Pour ceux qui douteraient encore que la « nouvelle » chanson a le vent en poupe, il suffisait d’observer la file d’attente devant la salle (quasi comble) a quelques minutes du début de ce concert dans le cadre du festival « Avec le temps ».
Un public de différentes tranches d’age (et une fois n’est pas coutume, majoritairement féminin) et impatient de voir deux jeunes artistes dont c’était le premier passage à Marseille.
Bon la première partie assurée par le Breton Da Silva je n’ai pas aimé, son style entre Mano Solo pour la voix frèle (qui contaste avec son look de dur, de vrai, de tatoué) et Louise Attaque pour le son ne me touche guère.
Malgré quelques variantes, des arpèges de guitares Hispanisants notamment, les morceaux se suivent et se ressemblent, et la sympathie du bonhomme ne parvient pas à masquer un air de déjà entendu, en mieux.
La tête d’affiche de la soirée par contre n’a pas déçu.
On pouvait s’attendre à une chanteuse timide et c’est une Pauline Croze, très à l’aise qui s’est produite, en jean et chemise et parée de sa guitare, accompagnée d’excellents musiciens : un batteur aux gestes précis, un guitariste inspiré au jeu éclectique et un contrebassiste aussi discret qu’efficace.
Les arrangements des chansons, un des points forts de l’album, ne souffrent pas du passage à la scène tant chaque titre est rallongé et retravaillé façon jazz, bossa, reggae ou rock, à l’intro parfois méconnaissable comme sur « Je suis floue ».
Le chant est plein d’assurance et aussi touchant que sur disque, la demoiselle redoublant d’intensité vocale sur les engagés « Jeunesse affamée » ou « Femme fossile » avec l’aplomb d’un Fiona Apple, le chaloupé d’un Keziah Jones.
Malgré la noirceur de certains textes, la mélancolie qui s’en dégage n’est jamais pesante, la complicité avec le public, à l’enthousiasme communicatif, est vraiment un plus.
Deux morceaux inédits clôturent la soirée en beauté, une reprise inattendue de la scie du film « Grease », un « You’re the one that I want » à mille lieux de la version originale et juste avant, une nouvelle composition au refrain épatant : « Ne te rends jamais / sauf à l’évidence ».
L’évidence, déjà indéniable à l’écoute de son premier opus, c’est que Pauline Croze est une artiste au talent d’écriture et d’interprétation salutaire dans une variété trop souvent dominée par le second degré et désertée par la spontanéité. Longue route à elle.