Cela fait déjà quelques années qu’on rêvait de prendre à fond La Route du Rock ; le mois d’août 2004 nous verra enfin saisire le volant pour dévaler les 624 kilomètres qui séparent Clermont-Ferrand de Saint-Malo… Malgré quelques aléas inhérents à la vie d’un festival, la programmation, la ville de Saint-Malo et la taille humaine de La Route du Rock nous ont convaincu de revenir en 2005.
Tout avait commencé au Palais du Grand Large avec l’intriguant groupe
CocoRosie… Dans le cadre très intimiste du salon de réception du Casino de Saint-Malo, les voix saisissantes des deux chanteuses et leurs compositions au charme rétro et à l’instrumentation aussi dépouillée (guitare, harpe… ) que bouleversante, ont produit un effet incroyablement puissant sur un public littéralement en apesanteur. Dehors, on peut voir les mouettes s’envoler sans effort sur la plage de Saint-Malo (NDR : je sais, cette phrase est belle à pleurer, c’est normal, c’est un emprunt à
Diego, libre dans sa tête, une chanson du « regretté »
Michel Berger gueulée par l’ignoble vendeur de lunettes,
Johnny H.), pendant ce temps-là, à l’intérieur
CocoRosie nous fait décoller vers les cieux avec une facilité déconcertante…
Et oui, à Saint-Malo, on se sent l’âme d’un poète, le cadre est magique, les gens sont beaux et bronzés, la mer est belle, il fait beau (NDR : répétition, je sais !), il fait chaud, on se croirait presque à Acapulco ! Bon, c’est pas tout ça mais on attend
Velma Sur scène… Un grand type passe près de nous avec une canette de Perrier à la main, il ressemble à une personne âgée échappée d’un asile avec son regard fou, son débardeur très Deschiens, son pantalon digne d’un grand-père… On se dit alors que les festivals attirent vraiment une foule hétéroclite. Cinq minutes après, quand cet énergumène s’avère être le chanteur dérangé de
Velma, on se dit que le monde est bien fait ; il permet parfois à de dangereux détraqués de s’en sortir en faisant de la musique expérimentalo barrée. D’entrée
Velma envoie gravement la sauce avec un titre hurlé par notre ami aux cheveux blancs, propulsé par un guitariste dissonant et un batteur sec, le tout mis en images par un mime inquiétant debout sur une table en fond de scène. Le morceau suivant est un blanc de 5 minutes, où les membres du groupes scrutent le public sans rien dire. Et après ? c’est un n’importe quoi souvent jubilatoire, les morceaux originaux se suivent et ne se ressemblent pas. Quand vient l’heure de dire « merci », le chanteur se lance dans un hilarant discours sans queue ni tête, qui deviendra le texte du morceau suivant, ultra marquant. En sortant du Palais du Grand Large, on se dit qu’on a passé un excellent moment en compagnie d’une jolie bande de psychopathes !
C’est malin, avec toutes ces émotions, on en oublie complètement où on a garé notre voiture dans Saint-Malo, les recherches se poursuivent un certain temps avant d’être abandonnées jusqu’au lendemain, si bien qu’on manque la prestation de
Now it’s overhead et qu’on arrive seulement sur le site du fort de Saint-Père pour découvrir un
Beta Band en instance de divorce… Quel dommage que ce groupe si cher à notre cœur ait décidé de mettre un terme à ses activités musicales après sa tournée automnale ! Bien sûr, ce soir le concert sera nettement moins mémorable que celui de
Benicassim 2002 (de toutes façons insurpassable), mais on retrouve avec joie les chansons de pop azimutée du groupe anglais féru de vaisseaux spatiaux et de drogues psyché. Sans rien prendre (si ce n’est une ou deux bières), on se laisse embarquer une nouvelle fois par la puissance du
Beta Band. Et à la fin de leur set, on a très envie de leur dire de ne pas arrêter !
Peu après, les
Kills nous ont administré une monumentale fessée sonique à base de voix féminine droguée, guitare cradingue et boite à rythme basique…
VV et
Hotel ont décidément une sacrée classe et devrait faire très mal avec leur nouvel opus si l’on en croit les nombreuses bombes inédites lâchées sur le site de La Route du Rock. Si les
Kills avaient voulu « tuer » les derniers réfractaires à leur musique, ils ne s’y seraient pas pris autrement ! Rien de neuf, certes, mais tout ceci est administré avec une sauvagerie, un sens du riff qui tue et de la pose rock ‘n roll qui rend accro. Ce couple ultra chaud fait l’amour en musique sur scène ; et c’est très beau à voir et à entendre un duo qui ne fait qu’un sur les planches.
Le grand retour de
dEUS - qui était l’événement de cette soirée - a répondu à toutes nos attentes : armé de nouvelles chansons légèrement plus calmes mais très prometteuses, le groupe d'Anvers a fait un sans faute. La voix de
Tom Barman est toujours aussi flinguée (à la
Tom Waits), le son du combo a su garder ses atours pop, rock buitiste et aventureux que nombre de groupes lui envient. La prestation 2004 de
dEUS n’a pas à pâtir de la comparaison avec les deux fois précédentes où nos oreilles avaient eu à subir ses assauts soniques : comme au Sonic Rendez-vous à Clermont-Ferrand pour son deuxième album et au festival Rock au Max en 1999, les Belges nous ont convaincu.
La fatigue commence à se faire sentir, fort heureusement
LCD Soundsystem est là pour booster le public et le forcer à danser frénétiquement sur son électro rock ultra énervé. La recette est simple mais efficace : des beats/loops électro, une batterie martelée, deux basses, parfois une guitare, et des vociférations hystériques (et très réussies) signées
James Murphy. L’ensemble sonne de manière très brute, les fioritures sont totalement absentes et le public répond - presque contre son gré - aux injonctions de
Lcd Soundsystem : il danse dans la nuit. Après un
Losing my edge d’anthologie et un
Yeah, Yeah Yeah Yeah etc incroyablement puissant, on se dirige comme un zombie (mais un zombie heureux) vers le camping pour trouver un repos bien mérité…
A lire également : les comptes rendus des soirées du
samedi et du
dimanche à la Route du Rock 2004.
Sites Internet :
www.laroutedurock.com,
www.deus.be,
www.dfarecords.com,
www.thekills.tv,
www.betaband.com.