Les Nantais de French Cowboy confirment à chaque concert leur statut de groupe de scène imparable. Les compositions signées Federico Pellegrini, excellentes sur disque, prennent une dimension supplémentaire en live : les ex-Little Rabbits habitent littérallement leurs morceaux country, folk, pop et rock.
Pour cette troisième et dernière journée, encore mal remis de la deuxième, vraiment énorme, il va nous falloir un sérieux stage de remotivation... Déjà parce que la première chose que nous voyons au lever, c'est qu'il pleut ! Petite pensée pour les campeurs (dont nous ne faisons plus partie - nous sommes bien au sec) : c'est pas parce que le camping propose de plus en plus d'animations qu'ils ne doivent pas se sentir un peu gâchés par ce vilain temps. Tout au long de la journée finalement, ce ne sera pas si dramatique, avec des ondées par intermittence mais pas de violentes averses. Une partie des amis ayant rendu les armes comme prévu, c'est en petit comité que nous arrivons sur le site, où l'effet "sold-out" se fait sentir dès lors qu'il faut se garer - la galère. A ce stade-là il n'aurait pas fallu trop nous chauffer pour rebrousser chemin - on aurait eu bien tort, la programmation des 20ièmes Eurockéennes recèle encore de bien belles surprises !
On gagne la plage sous une éclaircie pour les French Cowboy, dont tout le monde dit le plus grand bien ! On les connaît peu, sauf par la bande : en tant qu'ex-Little Rabbits, ex-accompagnateurs de Katerine et même ex-comédiens occasionnels (le batteur jouant le très rock'n'roll conducteur de Mustang du documentaire Belfort). Le groupe alterne les titres de pop-rock racé, de folk à la cool, et autre noisy rocks contondants (il va vraiment falloir se procurer leur premier album !), tandis qu'un impressionnant anaconda composé de manchons gonflables publicitaires traverse le public dans tous les sens. Composé de 3 types bien habillés... et d'un Deschien (le French cowboy donc ?), la bande ose même une agréable reprise du Back to Black d'Amy Winehouse après que le chanteur se soit équipé d'une petite blonde à qui déclamer sa poignante rupture... avant de nous quitter sur un rock invitant à exploser son groupe (Split the Band). Pas mal du tout pour un dimanche, et pour l'instant sans rincée !
Petite attraction intermédiaire sur le podium d'une marque de pile à lapins musiciens bien connus : un trio sympa de human beat boxes va nous ramoner un peu les écoutilles, avec notamment une imitation de Snoop Dogg et diverses pitreries comme un zapping de radio, sur des rythmes rap, électro, rock etc. Note pour plus tard : le concept du mini-concert de 10 minutes serait à creuser entre deux gros plateaux, ne serait-ce que pour fluidifier certains mouvements de foule : sur les petites scènes (Loggia et Plage), on fait couramment la queue dans les deux sens (entrée et sortie), à cause des gens qui ne veulent pas s'avancer, un peu comme s'ils allaient payer plus cher...
Mais voici la sensation hype du dimanche : MGMT (prononcez ... MGMT si ça vous chante, non mais pour qui ils se prennent ces p'tits salopards ?) qui sont 5 sur scène, avec des looks mi-nerd, mi-hippie (esprit lunettes carrées et/ou bandeau rose dans les cheveux). A défaut d'être entièrement réussi, leur album est il est vrai une agréable surprise : ce rock planant est exactement ce qu'il nous faut pour ne pas nous brusquer en ce début de dimanche fatigué. La tonalité de la voix, très habitée, rappelle par moments franchement les chevelus Lennon/Van Morrison (Weekend Wars et Pieces of What) chantant du Mercury Rev (The Youth) : référencé donc, mais très bien en l'occurence...
Les chansons se finissent par des montées psychédéliques maîtrisées et charmantes, certains titres sont allègrement réorchestrés sur scène, ce qui est très louable pour un jeune groupe ! La pluie ayant repris, tout le monde se serre un peu plus sous le bienfaisant chapiteau, tout en se dandinant au son du très funky Electric Feel, puis de Time to Pretend, pas si loin d'Arcade Fire et où le chanteur se couvre d'un ridicule drap multicolore qu'il gardera jusqu'à la fin. Vient ensuite la vrombissante Kids, leur tube incontestable en live, si l'on en croit l'élévation de la température dans le chapiteau ! L'un des musiciens fait une énorme bourde, provoquant un rattrapage bringuebalant tandis que le chanteur lutte contre un fou-rire. L'assistance commence néanmoins à se disperser (effet Cali ?) tandis que le groupe finit dans un grand n'importe quoi sur scène, et jamme en bondissant dans tous les sens. Au contraire des Vampire Weekend, il semble donc que MGMT soit bel et bien meilleur sur scène que sur album !
C'est à 18 heures ce dimanche que le coup de bol (il y en a toujours un) se produit... Alors que j'hésite mollement entre Cali (sympa mais déjà vu) et Danko Jones ("rock", c'est un peu court pour donner envie quand il flotte, non ?), mes amis m'entraînent à la scène Club Deville : nous y attend un bluesman absolument extraordinaire, non pas tant par ce qu'il joue (du très bon blues du Mississippi) mais par sa personnalité. Seasick Steve, c'est son nom, est ce qu'il convient d'appeler un vieux plouc américain, salopette et casquette John Deere, accompagné par un sosie de Garth (celui de Wayne's World bien sûr) à la batterie. Arrivé là on-ne-sait-comment, le vieux barbu a une terriblement bonne bouille (difficile de dire s'il est noir, blanc, indien, ou un peu des trois).
En fait il a l'air aussi étonné que nous d'avoir un tel succès : "You know, I'm so fuckin'happy, I really don't understand what the fuck you're doin'here listening to me, goddammit !". Il est vrai qu'il a face à lui environ 300 K-Ways et pébroques plutôt remuants, tous avec la banane - les rescapés du Cali-pso (hum) : marrant et sympa, le bonhomme nous présente successivement sa vieille guitare ("... just an old piece of shit"), une guimbarde qu'il fait sonner ... comme une Gretsch, et plus tard son pedal steel ("...another real piece of shit") - guère plus qu'un bout de bois avec trois cordes et un micro... qu'il fait sonner comme une Weissenborn.
Il nous fait chanter, taper dans les mains, compte fleurette d'un ton égrillard à une jeune demoiselle qui pourrait être sa petite-fille (et qui ne comprend rien, la pauvre), nous entretient d'un vin affreux qui rendrait aveugle et de diverses choses sur lesquelles il a écrit des chansons. Notamment un blues émouvant en hommage à son cher clébard Boss qui est mort l'année dernière... Bref on est comme face à un vieux pote, mais aussi un conteur malicieux et roublard. Son batteur et lui montent en puissance et finissent sur une boucle rock de plus en plus rapide, qui rend le public absolument euphorique - en rapport qualité-prix, Seasick Steve est probablement le meilleur ce week-end ! Et puis quand il est rentré chez lui à la ferme à Tupelo, Mississippi (oui, ça existe !), sa vieille bonne femme n'a pas du le croire quand il lui a raconté le triomphe qu'il a fait là-bas, au bout du monde et sous la pluie !
Après ça, on est au moins dans de bonnes dispositions pour redonner sa chance à Pete Doherty et ses Babyshambles (pour ce qu'on en sait, mauvais sur scène comme sur disque, tout le contraire de Carl Barat et son nouveau groupe...). Il faut leur rendre justice : ils arrivent à l'heure et presque sobres, habillés de costards noirs du plus bel effet. Et leur single Delivery sonne pas mal sous chapiteau ! Il est vrai qu'une légère tendance à la toxicomanie ne fait pas de vous un mauvais musicien - ça peut même avoir l'effet inverse, la nouvelle copine de Pete, la sublime Amy Winehouse, en sait quelque chose !
Cependant après quelques titres on revient presque au même constat : sans la drogue (Pete s'est débarrassé de ses bras les plus cassés), le groupe a certes une énergie notoire et lui chante mieux, mais ils n'ont toujours pas des vraies chansons - tout ceci sonne un peu tout le temps pareil et assez faiblard, les petites mélodies à la guitare de M. Doherty manquant quand même méchamment d'inspiration. Disons qu'il y a des bons passages mais que sans ses frasques, le quatuor ne serait sans doute jamais sorti des pubs où il a du commencer... En partant, je croise mon cousin (pour la troisième fois), une vraie encyclopédie du rock de 25 ans, tout content et très bien accompagné, mais semblant assez fatigué - il aurait paraît-il dansé jusqu'à 7 heures du mat' au camping avec ses potes les forumeurs du site des Eurock's - c'est bon de savoir que ça suit derrière !
Pour ma part je retourne sans délai à la recherche de nouvelles sensations au Club Deville : Dan le Sac vs Scoobius Pip est dans la place ! Deux types, un Mac et deux micros, c'est tout ce dont ils ont besoin pour foutre le feu avec un hip-hop déchaîné sur des scratch volontiers technoïdes... De loin la ressemblance de la voix et la diction de Mr Pip avec Eminem est à s'y méprendre (de près on dirait plutôt Buck 65...), il a une grande barbe de mollah et pratique un white trash de bon aloi, sous des trombes de bruine horizontale qui finissent par menacer jusqu'à l'ordinateur de Dan... Pour ma part je n'avais pas vu un one-man-show de rap aussi addictif depuis Busdriver, ça secoue jusqu'au fond du slip ! Sur un efficace remix de Radiohead, le slammeur déclame A Letter from God to Man et le tout se termine sur du boum-boum si efficace que la pluie, tout étonnée, finit par en oublier de tomber. Dans le genre, tuerie.
La suite est notre seul passage de la journée sur la grande scène, et pas le meilleur : The Offspring, qui a cramé son unique tube Come out and Play pendant qu'on s'approchait en essayant de ne pas se casser la gueule dans la grande montée transformée en un mortel miroir de merde marron (jolie allitération, non ?) Pour la suite le groupe de plus-très-frais-surfeurs-blonds-décolorés-de-45-balais enchaîne les titres très standard de college punk, certes reconnaissables entre mille, mais terriblement datés et ... fast food ! Un petit passage à Holy Fuck, électro-noise à guitare assez scolaire, ne nous fera pas davantage vibrer : plaisant, sans plus. C'est le moment de visiter les sandwicheries !
Petit détail très horripilant : les nouveaux tubes de The Offspring, exactement les mêmes riffs qu'il y a 15 ans donc, The Kids aren't allright et autre Pretty Fly ("Aha, aha !"), où des centaines de portables se brandissent ("Ecoute ça, chérie ! Tu reconnais ? C'est le truc trod'laballe qu'on nous passe sur Fun Radio et le Mouv', on s'éclate grave !")... Je ne sais pas, moi, vous ne préférez pas No FX dans le genre au moins ? Connaissez-vous seulement The Hives, passés ici-même il y a un an jour pour jour ? CA, c'est du punk rock qui pousse au cul ! Pour un peu, on aurait eu l'appétit coupé de penser que c'était probablement à cause de ces nazes que la journée était sold-out, tant la grande scène était blindée de monde ...
On préfèrerait pourtant croire que tout le monde est venu pour les inédits et superbes Gnarls Barkley et leur discographie pour l'instant parfaite, mais ce n'est pas le cas - merci à Offspring qui n'a pas encore fini puisqu'on peut se placer tout devant, pour notre plus grand espoir de ce dimanche - une scène où l'on aperçoit une contrebasse, c'est forcément un bon présage... Bonne pioche ! Après trois notes de Charity Case, on miserait déjà un an de salaire sur ce concert !
Les duettistes, physiquement un peu des Blues Brothers version black, se sont présentés dans des costumes à paillettes, accompagnés de 5 musiciens dont une musicienne, efficace à la basse et comme aux choeurs - Surprise enchaîne, ça groove déjà à mort ! Puis un titre "to start the party" - s'il en était besoin, Gone Daddy Gone, enchaîné avec Run, tube joué à l'harmonium vintage et rutilant de Danger Mouse, et qui nous fait éructer de plaisir. Sur Blind Mary, le petit et quelque peu cubique Cee-Lo, tout en chantant de sa poignante voix nasillarde, commence à se déshabiller au fur et à mesure que le chaud / le show le gagne - il finit rapidement en marcel, tous tatouages dehors, et encore, son crane chauve continue ...à fumer comiquement !
C'est en nous haranguant que le chanteur enchaîne tube sur tube (à ce stade, autant recopier les titres des deux albums) : entre autres, le twist Going On, le slow My Neighbour (quelle voix, mais quelle voix nom de Zeus...), les good old rock'n'roll (Whatever and co...). Et puis soudain, il s'excuse pour nous imposer la chanson qu'il va chanter et on en défaille de bonheur : la basse et les violons de Crazy, dont le refrain est repris en choeur par le chapiteau désormais plein (voir petite vidéo par ailleurs), nous foutent une chair de poule de tous les diables !
Ayant eu leur single téléchargé, les consommateurs de musique commencent à partir se placer pour Moby, grand bien leur fasse : nous aurons droit encore à un slow qui donne juste envie... de danser tout nu, et en rappel (après une formidable bronca), M. Williams interprète presque à capella un Who's gonne save my soul now ? très émouvant, ainsi que Reckoner... de Radiohead, cover de toute beauté. Et le show se finit sur, il me semble, Smiley Faces, et en participant de notre mieux à la clameur finale, on prend instantanément la résolution ferme d'acquérir toute leur musique en vinyle. On s'attendait à ce que ce soit génial, mais pas à ce point quand même... Concert de ce dimanche, incontestablement !
Bref on est KO debout, et pourtant il reste un dernier concert de haute volée à écouter sur la plage : celui de nos bien-aimés Ez3kiel qui viennent vendre leur très méchant Battlefield. Assez loin des volutes bleues de leur dernier passage ici avec Nosfell (où l'on avait pleuré quelques instants d'émotion devant tant de grâce), à mille lieux des danseuses vaporeuses et des mélodies délicates de Naphtaline, le groupe de 2 batteurs et une guitare, et son leader (et graphiste) Yann Nguéma nous embarquent dans un trip sonique de près d'une heure, fascinant dès les premières mesures de Adamantium. Ici aussi, difficile de trouver les titres d'albums qu'on ne saurait écouter autrement qu'en entier - heureusement certains seront projetés, par la suite !
La dispositif visuel se met en tout cas en place sur A better World, avec des femmes changeantes qui rappellent un peu le film A Scanner Darkly, puis on reconnaît des titres de Barb4ry (également très dûrs), la splendide Volfoni's Revenge évidemment plus méchante que sur disque, la ballade The Wedding (et son trip visuel hallucinant et sublime, dans un théatre parcouru de spectres)... Vers la fin les percus s'emparent de l'image qu'ils font changer d'un claquement de doigt - sur un autre titre, c'est toute une machine métallique devenue comme folle qui s'agitera au rythme de leurs coups secs. Jah's Hardcore et Spit on the Ashes pour leur part, sont tout simplement grandioses.
Les deux minutes de Fire Damp, plus violentes encore que Max Cavalera & son orchestre, inaugurent un style improbable, le death dub, avant que sur une ballade ancienne, un énorme et énigmatique ballon transparent s'en aille rebondir dans le public, déclenchant de jolis sons cristallins et guillerets à chaque contact. Connaissant la créativité du groupe, on passe un moment à se demander si c'est pour de vrai... Un pur moment de poésie, en tout cas ! Le concert, génial une fois de plus, se finit par un Barb4ry remixé dont les basses ont du faire tressauter jusqu'aux dentiers dans les verres, chez les mamies d'Evette-Salbert.
Photos & visuel : Eurockeennes.fr
Le rideau descend sur ce 20ième anniversaire des Eurockéennes et l'on s'aperçoit qu'une fois encore, on a été complètement bluffés. D'abord déçus par l'affiche, sans un ou deux groupes énormes qu'on attendait (par exemple, on était certains de revoir Portishead, déjà présent aux dix ans et venant enfin de sortir un album...), voire un peu ulcéré par des têtes d'affiches souvent déjà venues... On a pourtant pas touché terre de ces trois jours, courant du Chapiteau à la Loggia et du Club Deville à la Plage pour voir des prestations plus classieuses les unes que les autres, souvent surprenantes, trouvant juste le temps de nous livrer entre temps à un furieux trafic de gobelets consignés avec les toujours aimables bénévoles des bars!
Et toujours sur le site, un engagement associatif sincère, avec outre les gobelets consignés : Fondation Abbé Pierre, accompagnement d'aveugles aux concerts, sandwiches à 2 euros caritatifs, etc, etc. Live Action peut bien étendre son emprise sur le monde du live, gageons que la petite presqu'Ile gauloise saura encore longtemps résister aux sirènes des grosses machines qui tentent de l'engloutir - elle peut en tout cas, je pense, compter sur le soutien sans faille des 100 000 veinards qui l'ont fréquentée ce week-end, alors finalement peu importe qu'ils soient venus pour The Offspring ou pour Gnarls Barkley...
Longue vie aux Eurockéennes donc, et si possible, à toujours !
Photos pro par Flore-Anne Roth (Plein d'autres photos des Eurockéennes 2008 sur son Flickr !), photos d'illustration par Philippe.
Bonus : des vidéos-souvenir par ici !
Photos & visuel : Eurockeennes.fr
Egalement sur Concertandco, et sur ce dimanche : la version gonzo par mon collègue Vince Venckman, à lire ici !
PS : Chroniques dédicacées au 'Echenans BBQ Power Crew' et son accueil irréprochable, merci-merci-merci !!
PS2 : Réaction, insultes, félicitations, concerts ratés, n'hésitez pas à réagir !
Flashback : Chroniques des Eurockéennes 2007, 2006, 2005, 2004, 2003.... et plus anciennes encore à partir de 1994 !
>> Réponse (le 11/07/2008 par Soso) Cali. Excellent concert,nous étions un petit groupe d'une dizaine de personnes et nous sommes tous tombés sous le charme .../...La suite
Une soirée entre folk, pop et rock dans un 22 d'Auron affichant complet... La première journée du Printemps de Bourges 2008 a permis à toute une flopée de bons groupes de faire leurs preuves ou de confirmer leurs talents dans deux petites salles intimistes et devant un public enthousiaste. Pendant ce temps, juste à côté sous le phénix, 6000 fans de variétés consensuelles acclamaient Rose, Renan Luce et Chistophe Willem... C'est le lot commun d'un grand festival : il en faut pour tous les goûts, aussi discutables soient-ils.
Syd Matters :
Déjà vu il y a peu pour un extraodinaire concert en tête d'affiche au festival les Volcaniques de Mars, Syd Matters a confirmé son éclatante forme du moment. malgré le peu de temps alloué à sa prestation, le groupe parisien a fait très forte impression ! Il faut dire qu'avec un répertoire irréprochable, des harmonies vocales à tomber à le renverse, des musiciens habités, un son de rêve et des éclairages impeccables, il faudrait être vraiment très difficile pour bouder son plaisir. Ce concert aux fortes réminiscences des travaux pop/folk de Thom Yorke et Radiohead s'est en outre terminé par un passage post rock aussi surprenant que superbe. A voir absolument sur scène !
Constance Verluca :
Dans un style beaucoup moins intimiste et plus chanson française folk, Constance Verluca a su tirer son épingle du jeu, en usant de son humour corrosif, de son charme et de sa bonne humeur communicative. L'ensemble se révèle plaisant, même si l'on n'est parfois pas franchement loin de la variété française.
Cocoon :
Si l'on en juge par l'accueil triomphal qu'il a reçu au 22 d'Auron, le groupe clermontois Cocoon faisait partie des têtes d'affiche de cette soirée, un an à peine après son passage en tant que Découverte du Printemps de Bourges 2007. Son excellent album truffé de tubes, la présence décontractée du charmant duo et la qualité des morceaux - tour à tour mélancoliques ou enlevés - sont des atouts qui semblement parler au grand public, et c'est tant mieux... On est parfois à deux doigt du dérapage car le public est vraiment chaud et trivial ("à poil !"), mais Cocoon s'en sort avec sa classe et ses sourires. Quelles que soient les circonstances, Mark et Morgane chantent toujours divinement leurs titres délicats, en grand professionnels qu'ils sont désormais. Vivement le prochain album de Cocoon !
La Maison Tellier :
Dans un style plus country folk et plus aride, La Maison Tellier a su capter l'attention du public avec un concert entre chanson française de qualité (à la Bertrand Cantat/Noir Désir), folk rustique et country ancestrale. Les titres sont bien écrits, arrangés avec autant de goût que d'authenticité et interprétés avec foi ; tant et si bien qu'on se laisse emporter par la musique de ce groupe normand un peu bourru.
French Cowboy :
Les Nantais de French Cowboy ont confirmé à Bourges leur statut de groupe de scène imparable. Les compositions signées Federico Pellegrini (à lire : une interview récente du monsieur), excellentes sur disque, prennent une dimension supplémentaire en live : les ex-Little Rabbits habitent littérallement les morceaux tout au long d'un concert quasi parfait, c'est du grand art ! La désormais traditionnelle reprise folk rock du Back to Black d'Amy Winehouse est l'ultime preuve de bon goût et de savoir faire d'un groupe appelé à régner de nouveau en France. Et ailleurs.
Adam Green :
Malgré un début de show un peu déroutant (c'est quoi ces arrangements kitchissimes ? se dit-on en nous mêmes... ), le songwriter new-yorkais Adam Green - habillé comme un clone du chanteur d'Aerosmith avec un t-shirt noir à franges blanches - a finalement embarqué le public - clairsemé et mou au début - dans son monde absurde et fascinant. Le roi de l'antifolk/pop a réussi à su convaincre grâce à ses talents d'entertainer complétement fou (il va jusqu'à rouler des pelles au premier venu monté sur scène), de chanteur crooner à la voix grave façon Lou Reed drôle et de songwriter doué (influences : Velvet Underground, Bob Dylan et les Beach Boys). Entre deux facéties et autre danses débiles, notre homme - qui ressemble à une sorte d'iggy Pop bedonnant, non agressif et aux cheveux bouclés quand il empoigne son pied de micro - n'oublie pas de chanter comme un demi dieu et de faire plaisir à ses fans en interprétant des titres à la demande (Jessica Simpson, Kokomo des Beach Boys etc etc). Comme il le dit si bien, ce gars là a tout compris du show busyness ! Et il revient pour de généreux rappels alors que la majorité du public est allée voir le show survitaminé des rockers de Hushpuppies. A la fin du show, l'on se dit qu'Adam Green a la classe, et que ce n'est pas près de changer !
Hushpuppies :
Les Hushpuppies ont la classe eux aussi, se dit-on en assistant à la fin de leur show supresonique. Compos en acier trempé, musiciens hystériques, chanteur classieux, lumières vrillantes, son démoniaque : cette troupe de jolis énervés a tout pour cartonner dans la monde entier, et en France, si l'on en croit la réponse ultra enthousiaste du public de Bourges ! Les pogos et autre slams se succèdent à un rythme infernal jusqu'à la dernière note du concert high energy des Mods de Hushpuppies. Bien envoyé messieurs !
French Cowboy + Heidi - 11 Avril 2008 - Poste à Galène - Marseille
Quelle bonne surprise que ces French Cowboy ! J'ai toujours eu un réflexe (à la con) qui me fait me méfier des groupes dont un buzz trop et, même vieux fan des Little Rabbits, je n'avais pas .../...
Quelle bonne surprise que ces French Cowboy ! J'ai toujours eu un réflexe (à la con) qui me fait me méfier des groupes dont un buzz trop et, même vieux fan des Little Rabbits, je n'avais pas écouté ce nouveau projet, sans doute un relent d'anti-Katerinisme primaire.
J'avais peur aussi d'un côté countrysant trop marqué, pas forcement ma tasse de thé. Au final, je suis sorti emballé. Folk mais pas trop, une énergie rock indéniable, un sens de la mélodie imparable, des zicos qui assurent leur race, des choeurs bien trouvés et cette putain de voix bien ravagée et absolument fascinante.
On se balade donc entre folk qui lorgne vers les étendue US, avec toujours un côté mélancolique, voire torturé, et des morceaux plus rock'n'roll (ah cet excellentissime Shake) qui me font penser aux (fabuleux) Violent Femmes (à priori je suis le seul à faire le rapprochement mais je maintiens !).
Moins intimiste que sur disque (que je me suis procuré rapidement après le concert !), le set est carrément rock'n'roll par moment. Notamment un morceau ou après un slow langoureux avec une spectatrice, le chanteur se jettera à ses genoux pour lui déclamer je ne sais quoi de cette voix écorchée et inimitable.
Même s'il est fascinant, cela ne lève en rien la classe du reste du band qui assurent comme des bêtes. Que ce soit sur ces mélodies accrocheuses, ou sur des choeurs assez bloquant, le groupe délivre une musique dans laquelle je suis entré immédiatement, que ce soit pour bouger mon corps ou bien dans des phases plus introspectives. Encore une fois une bien belle découverte !
Un mot sur Heidi en première partie. J'avoue que j'avais pas particulièrement accroché quand je les avais vu lors de sets précédent mais là j'arrive sur le dernier morceau qui finit sur un long instrumental bien bloquant, entre pop et noise. A revoir donc.
Interview avec French Cowboy - mars 2008 - La Coopérative de Mai, Clermont-Ferrand
Auteurs d'un très bon retour discographique sous le nom de French Cowboy, les ex Little Rabbits méritaient qu'on se penche sur leur (passionnant) cas... Leur passage à Clermont-Ferrand pour deux .../...
Auteurs d'un très bon retour discographique sous le nom de French Cowboy, les ex Little Rabbits méritaient qu'on se penche sur leur (passionnant) cas... Leur passage à Clermont-Ferrand pour deux concerts classieux et un enregistrement d'album était l'occasion idéale. Réalisé en février 2008 lors de la résidence de French Cowboy à la Coopérative de Mai, cet entretien avec Federico Pellegrini nous a permis de revenir sur la fin des Little Rabbits, les débuts de French Cowboy, la composition de l'album Baby Face Nelson was A French Cowboy, l'enregistrement et le mixage à Tucson avec Jim Waters à Tucson, la création du label Havalina Records, les multiples projets du groupe et la résidence avec Lisa Li-Lund... Beaucoup de sujets abordés de manière simple et décontractée par un artiste qui fait de la musique pour les bonnes raisons. Si vous voulez en savoir plus au sujet de French Cowboy, lisez ce qui suit...
Peux-tu revenir sur la conception de l'album de French Cowboy ? Federico Pellegrini : « Alors ça date un peu : j'ai écrit la plupart des morceaux à la fin des Little Rabbits, le groupe qu'on avait avant... Pour plus de la moitié, ce sont des chansons que j'ai écrites pendant un mois (j'en ai enregistré une partie avec Helena Noguerra pour notre album en duo) et l'autre moitié, des chansons ont été faites avec les French Cowboy. Comme les gars étaient souvent en tournée en tant que backing band de Philippe Katerine, l'album a un peu tardé à sortir. Au départ, on voulait continuer chez Barclay puis l'idée a germé de monter notre label ; tout ça a un peu retardé la sortie, si bien qu'au bout d'un moment j'avais envie de mettre des chansons plus récentes dedans, donc tout ça s'est fait bout par bout, mais on a quand même fini par sortir l'album.
Comment en êtes-vous venus à créer votre propre maison de disques, Havalina Records ? Federico Pellegrini : « Au départ de French Cowboy, on était encore sous contrat chez Barclay avec les Rabbits, au début ils étaient ok pour continuer avec le nouveau projet puis le temps a passé, on a parlementé et comme ça n'avançait pas j'ai appelé Jim Waters à Tucson, je lui ai dit " ça n'avance pas, combien tu me fais pour tant de jours studios". Comme c'était moi, il m'a fait un cadeau par rapport à une maison de disques donc j'ai pris mon billet, je suis allé là-bas, j'ai dormi chez quelqu'un qui me prêtait son appart donc ça ne m'a pas conté très cher... Et quand je suis revenu, le disque était fini. Au bout d'un moment, on a eu un déclic, un pote nous a conseillé de faire notre label ; nous quatre, plus des amis on a monté le label et deux mois après on sortait le disque. On a envie de sortir des disques d'autres artistes mais on a un petit budget donc on verra...
Est-ce que c'était prévu au départ de faire le disque avec Helena et après de réutiliser certaines chansons pour l'album de French Cowboy ? Federico Pellegrini : Non, au départ il n'y avait rien de prévu. Quand j'ai arrêté les Little Rabbits, assez vite j'ai commencé à écrire des chansons et à vouloir les faire avec les Little Rabbits, pas tous : guitare, basse et batterie. Parallèlement, j'avais filé les mêmes morceaux à Helena qui devait en prendre un ou deux, et puis elle a tellement aimé les démos qu'elle en a pris huit (et après j'en ai écrit deux en plus pour faire les 10 de son album). Les deux choses se sont donc faites parallèlement, sans les prévoir...
Est-ce que tu peux revenir sur les raisons de la fin des Little Rabbits ? Vous vous êtes engueulés ? Federico Pellegrini : Non, non, pas du tout, il était même prévu qu'on fasse un autre album ensemble. Mais on était un groupe qui durait depuis longtemps, les motivations étaient un peu dispersées, on était tous un peu paumés. C'est moi qui est arrêté le truc ; je n'arrivais plus à me projeter dans l'avenir, c'est à dire passer trois ans ou deux ans à réécrire un disque, je ne savais pas quoi mettre dedans. Dès que j'ai arrêté le groupe, j'ai su quoi faire puisque je le faisais tout seul, c'était plus pareil. Je crois que j'avais besoin de ça et peut être que tout le monde avait besoin de ça, on était peut-être à bout de souffle dans ce projet là...
Comment s'est passé l'enregistrement de l'album à Nantes entre 2006 et 2007 ? Federico Pellegrini : On a enregistré dans un local prêté par la municipalité où on avait installé notre studio, un 8 pistes digital sur ordinateur. C'était notre matériel à nous, notre studio, on était un peu chez nous, mais on vient de se faire jeter de cet endroit...
Et en ce qui concerne le mixage ? Federico Pellegrini : On l'a fait à Tucson avec Jim Waters... La moitié de l'album a été mixée par Jim chez lui (il nous envoyait les MP3 et on rebondissait dessus) et l'autre moitié j'y suis allé pour recoller tout ça puisqu'il y a des morceaux de différents acabits et aussi pour rajouter quelques bricoles avec des amis qu'on a là-bas.
En particulier les cuivres avec le groupe The Jons... Federico Pellegrini : Oui, c'est ça. On a vu les Jons en concert chaque fois qu'on est allés à Tucson. Il y a une quinzaine de groupes qu'on connait là-bas, qu'on a rencontrés petit à petit et qui font des musiques assez différentes, pas mal déglinguées. Les Jons, c'est un peu différent, c'est un groupe mexicain qui habite à Tucson (qui est à une heure du Mexique), ils font une musique plutôt à tendance pop rock américain mais ça reste des Mexicains et quand ils se mettent à faire des cuivres y'a pas photo.
A Tucson, vous avez également rencontré Al Foul qui a fait votre première partie à la Coopérative de Mai et sur d'autre dates... Federico Pellegrini : Oui, lui c'est pareil : on le voit depuis le début... Les premières fois, il nous invitait chez lui en fin de soirée à boire du vin et puis petit à petit il a commencé à venir en France (c'est plus facile pour lui, comme il est seul sur scène il a juste un billet d'avion à payer). Il fait quelques dates avec nous sur cette tournée.
Al Foul
Vous avez beaucoup enregistré à Tucson et les USA semblent toujours autant vous attirer... Qu'est ce qui vous séduit dans ce pays ? Federico Pellegrini : C'est surtout Jim Waters qui nous plait : au départ, ça m'était égal d'aller en Finlande ou aux Etats-Unis. On avait vu son nom sur un disque de Jon Spencer qu'on aimait bien, à cette époque avec les Little Rabbits on voulait arrêter de sonner trop produit comme sur nos deux premiers albums : on voulait avoir un son live. On cherchait un ingénieur du son qui sache cerner le son du groupe et le retranscrire sur l'album. On a fait plein d'albums avec lui... Et comme à chaque fois qu'on lui propose des morceaux la musique a bougé, on a chaque fois un travail assez drôle à faire. Ce n'est pas donc pas du tout répétitif, et en plus, on s'entend vraiment bien avec lui !
On parlait à l'instant de Jon Spencer, as-tu écouté son nouveau projet, Heavy Trash ? Federico Pellegrini : Oui, ça me plait bien ! J'aime bien la manière dont il a rebondi. Après son album Orange, ça commençait à moins m'intéresser mais là j'aime vraiment bien ce qu'il fait...
Sur l'album de French Cowboy, il y a beaucoup de styles différents (pop, folk, country rock), c'était voulu au départ ? Federico Pellegrini : Non, pas du tout : j'ai pris ma guitare et c'est venu comme ça sans me dire ceci ou cela... Ce spectre là, c'est un peu toute la musique que j'aime...
Il y a trois titres avec des grosses guitares (Supermarket en particulier), c'est arrivé avec les ex Little Rabbits ? Federico Pellegrini : Non, la démo de Supermarket par exemple est déjà très saturée... J'ai écrit cette chanson deux jours après avoir vu les Buzzcocks qui jouaient après 20 ans d'arrêt. Je prends à droite à gauche juste pour m'amuser, et après ça devient des chansons, je ne me pose pas la question. Et je crois qu'on aime bien passer du coq à l'âne, sans se forcer : on enregistre un maximum de titres et après on regarde ce qu'on a. Pour ce disque là, on avait 20 morceaux, et il en reste une quinzaine ; on a enlevé tous ceux qui n'étaient pas assez aboutis ou qui n'allaient pas jusqu'où on voulait.
La première fois que j'ai assisté à un concert de French Cowboy (qui s'appelait alors The French Cowboy et The German Dudes), vous aviez projeté un film avant votre concert (c'était en première partie de Katerine à Rennes)... Pourquoi ne le faites vous plus ? Federico Pellegrini : Le nom du groupe, c'était un délire, on a viré "German Dudes" pour que le nom soit plus facile à retenir... J'avais réalisé le petit film dans mon salon à Nantes. Et pour tout ce qui suivait, j'avais mis bout à bout tout ce que j'avais comme images des Little Rabbits, c'était un peu le deuil de ce groupe là... Le court métrage du début, le plan fixe de moi, j'avais fait ça à l'occasion d'un concert qu'on devait faire avant un truc de surf. On a parfois réutilisé ce film pour la tournée, mais on ne le fait pas toujours...
Sur le disque de French Cowboy, il y a beaucoup de titres chantés en anglais mais il y a également des morceaux où le français est utilisé... Comment choisis-tu la langue ? Federico Pellegrini : Tous les morceaux en français sont venus après... J'ai eu envie d'en faire un peu en français aussi. En général, je ne choisis pas la langue au départ, cela dépend plus de la chanson que j'ai à faire... J'essaye et après quand ça me plait je le prends tel quel. Au tout départ, c'était uniquement en anglais et puis après le temps a passé, j'ai essayé d'autres choses.
As-tu voulu faire passer quelque chose de particulier dans tes textes ? Federico Pellegrini : C'est comme pour la musique, je ne réfléchissais pas mais il y a quand même quelque chose d'assez plombant, qui tourne autour de la mort, suite à la mort des Little Rabbits. C'est une période où je pensais pas mal à une copine qui est décédée depuis pas mal d'années. J'étais un peu dans ce mélange de tout ça et j'ai papillonné à droite à gauche.
Est-ce que vous avez rajouté des titres en français parce que c'est sensé mieux marcher commercialement parlant ? Federico Pellegrini : Non, absolument pas, sinon on aurait fait des tubes... ça fait longtemps que j'ai dépassé ce truc ; en plus on a sorti l'album nous mêmes donc on n'a aucune obligation. On n'est pas du tout dans cette logique-là : les morceaux sont en français parce qu'ils sont en français.
Peux-tu parler de la pochette signée Barbara Pissere, qui fait également des chœurs sur le disque ? Federico Pellegrini : Je la connais de très longue date - on a même un enfant ensemble (rires) -, elle est graphiste, je lui fais toute confiance pour les visuels. Elle me connait bien, on a fait les choses tous les deux : je lui montrais des choses que j'aimais bien, elle s'est inspiré des photos qu'on avait prises pour la pochette intérieure.
Ton nom French Cowboy est venu comment ? Federico Pellegrini : On doit ça à Jim Waters... Chaque fois qu'on va à Tucson on y va avec peu de vêtements parce là bas il y a beaucoup de magasins type armée du salut. J'avais acheté un chapeau très gros et chaque fois que je rentrais, ça faisait marrer Jim - tellement c'était grotesque - et il m'appelait le "French Cowboy"... Le nom allait bien avec la musique à mon avis : ce n'est pas de la folk pure et dure, on voit bien que ça passe par la France...
Lisa Li-Lund
Vous êtes actuellement en résidence à la Coopérative de Mai avec Lisa Li-Lund... Comment la rencontre entre vous s'est produite et qui vous a proposé la résidence ? Federico Pellegrini : On avait un concert à la Coopé samedi et la direction de la salle nous avait proposé de faire une résidence si ça nous disait... On a dit pourquoi pas, puis on a réfléchi à ce qu'on pourrait faire (en général une résidence ça sert à préparer une tournée, mais là on était déjà en tournée... ) et on a décidé d'emmener notre matériel d'enregistrement et de faire un disque à la Coopé. On a croisé Lisa il y a quelques temps lors d'un concert à Rognes près de Marseille, on s'est bien entendu et on a l'a donc invitée à venir à la Coopé, elle est venue avec 5 ou 6 chansons à elle, moi également, personne ne les connaissait... On les a fait, on les a montées, et voilà.. On a fait 10 morceaux ensemble en trois jours. On verra ce qu'on en fait...
Au niveau de votre public, vous repartez de zéro avec French Cowboy ou vous avez gardé une base de fans ? Federico Pellegrini : Un peu les deux je crois... Il y a des gens qui aimait bien les Rabbits et qui aiment French Cowboy. On était pas non plus un groupe mastodonte, on avait du public mais ça variait suivant les endroits. Avec French Cowboy, je n'ai plus envie d'écumer toutes les salles de France ; je veux vraiment jouer à l'étranger, c'est une musique qui peut parler autant à des Allemands qu'à des gens de Mâcon. On va jouer partout où on peut... On va faire une tournée de 10 ou 15 dates sur la côte ouest des USA avec des amis .
Peux-tu évoquer les deux reprises que vous faites en ce moment sur scène : Back to Black d'Amy Winehouse et Little 15 de Depeche Mode ? Federico Pellegrini : Quand j'écoute la radio, je chante tout le temps en même temps, j'adore ça ! Quand j'aime bien un disque, j'aime bien piquer les accords, voir comment ça marche... J'ai beaucoup aimé l'album d'Amy Winehouse quand il est sorti, je me suis donc amusé à reprendre trois ou quatre titres. Depeche Mode, ça m'est venu il y a peu quand je jouais tout seul dans un bar, c'était facile de jouer cette chanson avec des boucles et de rajouter des voix dessus ; ça a plu aux autres, donc on la fait sur scène, voilà...
Est-ce que tu suis ce que font les autres French Cowboy avec Philippe Katerine et Les Vedettes ? Federico Pellegrini : Oui, un peu au début, ils me font écouter ce qu'ils font, mais je ne sais pas si je suis très fan de cette musique là. Mais l'important c'est qu'ils s'éclatent dans ce qu'ils font !
French Cowboy, c'est un vrai groupe ou c'est seulement toi ? A l'avenir les autres vont composer ? Federico Pellegrini : C'est un vrai groupe, oui ! Mais surtout ce qui est important c'est qu'on ne soit jamais prisonnier de ce groupe, c'est bien de participer à des choses qui nous font envie, d'être à l'aise et de pouvoir faire des choses en dehors du groupe, pour ne pas mettre trop de pathos dans la seule chose qu'on fait, c'est peut être ce qui nous a perdu avec les Little Rabbits. Avec French Cowboy, il y a de grandes chances que je continue à composer parce que Stéphane ne veux plus composer et comme je suis dans un format chanson, ce n'est pas évident pour un batteur et un bassiste de composer des mélodies sur des chansons déjà faites.
Et une dernière question : lors des concerts, tu descends souvent de scène pour danser avec une jeune fille, pourquoi ? Federico Pellegrini : Je le faisais déjà avec les Little Rabbits, ça me manquait donc j'ai recommencé ! J'aime bien faire ça. Je ne suis pas très loquace lors des concerts, c'est un moment où il se passe quelque chose d'un peu particulier et qui met souvent les gens à l'aise (sauf la personne avec laquelle je danse !) : ça met une espèce de bonne humeur et ça ramène le concert sur Terre. C'est un moment que j'aime beaucoup, j'aime danser des slows, c'est un moment très doux et les jeunes filles me remercient après... Je le fais presque toujours, mais c'est pas grave, y'a des choses comme ça qu'il faut faire souvent ! »
French Cowboy est actuellement en tournée pour promouvoir son excellent premier disque ; si vous êtes tentés par une bonne rasade de country folk pop rock, vous pouvez consulter les (nombreuses) dates de concerts du groupe juste en dessous...
Le garage club treizième du nom a tenu toutes ses promesses avec trois bons groupes de rock 'n roll dans le club de la Coopérative de Mai : Al Foul and The Shakes from Mammoth, Arizona, Mustang from Clermont-Ferrand, France et French Cowboy from Nantes, France... La seule chose qui manquait, c'est un peu plus de public pour soutenir les artistes, mais en cette semaine du festival international du court métrage de Clermont-Fd, la majorité des gens semblaient avoir fait le choix des salles obscures.
Al Foul and The Shakes :
Une belle erreur, soit dit en passant, que de faire l'impasse sur cette soirée rock, car voir débouler sur scène un sosie d'Elvis Presley à 20h40 en Auvergne est une expérience réellement troublante... Al Foul and The Shakes, qui se produit seul avec sa guitare et sa grosse caisse (qu'il actionne avec son pied), convoque tous les clichés du genre (banane gominée, tête de mauvais garçon, moues hautaines, hoquettements incontrôlés et morceaux au fort parfum de rock 'n roll fifties) pour créer un univers décalé, authentique et immédiatement séduisant. Et oui, Al Foul y croit à fond, il transpire la passion pour le rock des pionniers et sa foi en Saint Elvis éclate au grand jour à chaque morceau. Des les premières secondes de chaque titre, des tremblements apparaissent dans le genou, c'est bon signe ! Découvert par French Cowboy à Tucson Arizona, Al Foul mérite assurément le coup d'oeil sur scène !
Mustang :
Un autre groupe qui mérite le coup d'oeil sur les planches, c'est Mustang, un tout jeune combo - présent sur la compile L'auvergne revisite The Velvet Underground and Nico - qui écume sans relache les bars de Clermont et ses environs depuis quelques mois. Fasciné par Elvis Presley, les Shadows, Roy Orbison, Link Wray et Serge Gainsbourg, le trio Mustang a un culot incroyable : il faut quand même oser composer des titres de rock fifties chantés en français façon Elvis en 2008. Et oui, en s'attaquant à ce genre de titre, on peut très vite tomber dans le ridicule façon Johnny Hallyday, Jesse Garon ou Les Forbans... Mais l'audace de Mustang et de son ténébreux chanteur quasi sosie du King (décidément, c'est la soirée... ) est finalement payante : malgré des textes assez naïfs et fleur bleue, les premières compositions du groupe - En Arrière, en avant, Je m'emmerde - convainquent grâce à la candeur et à l'énergie rock 'n roll qui s'en dégagent... Sur ces morceaux comme sur les reprises (Blue Bayou de Roy Orbison, I´m Gonna Sit Right Down And Cry (Over You) d'Elvis Presley ou encore Rumble de Link Wray), le chant est saisissant, le jeu de guitare est électrisant (façon Carl Perkins ou Link Wray) et la section rythmique (basse, batterie) claque, malgré un son qu'on qualifiera de dramatiquement baloche/variétoche ce soir à la Coopé... En travaillant sur ce point là, et en en se présentant avec de tenues de scène raccord avec celle – joliment vintage - du chanteur, Mustang peut aller très très loin !
French Cowboy :
Pour terminer la soirée, French Cowboy a fait étalage de sa classe coutumière en présentant son premier album Baby Face Nelson Was A French Cowboy, entre country/folk, pop et rock. Emmené par Federico Pellegrini, les impéccables ex Little Rabbits ressassent admirablement leurs obsessions américaines ; dès les premiers morceaux, l'on se croirait à Tucson en Arizona. Chantées en anglais, les compositions allanguies de Federico sonnent comme un mélange entre Giant Sand, Calexico, The Velvet Underground et Serge Gainsbourg ; l'univers ainsi créé fonctionne pleinement sur les fans du genre, les autres quittent la salle ou discutent en regrettant les Little Rabbits. Dommage de passer ainsi à côté d'un belle série de chansons très bien écrites et truffées de mélodies accrocheuses... Car en plus de proposer ses titres country folk pop, pour éviter l'éventuelle monotonie, French Cowboy se la joue rock 'n roll de temps en temps en poussant ses amplis à fond, tente une jolie reprise d'Amy Winehouse (avec descente dans le public du chanteur et danse langoureuse avec une spectatrice, sous le charme) avant de conclure ce bon concert par une très belle et inattendue reprise de Depeche Mode, Little Fifteen... Bonne route à French Cowboy et à très bientôt !