Enzo le Solo.
La première partie de cette soirée était assurée par le groupe marseillais
Kid Francescoli. Enfin pas vraiment le groupe, puisque Mathieu Hoccine est venu en solo faire le tour préliminaire de la ligue des champions de l'
Akwaba. Enfin pas vraiment en solo, puisque le Kid était accompagné de sa guitare, d'un sampler, d'un mini synthé et d'un mélodica. Si la formule du solitaire auto-samplé fait ses preuves depuis quelques années (
Joseph Arthur pour commencer, puis
Dominique A, ou
Troy von Balthazar entre autres), elle reste une épreuve du feu par évidente à réaliser, surtout pour une première partie, surtout quand le groupe de la deuxième partie est attendu comme l'était Cocoon, et qu'il faut réussir à capter l'attention de la salle seul avec son matos. Mais Mathieu a l'expérience de la scène, et ça se voit dés qu'il commence à jouer, ou qu'il prend la parole.
La plupart des morceaux qu'il a joués sont issus de l'album sorti il y a juste deux ans (
Kid Francescoli), mêlant des instrumentaux comme le très beau
Villa Borghese à des chansons qu'il chante habituellement avec Laetitia Abello (dont la "présence" est assurée ce soir là grâce à la magie de l'électronique) : le tubesque
Vincent, un attore ou
CFK, qui commence, c'est un comble pour un marseillais (fan de L'O.M.), par "you'll never walk alone") avec de faux air de
Air. Sur
I'm not John McEntire ou d'autres chanson plus rapides (comme la reprise du
Velvet Underground), on pense inévitablement à
Grandaddy.
Ça faisait un moment que j'avais envie de voir ce groupe en concert, et même si je suis un peu resté sur ma faim du fait de l'absence des autres membres du groupe (la voix de L. Abello et la basse d'Olivier Scalia présents sur le disque m'ont manqués), je dois dire que j'ai été séduit par la performance du Kid de Marseille. A revoir, en formation complète, incontestablement.
Comme dans un Cocoon.
Que dire à propos de
Cocoon… Tout d'abord, ils sont auvergnats, de Clermont. Ils ont gagné le concours CQFD (en 2007) organisé par les Inrockuptibles, ont joué sur la plupart des scènes françaises (faisant de prestigieuses premières parties, comme celles de
Echo and The Bunnymen ou
Emilie Simon) et devraient jouer avant la fin de cette année 2008 sur celles où ils ne sont pas déjà passés (avec la tournée de quasiment tous les festivals de l'été). Ils passent sur toutes les radios, et ont même fait Taratata !
Que dire qui n'a déjà été dit à propos des concerts de
Cocoon ? L'ambiance tout d'abord… Je n'avais pas entendu parler de cette ambiance "Bisounours" qui m'a relativement surpris. Je m'attendais à un concert cool, pas à un groupe qui saute sur scène, pas à des guitares saturées avec un son qui déchire les tympans, pas à un rythme endiablé qui vous empêche de tenir en place : OK, les deux de Cocoon ne font pas parties de ces petits jeunes qui se prennent pour les
Rolling Stones (et c'est tant mieux). Mais entre les
BB-Brunes et un étalage de peluche et de "polas" cuculs projetés au fond de la scène… Il y avait sans doute de la place pour faire quelque chose d'autre en concert… Le sommet est atteint lors du lancement de leur chanson
Baby Seal, pour laquelle une jolie photo d'un très mignon bébé phoque est projetée sur l'écran. Un "ooohhhhh !" contemplatif et troublé monte alors de la salle en émoi… Et je m'éloigne de l'avant scène.
Mo' et Marko (du coup, je me permet des familiarités !) ne sont sans doute pas dupes, et jouent vraisemblablement de ces effets (du moins je l'espère)… Autant quand ils se lancent des peluches que quand ils rappellent à ceux qui ne le sauraient pas qu'ils ne "sont pas ensemble", qu'il sont célibataires, et qu'ils veulent bien donner leurs numéros de portables aux "jeunes filles" (pour Mark) ou aux "jolis garçons" (pour Morgane) après le concert. Bref. Je suis peut-être un peu lourd au sujet de cette ambiance doucereuse, mais c'est principalement parce que d'un autre côté, je suis conquis (comme tout le monde apparemment) par la plupart de leurs chansons, qu'à mon avis, l'ambiance mielleuse a plutôt tendance à desservir (tout comme les blagues "carambar" entre les morceaux, sur lesquelles je ne m'étendrai pas).
Parce que OUI : Mark et Morgane écrivent de magnifiques chansons folk-pop, composent de très belles mélodies, et les interprètent parfaitement. OUI, ces chansons (que je suis, semble-t-il un des seuls à ne pas connaître par coeur) sont entêtantes (dans le bon sens du terme) et raffinées. Et OUI, ils ont tous les deux de très belles voix. Les remarquables
Vulture et
On my Way ou la dramatique et sublime
Cliffhanger auraient certainement pu m'emporter très loin, très haut tant ces chansons sont impeccables.
Hummingbird est un vrai bijou. Mais les petites blagues, et les "doudous" accrochés aux instruments de musique n'ont cessé de me ramener sur cette basse terre… Les reprises d'
Amy Winehouse (
Rehab) ou d'
Outkast (
Hey Ya) sont également exécutées parfaitement, et l'arrivée d'un ukulélé dans les mains de Mark sur
Chupee est une réussite tant cet instrument colle à ce morceau. Bref, il y a chez ces deux beaux gosses célibataires, un bon, un très très bon fond technique et créatif.
Même si les références citées avant
Tell Me (
Nick Drake,
Neil Young entre autres) ne sont si pas évidentes, j'ai par contre beaucoup pensé en les écoutant à
Elliott Smith (sur
On my Way, la ressemblance est troublante), au grand
Sufjan Stevens (sur Hummingbird) ou à
Simon et Garfunkel (je ne sais plus trop quand… peut-être quand la salle chantait). Je vous laisse deviner lequel est Paul, lequel est Arthur… Sachant que, comme nos deux Américains des 60's, nos deux petits français sont des gens sympas. Hyper sympas. En tout cas c'est ce qui se dégage d'eux, et c'est ce qui fait que je me sens un peu miteux de les traiter de Bisounours… Mais s'il vous plait, Morgane et Mark, quitte à paraître moins sympa la prochaine fois, faites nous PLANER, parce que vous avez la matière pour le faire : votre album dont le nom n'a rien de mielleux :
My Friends All Died In A Plane Crash ("mes amis sont tous morts dans un accident d'avion" !!!) est une réussite.
Un petit mot au sujet de l'
Akwaba (la salle où avait lieu ce concert). J'y étais allé pour des expos mais jamais pour un concert et j'avais quelques appréhensions concernant l'acoustique de cette salle. Ces inquiétudes n'avaient aucunement lieu d'être : le son y est très bon. L'a priori plutôt favorable que j'avais pour un endroit qui se définit comme une "coopérative culturelle" a, quand à lui, été confirmé par la bonne humeur et la qualité d'accueil de ses animateurs.