L'ancien Taxi Girl est devenu le dernier des grands poètes maudits - sous le cuir, les tatouages et la voix cassée, se cache un survivant, qui défie quotidiennement la Camarde à coups de chansons rock torturées, intimistes et viscérales.
Dernière actu : L'ancien Taxi Girl est devenu le dernier des grands poètes maudits - sous le cuir, les tatouages et la voix cassée, se cache un survivant, qui défie quotidiennement la Camarde à coups de chansons rock torturées, intimistes et viscérales.
(Re)découvrez le lors de cette nouvelle tournée.
Le tourisme de festival est décidément une bien belle activité. Pour changer des grosses Eurocks/Rock en Seine, on est passé récemment aux Artefacts et nous voici à Art Rock, Saint-Brieuc, 22 ! Cadré centre-ville, au milieu des rues pavées et des maisons centenaires, galette-saucisse jusqu'à 23 heures (rupture de stock après), chapiteaux et installations presque modestes mais de grosses ambitions : de bien jolies têtes d'affiche sont annoncées ce week-end dans la Bretagne armoricaine !
Prochainement ici, la chronique embedded par LiveinMarseille-on-tour, avec force photos/vidéos de la première soirée : le vacarme sexy mais un peu vain des Noisettes (comparer ça aux Bellrays ? pfff !), l'entrain juvénile des RR Rebelles des BB Brunes (rires), la poésie sonique de Daniel Darc (frissons), la légende James Chance et ses contorsions (plaisir pur), quelques Jeunes Gens Mödernes (nöstalgie) et la transe Poni Hoaxienne (dance to the ungerground) ... Réagir à cette critique
Daniel Darc - 26 avril 2008 - Montpellier - Rockstore La prestation de Daniel Darc au Rockstore a été semblable à ce qui a été relaté pour l'étape marseillaise de sa tournée. L'inquiétude a également été mienne lorsque DD est arrivé sur scène, comme s'il .../...
La prestation de Daniel Darc au Rockstore a été semblable à ce qui a été relaté pour l'étape marseillaise de sa tournée. L'inquiétude a également été mienne lorsque DD est arrivé sur scène, comme s'il était un peu trop 'loaded' : les premiers morceaux ne m'ont pas rassuré avec des refrains martelée, notamment les 'remords' criés à tue-tête, et une démarche titubante entre les divers musiciens comme s'il ne savait pas trop où se mettre. Et puis avec "la pluie qui tombe" et surtout "un an et un jour", le concert a véritablement décollé avec juste un petit passage à vide lors des morceaux un peu trop sinistres à mon goût "la vie est mortelle" et "un peu c'est tout".
Pour le reste, je ne peux que reprendre les même commentaires de Philippe et reconnaître avoir vécu un excellent concert avec une atmosphère particulière mais prenante après une courte adaptation (on n'a plus l'habitude de se concentrer autant sur les paroles que sur la musique). Une petite spécificité montpelliéraine fut que DD a été pris à parti par un gars qui le trouvait beau et auquel il a répondu qu'il était hétéro. Toutefois, au fur et à mesure que le concert se déroulait, les musiciens ont continué à se chauffer les uns et les autres sur ce thème, en particulier DD et ses deux guitaristes ; in fine DD a même fini par rouler une pelle à son jeune guitariste ! Autres précisions : DD a émaillé certaines de ses chansons d'extraits de groupes ou chanteurs anglo saxons comme les Doors (Love street) ou Lou Reed (Berlin) de façon très approprié pour qui connait l'anglais bien sur ! Je n'ai pas non plus reconnu le second morceau de Taxi Girl vraiment excellent qu'il a repris (peut être "les armées de la nuit" ?) Réagir à cette critique
Daniel Darc (+ Ludéal) - 25 avril 2008 - Le Poste à Galène, Marseille
Avis de gros week-end de rock à Marseille : Daniel Darc et Nick Cave, deux soirs, deux légendes vivantes. On s'était amusé à l'avance entre collègues et amis à constater que "tout le monde .../...
Avis de gros week-end de rock à Marseille : Daniel Darc et Nick Cave, deux soirs, deux légendes vivantes. On s'était amusé à l'avance entre collègues et amis à constater que "tout le monde allait aux deux", ou peu s'en faut. En première partie de Daniel Darc donc, un certain Ludéal, chanteur à guitare de facture classique, accompagné d'un autre guitariste-choriste. Probablement de jolis textes mais un voix assez banale pour les défendre et pas franchement de conviction - pas envie de les écouter, donc. En outre la gageure de se découvrir devant un public de fanatiques impatients, et un petit côté frimeur cynique (C'est la dernière, vous êtes contents hein ?) qui achève cette première partie, courageuse mais pas vraiment inoubliable.
Daniel Darc, outre un 45 tours cultissime, c'est une poignée de disques formidables dont deux dans ce siècle, qui nous accompagnent et nous tiennent chaud. De Darc sur scène, on n'avait par contre qu'une vague expérience en plein soleil (pas vraiment son écosystème préféré a priori...) ainsi qu'un ratage dû à un mauvais timing (à la même heure que les White Stripes à Rock en Seine...). Nul doute que c'est sur une petite scène comme celle du Poste que l'animal trouvera sa juste valeur...
Il arrive toutefois avec un air "fatigué", T-shirt sombre et croix huguenotte ostensible, semblant se cogner partout sur scène, chantant relativement faux sur La Main au Coeur... Une petite inquiétude pointe quand à son état de forme, heureusement il est soutenu par un quarteron de musiciens impeccables et tout à son service : mention spéciale au guitariste grisonnant et follement classieux, Alice Botté - l'incarnation de la rock star, le seul visuellement à la hauteur du mythe qu'il accompagne, les autres ayant l'air un peu trop verts et trop sages... Une collègue nous reparlera d'ailleurs en fin de soirée de ce très stylé musicien, avec des étoiles plein les yeux...
En attendant, les réparties assez cinglantes du chanteur aux vannes venues de la salle montrent en tout cas qu'il est bien là et en éveil - nous voilà rassurés. Enchaînement sur Les Remords qui passe un peu mieux, puis après avoir cherché en vain un électeur de Sarko, une très jolie La Pluie qui tombe - une fois acquis le principe qu'il allait plus parler que chanter, on s'habitue et on apprécie la façon dont il habite ses textes malgré tout - ses regrets nous iront aussi droit au coeur que sur le disque... 1 an et 1 jour, intro qui rappelle Bashung et où s'illustre le clavier (un type qui fume et joue des soli au piano en même temps... très technique donc) : la déclaration d'amour fait merveille et ce coup-ci, on a décollé pour de bon !
J'irai au Paradis, naïve et finalement touchante de sincérité, mais carrément pas autant que Je me souviens, je me rappelle qui nous a de toutes façons toujours bouleversé - une bonne minute de chair de poule à la clé - on avancera l'hypothèse hasardeuse que ceci pourrait être la plus belle chanson de Daniel Darc, même s'il fait un peu le pitre vers la fin, comme pour dédramatiser. L.U.V. sans Alain mais avec Alice Botté ça le fera très bien ! Le titre est joué sâlement groovy, on y reconnait des citations des Stooges qui nous avaient échappé - c'est génial, Gainsbourg aurait adoré.
Puis une chanson qui démarre comme un HeartBreak Hotel déglingué et s'avère être Nijinsky... à notre décharge le disque relativement introuvable de Nijinsky emprunté un jour à la bibliothèque de Marseille était tellement usé qu'on a jamais pu l'écouter... Bref très chouette chanson au son carrément garage - ça le fait. La vie est mortelle, plus apaisée, poème parlé sur une jolie balade. Un peu c'est tout, nettement plus sombre, lancinante ; pardonnons à ceux qui nous ont ENFANTES, répète-t-il avec hargne... et en chantant finalement de mieux en mieux.
Eclaircie passagère avec les plus optimistes (toutes proportions gardées) Environ, puis La seule fille sur terre qu'il nous présente comme la plus belle qu'il ait jamais vue, créature rebelle à ses assauts et couverte de tatouages... Heureusement qu'il n'a pas repéré l'ancienne/nouvelle barmaid du Poste (à moins que ce soit une dédicace ?). Un titre ancien très pêchu, pas reconnu, avec de l'harmonica (où il n'est vraiment pas manchot !), et le voilà sorti de scène après une grosse heure. Bien entendu le public le fera revenir bien vite - il commence en interprétant tout seul et presque juste, une jolie Redemption Song (mais oui, c'est bien cette vieille scie de Bob Marley, devrai-je me convaincre). Tout seul, il continue avec la déchirante Jamais, jamais, et là c'est juste ... presque sublime.
Le piano l'accompagne encore sur une chanson, Il y a des moments, avant que la grosse artillerie ne revienne pour un Cherchez le Garçon, comme à l'accoutumée électrique, bringuebalant, plutôt chic même s'il est manifeste que Daniel Darc n'a pas une folle envie de chanter son tube insubmersible. On songe à notre 45 tours qu'on aurait pu amener pour une petite signature - enfin il n'est pas sûr qu'on aurait osé déranger la bête pour une chose aussi triviale... A propos message privé à celles et ceux qui ont cette vieille chose quelque part - la face B, soit le chanteur tout seul avec un orgue, est magnifique, à redécouvrir !
En tout cas il semble plus inspiré à la lecture du fameux Psaume 23 : tel Johnny Cash qui profitait d'une salle entière de taulards subjugués pour donner à entendre la parole de son dieu, Daniel Darc n'a pas peur d'exposer sa foi à une salle entièrement pendue à ses lèvres, dans un très joli moment. Il sort de scène après une heure et demi de bonheur presque intégral... et à la demande générale reviendra une fois encore pour finir sur un grand classique de jazz, My funny Valentine, magnifiquement illustré au piano.
Pour conclure, s'il est arrivé en ayant manifestement un peu trop chargé la mule, peut-être pour se donner du courage, le chanteur a peu à peu repris ses esprits en même temps que possession de la scène, parsemant sa performance de petites vannes sympas (par exemple, se présenter comme étant le tragique Renan Luce), pour donner au final un concert d'une grande intensité, qui a répondu à toutes les attentes et toutes les espérances. Gageons qu'on retrouvera Daniel Darc dans les mêmes dispositions la prochaine fois qu'on va le croiser, et bonne route à vous, Monsieur. Et pour vous le dire simplement : nous vous aimons.
Photos à venir... by Emmy Etié and/or Pirlouiiiit ! (Image empruntée à myspace.com/danieldarc)
A lire par ailleurs, une interview toute fraîche de Daniel Darc sur le site !
>> Réponse (le 28/04/2008 par Chloro Phil) Juste deux petites précisions pour compléter cette excellente chronique :
le "titre ancien très pêchu, pas reconnu, .../...La suite
Interview de Daniel Darc - 12 Avril 2008 - Le Cargo - Arles Little Big Man
Pour une fois dans une interview, plantons le décor car il a de l'importance. Après avoir été acceptée, puis, refusée, puis à nouveau acceptée la veille, l'interview de Daniel Darc a .../...
Pour une fois dans une interview, plantons le décor car il a de l’importance. Après avoir été acceptée, puis, refusée, puis à nouveau acceptée la veille, l’interview de Daniel Darc a eu lieu samedi 12 avril au Cargo de nuit d’Arles deux heures avant le concert. On arrive un peu sur la pointe des pieds en se demandant à quelle sauce on va être mangé puisqu’on n’a pas forcément l’air d’être le bienvenu. Mais, on se trompe sur toute la longueur (on se trompe souvent dans ce métier). La petite équipe d’une dizaine de personnes est prête à passer à table, Doudou, le manager appelle Daniel qui arrive immédiatement et commande un Picon bière. Petit, légèrement voûté, des jambes étonnamment pliées, le visage coupé à la serpe, jean troué, tee-shirt avec un Elvis crucifié sur la croix, boots, Daniel Darc revient de loin et ça se voit.« On va manger, tu viens avec nous, on fera l’interview pendant ce temps ». Et nous voilà parti pour 1 heure de conversation totalement free jazz entre salade et chili con carne où il se montrera sous toutes ses coutures : avenant, curieux, désordonné, fuyant, passionné, tatoué, profondément humain et un rien dictatorial.
Vous avez déclaré avoir conçu votre nouvel album « Amours Suprêmes » en pensant au Love Suprême de John Coltrane. Pourquoi ?
Parce que Love Suprême, l’album que le Trane écrit en 1965, 2 ans avant sa mort, est pour moi l’un des plus grands disques de tous les temps. C’est un de mes disques de chevet. Parce qu’après, qu’est ce qu’on a inventé en musique ? Sans Coltrane, il n’y aurait pas eu Iggy Pop qui déclarait vouloir hurler comme le saxophone de Coltrane. Et sans Iggy Pop, il y aurait quoi aujourd’hui ? Le rock aujourd’hui, ça me fait chier, tous ces puceaux parisiens qui se la jouent, c’est de la merde. Moi, je ne suis qu’un recycleur, mieux un voleur. Et je préfère voler aux génies qu’aux merdeux.
Mais qu’est ce qui est free Jazz chez Daniel Darc ?
Les concerts. Demande à mes musicos, chaque soir, c’est différent. J’en ai rien à foutre de la mélodie, Je ne pose jamais ma voix au même endroit, je change les paroles de mes chansons, je cherche, je cherche comme Coltrane. Miles Davis, lui avait ce génie de trouver à chaque fois la bonne note, mais Coltrane, lui se consumait en cherchant nuit après nuit la bonne note. Moi aussi, je cherche la bonne note, le bon endroit. Et dans ma quête, j’ai besoin que le groupe joue comme un orchestre de jazz. Dans le rock, faut toujours se caler sur la basse, moi, j’aime bien entendre chaque instrument sur scène. Après, tout dépend de l’état dans lequel je suis.
Et dans quel état aimez-vous être sur scène ?
Je souffre de phobie sociale, tu sais. Quand je suis à jeun, c’est terrible, il ne faut pas être là, j’ai peur de tout le monde. C’est entre autre pour ça que j’ai pris du speed puis de l’héro. 15 ans de dépendance, 4 hépatites et je te passe les détails. Je suis clean maintenant. Mais faut pas rêver, je ne peux pas monter sur scène sans rien. Je picole encore, pas de vin, je préfère la bière, forte de préférence. J’ai besoin de ça pour m’ôter cette peur qui me hante.
Malgré ça, vous aimez la scène ?
J’adore la route surtout. J’aime être en décalage, dans mon propre espace temps. J’adore me réveiller sans me rappeler dans quelle ville on se trouve ou apprendre le ukulélé à 4 heures du matin. Et puis, il y a le groupe. Nous n’en sommes qu’à la neuvième date et on va jouer jusqu’à la fin août, dans les grands festivals. Mais contrairement à la tournée qui a suivi « Crève cœurs », là, c’est moi qui ai choisi mes musiciens. On forme une famille, un gang, comme celui d’Elvis à Memphis (là, il me sort sa carte d’adhérent du fan club d’Elvis et un fac-similé du permis de conduire du King qu’il garde comme une relique). Faudra que je revende toute cette merde. Je déteste les collections. Quand je rentre à Paris, je vais m’installer à l’hôtel.
Dans « Crève cœur », votre précédent album qui a marqué votre renaissance, le thème de la religion était très prédominant. Dans « Amours suprêmes », vous vous adressez plus à une femme ?
C’est la même chose. A l’époque de Crêve-cœur, j’étais encore dans cette foi du converti (Daniel Darc est un juif converti au protestantisme depuis une dizaine d’années). A chaque fois que je voyais un journaliste, je l’emmerdais avec ça. C’était plus fort que moi. Peut-être parce que mon baptême protestant a été la plus belle chose de ma vie… Avec mon premier shoot d’héroïne. Mais aujourd’hui, les doutes sont revenus. C’est d’ailleurs bien la preuve que j’ai la foi. Alors disons que sur Amours suprêmes, je ne suis plus habité, je suis en location.
Par quel processus d’écriture passez-vous pour écrire une chanson telle que « Serai-je perdu ? »
J’écris chaque jour, mais je jette 95% de ce que j’écris. Cette chanson, comme les autres, vient de ce qu’il reste. Plus jeune, je rêvais d’être écrivain. Hemingway, Bukowski, Kerouac font autant parti de mon panthéon personnel que Coltrane. J’ai essayé, je te jure, j’ai essayé durant des années, mais je n’arrive pas à développer une idée et à la suivre sur la longueur. C’est mon défaut. C’est l’un de mes défauts. Alors, j’écris des chansons. Mais, j’ai toujours en tête Léautaud qui disait « Il pue l’adjectif ». Moi, je veux que mes chansons ne puent pas, je veux qu’il ne reste que l’essentiel.
Dans la condition humaine, André Malraux a écrit « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ». Est-ce que ça vous parle ?
Moi, la phrase que j’aurais voulu écrire, c’est Christophe Miossec qui l’a sorti : « Ne me secoue pas, je suis plein de larmes ».
Ensuite, Daniel Darc m’a montré ses tatouages et notamment une croix qui occupe tout son dos (« Une croix trop lourde à porter qui pèse et m’écartèle » dans Je me souviens, je me rappelle »), m’expliquant ensuite qu’il avait totalement recouvert son bras gauche quand il avait vu « toutes les petites connes se faire des tatouages de dauphin sur l’épaule). Puis il m’a expliqué qu’au creux de son bras, il avait reproduit l’affiche de l’homme au bras d’Or, film de Preminger de 1952 avec Sinatra dans le premier rôle de junkie. J’ai touché son bras noirci, il était froid, mais dans son regard, il y avait le feu.
Merci à l’équipe du Cargo pour avoir rendu possible cette interview.
>> Réponse (le 24/04/2008 par zeu western manooch) merci pour ce bout d'gras (et d'chili apparemment !) taillé avec DD, bande de veinards va ! Un bon moment de lecture en .../...La suite
Daniel Darc - 12 avril 2008 - Le Cargo de nuit - Arles Voyage en Mer Noire ce soir pour le Cargo de nuit, le vénérable Capitaine Darc tenant la barre d'une main ferme et expérimentée, même si son équipage était manifestement monté à bord en plusieurs fois .../...
Voyage en Mer Noire ce soir pour le Cargo de nuit, le vénérable Capitaine Darc tenant la barre d’une main ferme et expérimentée, même si son équipage était manifestement monté à bord en plusieurs fois et à l’occasion d’escales bien différentes.
Effectivement, aux côtés du mythe Daniel Darc, dont l'apparition renvoie malgré lui à un passé déjà un peu lointain, un désormais compagnon de route guitariste (puisqu'il était déjà présent sur la dernière tournée), très rock’n’roll attitude dans le sens le plus classique du terme : Yves Botté, plus connu sous le nom d'Alice Botté (qui a entre autres joué avec Charlélie Couture et Jad Wio).
Alice Botté
Egalement un claviériste de qualité, Rémy Bousseau aka Kalim B (du groupe nu-jazz Kalimbe dans lequel il officie en tant que multi-instrumentiste et dont il est – on s’en doute- le leader), mais trop peu présent à mon goût, sans que ça vienne de lui puisque de toute façon il était difficile de l'entendre jouer, même quand il jouait beaucoup !
Daniel Darc et Kalim B
Et enfin un véritable groupe dans le groupe, trois jeunes énergiques instrumentistes de la formation punk Asyl (Benjamin et Nicolas Freidline, respectivement à la batterie et à la guitare, et Antoine de St-Antoine à la basse), auxquels Daniel ne manqua pas de manifester son respect voire sa dévotion, semblant (re)découvrir toute la mesure de leur technique et de leur dextérité, s’agenouillant à leurs pieds ou encore prodiguant caresses de cheveux ou grosse pelle.
Une configuration gage de diversité donc, mais hélas un peu déséquilibrée, l’influence d’Asyl éclipsant un peu les autres, y compris le chanteur, voire l’originalité et la subtilité des musiques et arrangements de certains titres (notamment le travail de qualité du compositeur Frédéric Lo) transformés en gros rock bruyant et parfois un peu caricatural.
Ceci dit, beaucoup étaient choisis parmi ceux s’adaptant très bien à une configuration rock, et le résultat était donc excellent dans ces cas.
Et globalement, une bonne impression.
L’excellente salle y fut aussi pour beaucoup, car je trouve toujours appréciable de pouvoir me retrouver si près des artistes, dans une ambiance intimiste.
La scène du Cargo de nuit, vue du plateau à l’étage
Ce n’est pas que ça ait permis de donner beaucoup plus de chaleur à la relation Daniel Darc / public, le terme n’étant pas le plus approprié, mais au moins une plus grande proximité, dans tous les sens du terme. Et malgré la noirceur toujours dominante (que ce soit dans les textes, le regard ou les nombreux et ténébreux tatouages), on a pu sentir une certaine légèreté, voire un semblant de lumière poindre. Daniel s’est exprimé entre les titres. Et si pour les méridionaux au gros accent du Midi dont je suis, ce n’est pas toujours évident de saisir le sens de tout ce qu’il raconte, avec son accent parisien et son mode de diction si singulier, c’était très appréciable de l’entendre. Même quand il se moquait gentiment du public. A ceux qui avaient levé la main après qu’il ait demandé qui avait voté aux municipales : « Cette chanson est pour vous : Remords ! ». Ou encore : « Prends la porte et casse-toi » à quelqu’un ayant demandé en criant sa reprise de Comment te dire adieu ? de Gainsbourg.
Niveau chansons, une très forte volonté d’ancrer le concert dans le récent, avec une dominance des deux derniers albums, Crève-Cœur (2004) et Amours suprêmes (2008), chacun étant représenté par sept titres. Un choix très compréhensible, bien que tout amateur des périodes précédentes de Daniel Darc reste forcément un peu sur sa faim. Taxi Girl ne fut ravivé que le temps de deux titres. N’importe quel soir d’abord, servi par un jeu très très énergique (un des rares extraits de Seppuku dont je ne suis pas fan puisque je ne l’avais même pas reconnu au début, mais il faut reconnaître qu’il est toujours efficace en live, a fortiori avec un combo punk-rock). Puis en rappel Cherchez le garçon, dans une version là aussi plus rock mais cette fois sans perte du côté un peu naïf (donc très bien vue), titre indispensable mais pas acquis puisque à l’époque du groupe il n’était pas toujours joué en live, pour prendre volontairement à contre-pied ceux qui ne connaissaient d’eux que ce tube !
Des premiers opus en solo de Daniel Rozoum sous son nom de Darc, seuls trois titres des années 90, de l’album Nijinski, dont le titre éponyme consacré au grand danseur russe, très appréciable bien que chanté d’une façon plus monocorde que dans les versions studio, Haute surveillance en ouverture de concert, et Il y a des moments, eurent droit de cité.
Certains autres auraient été les bienvenus, comme, pour la période Eighties, l’une des perles noires de Seppuku ou encore Cette fille est une erreur. Pour les années 90, j’aurais bien aimé entendre Le feu-follet ou le sympathique dernier titre avant Crève-Cœur, 18/12.
Bref, V2 sur mes souvenirs ! (autre bombe que j’aurais fortement apprécié) mais après tout nous étions au Cargo résolument dans les années 2000 !
Parmi les autres titres joués, un choix plutôt judicieux, avec quelques valeurs sûres, les deux meilleurs singles de Crève-Cœur : Je me souviens, je me rappelle et surtout le magnifique La pluie qui tombe (très bon mais l’exemple type du titre à la musicalité amoindrie en live), ainsi que le premier issu de Amours suprêmes : J'irai au Paradis.
Une petite video de J'irai au Paradis d’ailleurs :
D’excellents titres également comme La main au coeur (assez proche de l’original), Un an et un jour ou La seule fille sur Terre, magnifique dans la musique ou dans le texte, écho revenu 20 ans après très amplifié et bonifié de Le seul garçon sur Terre.
Je retiens aussi l’adaptation scénique réussie de Elegie #2, épurée de ce son répétitif de voix féminine entêtant jusqu’à l’obsession et finalement renforcée dans sa force.
Et des bonnes surprises niveau « orchestration », avec les prestations de Daniel sur ses 5 harmonicas (pas en même temps quand même, je vous rassure), ou quelques rares titres chantés avec pour seul accompagnement M Botté à la guitare ou Kalim B au piano.
De l’inattendu et de l’audacieux aussi, avec ces cover totalement a cappella et un peu hasardeuses du Redemption Song de Bob Marley et du grand standard du jazz My Funny Valentine de Richard Rodgers, ou encore cette inspiration religieuse l’amenant à jouer une version plus lourde de son Psaume 23 (psaume de David) ou à lire un autre passage de la Bible (D’Arc aurait-il entendu des voix ?). Pas une complète surprise pour autant, l’empreinte religieuse étant présente depuis quelques années et en filigrane depuis longtemps (son premier album ne s’appelait-il pas, sous forme de semi-boutade Sous influence divine ?).
Bref, à la fois prévisible et surprenant, mais toujours prenant, en tout cas un superbe moment passé en la compagnie de Daniel Darc, à qui on souhaite de continuer à suivre sa route, toute sinueuse et trouée d’ornières qu’elle puisse être, en espérant égoïstement qu’il pourra encore nous offrir de beaux albums.
Un grand merci à Chloro Phil pour ses belles photos, sa petite video, ses compléments d’infos sur le groupe et sa mise à contribution pour la distribution de flyers Lim...
Je vous renvoie aussi à l’interview très bien mené et sympa de Stéphane : ICI