Le trio lillois
Lazzi débarque devant trois pelés et un tondu. Leur nom signifie "moquerie" en italien, mais ils n'en récolteront aucune. Les morceaux de
Lazzi, oscillant entre power pop et pop intimiste, sont réussis et recueillent l'adhésion du public. Leur principale influence ne semble pas être les ignobles
Motlëy Crue : les musiciens sont très sobres, voire minimalistes dans leur jeu de scène. Les textes chantés en français sont plutôt sympathiques et parfois drôles. Parfois au cours du concert, le guitariste chanteur passe aux claviers pour les titres les plus calmes et les plus personnels. Un bon moment entre gentlemen...
Calc.
Les cinq membres de
Calc arrivent ensuite et nous hypnotisent d'entrée avec leur pop délicate et ciselée. C'est agréable de voir une bande de gringalets sur scène : ça prouve qu'on peut monter sur les planches sans tatouages sur les biceps, avec un physique "normal". Ils sont plutôt décontractés : nous avons droit à moult accordages de guitare (ting, tiinng, tiiinnnggg...) et à quelques problèmes de grésillements avec le matériel. Le professionnalisme règne, par contre, dans les compositions, toutes très réussies. A cause de la voix, on pense à
Elliott Smith mais aussi aux chansons des
Beatles les plus calmes. Le son de claviers, très cheap, est un véritable enchantement pour les oreilles : les interventions de cet instrument sont très discrètes mais apportent un petit plus magique. A la fin du concert, on est tout engourdi, comme si on se réveillait après avoir fait un rêve fort agréable...
Juste après, le concert de
Married Monk, malheureusement sans rappel, sera un pur bonheur du début à la fin. Comment font-ils pour composer à la pelle de telles merveilles ? Les chansons de
The Married Monk sont vraiment bouleversantes de beauté. La voix du petit chanteur à lunette d'origine américaine -
Christian Quermallet - rappelle parfois celle de
Stuart Staples des
Tindersticks. Ce gars-là a la grande classe : dès qu'il s'approche du micro, on est subjugué ! Le guitariste chanteur d'origine italienne -
Fabio Viscogliosi - se débrouille pas mal lui aussi ; il nous captive avec ses sobres interventions guitaristiques et sa voix, très agréable aussi. Comme chez
Calc, les claviers antiques sont de sortie : ils sonnent comme un orgue Hammond et créent une ambiance cotonneuse et onirique. Le fantôme de
Calexico traverse les musiques. Si tout le monde s'y met, moi, je vais fondre en larme... Pas une faute de goût, pas un accroc, ce groupe est véritablement constitué d'extra-terrestres.
Jean-Louis Murat, qui s'y connaît, est d'ailleurs resté pétrifié contre la barrière pendant tout le concert. Ne vous fiez pas à l'ignoble pochette et au titre peu engageant ("R/o/c/k/y"), chaque personne de goût doit posséder le dernier chef d'oeuvre des
Married Monk dans sa discothèque !
Aujourd'hui et maintenant,
Expérience, aka
Michel Cloup ex-
Diabologum, est venu philosopher avec son manuel de Terminale et ses guitares à la
Lee Ranaldo et
Thurston Moore (vivement un concert de
Sonic Youth à la Coopé !). Mais ne nous emportons pas et effectuons un léger retout en arrière : le concert de
Diabologum avant
Frank Black en 1995 avait provoqué chez moi un fou rire ininterrompu d'une demi-heure... Les paroles pseudo intello déclamées sur un ton prétentieux valaient assurément le détour. Quelques années plus tard,
Michel Cloup retombe dans ce travers, et à pieds joints en plus ! Le morceau "Entre voisins" est un summum du genre : pourquoi prendre ce ton hautain et chiant pour parler ? Sur ce morceau, la musique qui rattrape le coup en général, est au diapason : une véritable purge ! La salle se vidant inexorablement, monsieur Cloup, qui a quand même de l'humour, propose que quelqu'un aille chercher une table et du pâté pour pique-niquer au milieu de la salle, entre Inrockuptibles.
Quand le chant s'énerve et perd son côté agaçant et que les deux guitares créent un mur du son, le son d'
Experience est pourtant assez jubilatoire. Le meilleur titre, "Aujourd'hui maintenant", me donne une envie pressante de pogoter mais, tout seul, ça ne va pas être possible. La musique, très accrocheuse, fait oublier le texte :
"Qu'est qu'on est con à 20 ans, c'est clair. Mais quel plaisir on y prend, tu te rappelles. Toujours à contredire, nous deux contre la terre entière. Ce qui me rassure : on est encore capable d'en faire autant, aujourd'hui, maintenant." Alors là, chapeau bas ! Spinoza, Kant et Hegel vont se faire bouter hors du programme de philo par ce jeune trentenaire toulousain ! C'est dommage que le texte soit si cul-cul car la musique, c'est de la bombe.
Le show se termine par la chanson "Ceux qui aiment le jazz" où
Michel Cloup hurle en boucle "Des kilomètres de phrases, pour ceux qui aiment le jazz". Il finit à genoux en hurlant comme un possédé. J'aime bien ce chaos mais les stromboscopes pendant 7 minutes, mes yeux ne supportent pas. J'écoute la fin derrière les portes, à deux doigts de la crise d'épilepsie.
Les 50 spectateurs survivants réclament un rappel. Monsieur Cloup revient seul avec un synthé et nous inflige le morceau le plus abscons de la soirée. En fond de scène, il projette ses films de vacances... Il n'a pas oublié d'accélérer et de mettre du flou pour faire arty : il est vraiment très fort ! Nous sommes désormais 45, le groupe au complet revient, moi, je m'en fous, je suis insomniaque, alors...
Expérience reprend "Seule la musique" du fou furieux
Costes. Bonne initiative, il fallait oser reprendre un titre de l'homme aux 70 albums dont le rêve est de s'auto-enculer... La soirée se termine par un titre archi-bruitiste qui agresse bien les trompes d'Eustache.
Marrant, ce concert, même si parfois c'est involontaire. Bravo pour avoir fait un rappel devant aussi peu de gens. Je rentre avec une migraine monstrueuse, certes, mais en ayant passé un soirée de fort bon aloi.