Style :
Pop - Rock Il est de retour, le grand poète maudit ! Après trois ans de silence, celui qui nous a bouleversé aussi bien en exposant ses tatouages de grand-brûlé émotionnel au soleil, qu'en nous ouvrant son coeur sur un disque inespéré, poignant et lumineux tout à la fois. C'est donc tout excité qu'on s'est précipité chez notre disquaire favori pour découvrir son visage hiératique sur un somptueux digipack, le même regard hanté qui orne toute la presse branchée de ce mois-ci. L'injection fera-t-elle le même effet que la première fois ?
Dès Les Remords on reconnaît avec émotion le timbre de voix presque parlé, et les orchestrations pop élégantes de Frédéric Lo. Bien sûr il ne sait toujours pas vraiment chanter. Bien sûr J'irai au paradis, single un peu calibré France Inter, n'est pas la plus réussie, classe malgré tout dans sa façon d'égréner des morbidités sur un air joyeux.
Mais bien sûr l'essentiel est ailleurs : L.U.V., superbe duo anglophone avec Alain Bashung à la guitare gainsbourgienne, La Seule Fille sur Terre, hymne à la tendresse d'une prostituée, à laquelle semble répondre la promesse de venir la chercher au bout d'Un an et un jour...
Avec le poème musical La vie est mortelle comme avec la très jolie Serais-je perdu, toujours sur le fil ou au bord de l'auto-destruction, Daniel Darc défie encore crânement le Temps et sa salope de copine la Camarde, avec des paroles simples et sincères. Fasciné par le côté obscur, dans un album finalement plus sombre que le précédent, qui s'achevait sur une sublime déclaration de foi dans l'avenir (Psaume 23), dûe à la certitude de l'existence d'un Au-delà. Croyance qu'il semble avoir perdue depuis malgré le, comme on dit, signe ostentatoire qui orne de façon splendide son poitrail... Environ presque rien, c'est donc tout l'espoir qu'il reste au miraculé, heureusement toujours porté par l'amour de cette femme à qui il parle tout l'album. Comme on le craignait, la deuxième injection est moins éblouissante, le plaisir est presque intact mais la descente est bien plus amère... Ne prenez pas le risque que la prochaine soit fatale et allez voir sans tarder sur scène cet artiste toujours en sursis, pendant qu'il en est encore temps. La chanson française a désespérément besoin de grands romantiques comme lui, fussent-ils auto-destructeurs, et le lui faire comprendre par notre ferveur est peut-être encore notre meilleure chance de le garder longtemps parmi nous.
(2008)
PS Post-Poste à Galène, avril 2008 : L'homme n'a rien perdu de sa superbe en scène... Signature :Philippe Page Web Conseillée : myspace.com/danieldarc
Artiste :
DANIEL DARC Titre :
CRèVECOEUR
Style :
Rock Comme Johnny Cash, son idole disparue en 2003, Daniel Darc a connu une carrière avec des hauts et des bas, beaucoup de bas… Mais en 2004, loin d’être inutile et hors d’usage, l’ex chanteur de Taxi Girl effectue un tonitruant retour parmi les vivants, même s’il se souvient des heures sombres. La tonalité générale de Crèvecoeur n’est donc pas franchement gaie mais elle n’est en aucun cas sinistre… En se rappelant quelques histoires d’amour ou d’amitié passées, Daniel Darc réussit à faire réellement ressentir chaque mot qu’il chante avec une voix fragile évoquant souvent Serge Gainsbourg. Si les textes - superbement évocateurs - de Darc contribuent grandement à la réussite de cet album, ils bénéficient de surcroît des musiques de Frédéric Lo ; le musicien signe là de petites merveilles de sobriété qu’on qualifierait volontiers de Lo-Fi si l’on osait. Quelques notes de piano, des arpèges de guitare égrenés nonchalamment, une boite à rythme flinguée, des cordes synthétiques discrètes, des claviers/clavecins antédiluviens, le tout entrecoupé d’un habile recyclage de thèmes classiques ou du riff de You really got me des Kinks… et le tour est joué : les chansons fonctionnent et vont droit au cœur. De La pluie qui tombe à Psaume 23 en passant par Rouge rose, Elégie #2 ou Mes amis (tour à tour), on se laisse envoûter par ces morceaux de vie chantés et mis en musique… et c’est un véritable Crèvecoeur de s’en passer trop longtemps.