Retour annuel à la Fiesta des Suds, festival-qui-n'en-est-pas-un dont on adore détester l'organisation depuis ses origines, mais qui arrive toujours à nous forcer, au moins une fois, à venir y faire un tour, par son affiche toujours riche et variée. On leur sait par exemple gré d'avoir réussi à programmer, une dernière fois à Marseille en 2008, .../...
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Retour annuel à la Fiesta des Suds, festival-qui-n'en-est-pas-un dont on adore détester l'organisation depuis ses origines, mais qui arrive toujours à nous forcer, au moins une fois, à venir y faire un tour, par son affiche toujours riche et variée. On leur sait par exemple gré d'avoir réussi à programmer, une
dernière fois à Marseille en 2008, le Commandeur
Alain Bashung, qui avait certes chanté dans des conditions difficiles - et devant un public en partie indigne de ce grand honneur... Mais quand même, qui avait chanté à la Fiesta des Suds, avant de nous quitter.
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Pour être juste, et un peu aidé par une jauge seulement à moitié remplie, on a passé cette année une soirée très agréable en terme d'organisation ! Abeulibeubol : influence bénéfique de Marsatac, peut-être ? Cette année, miracle, il y a des tickets de boisson faciles à acheter, il n'y a plus que des gobelets consignés, il y a des toilettes sèches et des navettes pour ramener les gens, il y a une estrade pour les handicapés (qu'avait oublié Marsatac sauf erreur), le son est bien réglé, cette scène plutôt dégueulasse sous la passerelle d'autoroute a disparu (en même temps que la passerelle il est vrai) et enfin, le snack thaï est toujours là... Que demande le peuple ?
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En tout cas si on est venu ce soir, c'est bien pour voir le grand
Christophe, ben ouais, et quitte à subir des sarcasmes de gens qui ne connaissent pas son oeuvre (hors période yéyé), sa sensibilité exacerbée, sa classe innée et son magnifique dernier album
Aimer Ce que Nous Sommes. Laissons-les rigoler, de toutes façons ce soir-là c'était ça ou
Johnny au Dôme, déjà fait, alors... Il entre d'un pas plutôt raide, va s'asseoir et se présente en tant que
Beau Bizarre, avant d'envoyer directement une grosse cartouche :
Mal Comme, chanson sur le temps qui passe et l'acceptation de soi vieillissant, c'est vaguement kitsch mais surtout superbe d'entrée car son groupe, tout à son service, l'appuye admirablement.
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Très plaisante aussi en plus planante avec guitares éthérées (voire un peu étouffées),
T'aimer fol'ment, de sa voix aigüe et gémissante inimitable. Qui à part lui pourrait chanter "T'aimer follement, mon amour, pour toujours" sans être grotesque ? Il pourrait même s'en tirer seul avec une guitare (il le fera d'ailleurs plus tard), mais en plus l'orchestration est extrêmement riche et travaillée :
Tandis que, revue noisy et pop en live, fait merveille, alors peu importe qu'il rate quelques paroles de temps à autre, pas vrai ? Son
Stand 14, plus électro et assez fascinant, n'est pas plus incompréhensible qu'en disque. De plus, le public est ce soir largement quadragénaire ou plus, tout acquis à sa cause et sous le charme, pas là par hasard en somme (ça nous change, à la Fiesta), c'est donc un vrai plaisir et une vraie communion.
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Décidément son nouvel album est à l'honneur, avec
Tonight tonight, pratiquement instrumentale et franchement kitsch mais sympa, où il mange les rares paroles. Toujours assis, on s'aperçoit qu'il est encore plus raide que l'Idole des Jeunes (qui lui rend pourtant deux ans...). Qu'importe, le piano de
Parle-lui de moi s'envole autour de sa complainte, et c'est superbe : on envisage que l'homme tient plus de la stature de poète maudit, qu'il partage avec
Daniel Darc (et plus grand-monde d'autre hélas...), que de celle de Johnny (avec qui il n'a en commun que le crucifix). Une intro rock en trompe-l'oeil nous fait croire aux Mots bleus, dans une grande clameur, avant d'enchaîner sur
Le dernier des Bevilacqua. Le moment est venu de s'absenter (mais on reviendra) puisque, hélas, le
Staff Benda Bilili joue à la même heure.
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Il n'est pas question de rater le groupe congolais une deuxième fois, après les Eurockéennes où je les avais croisés, ça ne s'invente pas, au village pro sans les connaître : il faut dire que 6 blacks handicapés roulant chaises et portant instruments, ça se remarque ! A cette occasion, on nous l'avait vendu comme "mieux que Tricky" : c'est un peu exagéré mais en tout cas c'est nettement plus speed ! On passe un bon quart d'heure à admirer ces musiciens, aux instruments étranges et aux musiques endiablées.
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Entre rumba, afro, cubana et blues, le Staff communique une belle joix de vivre (pourtant, avoir la polyomyélite à Kinshasa, on fait mieux comme chances de départ dans la vie...), et fait oublier béquilles et fauteuils en moins de 5 minutes. Comme le remarque finement mon camarade de soirée, ils sont même pour certains carrément plus mobiles que M. Bevilacqua lui-même, qui dansant dans et avec son fauteuil roulant, qui gesticulant son propos du haut de ses béquilles... qui maltraitant son minuscule instrument, composé d'une boite en fer, d'une tige et d'une corde, et sonnant comme une flute !
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Ils jouent quand même aussi des chansons douces et tristes (je pense avoir entendu
Sala Keba), mais l'ensemble est quand même plutôt branché sur 100 000 volts (voir par exemple
Moziki)... Tant et si bien qu'on remarque à peine les 2 valides qui les accompagnent dans l'ombre. Dans tous les cas, c'est interprété avec assez de conviction et de justesse pour que les émotions passent, amoureuses, dépitées, guerrières, sans avoir besoin de parler la même langue... On ne pourra pas rester trop longtemps, mais c'est une révélation en tout cas : pour réveiller vos mariages, enterrements, aïds et bar-mitzvahs, pensez à
Staff Benda Bilili !
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Retour chez
Christophe cependant, juste à temps pour un enchaînement de titres oubliés, mais qui sont bien de lui, merci :
Les Paradis Perdus - le synthé sent un peu la naphtaline des 80's, mais la chanson est belle et ... Christophissime. Autre passage obligé qu'on avait pas soupçonné,
Señorita accompagné d'une seule guitare, et
Les Marionnettes, toutes deux reprises par un public aux anges, les bras levés.
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Et juste au moment où l'on commence à vibrer, coup de grâce :
Les Mots Bleus bien sûr, l'une des plus belles chansons en langue française, céleste et bouleversante, qui chavire l'ensemble de l'assemblée, en un mot : sublime. Et la conclusion sur
Aline bien sûr, madeleine de proust d'un public pratiquement ému aux larmes, croonée à l'extrême limite entre le grandiloquent et le bouleversant (voir vidéo en fin). Magnifique moment que ce concert, qui aura tenu toutes ses promesses, et même davantage.
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Dans les couloirs, on croise et on re-croise avec plaisir la fanfare
Samenakoa, très orientée cuivres, et qui se bonifie avec les années depuis son départ de déconnade à la calanque de Saména. 12 personnes en tout, qui mettent une belle ambiance funky groovy dans l'esprit de CQMD... Idéal pour aller dépenser quelques tickets aux bars qui, absence de foule aidant, sont pour une fois agréables à fréquenter. On visite aussi rapidement les stands et projections militantes ainsi que la librairie de campagne, traditions heureuses respectées par les organisateurs de Latinissimo.
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On attend un bon moment que commence
Phosphène, sur le papier groupe de rock indé prometteur... La chanteuse fait une très belle entrée en vocalises (elle imite remarquablement Björk !), tenant des cordons lumineux. Mais quand les guitares s'y ajoutent, trop nombreuses et trop power-chords, ça s'avère moins original que prévu... Je ne suis pas expert, je dirais trip-hop emo ou emo-core, tendance Within Temptation bien plus que Björk ou que Eths, ce qu'on aurait préféré, ce n'est pas trop notre came, on ne s'attarde pas, en tout cas pas autant qu'au resto thaï qui sert toujours ses délicieux petits plats !
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Et l'on revient au grand chapiteau, avec un sens du timing remarquable, jeter un coup d'oeil à ce bon vieux
Khaled qui, bien aimablement, nous a gardé ses deux tubes pour la fin.
Didi en live avec un groupe très musclé autour de lui, derboukas et cuivres en avant (mais synthétiques, hélas), ça dépote et ça danse jusqu'au fond : très plaisant !
Aicha au rappel nous fera moins d'effet, un peu longue sans doute. En tout cas, 10 minutes avec l'Oranais au sourire inamovible (même si on dirait Trent Reznor sur l'illustration...) étaient juste ce qu'il fallait pour finir nos boissons et cette bien agréable soirée.
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On espère que le père
Karpienia pardonnera que, une fois n'est pas coutume, on lui fasse faux bond - il sait tout le bien qu'on pense de lui et qu'on a souvent écrit ! Retour au centre-ville efficace et rapide en navette, comme on dit, "èreutéhèmeu", tout contents de notre passage au Dock des Suds. Et du coup l'an prochain, pour une fois, on arrivera pas déjà énervé à la Fiesta ! Je ne croyais pas écrire ça un jour mais c'est le moins, après avoir été très dûr, et à juste titre, avec l'organisation pendant des années : bravo à
Latinissimo, en tout cas pour cette soirée de clôture très réussie, peut-être pas financièrement mais humainement !

Enfin, le projet de la Tour
Icade prévue pile sur l'emplacement du Dock ayant officiellement coulé, la Fiesta a de belles perspectives de développement si elle persiste dans cette voie... La compagnie
CMA-CGM affichant 5 milliards d'euros de déficit, qui sait si la Fiesta ne finira pas par avoir aussi à sa disposition les derniers étages de la ruine du phallus bétonno-capitalistique, arrogant et abandonné, pour un festival qui serait alors très, très aérien et arty ?
Illustrations de dépannage par Philippe, quelques vidéos-souvenir de la soirée par
ici !
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