Après un Marseille > Lyon > Belfort (7 heures de train quand même, putain c'est quand qu'ils ouvrent des lignes de tgv dans l'est ?) tranquillou, les choses se compliquent pour arriver au site même, la superbe presqu'île de Malsaucy uniquement joignable par des navettes, évidement pleines à craquer en cette fin d'après midi.
Du coup j'arrive un peu en catastrophe sans avoir le temps de planter ma tente (choqe que je ferai vers... 5 heures du mat) et laisse mes affaires à la consigne sinon impossible d'y être à 20 h. Pourquoi un timing si précis ? Pour The Rapture bien sûr, le groupe postpunk new yorkais avec qui je gave tout le monde depuis plus d'un an, fort de leurs singles devastateurs et d'un album hypotique à paraître à la rentrée. Lorsque j'arrive, bla bla bla...intermittents, ouf me dis-je ils sont pas encore passé, mais en fait ils passeront pas du tout, 1ère annulation d'une bonne série (Peaches, Goldfrapp entre autres), mais certainement celle qui fait le plus mal, grosse déception pour commencer ces Eurockéennes qui s'avéreront heureusement très reussies malgré les quelques defections.
Sur la grande scène, THE ROOTS ont la lourde tache de préceder Radiohead et s'en sortent plutôt bien. Ca n'aura pas non plus été le concert hip hop de la décennie, car ils se révèlent excellents sur des morceaux comme "Thought at work", "The next movement" ou encore le tube "The seed" ils auront la facheuse tendance à ne jouer que des morceaux récents, pas forcément les meilleurs et à vouloir à tout prix séduire le public rock par des solos interminables et démonstratifs du genre "vous voyez les gars, on fait du rap avec des instruments yo ! " ou un medley Neptunien sympa mais dispensable. J'exagère c'était quand même très raffraichissant, avec des vrais bons moments, mais étant fan je m'attendais à mieux.
Changement de style à la Loggia (scène couverte mais plus restreinte) où il y a CONSOLE , un des side projects du chevelu Martin Gretschmann des Notwist et une chanteuse Miriam Osterrieder (avec un joli t-shirt moulant Interpol, mmm) qui illumine des comptines electro plaisantes sur disque et carrément dansantes en live : "Surfin Atari" et "Suck and run" par exemple, tandis que les titres purement instrumentaux sont un peu en roue libre et manquent de vie, à l'exception du classique de l'electroclash reconnu par tous, le robotique "14 zero zero". Très bon moment, qui nous fait dire, quelques heures avant la sublime Ellen Allien, qu'ils sont forts ces Allemands.
Tiens il n'y a absolument personne sur le chemin vers la grande scène, c'est silencieux au possible, les stands sont desertés mais que se passe t-il ? Ah j'entends une voix familière qui se lamente au loin, tout s'explique Thom Yorke et ses amis ont déjà commencé. C'est la 4ème fois que je vois RADIOHEAD, alors forcément leur prestation à Belfort n'est pas forcément la plus attendue en ce qui me concerne. Mais il faut bien avouer que l'enthousiasme incroyable autour ce ce groupe est justifié : c'était franchement pas mal, entre nouveaux morceaux comme "2+2=5" et "Where I end and you begin" qui prennent une ampleur impressionante, et pour faire plaisir aux "vieux" fans dont je fais partie les grands classiques de The bends et Ok Computer. Les éclairages étaient saisissants, avec un décor fait de néons sur lequel défilaient des animations ou le mot "forever" sur une chanson. Vu le monde qu'il y avait je pense que j'ai pas besoin d'en rajouter, si vous n'y étiez pas vous en entendrez forcément parler.
Enfin y avait également du peuple sous le chapiteau pour une des rares apparitions du so-british Mike Skinner plus connu sous le nom de THE STREETS, auteur d'un des albums clés de l'an passé, qu'il jouera en quasi intégralité accompagné d'un chanteur aux accents raggas, un bassiste et batteur très doués pour retranscrire les rhytmiques Uk Garage du disque. Si le début est assez poussif, il semblera plus occupé à décapsuler des bières qu'à ar-ti-cu-ler mais ça sera mieux ensuite, "It's gettin crazy" comme il repetera tout le concert, fort d'un paquet de tubes imparables comme "Don't mug yourself" ou ma préférée "Let's push things forward" couplée à un des plus grands titres de tous les temps qui l'a largement inspiré "Ghost town" des Specials. Un bon p'tit show bien carré, logiquement acclamé par le public qui en redemandait.
La soirée finit en beauté avec un choc comme j'en ai rarement ressenti, le mix de la "berlinette" ELLEN ALLIEN qui a mis des centaines de clubbers à genoux. Lorsqu'elle arrive avec sa petite mèche blonde c'est déjà le triomphe mais ce n'est rien comparé à l'extase provoquée par son set fracassant, avec des sons destructurés au possible, des clins d'oeil au public pop (deux morceaux de Bjork, un de Radiohead, et plus pointu l'incroyable "Me and Giuliani" des !!!, sans oublier le presque connu "Red hot car" de Squarepusher) et ses propres productions à elle, comme le vénéneux "Sehnsucht". Difficile d'en dire plus, c'est le genre d'experience ultime qui se vit plus qu'elle ne se décrit, c'est en tout cas un des sommets de ce festival, qui transfomera la Loggia en dancefloor chaotique et fera presque avaler la pilule amère de la fermeture à 4 heures du mat : plus de navettes pour aller au camping, je vous raconte pas la galère. Mais cette dernière heure et demi rêveuse donne envie d'écrire un hymne à la The Passions, pourquoi pas "I'm In Love With a German Deejay"...