
Photos par Philippe !
Troisième édition (pour moi) de Rock en Seine pour ce qui semble bien un renoncement définitif à snober la scène parisienne : une fois de plus l'affiche est (sur)excitante, peut-être plus pointue que celle des
Eurockéennes de cette année ! Le temps est au très beau, le Porc est cloîtré au Paquebot et sa fille occupée à poursuivre Katerine : les choses se présentent bien à Saint-Cloud !

Sur un groupe constitué de 8 personnes normales, 2 à 3 crétins congénitaux dont je m'honore de faire partie voulaient absolument voir
Wolfmother. Un timing parfait leur permet d'aborder l'ouverture de la scène de la Cascade avec une grande bière à la main - il faut bien ça pour fêter dignement la venue de ce groupe de hard-stoner-Zep aussi réjouissant que régressif, dont j'ai eu le plaisir de chroniquer le premier et somptueux
disque.

Le chanteur
Andrew Stockdale, premier blanc au monde à oser porter la coupe afro avec la moustache, nous envoie d'entrée l'énorme
Dimension, histoire de rappeler qu'il sait chanter comme Ozzy Osbourne en 1970. Mais aussi comme Jack White sur la pétaradante
Apple Tree.... une tuerie.

Emporté par ce concert basique et classe, avec des riffs d'une simplicité biblique, on y apprécie aussi des titres plus faibles comme
Woman ou
White unicorn, ou même
Mind's Eye qui sonne finalement bien plus Led Zep que Guns'n'Roses.
The Joker and The Thief finit de retourner une assemblée de headbangers comblés par un concert, trop court évidemment (36 minutes ...), qui a en tout cas fort bien allumé la mêche et lancé l'activité des buvettes. Voilà qui méritait de se bouger le tafanàri pour être à l'heure !

Après une longue conversation plus ou moins agréable avec le propriétaire du Hummer mal garé en plein milieu du site (mais si, vous savez, cet énorme 4x4 mortifère de 3 mètres de large), dont on a heurté 'malencontreusement' le rétroviseur, on ne verra qu'une moitié de
Calexico qui ne faisait heureusement pas partie de nos priorités. Rock à consonnances mexicaines (avec des cuivres hélas un peu trop rares) qui n'enflamme pas les foules malgré trois guitares alignées, typiquement un truc qui doit être mieux sur album !

Une fin plus emballante avec la chanson
Crystal Frontier n'effacera pas cette impression mitigée. De même une expo photo splendide (elles le sont toujours ici !) de J.B. Mondino (Ah, Vanessa Paradis en cuir et cheveux noirs ...), ainsi qu'une soif tenace sous le soleil, nous tiendra éloignés du concert des -ô combien- dispensables
Nada Surf, qui anonnent depuis dix ans en festivals leur plus très
Popular single.

Mais voici le temps de voir enfin en France les
Clap Your Hands Say Yeah que notre
Pirlouiiiit national repéra il y a plus d'un an à domicile, à New York. Le public est plutôt enthousiasmé par cette salade pop joyeuse et foutraque malgré un son très moyennement réglé. A signaler,
Is this Love ou
the Skin of my Yellow... très plaisantes, ainsi que leur single
Heavy Metal qui fit taper-ses-mains-dire-ouais à presque tout le public. Cela étant, le groupe est quand même scéniquement un peu faible, ils paraissent un peu paniqués par leur succès (tout le contraire d'
Arcade Fire l'an passé, qui explosait littéralement de plaisir sur scène et joue décidément dans la catégorie d'au dessus au registre déjanté). Evidemment le chanteur est aussi nasillard que sur album sur
Let the Cool... mais bon, on s'y fait. Au final, un bon moment mais déjà presque oublié trois jours après.

Tel n'est pas le cas de
Dirty Pretty Things. On pensait avoir assez bien cerné le cas Libertines en ayant critiqué leur
album, descendu
celui de Pete Doherty, envoyé trois mails d'insultes à Rock&Folk, et ricané sans complaisance de la honteuse prestation du malheureux Piiiiiite l'an passé
ici-même. Mais il faut croire qu'il avait une mauvaise influence sur
Carl Barat dont le nouveau groupe fait par contre des merveilles. Rock à tendance punk, dansant et pogogène, sa musique nettement plus sulfureuse que celle des gentils CYHSY déclenche un plaisir simple : celui d'un putain de bon concert de rock qui tue ! Pas de playlist ici, on confesse une grosse lacune à rattraper...

Car ce type au bras soi-disant en écharpe (il en joue quand même de la guitare !), qui ressemble vaguement à Arno jeune, déverse avec ses 5 comparses un torrent de chansons de rock sexy, dépravé, suant et mal élevé, d'une classe folle même quand ils reprennent les Libertines... Un vrai bonheur venu tout droit de la perfide Albion. Le groupe laisse la grande scène KO debout, le phénoménal batteur black partant même à 4 pattes. A peu près comme nous d'ailleurs, qui passerons le concert de
Kasabian à nous en remettre à la buvette (ça avait l'air très bien mais n'ayant rien vu ou presque, voici un retour en en SMS comme on en voit souvent sur Concertandco : 'c tro dla bal Kasabian g bi1 kifé ;-)').

Peu après, dans un registre moins accessible, mais plus créatif, les
TV on the Radio explorent de nouvelles pistes musicales, comme sur leur deuxième album, l'intrigant-énervant-passionnant
Return to the Cookie Mountain dont on se demande depuis une bonne semaine si on l'aime ou non. Pas encore assez écouté donc hélas encore sans playlist (à part
Playhouses, Dirty Whirlwind, Wash the day away et
Wolf like me dont on est à peu près sûr). Quoi qu'il en soit, des bizarreries et des fulgurances soniques étonnantes et inqualifiables (
blaxploitation post-rock ? stoner-soul ? metal-funk ?) qui souffriront ici d'un son approximatif (quand celui du disque est énorme), malgré les efforts sautillants d'un magnifique roadie (en kilt vert et cheveux blonds platine).

Quoi qu'il en soit
Tunde Adebimpe (ah le joli nom que voilà !) braille comme un beau diable, parfois même dans un mégaphone,
Kip Malone invoque un sorcier vaudou avec sa guitare (qui n'est pas reliée à la terre si on en croit sa coupe de cheveux et de barbe), tandis que le sorcier du son
David Sitek orchestre le tout. A un moment donné une improbable équation se forme dans mon esprit légèrement euphorique : [
Mogwai x (Arcade Fire + Wraygunn) = TV on the Radio] (ça peut se démontrer bien sûr, mais surtout quand on est saoûl). Un human beat box vient aggraver la situation sur scène, tandis que le public sombre dans une inexplicable extase sonique. C'est sur un triomphe mérité que le groupe quitte la scène !

Ah ...
Tuco cherchant en courant la tombe d'Arch Stanton sous le regard glacé de Blondin... On sait qu'on est en bonne compagnie quand un groupe choisit une telle musique - de Morricone bien sûr - pour entrer sur scène, ce qui est le cas des très attendus
The Raconteurs. Ou comment faire un concert d'une heure avec un très bon
disque de 30 minutes ! L'ambiance est déjà bouillante quand
Jack White et
Brendan Benson entament la pourtant moyenne
Hands.

L'auditoire monte donc en puissance sur
Level et ses solos toxiques, avant d'exploser de joie sur la jouissive
Steady as she Goes. Le temps de calmer le jeu sur une version étirée de
Together, où le chroniqueur enfin retombé sur ses pattes remarque que le son est par ailleurs très bon, ce que confirme une reprise de Bowie (
It ain't easy), en version blues toxique et voix déchirantes.

Puis on lui remet une dose de sauce Sriracha dans les oreilles avec
Store bought Bones, énorme, puis avec un gros blues qui s'avère une reprise très libre de
Bang bang, my baby shot me down. La bave aux lèvres, le chroniqueur saoûl, épuisé, entraîné tout devant par un ami en pire état que lui, sursaute dans le pogo en se rappelant que le meilleur reste à venir :
Broken boy Soldier, hurlée par un
Jack White enragé, et à la fin de laquelle il s'arrachera les cordes vocales telle une adolescente à son premier concert de Raphaël.

Le concert continue sur de longues plages de blues aux larsens hypnotiques de ce groupe de 4 cadors totalement en place (note pour plus tard, écouter les Greenhornes !) dans lequel le leader des White Stripes a su se fondre avec modestie. L'affaire d'achève sur
Blue Veins et (il me semble)
Intimate Secretary - à cette heure-là, dans ce bordel-là et au niveau d'excitation atteint, voilà longtemps que mes notes sont devenus indéchiffrables... Je ne sais même plus si c'est le troisième ou le quatrième énorme concert de la journée, en tout cas j'en ai fait le plein.

Autant dire que
Morrissey est encore une fois mal tombé sur la grille en ce qui me concerne, comme aux Eurocks... grosse flemme de s'intéresser à ce concert déjà bien commencé quand on y arrive, et qui semble pourtant de très grande qualité. Le
Moz n'a cependant pas besoin d'un fan de plus. Cela étant le concert est raconté par Céline par
ici. On ne s'intéresse pas plus à
DJ Shadow, gros break-beateur assez dansant, mais sans génie. Et que le crétin congénital, qui a commencé sa journée il y a environ mille ans et trois litres de bière à Wolfmother, n'écoute plus que d'une oreille distraite. Sur scène, un harangueur/danseur tente de captiver son auditoire (apanage des DJ un peu justes sur scène, Roni Size aussi en use par exemple)... Rendez-nous Vitalic !

Bref, la soirée se termine, et il est temps ! Très grosse journée en tout cas, où l'on a pas eu le temps de s'ennuyer. Le plein fait de Rock, on refranchit la Seine. Paris by night nous attend, alors à demain !
Pour le samedi, c'est par
ici !
Quelques petites vidéos pour se faire une idée, c'est par
là !