Programmée dans la grande salle de la Coopérative de Mai, l’affiche Yann Tiersen + Daniel Darc était prometteuse… Ces deux artistes ayant pour (bonne) habitude d’offrir à leurs publics respectifs des concerts assez uniques, en tous cas marquants et réussis.
Daniel Darc en pleine forme…
Après son excellente prestation en banlieue parisienne au Festival
Les Effervessonne quelques jours plus tôt,
Daniel Darc avait l’occasion de fouler une nouvelle fois la scène de la Coopérative de Mai. Et ainsi d’effacer le souvenir un peu mitigé de sa
première partie d’
Alain Bashung en novembre dernier. Mission parfaitement accomplie : le groupe de M. Darc a digéré l’absence de
Frédéric Lo, tout le monde est en place, le leader du groupe semble prendre plaisir à chanter et avoir une énorme envie d’en « découdre ». Malgré cela l’univers de
Daniel Darc demeure d’une extrême noirceur, on a presque envie de le serrer dans ses bras pour lui glisser à l’oreille que, non, tout n’est aussi sombre… Comme dans
Il y a des moments, la chanson sur laquelle Darc et ses musiciens quittent la scène, il y a des moments vraiment très émouvants pendant l’heure passée en leur compagnie. De
La pluie qui tombe à
Psaume 23, en passant par
Nijinsky,
N’importe quel soir ou
Le seul garçon sur Terre, sans oublier
Je me souviens, je me rappelle et
Mes amis, les mauvaises expériences traversées par l’auteur de ces titres poignants transparaissent très souvent dans les textes… Il faut vraiment être insensible pour ne pas avoir le cœur qui se serre en écoutant ces paroles interprétés de manière habitée. Tel un Nijinsky vocal, l’ex chanteur de
Taxi Girl semble danser sur son désespoir pour mieux l’exorciser… et passer à autre chose, tout en n’oubliant rien. Grâce à une prestation qui permet de voir se succéder avec maestria les instants rock (les riffs de
You really got me des
Kinks et
I wanna be your dog des
Stooges sont cités, aux bons moments), pop/folk et new wave (l’enchaînement magistral des titres
Paris et
Cherchez le garçon), à la fin du set, le public venu principalement pour
Yann Tiersen semble interloqué et ému, presque groggy. En un mot, conquis…
Des retrouvailles ratées avec Yann Tiersen…
Après un
concert sublime offert en compagnie de
Shannon Wright aux dernières
Transmusicales de Rennes, on se faisait une joie de retrouver
Yann Tiersen sur les planches, avec un nouvel album à défendre – cette fois en solo, mais avec de prestigieux invités –,
Les retrouvailles. Las, dès le début, on se rend compte que ses retrouvailles ne vont pas être aussi réjouissantes que prévu. C’est l’une des premières dates de la tournée, et Tiersen semble un peu absent, pas concentré et sans inspiration, comme ses musiciens d’ailleurs… Entre deux interludes intimistes au violon ou à l’accordéon, la troupe s’obstine à se la jouer « rock ‘n roll band ». Le public s’en prend plein les oreilles, avec des grosses guitares distordues et tout l’attirail qui avec. La reprise de
The Ex donne une piste sur le chemin que veut emprunter Tiersen. Mais les instrumentaux bruitistes se suivent et se ressemblent sans provoquer le grand frisson escompté. L’ennui pointe même le bout se son nez… Même s’il est plutôt courageux de vouloir s’évader vers des territoires plus rock sur scène, le parti pris de mettre tout à fond pour impressionner la galerie est assez vain. Les titres chantés, quant à eux, sont vociférés par un Tiersen qui oublie qu’il possède une voix faite pour murmurer, pas pour hurler. La reprise de l’inoubliable
Waltz n°2 d’
Elliott Smith, est révélatrice de la qualité générale de ce concert, bâclé et mal préparé : l'auteur de la BO d'
Amélie Poulain chante horriblement mal, la version proposée par son groupe est totalement indigne de l’original. On pourrait même parler de massacre éhonté… Comme le très beau morceau
Monochrome subit le même traitement de défaveur et que les musiciens sortent de scène au bout de 50 minutes pour se faire rappeler (à grand peine) à deux reprises, on repart forcément un peu mécontent de la prestation d’un artiste pourtant capable de transporter son public dans une autre dimension. Il faut se rendre à l'évidence : contrairement à
Daniel Darc,
Yann Tiersen n’était pas dans un bon soir…
A consulter également : une
interview de
Daniel Darc, la
chronique se son dernier disque, ainsi que des comptes rendus de ses concerts à
Belfort et
Sédières.
Sites Internet :
www.yanntiersen.com,
www.danieldarc.net,
www.danieldarc.com.
Photo de
Yann Tiersen :
Steward Ravel (Bourges 2006)