Devotchka est un groupe de rock indépendant américain multi-instrumentaliste. Le groupe s'est fait connaître auprès du grand public américain en composant la musique du film "Little Miss Sunshine". En 2006, Devotchka s'est retrouvé nominé aux Grammy Awards dans la catégorie "meilleure musique de film".
Pour ce troisième et dernier jour, une évidence s'impose : il y a comme un énorme trou d'air dans l'après-midi ! Pas assez motivé par Bat For Lashes (la dernière sensation indie, qui ressemble surtout sur album à du Björk unplugged, mais enfin Pierre a aimé sur scène !). Par contre les très Crampsiens The Horrors jouent en début d'aprème : il faut donc foncer ! Traverser Paris à 7 personnes n'est pas anodin, c'est donc en sueur et juste à temps, après avoir trahi les plus lents, qu'on arrive ... devant un petit panneau à l'entrée "The Horrors - annulé". Carton rouge à l'organisation : il le savaient très certainement déjà hier. Fait ch... !
Commence alors une longue errance à la recherche de la tête d'affiche perdue - ou du bon groupe non repéré... On passe ainsi un moment à Housse de Racket, Scène de l'Industrie, groupe de rock parisien d'une bêtise assumée et revendiquée, chantant à peu près aussi mal que les Naast mais eux, sans se prendre pour les Kinks... Affublés de costumes type Bjorn Borg 1979, et d'instruments qui semblent du même âge (ah, le piano-guitare, toute une époque !), ils pratiquent un disco-rap-funk-rock décérébré et plutôt rigolo qui peut rappeler dans ses meilleurs moments l'oeuvre récente de M. Katerine - leur chanson éponyme Housse de Racket, qui pompe sans vergogne au moins 3 airs ou riffs connus, est par exemple très entraînante. Bref, bête et sympa, et musicalement ça tient la route...
On jette aussi un oeil à Devotchka, orchestre de rock balkan popularisé par sa participation à la musique du plaisant Little Miss Sunshine. On note le splendide tuba rose fluo d'une jeune fille (qui taquine aussi la contrebasse) et la voix haut perchée du chanteur, qui enchaîne de jolis titres de slow pop, de folk pêchu et parfois même, de disco-musette slave qui rappelle bien évidemment le No Smoking Orchestra d'Emir Kusturica. Bref assez sympa à écouter vautré à l'ombre dans l'herbe (ou nous passerons une partie de l'aprème), pendant qu'ils cuisent en plein soleil sur scène, les pauvres...
Il est temps d'aller voir si le rock de Nelson est plus virulent branché qu'unplugged (on les avait aperçus sous cette forme dans un show-case...). Et en effet, c'est hargneux et joué avec un gros son pas mal. Leurs compositions sont recherchées et ambitieuses, souvent sur les traces de Sonic Youth et autres. Du coup pas immédiatement entraînantes, mais assez prenantes sur l'ensemble... Physiquement, on repense aussi par moments à Hollywood Porn Stars, autre groupe de jeunes rockeurs méchants et doués en costard-cravates, dont on est hélas sans nouvelles. Vers la fin ils enchaînent un longue plage noisy et un titre disco-rock plus sexy pour allumer enfin le public (Paid it All je crois) : incontestablement Nelson est un groupe prometteur, qui doit en plus être fort bon sur album !
On choisira par contre de passer rapidement sur la suite du programme de l'après-midi, soit un joyeux trio perdant... D'abord une Kelis qui a certes un groupe de rock (seule raison de sa présence j'imagine) et s'aventure donc parfois dans du rock US vaguement groovy, mais fait quand même surtout du R'n'B bling-bling (ce que je déteste viscéralement). Viennent ensuite les Kings of Leon, fratrie qui nous emmerde sur scène comme elle nous emmerdait déjà sur disque, avec ses compos prétentieuses et sans intérêt dont absolument rien ne surnage, et qui ne sont vraisemblablement connus que grâce à un bon attaché de presse, leurs gueules d'anges et leurs coupes de cheveux... trop toooooop ! Beuark.
On n'accroche pas davantage au concert de Just Jack, autre petit minet sans autres talents particuliers que d'avoir pondu un ou deux raps nonchalants comme la sympathique Writer's Block, idéal pour les soirées lounge-V.I.P branchées... mais expédiée dès le début et rendant le reste très insipide. Bref on s'emmerde ferme, et comme jamais à un festival auparavant, depuis la fin de Nelson ! Au point qu'on s'en réjouirait presque de voir Faithless, obscur groupe de dance/trip hop qui a survécu on-ne-sait-comment aux années '90 grâce à un unique tube appelé Insomnia, et doit sûrement sa présence au fait qu'ils ne doivent vraiment pas être chers - il faut bien économiser pour pouvoir se payer Björk...
Insomnia est d'ailleurs jouée dès le début, histoire que les gens s'approchent de la grande scène clairsemée. Certes le titre est sympa, comme deux ou trois autres (God is a DJ notamment, enfin au second degré quoi !), surtout qu'ils sont joués avec de vrais instruments ! Hélas au lieu de se contenter de nous faire danser sans réfléchir (tout ce qu'on leur demandait...), le groupe et son chanteur mystique se piquent en parallèle de faire une trip-hop militante, nettement en dessous du niveau de Massive Attack par exemple, et dans l'ensemble plutôt FM et indigeste... Ca finit heureusement sur un dernier titre dance très enlevé (Salva Mea ?), pour réveiller l'assistance qui semble en grande partie s'être assoupie.
Autant on n'attendait rien des 4 groupes précédents, autant on pensait quand même accrocher plus à la prestation de Craig Armstrong dont on adore le très atmosphérique The Space Between Us. Le bonhomme assis derrière son piano face à la scène, paraît tout droit sorti des Sopranos avec son cuir et ses cheveux gominés ! Hélas n'assumant pas réellement le côté piano/violon/harpe qui a fait sa renommée, il s'est adjoint deux jolies chanteuses, et joue plutôt du trip-hop sans grande saveur ni aucune force mélodique particulière, un comble quand même ! Mais peut-être que ce bien-aimé album n'était qu'une parenthèse dans sa carrière ? En tout cas, non, rien à faire, ici non plus on n'accroche pas !
Bref on n'a tenu le coup en ce dimanche interminable que dans l'espoir de voir enfin un concert de Björk, artiste complète et hors normes dont on a adoré certains albums (même si elle nous a souvent déconcerté avec malice), et qui nous fuit sur scène depuis 14 ans et son déjà splendide Debut, jusqu'à son dernier et plutôt convaincant Volta. D'ailleurs Mademoiselle Guðmundsdóttir prend un malin plaisir à faire durer encore un peu cette attente, tandis qu'on se place difficilement - et derrière un grand drapeau hélas - dans le moulon général qui s'est formé (pas aussi imposant que pour Radiohead l'an passé, mais presque). Le concert sera-t-il à la hauteur de nos espoirs ?
La vibrionnante fée arrive en tout cas dans un grand fracas d'applaudissements et dans une robe dorée (et très meringuée), flanquée d'une troupe de filles jouant des cuivres, dans des tenues et un décor qu'on qualifiera de ... chamarré. Il est vrai qu'à la vue de sa dernière pochette d'album, il fallait s'y attendre - l'esthétique de l'islandaise peut parfois s'avérer déconcertante, surtout depuis que Björk est sorti des images virtuelles qui la passionnaient dans les années 90, pour entrer dans une phase plus textile... On est toutefois rassuré dès les premières notes d'Innocence : ça va barder ! Plus encore sur la très tendue Hunter qui est un vrai plaisir à redécouvrir, même si les violons absents ont fait place à des cuivres, non moins efficaces.
Ceux-ci font également merveille sur les choeurs d'Immature, et l'on se sent prêt à chavirer de bonheur sur Joga, d'autant que le son est parfait... La suite est un voyage dans des titres plus calmes et parfois moins connus : dans Medulla avec l'étrange Pleasure is all Mine, dans Vespertine avec la trippante Hidden Place et une ou deux autres chansons non identifiées. Le groupe se rappelle alors qu'il faut faire un peu danser les gens : un enchaînement très plaisant entre la très groovy Earth Intruders et les beats phénoménaux de la mythique Army of Me mettront idéalement le feu à l'assistance !
Mais le spectacle est aussi visuel : outre le visage maquillé (et un peu fatigué) de Björk, qui crie de petits "Merci bien !" assez régulièrement, on voit sur les écrans ses musiciens (dans la section électronique : le fidèle Mark Bell et ses acolytes) utilisant d'étranges instruments très décoratifs, comme ces potards lumineux que poussent des doigts mystérieux, ou ce grand disque où ils déplacent et font tourner ce qui ressemble à des runes, déclenchant des dessins, des vibrations et des bruits. Chiqué ou non, en tout cas c'est plutôt classieux !
Le concert continue avec certains titres nouveaux (ou alors vraiment très peu connus - je sèche !), tour à tour électro ou plus calmes... Après un retour à Homogenic avec 5 Years, on revient subtilement à du plus dansant sur l'amusante Wanderlust, lente sur le chant et les cuivres, et rapide sur le beat, tout comme Hyper-Ballad... Et remise d'une couche d'adrénaline pure et de lasers (empruntés à Tool ?) sur la toujours mortellement efficace Pluto, où la demoiselle expose (explose) tout son potentiel vocal, mais nous quitte déjà, hélas, après une grosse heure de concert !
Au rappel, après nous avoir fait chanter "joyeux anniversaire" pour deux membres de sa troupe et avoir présenté celle-ci au pas de course, l'islandais interprète avec un pianiste un joli titre tout à fait inconnu et termine, comme on l'espérait, sur la formidable Declare Independance, de loin le moment le plus jouissif de Volta, avec ses vrombissements telluriques, devant un public définitivement déchaîné ! Il était hélas écrit que le concert devrait finir tôt (et donc être trop court) : c'est toutefois le seul reproche qu'on puisse lui adresser tant il fut à peu près parfait par ailleurs - pour les amateurs de Björk en tout cas, Pierre ;-) !!
Avant de partir, on aura l'occasion de dire à ce satané anglais et son immense drapeau à la noix (qui nous a gonflé tout le concert) qu'il n'est pas à l'Eurovision, que "Seeing your stupid flag all the time is a fucking pain in the ass !" (ouais parfaitement ! Bon, j'avoue, je l'avais préparée à l'avance celle-là). Et que si on était méchant (et fort) on lui aurait probablement tapé dessus... Rhaaa, que ça fait du bien de râler un bon coup et d'emmerder un emmerdeur ! Oyez, les Anglois sont nos alliés de festivals, c'est un fait, mais boutons leurs oriflammes et leurs monstres boueux hors de France !
En conclusion, on retient de ces très sympathiques (mais très inégaux) trois jours que tout de même, pour avoir une vraie ampleur il faudra sûrement rallonger l'enveloppe (le festival est déficitaire pour 2007 mais avec 2 ou 3 pointures en plus, une en métal ou en techno par exemple, qui sait s'il n'aurait pas fait le plein ??. Ou bien baisser le cachet et/ou le niveau de prestige des têtes d'affiches (au moins Tool et Björk ont dû coûter très cher...), pour éviter des trous manifestes. De plus, un peu plus de sérieux et/ou de franchise pour prévenir des annulations ne serait pas un mal non plus (comme celle d'Amy Winehouse, malade depuis une bonne semaine : même Voici a du en parler avant le site de Rock en Seine !)
Quant au rapport quantité/prix, ça vous dit un petit calcul ? En arrondissant un poil et au tarif pass 3 jours, et pour des concerts de qualité équivalente, les Eurocks proposent 75 concerts pour 90 euros et ici, "seulement" 45 concerts pour 98 euros ! Certes on ira pas, comme un illustre c... pouf pouf, comme un député de la majorité, jusqu'à décréter ce tarif "prohibitif" - comparé à trois jours de vacances présidentielles, ça reste très abordable ! Certes la subvention attribuée par M. J-P H. est déjà très généreuse, alors on peut peut-être encore mieux faire pour le même prix, un petit effort !
Quoi qu'il en soit on ne boudera pas la sixième édition du festival l'an prochain : 3 grandes et belles scènes, un site très agréable et régulièrement nettoyé par des petites mains de bonne volonté (bravo à elles !), pleins de chouettes concerts et de petites animations sympa (ah, cette nymphette black déguisée en écolière sexy et qui chantait du Nirvana...), le métro deux fois gratuit au retour et l'horaire qui permet de continuer la fête ailleurs... Rock en Seine, c'est pas encore parfait mais c'est quand même déjà de la balle !
Alors gloire à Jean-Paul Huchon et Longue Vie à Rock en Seine !!
PS : cette chronique est espécialement dédicacée à celle dont nous avons salopé l'appart pendant trois jours et qui nous a même nourri en échange !
Dès 14 heures, Bat For Lashes place les débats à une altitude très élevée… Sa musique, entre Björk, Kate Bush et CocoRosie, provoque des sensations inédites, grâce à une voix prenante, des arrangements audacieux et des musiciennes inspirées… Les tenues des quatre protagonistes sont futuristes et plutôt avant gardistes/branchées, mais l’attitude est naturelle, simple et décontractée. Pas de caprice de star donc, mais des morceaux bien écrits (cf son album Fur and gold), plutôt originaux et immédiatement captivants. Un début de dimanche après-midi comme on aimerait en passer plus souvent…
L’annulation des extraordinaires The Horrors (un groupe à voir absolument sur scène !), prévus à la même heure que Housse de Racket nous contrait à nous rabattre sur le jeune groupe francilien fan de tennis… Contre toutes attentes, et même si l’on se demande pourquoi ce groupe parodique prend la place de jeunes autres groupes écrivant de meilleures chansons, Housse de Racket a proposé un concert hilarant, décalé et assez enthousiasmant. Ils écrivent des titres anecdotiques, ils pompent leurs contemporains à tout va, ils chantent faux, ils se la pètent, non ce ne sont pas les Naast, ce sont bel et bien les… Housse de Racket, un croisement audacieux entre les Naast, le nouveau rock parisien de privilégiés sans talent, Phoenix, Air, Daft Punk et -M-. Cela pourrait être nul, ça l’est d’ailleurs eu (beaucoup) quand même, mais c’est fait avec un talent certain pour l’autodérision, un sens du spectacle inné, une conviction hallucinante et un humour ravageur. Les facéties, et autres discours débiles sur le tennis (« on fait de la musique de stade ! », « c’est super d’être sur la même affiche que Bjorn Björk » etc) se succèdent donc à un rythme effréné, à la grande satisfaction du public, conquis. Jeu, set et match donc pour Boris Bockor , Aleksander Passinshov, Tennis Mat, Vico Vix et Repi Rep.
Changement radical de style juste après, avec la musique d’Europe de L’Est des Américains de Devotchka. En plein jour, avec un son médiocre, une batterie beaucoup trop forte, ce quatuor basé à Denver n’a eu pourtant aucun mal à convaincre le public avec ses compositions tout à tour émouvantes et festives. Proche de Beirut dans l’esprit, Devotchka a la chance de posséder en son sein un vocaliste chantant comme un Jeff Buckley des Balkans, un violoniste virevoltant et une multi instrumentiste douée (trombone etc). Agrémenté de deux ou trois danses slaves, de quelques parties de Theremin (tout en jouant de la guitare, s’il vous plaît !) bien senties, le set de Devotchka a permis de prolonger un après midi divin au soleil. A revoir avec un meilleur son, dans une salle plus appropriée…
Collaborateur d’Amy Winehouse, Mark Ronson a fait plutôt bonne impression avec sa revue soul présentée sur la grande scène. Les morceaux instrumentaux évocateurs (parfaits pour des BO de films) et les titres chantés par différents interprètes se sont succèdés sans temps morts. La remplaçante d’Amy Winehouse était plus convaincante sur les titre soul Rhythm & blues que le sosie de M Pokora, mais l’ensemble était de bon aloi…
Kings Of Leon : guitares génialement basiques, chant habité, solos chromés et rythmiques énormes.
Le grand moment de la journée fut constitué par le set hargneux et sec des Kings Of Leon, quatre gamins aux allures de gravures de mode jouant comme des baroudeurs à la Creedence Clearwater Revival. Pas une trace de mauvaise graisse ici : que du bon rock ‘n roll près de l’os avec riffs de guitares génialement basiques, chant habité, solos chromés et rythmiques énormes. Pas de fioritures, juste ce qu’il fait de poses et des morceaux en acier trempé, voilà les points forts de ce groupe américain béni des dieux… Doués comme c’est pas possible, les quatre desperados aux gueules d’anges savent varier les ambiances, changer de rythme et se la jouer psyché (comme sur le premier titre de l’excellent dernier album) quand c’est nécessaire. Inutile de dire qu’on passe un moment de rêve, comme la grande majorité du nombreux public d’ailleurs, en compagnie de ce groupe d’exception. On attend la suite de leurs aventures musicales avec une grande impatience…
Comme au Printemps de Bourges cette année, ce jeune groupe a fait montre d’un abatage, d’une énergie et d’une bonne humeur rafraîchissantes. Son punk rock nirvanesque à base de hurlements, de guitares sauvages et de rythmiques ne tenant pas en place est un hommage permanent à l’histoire du rock ‘n roll hystérique. Sur scène, ça déménage sévère, dans le public, tout le monde est positivement ravi… Que demande le peuple ?
Björk : ne sait plus trop quoi inventer pour épater le bobo…
Tête d’affiche incontournable ayant rameuté le gros des troupes sur le Parc de Saint-Cloud, Björk a offert au public, visiblement sous le charme, un concert déjà vu, facile et sans chaleur. A l’image de son dernier album, très fade et constamment soporifique, la diva islandaise – qui possède toujours un joli brin de voix, il faut lui accorder ça – semble avoir fait le tour de la question sur scène : elle ne sait plus trop quoi inventer pour épater le bobo, et toutes les chansons se ressemblent… Très rapidement, un sentiment d’ennui apparaît, et les images du concert magique de Radiohead - l’année dernière, au même endroit - reviennent en mémoire.
Rock en Seine 2007, comme les autres éditions de ce festival sponsorisé par Jean-Paul « coeur de rocker » Huchon (encore à créditer d’un édito jeuniste assez risible dans le programme du festival), a permis de passer un week-end parisien riche en concerts mémorables. Le passage à trois jours de festivités a un peu dilué la qualité, mais la programmation reste quand même extrêmement classe.