Christophe a une voix à la fois aigûe et éraillée, il vit manifestement sur une autre planète (l'expression semble avoir été inventée pour lui), il adore les synthétiseurs et écrit des paroles d'un romantisme a priori complètement excessif. En plus, Christophe a composé Aline .../...
Christophe a une voix à la fois aigûe et éraillée, il vit manifestement sur une autre planète (l'expression semble avoir été inventée pour lui), il adore les synthétiseurs et écrit des paroles d'un romantisme a priori complètement excessif. En plus,
Christophe a composé
Aline qu'on peut légitimement confondre avec du Guy Marchand par inattention... il a tout pour nous horripiler en somme. Mais il a aussi composé
Les Mots Bleus, ce qui dénote un talent d'auteur-compositeur indéniable. Dans le doute, on a écouté cet album buzzé à mort, par curiosité, presque pour se moquer, et voilà que deux semaines plus tard, totalement séduit, on le recommande aussi...
Car
Aimer ce que nous Sommes est un album-concept, totalement hors format, 13 titres pratiquement sans couplets ni refrains, aux mélodies bien souvent sublimes, dont on entend que chaque seconde a été travaillée au millimètre - outre une formidable aptitude à faire de belles mélodies, l'extra-terrestre étale une insolente richesse d'accompagnements, qu'il s'agisse de synthés, guitares, korg, choeurs d'enfants ou flamenco, parfois méconnaissables, ou à peine audibles, comme au troisième plan, et pourtant jamais surnuméraires... de titres pop, rock, slow, électro, leur style étant finalement secondaire puisque les mélodies et les paroles font presque oublier les rythmes. En somme, il tient les promesses que
Sebastien Tellier n'a jamais fait que formuler, sans doute bloqué par la peur de tomber dans le ridicule quand, au contraire, il faut foncer sans se retourner pour
vraiment émouvoir son monde...
Chateaubriand s'est-il demandé si son romantisme était cucul,
Artaud s'est-il demandé s'il était compréhensible ?
Cantat a-t-il pensé à quel point il nous ferait renifler en chantant un texte oublié de
Ferré ?
Christophe s'est-il demandé si la vieille dame qui parle, puis le choeur à la fin d'
It must be a sign allaient nous foutre la chair de poule ? Si le désespoir sincère exprimé au travers de
Parle lui de moi allait nous briser le coeur ? Si les soli de guitare vocodée et les violons de
Lita allaient nous faire vibrer ou nous ennuyer ?
Non évidemment, et c'est ce qui fait sa force ! Qu'il parle de Berlin la nuit, d'un ancien amour, d'odeurs de femmes, ou même d'autres choses globalement incompréhensibles (la très sibylline
Stand 14), il fait mouche presque à chaque fois... Ajoutez à ça quelques titres vraiment bizarres, comme celui où l'on entend que des borborygmes et des bouts de réponses à un
Interview de..., oubliez un titre instrumental anecdotique, et vous obtiendrez, dans un style certes très différent, l'album le plus étrange (et donc, le plus fascinant) entendu en chanson française depuis l'
Imprudence de
Bashung. Et son auteur, dont on a finalement plus du tout envie de rire après de multiples écoutes attentives, de rester aussi insaisissable que l'étrange puzzle de sa couverture...
(2008)
PS 2009 : magnifique en
live...