Quand on y a goûté une fois, il est impossible de se passer du petit (mais fructueux) séjour à Rennes début décembre… Car cette année encore, et ce même en l’absence de grosses têtes d’affiches, les Trans Musicales sont sexy, variées et aventureuses, à une ou deux exceptions près. Pourquoi donc se priver d’une immersion totale dans un panorama musical aussi électrique que passionnant ? Oui, hein, pourquoi ? Si 2006 semble être une année de transition, avec une affiche légèrement en deçà des éditions précédentes, l’amorce d’un retour en centre ville (des concerts sont de nouveau programmés dans la salle de la Cité) et l’amélioration de l’accueil du public au Parc des Expositions (avec l’installation de gradins dans la hall 9 et l’utilisation d’un nouveau hall pour les concerts, afin d'éviter les embouteillages) sont de nature à envisager un futur radieux pour les Trans… 3, 2, 1, 0, retour sur trois jours de festival ! On commence par le jeudi 7 décembre.
Porcelain :
Très bon lancement de festival dans un hall 4, pas très rempli malheureusement… Le groupe français
Porcelain démontre en effet en deux temps trois mouvements son habileté remarquable pour créer des ambiances entre post rock orageux et pop planante. Si l’influence de
Radiohead et de son leader/chanteur
Thom Yorke se ressent très souvent, l’ensemble se révèle captivant, voire carrément enivrant… Car c’est un véritable tourbillon émotionnel (où s’entrechoquent la voix, les guitares et les rythmiques) qui déferle sur le public. Ça promet !
The Sunshine Underground :
Dans l’immense hall 9, qui sonne encore un peu creux (c’est souvent le cas le jeudi soir aux Trans, sauf quand les has been des
Fugees sont là… ), les Anglais de
The Sunshine Underground proposent un cocktail explosif aux forts relents de funk punk électronique. On pense immédiatement aux survoltés New Yorkais de
The Rapture, le genre de groupe capable de faire danser frénétiquement un paralytique… L’on note également une propension à la composition de refrains fédérateurs à la
Stereo Mc’s… Rien de franchement nouveau sous le ciel (couvert) de Rennes mais on tient quand même avec ce combo surexcité une bande de petits sauvageons capable de rendre complètement dingue un club. A grands coups de beats électroniques, de basse ultra groovy, de guitares funky et de vocaux vociférés…
Cat Power :
Le dernier album de
Cat Power, le très bien nommé
The Greatest, restera pour nous comme l’album de l’année 2006, un disque de folk ‘n soul idéal pour faire l’amour, rêver, planer, se recueillir, marcher la nuit dans une ville endormie, enfin parfait comme bande son de la vie quoi… Contrairement à sa prestation avec le Memphis Rhythm Band à la
Route du rock 2006 à la mi août, Chan Marshall est cette fois accompagnée par un groupe réduit à sa plus simple expression : un batteur et un bassiste parfaits pour assurer une rythmique élastique, un organiste sobre et efficace et le mythique guitariste de
Jon Spencer Blues Explosion,
Judah Bauer, dans un style épuré à l’extrême. Signe que l’affaire tourne bien, le taciturne et hautain Judah sourira plusieurs fois à la maîtresse de cérémonie, très en forme. Malgré un lieu sans doute trop grand pour elle et une prestation minutée (à peine une heure), Cat Power démontre son talent vocal habituel (dès qu’elle s’approche du micro, on a des frissons de bonheur) et la qualité de son répertoire, rempli d’âme et de foi. Les problèmes de sons (une basse mal réglée en particulier) n’y changeront rien : le public de l’immense hall 9 est transporté dans l’univers folk rock and soul de Miss Marshall. Les titres du dernier album sont interprétés avec une ferveur qui leur sied à merveille, et la reprise de
Satisfaction des Rolling Stones - dans une version évoquant celle du très regretté
Otis Redding - sont autant de bons moments. Quel dommage que Cat Power doive laisser rapidement la place aux peu reluisants
Razorlight…
Viva Voce :
Juste après, à quelques encablures de là,
Viva Voce réussit à emporter notre adhésion malgré une première impression catastrophique. Et comme disait
Benoit Poolevorde dans le film
Les Portes de la gloire avec un à propos sidérant :
« on n’a jamais deux fois l’occasion de faire une bonne première impression…. » Le premier morceau atteignant nos oreilles délicatement bercées par Cat Power sonne comme un groupe sélectionné au concours Eurovision (aie !). Puis, fort heureusement, la suite s’avère plus convaincante : une sorte de mélange entre les
Breeders, The Jesus and Mary Chain et
My Bloddy Valentine, le tout réalisé dans une formule
White Stripes inversé (un guitariste chanteuse, un batteur pianiste choriste). Avec une voix douce et lancinante, des guitares criardes et une batterie herculéenne (voire un piano discret),
Viva Voce arrive à créer des pop songs très rock, et souvent du meilleur effet…
Razorlight :
On ne dira pas la même chose des infects poseurs sans talent de
Razorlight, un gang de cambrioleurs visant une seule chose : les poches des acheteurs de leur disque sans intérêt (et dont on parle trop). Leur leader tout de blanc vêtu se prend pour une sorte de prophète pop androgyne, cela pourrait marcher, sauf qu’il chante comme une patate, très commerciale. Sa voix est tout bonnement horripilante, et son attitude évoquant un jeune
Mick Jagger sportif, survolté et content de lui, est exaspérante… Si l’on se penche sur la qualité des compositions, ce n’est pas reluisant non plus :
In the morning, le single – à peu près écoutable – est un pompage éhonté de
The magnificent seven des
Clash, le reste n’étant que soupe FM digne des non moins ringards et creux de
The Killers. La seule solution face à cette déferlante de groupes FM semble être celle adoptée par
Pete Doherty vis-à-vis de
Johnny Borrell, son ex ami leader de Razorlight : un bon coup de boule bien placé !
Izabo :
Sans attendre la fin de la mascarade Razorlight (qui semble néanmoins ravir une partie du public, on croit rêver ! ), direction le hall 4 pour découvrir le rock world d’
Izabo, un groupe qui nous vient d’Israël… Au premier abord, le cauchemar de l’Eurovision refait son apparition, puis comme par enchantement, les chansons suivantes séduisent par leur côté original et catchy. Une sorte de mélange entre un chant à la
Soundgarden (en plus haut perché), des influences métissées et un rock partant dans tous les sens. La formule marche sur de nombreux titres avant de laisser la place à un slow rock Fm avec solo de guitare dégoulinant. En surfant perpétuellement entre bon goût et mauvais goût, Izabo pratique une musique casse gueule, mais souvent intéressante.
The Horrors :
Il est un peu plus d’une heure du matin quand la prestation des Anglais de
The Horrors commence… Et là, c’est la révélation, la claque, le magistral coup de pied au cul ! Coiffés comme
Robert Smith, vêtus de noir, maigres comme des morts vivants, les musiciens de
The Horrors semblent prendre un malin plaisir à évoluer en ombres chinoises sous un déluge de stroboscopes. Leur rock garage gothique a la particularité d’être extrême, méchant et infernalement hystérique… Un véritable coup de foudre musical, une électrocution rapide et sans rémission, voilà ce que l’on ressent en face de The Horrors sur scène… En course pour le titre de
Cramps 2006, The Horrors concourent également dans les catégories « meilleur sauts dans le public » et « groupe rock le plus bruyant du circuit ». Besoin de preuves ? Après une série de stage diving les pieds devant (le public est terrifié !), le morceau final est une jouissive ode au larsen déstructuré. Ah, ça fait du bien par où ça passe !
I’m From Barcelona :
Dans une style radicalement (mais alors vraiment radicalement !) différent, mais tout aussi réjouissant, la chorale pop suédoise d’
I’m From Barcelona a fait très bonne impression dans le hall 9, néanmoins un peu grand pour elle. En formation réduite (20 musiciens sur scène au lieu des 29 présents sur l’excellent disque
Let me introduce my friends… ), le groupe emmené par le songwriter
Emanuel Lundgren rentre immédiatement dans le vif du sujet avec son tube
Treehouse. Juste le temps de se mettre en place en écoutant
Freddy Mercury chanter une ode à Barcelone composée pour les jeux olympiques et hop, l’univers échevelé, hippie et barré des Suédois envahit le hall 9. Derrière le leader/guitariste/chanteur, des choristes à foison, des cuivres, un chauffeur de salle enveloppé mimant les paroles et un vrai groupe de rock donnent une ampleur captivante et un côté drolatique aux morceaux. On pense à des
Beach Boys jeunes et libérés des problèmes d’ego, à une secte musicale vivant d’amour et d’eau fraîche dans un lieu paradisiaque… Si tous les morceaux ne sont pas géniaux, la grande majorité sont d’une irrésistible facture tubesque. Parmi cette kyrielle de
Good vibrations,
We’re from Barcelona fait décoller aussi haut que la sautillante choriste ressemblant à Gaëlle de
La Position du Tireur Couché… L’effet est imparable : on a très envie de grimper aux rideaux, de jeter des fleurs dans les airs, de faire comme l’oiseau (c’est à dire de voler… ), de construire une maison en bois à mains nues, de chanter une love song avec des amis barcelonais, de donner de l’amour même si l’on ne comprend pas ce sentiment (par nature incompréhensible)… La, la, la, la la, la, la, on est tous des frères, tout le monde est cool, la vie est géniale ! Ah, c’était donc ça, l’effet extatique
I’m From Barcelona ? Quand la musique met dans un état pareil, il serait vraiment idiot de se passer d’elle, non ? Alors, qu’est ce qu’on dit ? Vivement la suite demain (avec
Albert Hammond Jr, Klaxons, Cold War Kids, Nicole Willis and The Soul Inverstigators, Serena Maneesh, Son Of Dave, The Bishops et Orville Brody and Good Fellas !
A lire également, les chroniques des Trans 2005 et 2004 :
• vendredi 9 décembre 2005 : Primal Scream, The Brian Jonestown Massacre, Duels, Kill The Young, The Undertones, Engineers, Hayseed Dixie, Juliette & The Licks...
• samedi 10 décembre 2005 : Gang Of Four, Clap Your Hands Say Yeah, Katerine, The French Cowboy & The German Dudes, Missill, Messer Chups & Lydia Kavina, Pure Reason Revolution...
• jeudi 2 décembre 2004 : Carbon Silicon, The Rakes, Kaizers Orchestra, Power Solo, Hush Puppies, Gomm, The Infadels...
• vendredi 3 décembre 2004 : Beastie Boys, The Hidden Cameras, Plantlife, Lars Horntveth, Republic of Loose, Nosfell...
• samedi 4 décembre 2004 : Yann Tiersen & Shannon Wright, Santa Cruz, Modey Lemon, Kraftwerk...
Site Internet :
www.lestrans.com.