveau single
Rose est joué à la fin du concert. Interprété aux claviers, il est l’occasion de quelques acrobaties vocales. Le morceau est interrompu quelques secondes avant son dénouement par les hurlements hystériques de
Chan Marshall, visiblement fan des chansons de
« Maxi » et… du vin rouge. On espère revoir le prometteur
Maximilian Hecker avec un groupe la prochaine fois.
Le groupe
Women And Children poursuit la soirée dans un registre différent. Un lointain sosie de
Courtney Love chantant comme
Nico est accompagné par un groupe de rock armé de guitares, basse et batterie…
Jouant sur les dissonances et travaillant le côté lancinant de sa musique,
Women And Children a réussi à créer des ambiances assez troublantes. Le titre rock joué à la fin et chanté par le guitariste aurait mérité le branchement du micro mais à part ça, on ressort vraiment chamboulé de ce concert…
Le magnifique dernier album de
Cat Power s’intitule
You are free. Etait-il nécessaire à
Chan Marshall de se sentir libre de se bourrer la gueule et de donner le concert le plus décousu et je-m’en-foutiste jamais vu à la Coopérative de Mai ? Voir cette jeune femme fusiller sciemment ses chansons a été un véritable supplice, heureusement traversé par de purs moments de grâce. Car si la chanteuse de
Cat Power est saoule, elle garde son inégalable voix et ses morceaux bouleversants (quand la belle dame en robe noire s’en souvient…).
Au cours d’une première partie assurée seule au piano, on ne reconnaît que le très bon
I don’t blame you, massacré et joué au milieu d’autres titres enchaînés mécaniquement. Cherche-t-elle à tester son public ? En tout cas, les dents de certains spectateurs commencent à grincer. Quand Madame se saisit d’une guitare, on se dit que le concert va décoller. Et bien non, après une série d’élucubrations crétines, elle s’en prend au responsable des lumières pendant 5 minutes, désireuse qu’elle est de jouer dans le noir ! Après ce qui parait une éternité, elle entonne enfin sa superbe reprise de
Satisfaction des
Rolling Stones. Pour faire bonne figure, elle massacre consciencieusement ce titre, aidée par quelques crétins hurlant comme des veaux…
A ce moment là, quatre options se présentent au fan de
Cat Power… On hésite entre retourner écouter sa collection de disques tranquillement chez soi, se saouler pour se mettre dans l’ambiance, siffler quand elle part dans ses discours idiots ou bien rester et attendre une accalmie. On choisit les trois dernières solutions… Le miracle se produit après de nombreux palabres, un groupe rejoint la jeune femme perdue et fait décoller - un peu - la soirée. Un guitariste, une violoniste/choriste et un batteur, tous les trois excellents, permettent à
Chan Marshall de se concentrer sur son chant. Bien sûr, entre les morceaux, ça dure, ça dure… mais à l’image du déchirant
Good woman, les titres joués sont superbes… Le « power quatuor » s’autorise même une reprise des
White Stripes,
Dead leaves and the dirty ground, hurlée par une
Chan Marshall debout et survoltée, on aura tout vu !
Cette soirée chaotique se poursuit par une série de morceaux bouleversants. Sur le dernier d’entre eux,
Chan Marshall descend dans le public pour chanter au milieu de ses fans. Elle est là, à un mètre, ce qu’elle chante est si beau qu’on a peine à croire que ces sons miraculeux sont réels. Ce moment rachète en partie la soirée. Mais le groupe salue et rejoint les loges sans accorder de rappel.
Les gens qui ont payé 17 Euros méritent sans doute un peu plus de respect de la part des artistes. Si on ne tient pas l’alcool, on attend la fin du concert pour boire… Malgré ces péripéties, il semble que l’addiction à la musique de ce songwriter d’exception soit profonde. Car on n’en veut déjà plus à
Cat Power, on souhaite même la revoir très vite dans de meilleures dispositions. En attendant, on se souviendra de ses prestations au Printemps de Bourges en support band de
Eels et
Placebo, mais aussi de son passage solo bouleversant ici même, il y a trois ans… C’est grave docteur ?
A lire également sur ConcertAndCo.com : la chronique de
You are free de
Cat Power.
(Photo Benjamin Hort)