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(mon) Rock en Seine 2004 : The White Stripes, Archive, Sonic Youth, Muse, Buck 65 ...

Paris, parc de Saint-Cloud   27-28 août 2004

Concert à ne pas manquer

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    Le petit dernier des festivals avait bien une affiche qui justifiait le déplacement de loin, pour un amateur de rock. Bonne surprise : accès en métro super facile et fléché, le cadre est très chouette et les tarifs n'y sont pas plus chers qu'ailleurs. Plein d'animations sympathiques et une expo photo somptueuse où l'on s'amuse à reconnaître les plus grands artistes. Les filles bavent sur Tricky et Ben Harper, et les mecs sur Björk et Patti Smith il y a trente ans...

    Après les anecdotiques The Roots, les premiers à lâcher du gros sont Sonic Youth : ils font le même concert depuis 20 ans mais il est toujours aussi efficace ! Ils ont aussi le bon goût de jouer certaines de leurs chansons les plus connues (époque Dirty) sans s'apesantir sur les derniers albums plus confidentiels. Pogo déchaîné même si le maltraitement de guitare semble un peu mécanique à force, moins crédible quand on est quadragénaire !

    Ils sont suivis par les fameux Whites Stripes, LE groupe que tout fan de rock rêve de voir en ce moment (et qui ne passe jamais ailleurs qu'à Paname hélas). Qu'ils soient frêres et soeur, ou amants, ou les deux, finalement on s'en tape. A eux deux ils rendent hommage à 30 ans de rock qui pousse, avec des chansons d'une simplicité à tout casser. A ridiculiser tout groupe de plus de trois musiciens ! Mais si Meg est une batteuse honorable, la performance est surtout celle de Jack White !
    Gratteux émérite, claviériste doué, et surtout chanteur hors pair, ce gars-là sait tout faire. Sa tessiture qui rappelle immanquablement Robert Plant (voire James Brown parfois !) lui assure la sympathie de toute personne qui a aimé Led Zep un jour. Côté charisme, il a hélas ce côté un peu autiste des plus grands (Thom Yorke, Tricky...) qu'on peut bien pardonner vu la densité de sa performance ! Un très grand pied même si Seven Nation Army, le riff de la décennie selon Phil Manoeuvre (et moi-même), a été quelque peu foirée pour cause de guitare récalcitrante.

    En fin de soirée, les Chemical Brothers posent leur très gros son et font danser 20 000 personnes. Toujours aussi entraînants, on note quand même qu'ils ont les mêmes visuels qu'il y a deux ans (dont certains sont, disons-le, plutôt moches !) et qu'ils jouent à peine assez fort. C'est très sympa comme toujours, mais ils pourraient se renouveler un peu, d'autant qu'ils ont zappé les tubes de leur pourtant superbe dernier album (eh oh, Come With Us, les gars, vous vous souvenez ?).

    On finit la journée en constatant avec un peu de dépit que les horaires de concert et la configuration des lieux ne permettent pas de voir plusieurs petits morceaux de concerts : on est obligés de faire des choix difficiles (exit Daniel Darc, pourtant grosse présence sur scène, désolé mec, tu peux pas lutter contre les W'S' !) quand les Eurock's, par exemple, décalent les horaires pour les indécis. Cela dit, être ramené gratos en métro à minuit trente, quand on vient de Marseille, ça vous laisse sur le cul !

    Le samedi, j'ai commencé par les p'tits jeunes de Colour of Fire, un bon groupe de rock convaincant sur scène, même si son chanteur essaye parfois de ressembler à celui de Muse alors qu'il a sa propre personnalité attachante et qu'il est bien moins prétentieux, affaire à suivre donc !

    Parlons-en tout de suite de Muse, ce sera fait, même s'ils ont conclu le festival. Le travail de la bande à Bellamy (un gars archi-charismatique pour toute personne de moins de 22 ans semble-t-il) est convaincant. C'est vrai : leurs compos sont pas mal, ils jouent très fort (trop même, leur son était assez discutable dans la fosse !). Chaque génération a besoin de s'identifier à un groupe, et les djeun's de 20 ans actuels ont Muse ; rien à redire, ça pourrait être pire, c'est vrai !
    Reste que le son de Muse est à l'exact milieu entre Radiohead et Jeff Buckley, depuis le début, et n'a toujours rien produit qui ne ressemble qu'à du Muse ! Et ce alors que ces gars-là se comportent comme s'ils étaient des idoles, avec leur mise en scène tapageuse et cucul. Du coup on ne peut que ressentir une vague envie de leur botter le cul et de ligoter tous leurs fans à une chaise avec Hail to the Thief sur les oreilles !

    Bref. Plus fort que les W'S' qui sont deux, il y a Buck 65 qui est ... un. Une confirmation : il est encore meilleur tout seul qu'accompagné (comme à Belfort). Deux platines, une voix à la Iggy Pop avec le débit de RZA, une présence scotchante et pourtant si modeste et auto-dérisoire : voilà ce que moi j'appelle un type charismatique ! Concert fascinant, le pépère scande sur des samples de rock-qui-pousse genre Queens of the Stone Age (on ne peut que rêver qu'un jour il fasse un concert avec eux !), c'est vraiment jouissif. Révélation incontestable du festival.

    En passant rapidement sur Zero 7, qui serait original si Air n'existait pas, mais n'est que banal malgré ses petites chanteuses rigolotes et mignonnes, on arrive au point culminant selon un sondage représentatif d'une huitaine de festivaliers : le concert d'Archive. Donnons-lui un nom parce qu'il y en a marre qu'il ne soit que "le nouveau chanteur d'Archive" : Craig Walker. Lui aussi, charisme à tout casser, une voix qui prend aux tripes, qui vous retourne le cerveau.
    Quand il chante "without your love, it's tearing me apart" (Again, 19 minutes comme sur l'album), on se sent tous quittés par quelqu'un ! Archive (pour moi vus trois fois en deux ans, et je vous assure qu'ils progressent encore !) a délivré un concert tout en puissance, il y a désormais une âme dans ce groupe reconstitué, un tout qui est devenu bien supérieur à la somme des parties...
    Tellement trippant que le mot en devient faible, à ce stade-là moi je dis que c'est quasiment psychotrope ! Après une grosse heure de concert, avec un son pourtant encore perfectible, ils laissent un public KO debout, complètement sonné... Leur dernier album (deuxième avec cette formation), moins original sur disque, se révèle pleinement sur scène. Déjà dix ans depuis Londinium, pierre blanche de la trip hop, Archive est là pour encore longtemps et enterrera pas mal de mythos éphémères, c'est sûr.

    Un très bon festival, donc, à qui on ne peut que souhaiter deux choses : longue vie et simplicité. Ne passez pas à trois jours et n'invitez pas Bowie ou Manu Chao, et vous deviendrez LA référence rock sympa et champêtre de la fin d'été. On reviendra, c'est promis. Votre boue est aussi collante que celle des Eurock's !
    Encore bravo pour le tour de passe-passe sur les bières : à 3 € la 25 cl et 5 € la 40 cl, la grande est plus chère et on s'en est pas rendu compte (faites le calcul). Sans rancune et à l'an prochain !

    le 31/08/2004
    Signature :
    Philippe
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