Très bonne édition de la Route du Rock 2008, un "petit" festival qui - après une période difficile cette année - semble reparti du bon pied grâce à une programmation classieuse et l'abandon de la chasse aux têtes d'affiche ultra coûteuses type
Smashing Pumpkins... Avec 15 000 spectateurs répartis sur trois jours de festivités, la Route du Rock a gagné le droit de revenir l'année prochaine, une très bonne nouvelle !
The War On Drugs
C'est sous une pluie battante que commence le festival au fort de Saint-Père , le jeudi 14 août. Les Américains de
The War On Drugs font très bonne impression avec le mélange complètement fou et barré qu'ils concoctent avec passion... C'est à la fois pop, folk et rock, c'est très frais et cela donne envie de revoir ce groupe sur une scène plus petite.
The Do
Juste après,
The Do fait -
comme d'habitude - un carton avec sa musique entrainante, épicée et échevelée. Un peu plus de sobriété dans la gestuelle du bassiste/organiste ne gênerait pas, mais c'est là le seul défaut qu'on puisse trouver à ce réjouissant duo franco finlandais !
Tindersticks
De défaut, on n'en trouvera pas à la prestation impeccable des
Tindersticks, en forme et magistralement renforcés par une section de cordes et de cuivres. La classe effarante de
Stuart Staples et de ses acolytes transparait à travers chaque composition interprétée devant une public ultra respectueux. Un moment magique donc, à prolonger en écoutant le dernier disque en date -
The Hungry Saw - et en se préparant à la tournée automnale du groupe anglais...
The Breeders
La soirée se termine pour nous par le concert brouillon et branleur des
Breeders :
Kim et Kelley Deal semblent ne pas avoir répété depuis des lustres, et c'est ce qui fait leur charme. Quoique... Sur certains morceaux, c'est un véritable massacre : voix fausses, harmonies vocales hors sujet, guitares pas en place. Heureusement que la section rythmique évite au groupe de prendre l'eau, car le naufrage n'est vraiment pas loin. Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, on finit par se réhabituer à l'attitude LO FI ultra dilettante des Breeders et à apprécier ce qui peut l'être :
Tipp city,
Cannonball,
Happiness is a warm gun (une reprise décalée des
Beatles) et une flopée de titres punk 'n pop déjantés.
No Age
Après la pluie, le beau temps : c'est en effet sous un soleil radieux que les Américains de
No Age ouvrent les hostilités le lendemain - vendredi 15 août - dans un Fort de Saint-Père encore en train de se remplir... Les (remuants) pensionnaires du mythique label Sub Pop font honneur à leurs illustres ainés avec un set épatant convoquant sur scène le meilleur du punk bruitiste, de la pop nerveuse et du rock énervé. C'est fou le bruit qu'on peut faire à deux avec une batterie démoniaque et une guitare électrifiée ! Sorte de rencontre entre
Husker Du, Ramones, Nirvana et
Neil Young & Crazy Horse,
No Age allie avec maestria l'énergie maléfique du punk rock, l'intransigeance de l'expérimental et la candeur de la pop. Chapeau bas !
Why ?
Immédiatement après cet excellent départ, le groupe
Why ? offre également une prestation remarquable au public de la Route du Rock. Les quatre musiciens s'attachent en effet à créer un univers entre pop grinçante, rock chaotique et hip hop étrange ; c'est un véritable enchevêtrement de rythmes, de sons et de voix qui aboutit au final à un maelström sonore délicieusement envoutant. La puissance des morceaux - déjà incroyable - est de surcroît renforcée par des textes extrêmement barrés... On ne peut donc qu'apprécier le talent scénique de ce groupe décidément brillant (on se souvient
d'un concert génial donné ici même il y a deux ans).
The Notwist
La suite s'avérera d'un superbe niveau également, puisque les très discrets Allemands de
The Notwist se lancent dans un set parfait en tous points. La finesse de l'écriture, le subtile équilibre entre distorsion et électronique et l'alchimie entre mélodie et dissonance, tout concourt chez The Notwist à l'obtention de petites merveilles électro pop légèrement bruitistes. Le genre de morceaux insidieux et irrémédiablement accrocheurs qui ne s'oublient pas de sitôt ! Il ne manque chez ce groupe qu'un peu de charisme et de présence scénique pour connaitre un succès plus grand (et mérité).
Sigur Ros
La tête d'affiche du festival -
Sigur Ros - a confirmé tous les espoirs placés en elle en attirant un nombreux public et en proposant un set véritablement marquant. Les montées hallucinogènes, les descentes abyssales et les soubresauts soniques qui les accompagnent sont toujours aussi impressionnants et saisissants quand Sigur Ros occupe une scène. Le groupe a néanmoins décidé d'ajouter à cela une facette plus pop sur
son dernier album, qui s'accompagne d'une mise en scène très réussie avec canons à confettis et section de cuivres tout de blanc vêtue. On gagne en spectacle ce que l'on perd (un peu) en mystère, mais l'essentiel est là, puisque la magie reste toujours présente aux spectacles en forme de grand messe des taciturnes Islandais.
Pivot
Il se fait déjà tard (1h30) quand le groupe
Pivot se lance dans un concert entre électronique ultra dansante et expérimentations rock. Le résultat est aussi réussi qu'intéressant et maintient l'attention, à défaut de déchainer les foules encore sous le charme de Sigur Ros...
Adam Kesher
Le point final à cette soirée très réussie est mis de manière magistrale par les Français d'
Adam Kesher, en grande forme malgré l'heure tardive et le froid. Avec leur rock teinté d'électro et de R&B, les six musiciens récents auteurs de l'excellent album
Heading For The Hills, Feeling Warm inside ont tous les atouts en main pour faire danser lascivement, pogoter et s'entrechoquer leur public. Tout cela sonne à la fois ultra actuel (Adam Kesher est tout à fait dans la vague électro rock), branché (dans le bon sens du terme) et rock 'n roll (les guitares font franchement plaisir à entendre) : la musique de ce combo doué et sexy en diable est de nature à réconcilier durablement les filles et les garçons, avant de les pousser à se lancer dans des parades amoureuses incontrôlées. Adam Kesher est un groupe à voir absolument sur scène (avant de rentrer se coucher bien accompagné) !
Menomena !
La dernière journée de la Route du Rock 2008 débute avec d'étranges hommes venus de Portland... Ils ont choisi le nom de
Menomena ! et leur musique entre électro, funk et punk a de quoi faire devenir hystérique n'importe quel réfractaire à ce style musical. Avec une batterie, un saxophone, une basse et une guitare, les trois extra terrestres de
Menomena ! arrivent sans problème à atteindre une sorte de nirvana expérimental, planant et dansant... Une aventure à tenter !
French Cowboy
La prestation enlevée, drôle et pleine de rebondissements de
French Cowboy a été sans conteste un des grands moments du festival malouin... Avec
un répertoire superbe (entre pop, folk, et rock), une reprise magique d'
Amy Winehouse (l'immense
Back to black) et un sketch hilarant en chanteur désespéré invitant deux jeunes filles sur scène, on ne peut pas dire que French Cowboy ait laissé une seule seconde de répit au public, véritablement aux anges ! Quel bonheur de constater que le grand retour des
Little Rabbits avec un nouveau style soit aussi apprécié... Complices, passionnés et doués, les
French Cowboy méritent amplement ce nouveau départ.
Girls In Hawaii
Comme au festival
Europavox en juin 2008, le concert des Belges de
Girls In Hawaii a permis au groupe de démontrer ses talents de mélodistes et de créateurs d'atmosphères hors pairs. Concentrée, contente d'être là et très en forme au niveau vocal, la troupe présente un joli florilège de sa discographie ne souffrant d'aucune tâche. Le très bon dernier album se taille la part du lion dans une set list de rêve, à la grande joie d'une assistance conquise... A la prochaine !
The Ting Tings
Les suivants à passer sur la scène du Fort de Saint-Père sont les Anglais de
The Ting Tings. Leur show ultra carré et professionnel est sans doute un peu trop formaté (on aimerait un peu plus de simplicité et de naturel), mais le résultat est là : on se trémousse au rythme des tubes imparables écrits à la chaine par ce duo percutant et funky. Seul hic : le slow mielleux et ennuyeux placé au milieu d'un concert truffé de bombes pop 'n rock groovy.
Poni Hoax
Grosse sensation peu après, avec la prestation humide (dans tous les sens du terme) et vrillante de
Poni Hoax, un groupe français promis à un bel avenir avec sa kyrielle de compositions irrésistibles. En faisant s'entrechoquer à vive allure du Post Punk démoniaque, de la new wave mélodique, du rock énergique et de la pop accrocheuse, cette machine de guerre scénique fait un effet boeuf ; l'on se sent positivement électrisé par la virulence des titres de Poni Hoax (le crachin breton faisant encore plus passer le courant). Le diabolique chanteur et ses vocalises mélangeant les influences de
Ian Curtis (
Joy Division) et
Dave Gahan (
Depeche Mode) est l'un des points forts de ce groupe dont la musique se révèle joyeusement malsaine, furieusement sexy et sacrément dansante... A voir !
Midnight Juggernauts
Le festival se termine par une prestation remuante et truffée de tubes planétaires des
Midnight Juggernauts. Chaque titre est plus électronico funky que le précédent, tant et si bien qu'on peut parler de best of groove 'n rock pour le show des Australiens. Seul défaut - et il est de taille -, la voix du chanteur principal est très mal assurée ; soit la tournée mondiale a mis a mal ses cordes vocales, soit le travail de l'ingénieur du son en studio a été remarquable (car sur le disque cela sonne très bien). Quoi qu'il en soit, la Route du Rock 2008 se termine sur un concert festif, une belle manière de saluer la bonne nouvelle du jour : il y aura une édition 2009 de ce précieux rassemblement indépendant ! Champagne !
Sites internet :
www.laroutedurock.com,
www.myspace.com/laroutedurock,
http://www.myspace.com/thewarondrugs,
http://www.myspace.com/tindersticksofficial,
http://www.myspace.com/thebreeders,
http://www.myspace.com/nonoage,
http://www.myspace.com/whyanticon,
www.myspace.com/notwist,
www.myspace.com/sigurros,
www.myspace.com/pivotpivot,
www.myspace.com/adamkesher.
Photos :
F. Villemin (
www.tasteofindie.com www.froggydelight.com) sauf
Pony Hoax (photo par
Vincent Moreau,
www.zeroflash.net)