Un week-end qui se libère au dernier moment,
Sonic Youth et
The Cure en tête d’affiche, il n’en a pas fallu plus pour que je me métamorphose en mouette et prenne mon envol vers l’Ouest et la Route du Rock. Le lieu est plutôt agréable. La grande court centrale d’un fort. Une scène à l’une des extrémités. Des stands de bouffe et de bière tout autour. Ca fonctionne avec des jetons. 2,3 euros, le jeton. Une barquette de frites ou une bière = un jeton. On trouve aussi une tente pour les dédicaces et une autre où on vend des disques et où quelques associations ont posé leurs fesses et leurs projets.
Autant le dire de suite, mon impression sur les deux jours (samedi et dimanche) est plutôt mitigée. Peu de bons groupes et peu de bonnes chansons et pour l’ambiance générale, ce n’était pas non plus folichon. Trop de flicage.
The Organ : têtes de morts
Je n’avais encore jamais vu un groupe avec aussi peu de présence. Même à Auschwitz, sur le quai des arrivées, il devait y avoir plus d’ambiance. Il n’y a qu’une horreur comme
Oasis pour rivaliser avec un tel degré de vacuité et d’absence d’originalité.
C’est affreux. On devrait peut-être me pendre pour écrire de telles choses. Oser parler d’Oasis !
Bon, elles sont cinq, canadiennes, de Vancouver. J’ai dû aller sur leur site pour vérifier que l’endive qui tenait le micro était une fille comme les quatre autres. Elle s’appelle
Katie Sketch et reconnaît l’influence de
Cure, des
Smiths et de
Joy Division. Elle aime bien aussi
Interpol. Ca s’entend, je n’ai même entendu que ça. Et je n’ai vu ni cœur, ni âme dans leur performance. On aurait dit des créatures sous hypnoses. La guitariste, par exemple, gardait le regard fixe, perdu loin devant elle, très belle dans son isolement. Pendant ce temps, ses doigts se déplaçaient seuls sur son instrument comme mus par leur propre instinct de doigts. Tout n’est donc pas à jeter, loin de là, mais pourquoi programmer une telle formation dans un festival ? Sous le soleil. Elles auraient tellement été mieux à leur place au Congrès international des suicidés anonymes à Deuil la Barre.
Colder : trophistiqués
Curieusement, Colder a réchauffé l’ambiance. Les Français évoluent dans un univers cold-wave proche de The Organ, mais eux ont le double mérite d’être vivants et de faire preuve d’audace. Ils sont contents d’être là et de jouer ce qui me rassure sur ma fonction de spectateur. Ils sont quatre, basse, guitare, batterie, plus
Marc Nguyen, le chanteur, principal compositeur, qui envoie aussi des parties enregistrées depuis un synthétiseurs.
Leur musique est tout sauf un décalque de leurs influences. Mais je n’ai pas non plus été emballés. Les compositions sont soit trop compliquées, soit trop simplistes (
Silicon Sexy, Downtown) dans un espèce de parti pris dandy qui nous éloigne de l’énergie primale que peut transmettre la musique.
The Raveonettes : l’immobilisme dans la continuité
Simpliste, primale, primaire, la musique des Raveonettes l’est sans aucun doute. C’est même revendiqué. Sur deux de leurs disques,
Chain gang of love et
Whip it on, les Danois avaient clairement affiché que toutes les chansons avaient été composées avec un seul accord, « recorded in Bb major ». Et donc en concert, on a l’impression d’entendre une seule et même chanson, plutôt plaisante, du rock’n’roll dans la veine noisy des
Jesus and Mary Chain. On sait, où l’on va, nulle part, mais c’est efficace, parfait pour un public de festival. Le son est bien lourd avec trois guitares puisque le duo d’origine,
Sune rose Wagner et
Sharin Foo, un brun et une blonde, s’est mué en quintette pour ce concert (ce qui nous donne trois guitares, une basse et une batterie).
The Cure : deux heures et quart avec Robert
The Cure a longtemps été lui aussi un quintette ces dernières années, mais c’est en quartette que le Cure 2005 se produit.
Perry Bamonte et
Roger O’Donnel sont partis, le guitariste
Porl Thompson est revenu. Moins de synthés, un peu plus de guitares. Le son n’en est pas plus léger pour autant. Beaucoup de reverb dans les six cordes, comme dans la voix et l’impression d’un Robert Smith devenu vieille tragédienne.
Mais bon, il nous en a mis quand même une sacrée dose puisant dans l’ensemble de sa discographie, à peu d’exception (pas de morceaux de
Seventeen Seconds, ni de
Japanese Whispers) :
Plainsong, Open, Shake Dog Shake, Disintegration, Fascination Street, Lullabye, From the edge of the deep green sea, Siamese twins, Play for today, Push, At night, One hundred years, Never Enough, Cut, End, A forest, 10 :15 Saturday night, Boys don’t cry. Cette liste ne contient que les morceaux que j’ai pu identifier. Ils ont aussi interprété des chansons de leurs derniers albums, mais j’avoue que depuis l’album
Wish(1992), j’ai fait l’impasse sur les travaux de Cure.
A noter : The Cure a dû remporter le concours du groupe ayant le plus grand nombre de tee-shirts à son effigie dans le public.
!!!: du bon usage de la drogue chez les musiciens
De mauvaises langues, bien renseignées, ont prétendu que les
!!! étaient chargés de cocaïne au moment de monter sur scène. Deux heures avant, ils étaient encore en train de dormir.
Cocaïne ou don du ciel, ce concert fut sans nul doute le meilleur du week-end. Sur disque, les New-Yorkais ont tendance à m’endormir par la longueur et la répétitivité de leurs morceaux, mais là, au fort de Saint-Père, ils étaient totalement survoltés.
A huit sur scène, avec cuivres, percussions, leur disco-punk a provoqué une parfaite explosion de tous les sens après les humeurs noires accumulées pendant les sets précédents.
Take ecstasy with me, comme en témoigne leur dernier titre paru, leur musique est un appel à tous les relâchements et cette nuit elle causa les pires dégâts sous les tentes du camping, ainsi que sur scène où, plusieurs mouettes, éperdues d’amour pour le chanteur et son short, sont venus s’écraser autour de Nic Offer. Une belle orgie.