Cette année à Sédières, le dimanche soir était réservé à une « soirée éclectique ». Le très nombreux public réuni dans la salle de spectacle du Château a donc vu se succéder sur scène un pianiste classique reprenant le répertoire de
Radiohead, un songwriter folk en solo, un jeune groupe électro glam rock et une bande de furieux fracassant le blues, la folk, le hip hop, le punk et le rock dans leur shaker foutraque.
Tout commence dans le recueillement avec le pianiste classique américain
Christopher O’Riley jouant les morceaux de
Radiohead, adaptés par lui-même pour le piano solo. La démarche est originale (il est assez rare que le classique se penche sur la musique populaire actuelle), l’homme est content d’être là, souriant, loquace et affable, les morceaux sont bien choisis -
True love waits,
Exit music (for a film),
Airbag,
Let down etc -, les touches de son piano semblent être une prolongation de son corps mais… il manque quelque chose. On commence par observer avec stupeur que chaque fois qu’il frôle son piano, il semble atteindre l’orgasme ; cela doit être très agréable mais un peu de simplicité serait la bienvenue. Mais ce qui dérange le plus, c’est la surenchère virtuose qui s’abat sur des morceaux pourtant beaux dans toute leur simplicité… Il est révélateur à ce titre de constater que les deux titres les plus touchants seront
River man (de
Nick Drake, dédié au programmateur du festival, Fabrice Ponthier ; en voilà un qui fait tout pour se faire réinviter, et on le comprend) et
Karma Police livrés sans effets de manche trop démonstratifs…
La suite s’avérera plus sobre,
Philippe Saucourt alias
Your Birthday Cake s’emparant de la scène pour un concert solo avec une guitare électrique ou acoustique et un banjo. Doté d’une voix évoquant parfois le leader de
Spain (
Josh Haden),
Philippe Saucourt s’en sort plutôt bien, quelque chose passe entre la scène et le public… Toutefois, un son trop agressif et une certaine volonté de prolonger les morceaux quand tout a déjà été dit, forcent à mettre un bémol à l’enthousiasme provoqué par certains titres.
Your Birthday Cake excelle dans la reprise transfigurée et sortie de son contexte :
Seventeen des
Sex Pistols est aussi méconnaissable que troublante,
Pick up the phone de
The Notwist donne envie d’écouter ce morceau en boucle en ne répondant plus jamais au téléphone,
Isolation de
Joy Division glace le sang et
Wave of mutilation des
Pixies (en rappel et au banjo) surprend…
The Film s’empare un peu plus tard de la scène en nous promettant « 30 ou 45 minutes de rock énervé »… Pour notre part, on constate que les trois premiers morceaux sont assez mous et pas du tout énervés. On remarque par la même occasion que le chanteur/bassiste possède des accents évoquant parfois
Marilyn Manson et souvent
Iggy Pop. Mais ce qui frappe le plus, c’est l’absence de batteur (cela donnerait une puissance bienvenue à certains morceaux) et la présence souvent dispensable d’un saxophoniste assez loin d’égaler l’apport décalé de
Steve MacKay dans un concert des
Stooges… Ces petits détails témoignent en tout cas d’un salutaire désir d’être original et de ne pas reproduire une formule. Puis le tube adopté par
DJ Zebra (et la pub) arrive :
Can you trust me et son riff de guitare ultra accrocheur, son chant énervé (enfin !) et ses beats électro (malheureusement sous mixés)… Le jeune combo fait un triomphe à la fin de son concert et obtient même un rappel, on n’ose imaginer ce que cela donnerait avec un batteur survolté et un déluge électronique.
The Film alterne donc le bon… et le moins bon mais on sent confusément que ce groupe a un potentiel explosif… s’il décide de vraiment se lâcher.
Au niveau « lâchage »,
Dionysos n’a de leçons à recevoir de personne… le show électrisant donné par la bande à Mathias a une nouvelle fois sidéré par son côté génialement fourre tout. On a beau chercher, on ne se souvient pas avoir assisté à un mauvais concert de
Dionysos ! Celui donné à Sédières fait même carrément partie des meilleurs : le groupe est heureux d’être là, le public est entièrement (trop ?) acquis à sa cause, tout le monde est en grande forme, la salle est adaptée aux cascades, et c’est parti pour une heure trente de feu. On avait laissé Mathias surfant sur la marée humaine des Eurockéennes de Belfort en juillet 2003 ; en juillet 2004, on retrouve Mathias sautant partout comme un dératé, hurlant dans son micro, se roulant par terre comme un petit chenapan, allant même jusqu’à porter la violoniste Babet, escaladant les enceintes ou le mur de la grange, jetant sa chemise au public pour finir en… nageant torse nu sur le public, aux anges. En plus, tout le monde est au diapason : Mikybiky est déchaîné à la guitare et ses platines, Babetouchka est montée sur ressorts, Eric est bel et bien le « meilleur batteur du monde entier », Guillaume essaie constamment de détruire sa basse, tandis que Stephan passe du banjo aux claviers avec joie… Tous les styles sont passés en revue… et malmenés par l’ouragan sonique Dionysos. Tiens, un bout de blues… Oh, une guitare folk. Et là, c’est pas du hip hop ? Ça, c’est de l’électro. Putain, si c’est pas du punk garage, je veux bien me faire moine ! Argh, du psychobilly… Et là, de la chanson française reprise pied au plancher (
Thank you satan de
Léo Férré)… C’est un feu d’artifice, que dis-je, une explosion jubilatoire à écouter et à regarder, un spectacle total dont on ressort gonflé à bloc… et heureux. Thank you Dionysos !
A lire également : une
interview de Mathias de
Dionysos en 2002.
Photo Erwan,
www.volubilis.net, à Saint-Malo.