La journée débute pour nous avec les Français de Bikini Machine qui se démènent pour faire bouger le public sous le chapiteau. Une jolie prestation, avec des morceaux électro rock bien funky et groovy, chantés tour à tour en français ou en anglais… A signaler : deux très bonnes reprises de Jacques Dutronc et des Sonics, exécutées par un groupe en perpétuel mouvement (les instruments passent de mains en mains… ). Tout n’est pas génial, mais l’ensemble est plutôt percutant ; Bikini Machine dégage une énergie communicative qui permet de partir du bon pied dans un marathon musical des Eurockéennes en ce début d’après midi.
Loney, Dear :
Quelques instants plus tard, le Suédois Loney, Dear a l’opportunité de présenter sa musique au festivaliers agglutinés sur la scène placée sur la Plage ensoleillée. Un club intimiste aurait été plus approprié pour la musique délicatement folk pop de ce songwriter plutôt doué, mais un peu timoré en live. Si la mayonnaise a un peu de mal à prendre dans l’ambiance festive et décontractée qui règne sur le sable belfortain, on remarque néanmoins une très belle voix et des morceaux qui tiennent la route. On pense furtivement à Sufjan Stevens, l’on se dit que notre homme et ses musiciens devraient plus se lâcher pour véritablement convaincre, avant de se dire que le lieu n’est tout simplement pas adapté. A revoir dans un autre cadre…
TV On The Radio :
Véritables bêtes de scène habituées à se produire sur de grandes scènes, les New-Yorkais de TV On The Radio ont une nouvelle fois impressionné par leur puissance de feu quasi surnaturelle sous le chapiteau des Eurocks. Ah, se laisser transporter par les guitares tournoyantes, le chant possédé et les rythmiques impérieuses de TV On The Radio… C’est vraiment le trip total, qui fait tout oublier et planer à 4000 mètres sans l’aide du moindre produit licite ou illicite… L’équilibre parfait a été trouvé entre la soul, le groove, le rock bruitiste et la pop sidérale par ces alchimistes diaboliquement doués ; dans ces conditions, avec un son puissamment évocateur, TV On The Radio n’a aucun problème pour emmener une foule entière dans son univers passionnant. Et comme à chaque fois, à la fin du set, on reste comme orphelin.
The Good The Bad and The Queen :
Heureusement, pas le temps de se laisser aller à des états d’âme, le super groupe The Good The Bad and The Queen a déboulé sur la grande scène pour accompagner paisiblement le début de soirée ensoleillé et engourdi de festivaliers avachis, mais souriants. « C’est bizarre, c’est la même voix que Gorillaz ! » dit une jeune fille à son amie, qui lui répond du tac au tac : « C’est normal, je crois que c’est le même chanteur… » Oui, le nouveau projet de Damon Albarn (Blur, Gorillaz, donc… ) réunit Paul Simonon, le mythique bassiste du Clash, Tony Allen, le batteur de Fela Kuti et Simon Tong, le guitariste de The Verve, pour un résultat plutôt sympathique sur disque et sur scène. La pop teintée de soul prodiguée par The Good The Bad and The Queen est une invitation au rêve éveillé et à la relaxation : le chant boudeur, les mélodies cotonneuses et les rythmes alanguis produisent un délicieux effet décontractant. On se croirait presque à Woodstock ou à l’île de Wight pour un festival de hippies… Sans forcer son talent, et en s’enquillant une bouteille de Whisky avec le toujours excellent et flegmatique Paul Simonon, Damon Albarn fait le strict minimum au chant et au piano, avant de lâcher quelques « Thank you very much » endormis. Le super groupe est un peu sous utilisé mais tout cela sonne finalement bien, sans être renversant.
Klaxons :
Renversant, le show des très hype Klaxons l’a, lui, été à Belfort… La foule hystérique qui se presse sous le chapiteau devient dingue dès les premières minutes du show des fluokids anglais, devenus des héros à a fois rock ‘n roll et dancefloor. Leurs titres méchamment vrillants donnent immanquablement envie de se jeter partout ; le chapiteau devient donc une immense piste de danse bien rock. Le rêve quoi… Tous les publics (branchés, pas branchés), les sexes (hommes, femmes) et les âges (jeunes et un peu plus vieux… ) sont réconciliés en un clin d’œil pour participer à la fiesta. Et les Klaxons apprécient cette ambiance de feu. Ce qui les poussent encore à appuyer sur le champignon pour donner tout ce qu’ils ont. Le résultat est un concert de rêve où chaque titre est un tube imparable (Goldskans, It’s not over yet etc etc). Ah, que c’était bon !
Tryo :
Juste après les très risibles Tryo font un triomphe sur la grande scène avec leur chanson reggae démago et ultra facile. Ils représentent l’archétype du groupe détestable ayant cartonné après avoir bien étudié le comportement du jeune qui aime fumer des joints, kiffer le bon son entre potes au coin du feu quoi hein et se ressourcer en dehors des villes polluées (c’est méchant la pollution, hou la la !). Les chansons soi disant engagées (pour la légalisation du cannabis, contre la télé réalité, le racisme etc etc) et drôles (je raconte mon lendemain de cuite, ce genre de choses passionnantes… ) sont une véritable insulte à l’intelligence. Que ce genre de groupe ramasse la caillasse comme les autres lors de lucratives tournées des Zéniths devant un public de trentenaires nostalgiques et beaufs passe encore, mais qu’il soit programmé aux Eurockéennes, on se demande vraiment pourquoi. Oui pouquouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ?????
Air :
Fort heureusement, pour oublier ce (court, on n’est pas maso… ) mauvais moment le groupe Air se charge de nous faire évoluer en apesanteur pendant le durée de son set classieux et bien mené. Les morceaux du nouvel album du duo versaillais – Pocket symphony – sonnent beaucoup mieux en live que sur disque et s’intègrent parfaitement à une set list mélangeant les différentes époques… Jean-Benoît Dunkel et Nicolas Godin sont accompagnés par un groupe de pros discrets et sachant parfaitement ce qu’il doit faire… Les voix vocodérisées, les synthés analogiques, les guitares sèches, les basses rondes n’ont donc aucun mal à créer des atmosphères entre rock planant et pop lumineuse… C’est du grand art. Le public, très chaud (certains slamment carrément, ce qui fait sourire les musiciens) respectent les moments calmes et se déchaînent sur les passages plus enlevés. Et l’on passe un moment de rêve, qui nous place idéalement sur la rampe de lancement pour le décollage final avec les Montréalais volants, Arcade Fire.
Arcade Fire :
Deux ans après avoir été enchanté par leur set en plein jour au festival Rock en Seine, Arcade Fire nous a à nouveau emmené loin, très loin, dans la nuit pluvieuse de Belfort. Le set titanesque des Canadiens a enchanté le public présent devant la grande scène, malgré les trombes d’eau qui s’abattaient sur la presqu’île du Malsaucy. La très craquante et émouvante Régine Chassagne (chant, batterie, accordéon etc), l'inquiétant et intense Win Butler (guitare, mandoline etc) et leur virevoltants acolytes nous ont plongé dans un océan de bruits divins, du genre de ceux qu’on aimerait entendre lors du repos éternel au paradis (s’il existe !). Présenté avec un son magistral et dans une scénographie réussie (de multiples néons rouges et de petits écrans ronds disséminés partout sur scène), les morceaux des deux albums - Funeral et Neon Bible - de l’ultra talentueux combo ont - comme à chaque fois qu’on les écoute – fait passer du rire aux larmes en un instant (magique). C’est donc le cœur battant, les yeux pétillants (ou humides) et dans un état d’esprit euphorico mélancolique qu’on a reçu In the backseat, No Cars Go, Wake up, Neighborhood, Ocean of noise et Keep the car running (entre autres) lors du show mémorable d’Arcade Fire à Belfort. Un show qui met un point final à un week-end très réussi. On reviendra donc avec grand plaisir l’année prochaine !
Comme souvent aux Eurockéennes, on aborde le troisième jour avec sérénité, ayant déjà vu autant de bons concerts en 2 jours qu'en une année entière à Marseille, Strasbourg ou même Paris. On l'aborde aussi avec du retard, notamment à cause de la vilaine petite pluie dégueu qui est tombée en début d'après-midi et à découragé nos velléités. Dommage pour Stuck in The sound ou Bikini Machine que quelqu'un pourra peut-être raconter à notre place. En tout cas on a bien entendu en arrivant (et les mamies d'Evette-Salbert aussi ...) le metal très méchant de Hatebreed, qui avait l'air pas mal du tout - petit regret d'autant qu'on a pas vu Sick of it All non plus. Et qu'on ne peut décemment pas considérer le show de Marylin Manson comme un vrai concert de metal.
On atteind donc le chapiteau au moment de l'entrée en scène des toujours énervés TV on the Radio, coupables de deux des albums de rock les plus déconcertants des 5 dernières années. On constate que Kyp Malone (le guitariste barbu) et le hurleur Tunde Adebimpe (j'adore ces noms !) sont allés chez le coiffeur - il était temps... Leur stoner-funk rock n'en reste pas moins hirsute, malpoli et revêche, avec des titres délicieusement horripilants comme Dirty Whirlwind Ou Let the Devil In, ou les formidables murs de guitare de Dreams...
Le groupe, emmené par le sorcier blanc David Sitek est toujours adepte des "ouh ouh ouh" comme sur le titre Province, des "oh oh oh" comme sur Tonight, et de toutes formes de hurlements en général, souvent proférés au mégaphone. On écoute avec bonheur la très excitante Playhouses (où Tunde hurle les basses) et I was a Lover (où Kyp miaule les aigüs). Difficile de dire si on aime ce groupe plus qu'il ne nous agace, en tout cas il nous tient en haleine. Par contre et comme à l'accoutumée pour les concerts de post-rock, la moitié du public s'en est allée avant la fin, ratant un terrible pogo noisy non identifié (Wash the day away ?), dans un tonnerre de stroboscopes. Un peu hermétique, mais sacrément recherché !
Ce qui est sûr c'est qu'on sera moins secoués par The Good, the Bad & the Queen, à la performance très reposante, très agréable... et presque soporifique. Impeccablement costumés et dans un décor qui évoque le Londres du 19ième, c'est d'abord un quatuor de violonistes qui prend place, rejoint par la bande réunie par Damon Albarn dont deux membres nous impressionnent vraiment par ce qu'ils représentent : Tony Allen et l'afro-beat furieux de la famille Kuti, Paul Simonon et l'énorme héritage du Clash... On aura d'ailleurs d'yeux que pour lui, nettement plus charismatique que l'ex-chanteur de Blur, qui passera d'ailleurs la majorité du concert assis au piano. Damon Albarn a la classe ? Paul Simonon EST la classe. Ce genre de choses ne s'explique pas, petit.
Il attaquent par le très kitsch slow 80's Life, puis la balade Northern Whale. A peine plus pop, Kingdom of Doom ou Three changes, pas suffisantes pour que Simonon, qu'on sent piaffer un peu, puisse vraiment s'exprimer, pas plus qu'Allen qui se retrouve à un moment, c'est le comble, avec pour toute percu un simple oeuf en plastique à agiter... Les chansons se suivent néanmoins agréablement : Behind the Sun, The Bunting Song, The Good the Bad & the Queen ou encore, la très belle Green Fields (ne pas rater par ailleurs la version "The Last Song" par Marianne Faithfull). On oubliera avec indulgence la prestation de l'espèce de gros rappeur repoussant qui est venu nous gonfler vers la fin.
Incontestablement le groupe a su créer une atmosphère, aussi mélancolique que les poches sous les yeux de son chanteur à la mine droopyesque. Et un vrai moment de chanson en anglais, mélancolique, qui nous aura permis de nous reposer un peu les oreilles. Réunir de grands musiciens est très louable et la sauce a même plutôt bien pris - ils ont pondu un agréable disque à écouter les dimanches pluvieux - ou le dimanche aux Eurocks. Le projet donne quand même l'impression d'être un assemblage de chevaux de course, retenus au petit trot par un jockey dépressif, voire un peu sadique... Dommage.
Le réveil va en tout cas être vigoureux avec les pétaradants Klaxons, qu'on attend au tournant pour voir s'ils vont se sortir en live de leurs phénoménales compositions (un titre paru aux Inrocks laissait un peu sceptique). L'explosif Bouncer nous cueille à froid et nous rassure sur leurs capacités, comme leurs titres tous plus fulgurants les uns que les autres : l'énorme Atlantis to Interzone, les tubesque Golden Skanks ou Two Receivers sont parfaitement expédiés, et à toute berzingue encore. On décollera définitivement du sol sur notre préférée, Magick, dont la descente-remontée sera diaboliquement menée avec un énorme blanc au milieu, déclenchant des rugissements de la foule.
Certes les gamins sont 4 au lieu de 3 mais on veut bien leur pardonner, d'autant que tous participent au chant sur Gravity's Rainbow ou Totems, non moins impressionnantes. Même les chansons qui ont le don de nous énerver sur disque (Isle of Her qui sonne d'ailleurs très TVOTR, ou It's not over yet) sont si impeccables qu'il est dûr d'y résister. Revers de la médaille quand on joue si vite : le groupe se tient aux 50 minute qui lui étaient initialement allouées, et finit donc 10 minutes plus tôt que prévu ! En tout cas on peut bien appeler leur style innovant de la "nu-rave" ou autres patronymes stupides, les Klaxons sont d'abord un immense groupe de rock en devenir ! Confirmation du jour.
On s'aventure à présent dans un grand blanc sur la programmation puisque rien ne nous tente vraiment et surtout pas Tryo (qui ne remplit pas sa scène d'ailleurs). Or on garde un bon souvenir d'une prestation ancienne à l'époque d'Unreasonable Behaviour : allons-y donc pour Laurent Garnier et son électro jazzy-cérébrale dans la loggia transformée en sauna. Certes l'homme a le chic pour mettre son public sous tension avec des montées interminables, épaulées au saxophone, au clavier ou par un chanteur black...
Mais les deux minutes de boum-boum libérateur finales sont rares, on se fatigue un peu de les attendre d'autant que ses visuels sont très répétitifs et pas réellement magnifiques. C'est donc du bar qu'on profitera de ses titres plus anciens, comme Crispy Bacon, et d'un autre hit final, étiré sur dix minutes (titre oublié). On se demande quand même quel sadisme ou masochisme le pousse à ne pas jouer The sound of Big Babou, son plus grand tube et le plus entraînant. Bref une prestation solide et sérieuse, mais pas délirante quand même. On passera aussi quelques instants au sound-system voir les Fluokids, paraît-il collectif arty et créatif - en l'occurence on n'a vu qu'un simple pousseur de disques d'électro, sans intérêt même quand ils remixent Justice...
Ca ne fait rien si on s'emmerde un peu, puisqu'on sait qu'on ira bientôt se consoler dans les bras d'Air, nos chouchous depuis toujours, qui nous attendent sous le chapiteau. Ayant peu révisé leur discographie (qui fait déjà partie de notre ADN musical), on identifie quand même dans cette heure de plaisir à l'état pur, des "vieilleries" comme La Femme d'Argent, les très rock et inévitables Kelly Watch the Stars, Don't be Light (et la sublime Sexy Boy évidemment, qui n'a sur scène pas grand rapport avec sa version album).
Tout de blanc vêtus et appuyés par un percussionniste black qui nous avait déjà impressionné par le passé, messieurs Dunkel et Godin se partagent comme d'habitude la voix de robot et la voix de fillette, dont le duo fait toujours des merveilles. Quelques petits mots de temps en temps nous rappellent qu'ils ne sont pas que de grands sorciers du son mais aussi des gars sympathiques. Laissons les goujats et les imbéciles (qui ne les ont jamais vus en live et ne sont pas là ce soir) traiter leur oeuvre de "musique d'ascenseur" : si les gens dansaient tous avec un grand sourire dans les ascenseurs, ça se saurait...
Pas mal, mais pas trop, de titres du dernier album Pocket Symphony, une très rock Mer du Japon, une emballante Redhead Girl ou encore Somewhere between waking et Once Upon a Time. Un bon retour aussi sur Talkie Walkie avec notamment Cherry Blossom Girl et l'énigmatique Run. On constate qu'on avait oublié à quel point ils sont bons sur scène ! Un petit regret pour finir : qu'ils n'aient pas amené Charlotte Gainsbourg dans leurs bagages pour défendre leur excellent projet avec elle. Ne boudons pas notre plaisir, ils nous ont quand même largement envoyés en l'Air (hum)...
C'est à ce moment précis, après avoir été félicité deux foix en cinq minutes pour mon T-shirt Wolfmother, quand on croyait s'en être tirés, que la bascule météo s'est faite (peut-être à cause d'un ami que je ne citerai pas et qui a cru bon de dire qu'on avait eu vraiment de la chance de ce point de vue) : une divinité farceuse a décidé - et on ne peut pas lui donner complètement tort - que la grand-messe païenne finale des extravagants The Arcade Fire aurait plus de gueule sous la pluie. Et en effet c'est heureux comme des enfants qu'on s'est rués une dernière fois à l'assaut de la grande colline embouée, à l'entame de Keep the Car Running. No Cars Go achève de nous remonter le moral et l'énergie, sur le pressentiment que ce concert va être, forcément, formidable.
The Arcade Fire ... Quel autre groupe, inconnu il y a deux ans, jouerait déjà en clôture du plus grand festival de rock de France ? Comment expliquer la vague de bonheur et l'envie irrépressible d'embrasser des inconnus en voyant la belle Régine Chassagne chanter Haïti ou reprendre l'émouvante In the Backseat ? C'est peut-être simplement parce que le groupe a énormément tourné et gagné en maturité depuis leur premier passage français à Rock en Seine en 2005 : ils étaient bons, mais un poil trop foutraques et bordéliques, et là ils sont juste devenus extraordinaires... Richard Parry, l'arrangeur en chef, ne passe par exemple plus son temps à taper sur tout ce qui bouge et se contente juste...de faire vibrer 10 000 personnes.
Même les nouveaux titres sonnent déjà comme des classiques : Ocean of Noise ou Black Waves - Bad Vibrations nous emportent très loin, on en oublie la pluie qui tombe et ce festival qui s'achève déjà... Personne ne pensait pouvoir y échapper et en effet, c'est un intense frisson de communion qui parcourt la foule quand retentit l'orgue magnifique d'Intervention, et l'enchaînement des Neigborhoods 1 & Neighborhood 3 où la pluie redouble (et une larme naît même au coin de l'oeil). L'émotion est à son comble quand le grand Win Butler et sa voix cabossée dégainent l'époustouflante Rebellion (Lies).
Conscients de l'effet électrisant de leurs chansons, le groupe n'en rajoute pas dans les paroles, mais Régine et Win expriment à plusieurs reprises une compassion sincère pour les êtres épuisés, trempés (et néanmoins euphoriques) que nous sommes. Il est vrai que ceux qui sont encore là un dimanche soir à 0 h 30 sous la pluie ne le sont pas par hasard. En rappel, le groupe nous donne Black Mirror et laisse éclater sa joie sur un Wake Up triomphal. Ils finiront le concert en nous disant que nous sommes le meilleur public qu'ils aient jamais eu et, pour une fois, on aura envie d'y croire. Rideau.
On concluera ces chroniques sur une image qui nous a marqué : 3 très jeunes gens émus, qui se tenaient par les épaules sous la pluie en écoutant la fin du concert, et semblaient se demander s'ils pourraient revenir un jour aux Eurockéennes. Qu'ils se rassurent : cette question, je me la suis posé déjà 13 fois, et ça m'a toujours porté chance ... Pour notre part, en vieux briscards, nous nous sommes fixés entre amis le but d'être présents, non seulement pour les 20 ans des Eurock's qui ne vont pas tarder, mais aussi pour leurs 50 ans, nom de Zeus ! Alors ... Longue vie aux Eurockéennes et au Eurockéens !!
PS : le seul salaire reçu pour ce minutieux travail de chronique, c'est les commentaires (même les pas contents) qui montrent qu'il a suscité de l'intérêt. On a raté selon vous le meilleur concert de l'édition 2007 ? Vous avez adoré Phoenix et détesté les Hives ? Vous pensez qu'Amy WineHouse est une pouf' et Josh Homme un poseur, bref, vous n'êtes pas d'accord avec nos jugements ? N'hésitez pas, surtout, réagissez !
Illustrations par Philippe
Des petites vidéos à tous ces concerts, c'est par ici !
A lire aussi sur Concertanco : la même journée, version Pierre Andrieu !
>> Réponse (le 10/07/2007 par Waw !) justement, Amy Winehouse est une traînée et Josh Homme un frimeur, Les Phoenix sont des Dieux et les Hives des galopins .../...La suite
Deuxième soirée riche en bons moments aux Eurockéennes de Belfort 2007. Avec une succession de groupes intéressants avant les têtes d’affiche classieuses et furieusement rock ‘n roll prévues en fin de soirée. Avant la pluie, qui est annoncée pour le dimanche, la journée du samedi se déroule sous un beau soleil pour une foule un peu moins nombreuse que les années précédentes, mais toujours enthousiaste, chaleureuse et prompte à faire un triomphe à un artiste qui mouille sa chemise…
Blanche :
Les Américains de Blanche ont par exemple l’occasion de jouer sous un « petit » chapiteau – la Loggia – qui répond au quart de tour à leur country rock authentique, épicée et marquante. Les petits protégés de Jack White avaient déjà fait très bonne impression à Rock en Seine il y a de cela trois ans avec leur morceaux inspirés, à la fois délicieusement pop et outrageusement country folk ; et bien, à Belfort, ils confirment parfaitement leur statut d’excellent groupe de scène. Le couple Dan John/Tracee Mae Mille, qui chante admirablement en duo, joue de la guitare stridente et de la basse souple est, en plus, soutenu de belle manière par un joueur de pedal steel guitar, un batteur parfait mais également par le bassiste des Greenhornes et des Raconteurs au banjo. Cet orchestre égaré dans l’espace spatio temporel semble tout droit sorti de Nashville en 1954 avec sa musique rustique et son look gothico country. Le public est bien loin d’être insensible à la belle démonstration de ferveur effectuée par Blanche. Et il y a fort à parier qu’il n’oubliera pas de sitôt leur concert belfortain !
Editors :
A peine quelques mètres à faire et nous découvrons Editors à l’oeuvre sur la grande scène, un lieu sans doute un peu trop grand pour le jeune groupe anglais. Qui s’acquitte toutefois parfaitement de ses obligations en proposant un set énergique et puissant. Pour convaincre le festivalier, Editors a trois obstacles à surmonter : tout d’abord, le fait d’évoluer dans un créneau très encombré – pop rock avec chant à la Ian Curtis et ambiances à la Joy Division/Echo And The Bunnymen –, ensuite des morceaux corrects mais pas aussi intenses que ceux d’Interpol ou The National, et enfin la belle gueule de play boy du chanteur, qui arbore le genre de visage qu’on croise plus souvent dans une série américaine que sur une scène de rock. Au début du set, on observe les gens s’amuser à déconcentrer le groupe en portant un de leur petit camarade au dessus de la foule pendant quelques secondes (ça marche : le guitariste ne peut s’empêcher de rire de bon coeur… ) avec la bande son « Editors » en fond sonore. Puis peu à peu, l’abattage du chanteur/guitariste, qui se démène comme un beau diable, et la puissance de feu de combo font leur effet : on vit littéralement les morceaux et l’on se laisse pénétrer par les atmosphères troubles des Anglais. Comme le reste du public, d’ailleurs… Mission accomplie pour Editors donc.
Bassekou Kouyaté :
Changement radical de style juste après, avec le blues rock malien Bassekou Kouyaté, qui transforme immédiatement la Loggia en fournaise… Les voix féminines et masculines, les guitares africaines et les rythmes entêtants entraînent irrémédiablement dans une sorte de transe jubilatoire. Le public est à fond, ce qui galvanise encore plus le groupe, qui étire les morceaux avec des solos basiques et des sortes de jam sessions imparables. Sorte de Tinariwen sans guitares électriques, Bassekou Kouyaté puise son hallucinante force dans les racines du blues, pour en tirer le meilleur : des morceaux remuants, colorés, envoûtants et ultra dansants. Une véritable cure de jouvence aux vertus rafraîchissantes, dont on ressort tout chamboulé comme après une prestation scénique des bluesmen du désert de Tinariwen. Une très belle découverte !
Maxïmo Park :
Comme son peu intéressant deuxième album le laissait présager, Maxïmo Park a décidé de passer à la « vitesse supérieure » et de viser le grand public. Mauvais choix, car la folie et l’excentricité des morceaux du premier album manquent cruellement à l’écoute du second opus des Anglais ! Et l’on se retrouve devant un groupe de tacherons jouant des morceaux sans saveur avec une sorte de conviction forcée. Le chanteur et son chapeau ridicule a beau faire le clown et dépenser une incroyable énergie pour faire bouger le public (à force, il y arrive… ), un sentiment de vague ennui s’installe, seulement bousculé par quelques morceaux plus nerveux et moins passe-partout. Dommage !
Deerhoof :
Comme au Printemps de Bourges en avril 2007, les Américains de Deerhoof ont réussi à emmener le public dans les méandres de leur inspiration tortueuse et surprenante. Deerhoof, c’est un peu comme si Yoko Ono jouait avec Sonic Youth dans un uivers parallèle... La Japonaise Satomi Matsuzaki (basse vrombissante, chant haut perché) et ses acolytes, respectivement guitariste et batteur, semblent improviser des morceaux diaboliquement structurés. La pop, le rock bruitiste, le jazz sont passés dans la centrifugeuse Deerhoof pour obtenir un résultat complètement vrillant, joué avec un sourire au lèvres et en toute simplicité. La prétention ne fait en effet pas partie de l’attirail de ce groupe d’extra terrestres, qui se contente de jouer sa musique barrée avec une sincérité plus que touchante…
Queens Of The Stone Age :
Revoir les Queens Of The Stone Agedeux ans après aux Eurockéennes ne pose aucun problème tant ce groupe surpuissant est une véritable usine à tubes heavy pop rock. Josh Homme est toujours le frontman le plus cool de la Terre ; normal, il sait qu’il a un singulier talent pour écrire des morceaux percutants, un don pour le chant et la guitare, sans oublier un charme vénéneux qui opère immanquablement sur la gent féminine. Porté par un son divin et un groupe impeccable, les Queens Of The Stone Age de Mr Homme ont encore une fois dégagé une énorme impression de force et de classe. La présentation des meilleurs morceaux d’Era Vulgaris, le dernier opus du combo, agrémentée de titres plus anciens a propulsé au paradis le public réuni devant la grande scène des Eurocks. Chaque titre est mieux joué, mieux interprété que le précédent, déjà incroyablement bon… ça ressemble au bonheur ! Cerise sur le gâteau, les musiciens et leur leader semblent prendre un pied incroyable à se produire sur les planches. Contrairement à Marilyn Manson (aperçu ici même la veille pour un show au rabais), les Queens Of The Stone Age ont le rock ‘n roll viscéralement ancré en eux, et ça se sent, ça se voit… et ça s’entend. Vivement le prochain rendez-vous avec les QOTSA !
The Hives :
Juste après, les Hives, leurs hits punk rock/pop et l’humour bravache de leur leader insaisissable ont fait un triomphe sur la presqu’île du Malsaucy. Hate to say I Told you so, Main Offender, Aka IDIOT, et tous leurs tubes s’enchaînent admirablement, entrecoupés des discours volontairement débiles et arrogants du chanteur/cascadeur (il escalade plusieurs fois les murs d'enceintes, et descend souvent chanter pour les premiers rangs)/humoriste… Le seul « petit » hic, c’est le son - beaucoup trop fort - qui a gâché de nombreux morceaux, la basse couvrant les guitares et le chant. C’est bien dommage de ne pas avoir gardé le même volume et la même balance entre les instruments que les Queens Of The Stone Age, qui sonnaient puissants mais pas assourdissants… Est-ce le traditionnel péché d’orgueil ou complexe d’infériorité du groupe voulant impressionner la galerie par un fort volume, pour compenser un manque de puissance ? Sans doute que non, car les morceaux des Hives sont excellents, et les titres inédits à paraître sur leur nouvel opus sont, eux aussi, imparables. Nous sommes là probablement en présence de l’incompétence crasse d’un ingénieur du son. Pour nous avoir en partie gâché ce formidable concert, on proposerait volontiers qu’il soit pendu par les couilles sur une place publique ou obligé de travailler avec un groupe français annoncé le lendemain, Tryo (ce qui doit être aussi douloureux)… Mais, plus sérieusement, on se contentera d’attendre des jours meilleurs (à Rock en Seine, fin août ?) et de partir se coucher pour profiter pleinement de la dernière journée des Eurocks 2007, en pensant au superbe concert des Hives au Zénith en 2005.
Après une bonne nuit de sommeil et diverses activités reposantes, retour sur le site pour une journée qui s'annonce riche en cadors du rock, mais aussi en divers espoirs à confirmer. Côté ciel, on est plus près de la canicule que du déluge - Libé nous a promis un climat intermédiaire mais sait-on jamais, il est déjà arrivé ici qu'on ait plutôt les deux le même jour !
Samedi, un p'tit black en survet' tient tête à aux dieux du rock en scène
On rejoint Joeystarr, déjà vu et apprécié cette année en salle, qui harangue la foule en lui rappelant opportunément l'existence d'un problème - parmi d'autres - dans ce pays désormais de droite : So so so, solidarité, avec les sans-papiers ! qu'il enchaîne avec sa chanson sur la question Hot, Hot. Puis il nous sort son magnifique et terrifiant Métèque au son un peu en surchauffe (il faut dire qu'il est aujourd'hui accompagné d'un vrai groupe batterie-basse-guitare, les Enhancer). Il met en tout cas la grosse ambiance, incomparable avec celles des peigne-culs du WTC la veille.
La méchantissime Bad Boy est soutenue par une basse tellurique, et il la fait en entier cette fois-ci, tout autant que cette histoire de 9-3 qu'est d'la Bombe, bébé à base de Po po po po (qui réjouit les fans de son ancien duo). Il a le bon goût de moins provquer le public (qui n'est pas le sien) qu'en salle. Cela dit la célébration de la Seine St-Denis, ça devient un peu lourd sur 93 déboule. On s'éloigne discrètement pour écouter encore Carnaval (où il arrive à faire brasser la fosse, à gauche, à droite). On le quitte sur Pose ton Gun 2, toujours sympa en live même si on fatigue un peu. "Quoi qu'il en soit" (comme il le dit toutes les 2 phrases), force est de constater que le Jaguarr a bien repris sa carrière en main !
La grosse déception d'aujourd'hui sera Cold War Kids, pourtant pas désagréable sur album : le groupe de pop US pianistique est emmené par un sosie de Woody Harrelson (en moins beau), ce qui complète il est vrai le couple de tueurs nés avec Juliette Lewis hier. Hélas sa voix criarde et approximative s'avère rapidement pénible, il a d'ailleurs du mal à emballer le chapiteau même avec ses "tubes" Hang me Up to Dry ou We Used to Vacation. La vague parenté avec les White Stripes sur disque ne s'entend pas, un oeil sur le guide et nous trouvons un objectif pour fuire ce groupe qui n'a décidément de chouette que le nom !
Direction la loggia donc, pour passer un moment agréable avec Blanche, quatuor de country avec saillies rock authentiques (généralement sous forme de courts pétages de plomb en fin de chanson), adoubé par Jack White. On y reconnait le guitariste des explosifs Raconteurs/Greenhornes, avec son look de nerd improbable et aujourd'hui mandoliste. Look assez rigolo, voire énorme, pour ce groupe de personnages qui semblent tout droit sortis d'un (ou plusieurs) film des frères Coen, d'autant plus que le chanteur a une tronche ...Turturoesque. Jolies mélodies, chanteuse ravissante dans sa robe Scarlett, country pas trop crottée des pieds, Jack avait raison : l'expérience est convaincante.
Après la country, l'inévitable concert de pop-à-guitares (nous avons un ami gravement addict à ce genre de choses) mais coup de bol, celui-ci en est un (des rares) qu'on aime : Editors sans The, qui s'avère vieillir mieux, au rayon "enfants de Ian Curtis", que les épuisants Interpol ou les infects Bloc Party. Découverts pour moi en petit comité à Rock en Seine l'été dernier, la pop racée et volontiers discoïde, les guitares vrillantes typiques des éditeurs, font merveille en festival, au point que c'en est un plaisir d'assister à l'ensemble du concert.
Notre ami popaguitaropathe prend donc un pied énorme (comme nous) en enchaînant air drums, puis air guitar, sur les superbes titres que sont les déjà classiques Munich, Blood, Lights... Ainsi que sur The Racing Rats issue du récent et très prometteur nouvel album (acheté dès notre retour !). Pour ne rien gâcher le chanteur est pêchu, charismatique et terriblement efficace : il emballe définitivement l'assistance sur un Fingers in the Factories final de haute volée. Décidément, ces mecs ont la classe et vous tiennent une grande scène aussi bien qu'une petite...
On rate donc l'arrivée sur scène d'Abd Al Malik, slammeur talentueux qui a en plus le bon goût d'être accompagné d'un groupe de jazz, et l'un des objectifs majeurs du jour. Plus jeune que ce qu'on pensait, et plutôt petit dans son survet', la scène paraît d'abord trop grande pour lui. Sauf qu'à la force de son flow et grâce à son groupe de cadors (on pense au regretté St Germain), Soldat de Plomb et 12 septembre 2001 lui suffiront déjà pour tenir le chapiteau dans le creux de sa main - on avait pas du tout soupçonné sa formidable popularité ! Suit le trip-hop de Rentrer chez moi (rentrer, déjà, t'es sûr ?) et sa sublime ré-interprétation des Autres - le chapiteau prend officiellement feu sur le terrifiant afro-beat de Gibraltar.
Après avoir raconté la très déprimante bavure Saigne, il remet le couvert afro avec le Grand Frère ; il n'a plus qu'à présenter ses musiciens et recueillir un triomphe, qui semble l'étonner et le bouleverser lui-même. Je ne sais pas si un public de rappeurs (souvent dûrs avec le slam) lui ferait un tel accueil, en tout cas les Eurockéens sont en parfait délire. On savait déjà ses textes conscients et matures, moins gentils que ceux du sympathique Grand Corps Malade - il s'avère que la prestance scénique du strasbourgeois le place d'entrée dans la cour des grands. Sûr qu'il s'en souviendra, le petit black du Neuhof, de ses Eurockéennes, à tournoyer comme un derviche sous des acclamations assourdissantes... Labellisé confirmation du jour !
Après ça, et après les excellents Editors, dûr de s'intéresser à ce qu'on pourrait appeler (sans méchanceté) de la division 2 de pop-rock : les Maxïmo Park qui jouent sur la Plage ne déméritent pourtant pas. Compositions carrées et plaisantes comme Book from Boxes ou Graffiti, le groupe a un leader sympathique et enjoué, à défaut d'être flamboyant, en la personne de Paul Smith. "What a nice festival !" sera hélas une des seules choses comprises dans ce qu'il raconte à longueur de temps avec un accent horrible. Une fin plus entraînante nous laissera finalement convaincus. Plus en tout cas que par les Phoenix entendus de loin, et qui eux semblent sonner tout pourri, on dirait du U2...
Mais voici venue l'heure de la tête d'affiche, enfin pour les moins eurockéens du public, et qui justifie sans doute la présence de ces tous petits auditeurs sur le site aujourd'hui : la délicieuse Olivia Ruiz, bizarrement programmée sous un chapiteau trop petit et qui dégueule littéralement (le chapiteau, pas Olivia !). Perdant un peu le côté intimiste et impudique de ses concerts en salle, reste son rock français efficace et consensuel : qu'elle joue Quixote, le twist pogo J'aime pas l'amour, et la très rock Goutez-moi, et le public tout acquis à sa cause est déjà aux anges.
Alors évidemment, connaissant les auteurs de ses chansons, on est guère surpris par ses guests : le grand Christian Olivier pour Non-dits (on le revoit hurlant ici même unplugged avec ses Têtes Raides dans un tempête déchaînée, lors de la fameuse journée annulée de 2001), puis le formidable Mathias Malzieu (la seule personne au monde à avoir parcouru 2 fois le public entier de la grande scène en crowd-surfing) pour I Need a child. Plus étonnante, Adrienne Pauly (et non Catherine Ringer comme l'ont cru pas mal de gens, le journaliste de Libé y compris - il faut dire qu'elle l'imite bien) viendra interpréter un chouette Marcia Baïla. On écoute avec plaisir Thérapie de groupe et la jolie J'traîne des pieds, mais il semble que nous ayons une suffisamment bonne excuse pour nous éloigner pendant qu'elle triomphe sur son hit radiophonique La Femme chocolat.
Parce que bon, ok, Queens of the Stone Age, on les a déjà vus 2 fois dans d'excellents prestations, dont ici même en 2005 (pour l'anecdote, on nous voit même sur plusieurs plans de la vidéo, hi hi !), mais leur dernier opus Era Vulgaris est quand même venu nous rappeler, s'il le fallait, qu'ils étaient toujours (et j'assume cette affirmation) le meilleur groupe de rock sur scène du monde actuellement ! En plus cette fois-ci, c'est la nuit et c'est notre première nuit avec eux... Et ceci même si le groupe a toujours une géométrie très (trop) variable.
Exit le guitariste à tête de tueur à gages, exit la claviériste (dont la plastique nous manquera, snif...). Sans même parler du gotha qui a défilé par le passé dans ce groupe (et qu'on a même pas vus sur scène) : Dave Grohl, Nick Oliveri, Mark Lanegan... Reste donc le cerveau, le beau bébé rouquin Josh Homme, ainsi que ses acolytes Troy van Leuwen et Joey Castillo, comme seuls rescapés du line-up précédent. Et qui donnent le ton en commençant avec Burn the Witch : fini de rire, ça va être moins pop que sur la tournée Lullabies to paralyse ! T'en veux pour ton argent, du rock qui tabasse grave, et sans aucune facilité métal - pas trace de power-chord, encore moins de vulgaires doubles batteries, et même pas besoin de crier ?
Eh bien prends-ça, quelques titres en vrac et à peu près dans l'ordre, envoyés à une foule hébétée et en transe (on ajoutera pas d'adjectifs cette fois-ci aux chansons, disons que c'est juste une série de tueries) : Little Sister, Battery Acid (oumphhh) ,Turning on the Screw, In my Head, Go with the Flow (gargllll), I think I Lost my Headache (jamais entendu en live auparavant), Sick Sick Sick (arghhhhh), Mexico (une vieille ?), 3's & 7's (pitié, Maître) , No one Knows, Misfit Love (...couic !). Rien à signaler : les QOTSA nous laissent K.O. debout. "Comme d'hab". Vite, vite, un rafraichissement ! Temporairement saoûlé de musique, on passe un bon moment à blaguer avec Pierre Andrieu et ses compères - pour une fois qu'on ne se croise pas en coup de vent au début d'un concert ! On évite donc les sujets qui fâchent : Nosfell et les Pixies...
Le problème est qu'on est pas complètement tiré d'affaires en matière de violence gratuite : restent The Hives, le meilleur groupe de punk'n'roll du monde et qu'on attend de voir depuis des années ! Sans pitié et comme si on venait pas déjà d'en prendre plein la tronche, voilà donc que Pelle Almqvist et sa bande en noir et blanc en chemises, moustaches, bretelles et autres cravates classieuses, au mépris le plus élémentaire des règles de courtoisie, nous resservent de force un plâtrée de grenades dégoupillées, et qui plus est en les jouant exactement comme se joue ce style de musique : avec tous les potards à 11...
Le très agité chanteur a en plus plein de choses à nous raconter : il profitera par exemple de l'extraordinaire A.K.A. Idiot pour nous rappeler qu'elle fut composée en 1997 (mais quel âge pouvait bien avoir ce petit con à l'époque ?). Il se moquera aussi de notre "typically french disorganization" pour nous faire traduire Two-timing touch and broken bones (comme si qui que ce soit comprenait, ou voulait comprendre ce que ça signifie...). Il baragouine même parfois dans un franglais déconcertant et drôle ("La moon est full, we are le Hives and vous êtes le Rockéennes !"), quand il n'est pas trop occupé à grimper sur le premier rang ou à escalader les piliers de la grande scène.
Que peut-faire un tel groupe d'autre, je pose la question, que d'aligner sans coup férir ses petits bijoux, que des générations de punk-rockers vont vraisemblablement copier ensuite pendant 20 ans ? Il est à peine croyable qu'un seul groupe ait pu composer des singles aussi évidents et jouissifs que Walk Idiot Walk, Main offender, Outsmarted, Die ! Allright, Supply & Demand, Here We Go Again, Hate to Say i told you So... Et toutes sont jouées de façon absolument pétaradante, servies chaudes comme de la braise à un public exsangue... La banquise menace de fondre et les Hives habitent en Suède ? Je dis que ce n'est pas une coincidence, il faut éloigner ces barjos d'urgence, leur leader taré en tête. Encore une claque donc, nous repartons mourants de bonheur et de fatigue.
Et évidemment dans ces cas-là et à 2 heures du matin, seul un truc comme Digitalism peut encore vous arracher de l'énergie. Le duo allemand, moins flamboyant que Justice, est aussi moins flambeur et met une ambiance parfaite avec un son irréprochable, avec ses tubes électro-rock en devenir : In Cairo, Zdarlight, The Pulse, ou plus encore la phénoménale Anything New, d'autant plus relevée et légitime aux Eurockéennes qu'elle comporte du chant et de la batterie jouée en live ! Les enchaînements ne sont pas toujours terribles mais au moins ils permettent de respirer entre la vrillante Idealistic et le single Pogo. Soit un deuxième concert d'électro rock qui nous a tué au moins autant que le premier !
Alors après un tel enchaînement d'excellents concerts, force est de constater que ce samedi fut sans doute la meilleure journée et la plus dense de l'édition 2007 des Eurockéennes. Qu'on aime le rap, la pop, le rock stoner, la country, le slam, la chanson français, le punk-rock ou l'électro, il y a eu à boire et à manger... Y'a pas à tortiller, les programmateurs de ce festival sont décidément des génies.
Illustrations par Philippe
Toujours des petites vidéos de tous ces concerts, c'est par ici !
Une entrée en matière plutôt réussie pour les Eurockéennes de Belfort 2007… En ce vendredi 29 juin humide, le site du festival est bien rempli, avec une public bigarré (hypsters, fans de musique en général, gens plus âgés venus pour faire la fête… ) comme tous les ans dans le Territoire de Belfort. Au milieu de la foule, impossible toutefois de manquer la horde de jeunes gens gothiques qui arpentent les alentours de la grande scène en attendant l’arrivée de la tête d’affiche du jour, Marilyn Manson, alias l’antéchrist en personne…
Archie Bronson Outfit :
Mais avant « l’événement » de la soirée, prévu à 0H30, pas le temps de s’ennuyer. Sur la scène placée à côté de la Plage de la presqu’île du Malsaucy Archie Bronson Outfit délivre un set percutant, dans la lignée du Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, la grande influence des Anglais… Sorte de blues rock râpeux et free, la musique d’Archie Bronson Outfit appelle inexorablement à la transe sonique. Chant habité de chaman, magma de guitares démentes, rythmiques surpuissantes et saxophones débridés produisent un incroyable effet hallucinogène sur le nombreux public ayant préféré fuir le très dispensable hard rock sans saveur de Juliette & The Licks sur la grande scène. En plein jour, sous un ciel couvert, avec une brise fraîche, Archi Bronson Outfit marque les esprits ; on n’ose imaginer l’impact du groupe dans un club intimiste et bondé…
Wu-Tang Clan :
Quelques instants plus tard, sur la grande scène, le Wu-Tang Clan présente un show best of à l’américaine assez réjouissant. Les rappeurs américains semblent contents de se produire ensemble pour relever les compteurs du hip hop façon gangsters. Bien aidé par un DJ pas maladroit, la troupe - qui hurle des onomatopées fédératrices, rappe en groupe et fait le show avec une certaine conviction - emporte rapidement l’adhésion du public. Le côté je m’en foustiste et branleur du Wu-Tang Clan, s’il est toujours présent, semble s’être atténué : le collectif assure un set remuant et plutôt nerveux. Un set bien loin du foutage de gueule intégral de sa prestation lamentable au festival Rock à Paris au Parc des Pinces en 96 où, ivres morts au Champagne, les rappers avaient fait bien pâle figure. C’était du temps où Old Dirty Bastard était encore vivant… En 2007, il est sans doute toujours en train de déconner mais plus sur Terre ; il est désormais au paradis des gangsters… ET le Wu-Tang Clan 2007 lui rend un vibrant hommage en jouant de vieux titres mythiques, une attention saluée avec enthousiasme par l’assistance… Au final, un concert pro et plutôt convainquant d’un Wu-Tang emmené par un souriant Method Man.
Amy Winehouse :
C’est le moment de rejoindre avec empressement le chapiteau pour assister à la grand messe soul d’Amy Winehouse, une anglaise fervente disciple de Billy Holyday, Aretha Franklin, des Supremes et des Shangri-Las. Bien accompagnée par un impeccable groupe rhythm and blues/soul, l’ingérable nouvelle égérie de la soul pop chante divinement dès les premiers morceaux, mais conserve malheureusement sa moue très boudeuse pendant la première moitié du set. C’est un peu comme si elle était en pilotage automatique… Mais l’essentiel est là : des morceaux superbes entre soul, jazz et pop sixties, et une voix à donner des frissons. Après quelques verres et de nombreuses remontrances à ses hommes en coulisse, la bad girl se décontracte enfin et sourit furtivement au détour d’un couplet ou d’un refrain. Elle semble désormais parfaitement connectée avec l’émotion dégagée par ses chansons remplies d’âme. Un grand moment donc que ce concert ! A revoir très vite dans un cadre plus intimiste si possible, même si le décorum classieux adopté pour cette tournée nous a rappelé un club de jazz de New York ou New Orleans…
Les Rita Mitsouko :
Puis c’est au tour des Rita Mitsouko nouvelle formule de faire leur show sur la grande scène… Comme d’habitude, c’est Catherine Ringer qui assure sur le devant de la scène avec sa voix et ses danses improbables, laissant Fred Chichin derrière ses lunettes de soleil et sa guitare électro acoustique quasi inaudible. D’entrée, on observe que le groupe réuni pour cette tournée est de meilleure qualité que le précédent qui sonnait franchement « variété funk ». Là, la tonalité est plus rock/pop, mais si subsistent malheureusement quelques scories variétoche frenchy. On remarque également que les nouveaux morceaux passent plutôt bien la barrière du live, même s’ils ne déclenchent pas des bouffées de joie comme C’est comme ça et Andy, joués à la grande joie du public. Pour promouvoir la sortie de Variety, les Rita Mitsouko proposent un set professionnel et consensuel qui laisse malgré tout une bonne impression, grâce à l’étourdissante Catherine…
Young Gods vs Dälek :
La rencontre des mythiques suisses indus des Young Gods et du rapper bruitiste Dälek a tenu toutes ses (nombreuses) promesses ! En injectant une bonne dose de hip hop aventureux dans le rock indus de ses acolytes, Dälek réussit à propulser leur musique dans le 21ème siècle, gommant par là même le côté daté de certaines sonorités électroniques des derniers travaux des musiciens emmenés par Franz Treicler. La guitare acoustique trafiquée d’Alain Monod, la batterie sèche de Bernard Trontin, la guitare électrique bruitiste et le chant habité de Treicler se mêlent superbement aux parties rappées nocives et aux cataclysmes sonores déclenchés par Dälek… Pour créer de remarquables tableaux soniques aux humeurs tempétueuses. Chaque titre des Young Gods ou de Dälek s’en trouve joliment réinterprété et les morceaux originaux créés pour l’occasion sont captivants. Une belle réussite donc que cette création exceptionnelle !
Marilyn Manson :
Prévu pour durer 1h30 (de 0h30 à 2h), la grand messe satanique de Marilyn Manson n’a en fait duré qu’une petite heure (rappel compris !), le démoniaque chanteur étant arrivé 15 minutes en retard et reparti un quart d’heure plus tôt. C’est sans doute le sens du respect du public à l’américaine. Manson déchaîne pourtant toujours autant les passions, il suffit de compter le nombre impressionnant de fans grimés à son effigie. De nombreuses personnes ont en effet fait le déplacement à Belfort uniquement pour Manson. Malgré ce dévouement, Marilyn Manson se plait à traiter son public comme de la merde, et celui-ci, en bon masochiste, en redemande… Il faut dire qu’entre l’arrivée et la sortie de scène, le show est plutôt de bonne qualité, même si les grosses ficelles se voient parfaitement : c’est de l’entertainment avant tout, un spectacle pseudo métal sans subversion aucune. Manson arrive avec un micro prolongé par un énorme couteau de boucher, il fait mine d’étrangler son guitariste quand il n’hurle pas (plutôt bien) dans celui-ci, il se roule par terre théâtralement, fait mine de monter ses fesses !!! Hou la la, c’est très choquant ! Il faut vraiment être une vieille bigotte de 79 ans pour être choqué par ça… Cela dit, le spectacle grand guignol tient la route, les morceaux sont souvent percutants et joués de manière rock ‘n roll, même si cela manque tout de même un peu de frisson et d’inspiration… En plus, il faut se farcir les sempiternelles reprises tartes à la crème - Sweet Dreams et Tainted love -, avant d’avoir droit à quelques vieux titres aux riffs malsains. Marilyn Manson propose un show parfait pour Halloween, idéal pour faire fantasmer les adolescents mais, après, quand on rentre dormir, aucun risque de cauchemar, de pensées torturées ou malsaines ; on dort à poings fermés du sommeil du juste… Tant mieux : demain la journée promet d’être chargée sur la presqu’île du Malsaucy.