Original Occitana : à guichets fermés...
Alors d'abord un carton rouge à l'organisation ! C'est très louable de programmer finalement les demoiselles d'
Original Occitana de façon inopinée. Mais avec un billet sur lequel il est écrit 20 h 30, être là à 20 h (au Moulin quand même) c'est tout à fait au delà des forces du marseillais normalement constitué !! Dire qu'on s'est grouillé pour être à l'heure et les revoir ! Décision complètement stupide donc, on a pourtant pas l'habitude de ça de la part du Moulin ? Bon, sans rancune mais erreur à éviter à l'avenir !
Elles sont donc passées à 20 h pétantes et comme je les connais déjà, j'affirme que c'était super sympa ! Partie intégrante de la galaxie de l'
Oustau dou Pais Marselhes, ces gadjies remettent à la mode des chants traditionnels occitans, rythmés éventuellement de tambourins ; ça sonne dansant comme un choeur de gitanes, émouvant comme une chorale de bulgares, ni triste ni chiant ; c'est au contraire chaleureux et enthousiasmant, même pas besoin de savoir de quoi ça parle puisque c'est beau. D'ailleurs une collègue qui y chante confie avoir bien aimé, même si elles ont littéralement commencé à guichets fermés, devant une salle vide. (comme quoi, on a pas besoin d'aller voir un concert pour le raconter... ça explique pas mal de choses sur certains papiers de Rock&Folk... !). Ce n'est que partie remise, rendez-vous au Balthazar comme d'hab' pour la prochaine ?
David Walters : a star is born ?
Bref on arrive donc pour retrouver
David Walters dont je viens de chroniquer le disque
Awa (avec un sens du timing assez foudroyant, on en conviendra). Il commence tout seul à la guitare, un peu esseulé mais il a l'habitude (au moins c'est plus petit que le chapiteau de Marsatac !). Je reconnais la belle et triste
Coumbite Mési bon Dyé, qui s'égaye sur la fin de percussions buccales tout à fait dansantes. Suit un dub étrange non identifié, toujours avec force bruits de bouche (il y en aura plus que du
didebeliouphone, ce soir) et puis du cristal Baschet, cet étrange instrument qu'on caresse avec les doigts mouillés pour le faire vibrer.

Le public un peu dissipé au début du concert (c'est vrai qu'ils ne sont pas venus pour lui) finit par prêter à
David Walters une oreille plutôt attentive, avec
l'Eau de chez toi (la lumière rouge mettant une ambiance un peu magique). Elle aussi monte en puissance au fur et à mesure (puisque l'artiste enregistre les boucles les unes sur les autres avec une précision par moments hallucinante - un seul poum-tchak dans le micro devient la rythmique de toute une chanson !). D'ailleurs une sorte de mambo diabolique fait monter le température d'un cran, avant la funky
Tchékoko, chantée mi-anglais mi-créole. Puis l'
Entre vous et moi (où il utilise une clameur du public en boucle) qui parle un peu naïvement d'une histoire d'amour avec le public, mais ce reggae acoustique est chanté avec une telle ferveur qu'on ne peut y être insensible - il manque quand même la voix de fille (faut pas me la faire, j'ai le CD moi maintenant !!). On chante avec lui et l'échange s'installe...

Retour aux morceaux zarbis mi-caraïbe mi-dub qui caractérisent
DW et le rendent si original :
SouleyMan part 2. et une autre non identifiée en anglais (il a un je-ne sais quoi, une fêlure dans la voix à la
Keziah Jones quand il sonne en anglais). Une reprise très classe du
The Harder they come de
Jimmy Cliff confirme cette bonne impression. Et en finish, l'attendue
Awa au rythme syncopé et entraînant qui se termine par, j'allais dire un solo, un pétage de plomb de massacre en règle des drums. Le contact est donc très bien passé avec ce public de gacha empeg' du quartier, venus voir
Dupain, donc sûrement pas le public le plus facile : le test du feu est donc réussi !

Artiste à suivre : beaucoup trop doué et charismatique pour échapper encore longtemps à la notoriété (d'autant qu'il a déjà ouvert pour
Morcheeba et
Kravitz)! Je pronostique un "ffff" Télérama d'ici 3 à 6 mois sur son disque...
Un petit écran publicitaire à la mémoire d'un crime d'Etat qui se trame actuellement : la mise à mort indirecte par perpétuité des 3 membres enfermés d'Action Directe, dont on pourrait pourtant penser que 20 ans après, ils ont eu le temps de réfléchir à l'intérêt et aux limites de l'assassinat politique. Pour mémoire, l'un d'eux donne régulièrement des nouvelles en tant que chroniqueur envoyé spécial en prison dans CQFD. Le temps pour un gros con à côté de nous de s'indigner qu'on vienne le déranger en plein concert pour si peu (les droits de l'homme, pis quoi encore), et arrivent les Port de Bocan all Stars, qui jouent à domicile.
Dupain : des retrouvailles très plaisantes !

Entre
Dupain et moi, c'est une vieille histoire, comme des vagues potes perdus de vue mais pas oubliés. J'ai déjà partagé avec eux : un train qui revenait des Eurockéennes (ils avaient joué au village pro), une première partie de
Goran Bregovic au théatre Antique d'Arles (mon meilleur souvenir d'eux à ce jour, absolument magique), au moins deux concerts gratuits à Marseille (ils avaient fait une tournée gratuite "au quartier" pour lancer
Camina, démarche tout à fait remarquable je trouve). Fan absolu de l'album
L'Usina, coup d'essai et pur chef d'oeuvre de quand ils étaient trois (que si vous l'avez pas, vous êtes pas d'ici, et réciproquement), j'ai bien aimé aussi
Camina... par contre j'ai zéro écoutes du dernier album
Les vivants, chronique sans filet donc (mais enfin il y en aura d'autres, j'espère !).
Dupain fonctionnne donc à présent à cinq, une basse et une mandoline en plus. Sur certains morceaux ça le fait grave, comme cette chanson au son oriental, puis celle dédicacée aux libertaires (Sam Karpiena a toujours été un grand dédicaceur). Autre nouveauté, du chant en français comme pour Tout le monde à faim... se pointe alors sur scène Bijan Chemirani, musicien iranien talentueux et ... mon voisin (ça s'invente pas) qui vient les appuyer de son délicat touché de percu (parfois un peu noyé derrière les futs adverses de Sam de Agostini).

A certains moments par contre, on est loin du son originel et proche du rock-français-du-sud, ça le fait un peu moins (J'ai pensé à Kanjaroc, voire à l'inénarrable J_ C_______ que je ne cite pas, car je ne suis pas certain de faire plaisir aux fans du groupe). Où à certains moments comme dans Alchimie je crois, quand des nappes de synthé et trop de reverb sur le vielle à roue de Pierlo Bertolino donnent un son presque ... Tri Yann, ce qui n'est pas péjoratif en soi à condition d'aimer, m'enfin moi j'aime pô... J'en reste là pour les amabilités et comparaisons hasardeuses.

Car Camina remet heureusement les pendules à l'heure, où l'on se déchire les mains à force de les frapper en rythme rital. La fin du concert retourne vers ce son plus fondamental, enrichi de la mandoline qui rappelle les duos avec Mascarimini. Le chanteur fait la preuve qu'il est capable de slammer ses paroles et de mettre le feu à la chorale de groupies déchaînées au premier rang. La chanson que j'attendais, L'Usina, la première et ma préférée, achève d'enflammer la salle.

Les Dupain jouent donc la fin sur du velours et servent la chanson qui squatte paraît-il pas mal Radio Grenouille en ce moment, mais révélation pour moi : Les Vivants, pas mal du tout. Je redécouvre Les Prisonniers que j'ai trouvée splendide ! J'y aurais bien ajouté Sensa Relambi qui se finissait en techno-ccitane hystérique, mais ils finissent avec une dernière chanson bien speed, Tacheta. Un très bon concert de ces artistes, restés frais et intègres : je ne suis pas fan de leur évolution musicale mais leurs compositions sont toujours aussi bonnes, leur interprétation impeccable et leur enthousiasme intact. A la prochaine, donc !

A ne pas manquer sur Concertandco : une interview des Dupaing pour la sortie de leur disque 'Les Vivants' !

Photos Pirlouiiiit