L'introduction orchestrale feutrée qui ouvre Bleu Venise rappelle instantanément (et pour cause, c'est le même arrangeur), la beauté des illustrations musicales de My One and Only Thrill de Melody Gardot. Cette douceur tragique se poursuit sur Venise sous la neige : à l'écoute de .../...

L'introduction orchestrale feutrée qui ouvre
Bleu Venise rappelle instantanément (et pour cause, c'est le même arrangeur), la beauté des illustrations musicales de
My One and Only Thrill de
Melody Gardot. Cette douceur tragique se poursuit sur
Venise sous la neige : à l'écoute de la voix à peine fêlée qui se pose délicatement sur cet écrin de cordes boisé, on sait alors qu'on aime déjà la voix de
Daphné et qu'on aimera l'écouter, dut-elle nous lire ensuite une page d'annuaire.
A se demander
Où va Lila Jane, on découvre plus avant son univers : pop élégante et sans complexe, et une jolie fêlure dans la voix, quelque part entre
Emily Loizeau et
Jeanne Cherhal, charmante également sur une bossa nova langoureuse,
Moi plus vouloir dormir seule. Mais aussi des paroles d'une apparente simplicité où tombent parfois sans prévenir des images poétiques de haut vol : il devient alors évident qu'il va falloir aller écouter un jour en scène cette beauté vocale - et instrumentale, et peu importe alors que deux ou trois titres plus mineurs parsèment le disque (les chansons en anglais, notamment).
Car peu de femmes, surtout francophones, peuvent nous épater avec une chanson d'amour heureuse et passionnée comme le jazz mélancolique et superbe de
Mélodie à personne, qui rappelle
Our Love is Easy de sa cousine ... Melody. Et nous émouvoir ensuite sur un air voisin, pour chanter au contraire la rupture (
L'un dans l'autre) - c'est l'avantage des arrangements un peu tragiques, que de pouvoir servir à toutes les humeurs. Plus inattendue,
The Day of Santa Claus, par son thème gothique et sa mise en bouche luxuriante, rappelle très joliment le
Danny Elfman de
The Night Before Christmas.
"Crois ce que tu veux de nous et de moi, toi que j'ai vu dormir dans le noir, bien plus bleu que le bleu des soupirs, j'irai nager sur toi ..." : la complainte
Hors Temps, promettant une idylle magique mais vaguement inquiétante à qui voudra bien embarquer avec
Daphné sur un bateau flottant en eaux incertaines, se conclut idéalement sur une queue de poisson, créant un effet de manque instantané :
Bleu Venise s'avère alors délicieusement trop court en bouche.
Finalement, l'horrible adjectif "décomplexé" s'applique très bien à ce disque : romantisme premier degré et simplicité d'interprétation parfaitement assumés, confiants dans l'écrin musical qui les entoure :
Daphné pose ses cartes avec flegme et joue son tapis avec un léger sourire aux lèvres, sans rien cacher de ses intentions ni rien garder pour la suite, comme si elle n'allait jamais plus pouvoir enregistrer un autre album - et c'est bien comme ça que se fabriquent les meilleurs disques.
(2011)