Scénario idéal pour le retour de dEUS…
Ceux qui n'avaient plus confiance en
dEUS pour sortir un bon album en seront pour leurs frais :
Pocket Revolution est un disque qui plane loin au-dessus de la mêlée. Ceux qui prévoyaient une retraite anticipée pour le groupe d’Anvers, à cause d’une relève de trop bon niveau (
Venus,
Sharko,
Ghinzu,
Girls In Hawaï,
Zita Swoon,
Flexa Lyndo,
John Wayne Shot Me,
Austin Lace,
Hollywood Porn Stars etc), peuvent abandonner les concours de pronostics : malgré les qualités de tous ces groupes,
dEUS – qui a montré la voie d’un succès hors des frontières belges en sortant des disques ultra marquants – reste encore au-dessus du lot en 2005. Ceux qui ne croyaient pas les hommes de
Tom Barman capables de donner à nouveau des concerts aussi évocateurs et planants que furieux et dissonants peuvent faire leurs Mea Culpa sur-le-champ : pour la deuxième date de sa
tournée française – à la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand –
dEUS a parfaitement rassuré sur son potentiel scénique, totalement intact.
Couronné par un rappel d’anthologie, le set d’une heure et quarante minutes proposé par le nouveau line up du combo belge fut seulement entaché par une coupure de son en façade… pendant le titre ayant fait connaître le groupe en 1994, le mythique
Suds & Soda (le hasard fait parfois mal les choses). Mais si l’on excepte ces dix secondes où la grande salle de la Coopé s’est retrouvée devant un groupe non sonorisé, la soirée fut joliment réussie. Car, sans surprise, le charismatique
Tom Barman est un chanteur toujours aussi captivant sur une scène, que ce soit dans un club comme le Sonic Rendez-Vous en 1996, lors d'un show case acoustique dans un magasin de disques, en 1999, en plein air lors d’un festival comme Rock Au Max, la même année, ou à
La Route Du Rock, en 2004 ; sa voix nicotinée façon
Tom Waits fait forte impression du début à la fin du show. Son numéro d’équilibriste entre ses deux micros (l’un en son clair, l’autre sauré) et ses guitares mérite, lui aussi, une salve d’applaudissements nourris. Le leader de
dEUS est, en plus, entouré par quatre excellents musiciens, ce qui ne gâche rien, bien au contraire : le membre fondateur
Klaas Janzoons, un violoniste/organiste donnant une couleur dissonante ou mélodique très réussie aux morceaux,
Mauro Pawlowski (ex
Evil Superstars), un guitariste/choriste absolument épatant et une section rythmique pas très loin de la perfection (
Stéphane Misseghers, un ex
Soulwax, à la batterie, et
Alan Gevaert, anciennement avec
Arno sur les routes, à la basse). Si l’on ajoute à cela, un répertoire hallucinant de qualité - le meilleur du dernier album et les titres phares de
The Ideal Crash,
In a bar, under the sea et
Worst Case Scenario -, vous obtenez un scénario idéal pour un concert… Le secret de cette réussite se situe dans le fait que sur scène, comme sur ses disques,
dEUS se fait fort de provoquer un jouissif crash entre ses influences : le blues rocailleux de
Captain Beefheart et Mr Waits, le rock aventureux du
Velvet Underground, le folk rock des
Violent Femmes, le rock indé des
Pixies, le jazz de
John Coltrane, les expérimentations de
Pere Ubu et les bidouillages foutrement barrés de l'électro. Ce grand fourre tout musical passe par le filtre de l’inspiration vagabonde de Mr Barman pour donner des atours vraiment spéciaux à ses compositions. Redoutablement explosif, le cocktail ainsi créé fait de
dEUS un des groupes les plus singuliers à être apparu sur la scène rock ces dix dernières années. Quand on se laisse prendre dans les filets de morceaux tels que les classiques
Instant Street (toujours un génial moment de bravoure sur scène),
Suds & Soda,
Fell off the floor, man,
Theme from Turnpike,
Worst Case Scenario, ou les tout récents
Bad timing,
Sun Ra,
Nightshopping,
If you don't get what you want, il est quasi impossible de s’en extirper (dans l’hypothèse farfelue où on le voudrait, ce qui reviendrait à être fou ou sourd)…
Passer un concert entier à arpenter les montagnes russes sonores de
dEUS est véritablement une expérience unique. Grâce à cet univers aussi éclectique qu’ébouriffant (et à des éclairages d’une rare qualité), il est difficile de ne pas se laisser emporter par les montées planantes, bercer par les ballades aux allures de classiques intemporels, bousculer par les bourrasques soniques lardées de guitares acides, aiguillonner par les violents assauts punk ou, enfin, partir en vrille sur les embardées électronico jazz. Ce brillant étalage de classe aurait mérité un public plus présent ; mais à part ce relatif manque d’enthousiasme (et cette mini coupure de son, argh !), le concert de
dEUS fut tout simplement divin…
Sites Internet :
www.deus.be,
www.v2.fr/deus/,
www.lacoope.com.