Une journée éclectique et chargée, riche en moments mémorables, comme en passages dispensables… Mais c’est la règle du jeu lors d’un festival comme le Printemps de Bourges : il faut courir de salles en salles à la recherche d’un frisson inédit ou d’un concert dans un lieu improbable (en sélectionnant selon ses propres goûts, qui ne sont pas ceux du voisin… ).
Triste Sire :
Voilà un groupe - programmé à la Hune dans le cadre des Découvertes - qui porte bien son nom, bravo pour la clairvoyance, les gars ! Faire du sous
Muse (chanter avec une voix de fausset extrêmement exaspérante) en y rajoutant des looks gothico androgynes, il fallait oser,
Triste Sire l’a fait… Synthétiser en un seul groupe nombre d’atrocités musicales actuelles est une tache courageuse. Bonne chance, mais ça sera sans nous…
Minitel :
Egalement à l'affiche dans le cadre des Découvertes, ce groupe au nom un peu désuet est adepte d’un trip rock assez prenant. Les atmosphères électronico rock savamment construites par
Minitel ont le mérite de saisir l’auditeur, même si l’ensemble n’est pas incroyablement original. Les guitares furieuses, le chant vocodérisé - assez scotchant - et les rythmiques lancinantes ou énervées font leur petit effet sur le nombreux public réuni à la La Hune, dans la Maison de la Culture de Bourges…
Cocoon :
C’est une année faste pour
Cocoon : sélectionné pour les découvertes du Printemps de Bourges, vainqueur du concours CQFD des Inrocks, programmé aux Eurockéennes de Belfort, aux Francofolies de La rochelle et même à l’étranger. Il y a de quoi faire tourner les têtes… Malgré tout, le duo clermontois semble garder le cap, son concert sobre et classe donné à la Hune en est la preuve. Deux voix admirables de pureté, des arrangements (guitare sèche, ukulélé, claviers, boîte à rythme) mettant en valeur la qualité des morceaux et des ambiances alternant entre folk pop mélancolique et pop aussi légère que catchy... Le cocktail proposé par Cocoon risque d’en séduire plus d’un(e). Comme leur idole, l’infatigable et doué
Sufjan Stevens, Mark et Morgane continuent - malgré les concerts incessants - à composer de nombreux nouveaux morceaux, comme celui interprété à Bourges devant un parterre conquis. Souhaitons leur pour bientôt une discographie aussi foisonnante…
Joanna Newsom :
Après les Découvertes, place au choc de ce Printemps de Bourges 2007 : le concert solo de la très craquante
Joanna Newsom dans le minuscule et superbe théâtre Saint-Bonnet à 18h. Grâce à son naturel confondant, à sa voix extra terrestre et à ses morceaux ébouriffants, la belle a emmené son auditoire sur la Lune, au dessus des nuages, sur un arc en ciel ou au Moyen Age, c’est selon… Ses vocalises cristallines d’ange (on pense à
Cat Power, à
Kate Bush et à
Tori Amos… ), ses arpèges joués sur une antique harpe sont autant d’invitations au décollage vers la planète bonheur. C’est beau, virtuose et captivant… Et l’on voudrait que ça dure une éternité. La puissance évocatrice des morceaux, dans lesquels Joanna Newsom réussit à intégrer de mini symphonies médiévales grâce à ses doigts de fée, est positivement impressionnante. Le public est aux anges… bluffé par ce petit bout de femme au sourire aussi désarmant que son talent est incroyable. S’excusant des éventuelles erreurs qu’elle ferait au piano (dont elle avoue n’avoir pas joué depuis longtemps), elle s’installe derrière l’instrument qui occupe presque toute la scène ; et là aussi, c’est à pleurer de joie ! Le temps s’est arrêté pour
Joanna Newsom, le temps d’un rappel magique. Le point final d’un concert mémorable.
The Konki Duet :
Poursuite du marathon de Bourges dans le très intimiste Théâtre Jacques Coeur, juste après avec les filles de
The Konki Duet, qui attaquent bille en tête par une jolie reprise « pop décalée » de
Fade to grey de
Visage. La suite s’avérera moins convaincante pour nous, même si le public semble majoritairement apprécier. Certains morceaux sont peu inspirés, les voix sonnent (trop) faux et les arrangements sont un peu transparents. On voit où The Konki Duet veut aller, vers une pop légère sur le fil du rasoir entre dissonance et justesse, mais ce soir là malgré toute la bonne volonté du monde, le résultat n’était pas enthousiasmant.
Joan As Police Woman :
Quelques minutes plus tard,
Joan As Police Woman a réussi à tirer son épingle du jeu, avec un set entre pop, folk, soul et rock. La très racée chanteuse donne du corps à ses compositions grâce à un jeu de piano et de guitare enlevé et à une voix versatile en diable. Bien secondée par une bassiste/choriste et un batteur/choriste pleins d’à propos, la volcanique brune a fait étalage de sa classe naturelle, malgré le minutage de sa prestation, festival oblige. « Ce n’est pas naturel d’être limité par le temps de la sorte, mais la vie n’est pas naturelle non plus, non ? » lancera-t-elle, dans un grand sourire… Ce petit désagrément l’empêchera de parler plus, ce qu’elle fera néanmoins un petit peu, dévoilant une personnalité drôlement, débridée, mais l’essentiel était là : des morceaux percutants et marquants joués par une femme au caractère bien trempé.
Suite de la chronique du jeudi 19 avril à Bourges
ici, avec le compte rendu de la soirée rock programmée au 22, avec
Naast,
Galaxie,
Akron/Family,
Bromheads Jackets,
The Rakes,
Acoustic Ladyland et
Deerhof.
Et à propos des Printemps de Bourges 2007, 2006 et 2005 : les chroniques des concerts de
Herman Düne + Tribute To Neil Young + Jesse Sykes + J. Tillman,
Pravda + Nelson + Neimo + Peter Bjorn & John + The Automatic + Just Jack + Nosfell,
Juliette Gréco + Abd Al Malik,
The Lost Communists,
The Elderberries,
Yann Tiersen + Calexico + Iron and Wine,
The Dresden Dolls + Queen Adreena + 54 Nude Honeys,
Art Brut + Buzzcocks + The Spinto Band,
The Flaming Lips + Emilie Simon + CocoRosie + Architecture In Helsinki,
Dionysos + dEUS + Artic Monkeys + Katerine + Hushpuppies,
The Kills,
Tokyo Overtones,
Soldout,
The Craftmen Club,
The BellRays + Nashville Pussy + The Ex,
The National + Herman Düne,
Interpol + Bloc Party + Gomm,
Low + Ray Lamontagne,
Nancy Sinatra + Alexandra Roos et
Marianne Faithfull + Françoiz Breut...
Photos ©
François Mellet (Triste Sire, Joanna Newsom), ©
Frédéric Loridant (Cocoon), ©
Cristelle Frisch (The Konki Duet, Joan As Police Woman) extraites du site internet du Printemps de Bourges :
www.printemps-bourges.com.