Trois jours de résidence du père
Karpienia dans une petite salle sympa (et trop peu fréquentée de nous, même si on y avait vu le joli
Didebeuliou en concert), voilà qui ne se refuse pas. Bon, dommage, on était là que dimanche, mais l'homme que l'on appelle Mystic Punk Pinguin a assisté au
premier soir - il ne manquera donc que le concert apparemment furieux du samedi.
Et puis coup de bol, c'est dimanche que joue le
Sam dans sa configuration la plus historique :
Gacha Empega, avec Lo
Manu dau Pais Marselhes ! Qu'es Aquo un Gacha Empega me direz-vous ?
Comment dire, un gacha empeg'... ce serait... eh, je cherche putaing ! s'esclamait un célèbre barman de la Plaine sur le disque. En tout cas c'est un nom qui rappelle beaucoup de choses à beaucoup de gens, des soirées et des bons moments d'il y a peut-être une décennie, quand leur disque sous-titré
Polyphonies marseillaises était sorti.
Un truc qui nous accompagne donc, bien caché quelque part, qu'on ne pensait pas voir un jour en concert, et qui du coup vous remplit une salle un dimanche soir glacial, comme qui rigole. Alors pour une fois on s'épargnera le mal de dire en plus tout le bien qu'on pense de tous les groupes et groupuscules, historiques ou d'un soir, quatuors de percu ou quarteron de chanteuses apprêtées de rouge, qu'on pu lancer ces deux individus depuis, fiers défenseurs qu'ils sont les bougres, du chant occitan, qui fait danser les filles et rend fadòlis les garçons...
Pour reconstituer les Gach'Empeg', les deux amis sont accompagnés ce soir par un excellent et excentrique percussionniste,
Gildas Etevenard, qui prend des mines pas possibles en brassant dans d'amples gestes et néanmoins avec délicatesse, des appareils plus ou moins bruyants, plus ou moins déconcertants (dont un étrange bâtard entre un violoncelle et une percussion).
On reconnaît avec un peu d'émotion les titres "historiques" comme
Engambi,
Le Polit Mes de Mai, toutes ces chansons de moi incompréhensibles n'ayant pas les racines provençales ni même occitanes (et qui me parlent malgré tout, sur un autre plan sans doute...). Mon interprète personnel (que j'ai heureusement amenée et qui elle est bien née au bled) m'explique vaguement de quoi il retourne - car les traductions apportées par les deux tambourinaïres, mélangeant allègrement catéchisme, baston et sodomie, ne semblent pas toujours très fiables...
Je me rends vite compte que plusieurs de leurs chansons ont été reprises depuis par, pour ne pas les nommer, les cagoles rouges des
Original Occitana, dont plusieurs sont ici
incognitas ce soir, comme
L'arromic et lo Pinsar (nettement moins dansante ici et du coup, plus tragique). L'alternance entre les passages de détente, puis les moments de recueillement et d'écoute, et ceux où tout le monde commence à trépigner et à tapoter du pied et des mains, est idéalement dosée (souvent dans la même chansons d'ailleurs). Qui a vu chanter ces types sait qu'ils ont de la transe dans les cordes vocales et les tambourins, et qu'une envie d'envoyer valdinguer les chaises et les tables peut toujours vous prendre.
Et puis les deux chanteurs, au plaisir évident de (re)chanter ensemble, ajoutent comme je l'ai dit un ensemble de pitreries, commentaires grivois et moqueurs pour introduire les chants religieux (histoire d'être sûr de bien finir chez
Satan). Mais aussi pour dédramatiser les chansons tristes contant les fameuses "turpitudes de la femme occitane" (
Mau Marideia), plus généralement se moquer des héros des chansons occitanes qui sont bien souvent des losers magnifiques : des mousses qu'on va bouffer, et peut-être même les saillir d'abord (
Lo Mossi), des nains et difformes promis grosso modo au même sort (
Pitit'Ome), j'en passe et des plus cocus encore ...
Bien souvent ce soir, les chansons tournent dès le troisième couplet à l'improvisation vocale qui tourne en boucle ou part en sucette (vers le chuchotement ou même vers le slogan de manif !), quand ce n'est pas
Gildas Etevenard qui les détourne lui-même par des intempestives interventions presque free jazz, au milieu d'un passage a capella, de gesticulations à contre-temps et autres borborygmes joués à la trompette. C'est donc à la fois beau et ludique, le public est complètement sous le charme, par moments sous l'hypnose presque. Bref, c'est aussi bien que ce qu'on avait imaginé même si c'est largement plus loufoque.
Le groupe finit dans un éclat de rire, par (à mon goût) les plus belles a capella :
Adieu Paure Carnavas et
Lo Miserere. Et non d'un chien des quais, ce coup-ci c'est fait ! Voir
Dupain, les
Occitana et
Lo Cor de la Plana un moulon de fois (eh oui tout ça est chroniqué bien sûr, mais j'ai la flemme, cherchez un peu si le coeur vous en dit!) c'était rien, enfin si c'était énorme mais il manquait toujours la source : et là on a vu les
Gacha Empega en personne ! Alors grand merci à l'Oustau de la Carrer Consolàt, qu'on appelle la
Meson !
Et quant à vous messieurs, espérons-le, à toujours pour de nouvelles expériences...
Liste ramassée des chansons (sous réserve déchiffrage et titre complet)
Romança
Quand Auseriam
Satan
Engambi
Mau Marideia
Lo Boier
L'Arromic (j'ajoute, et lo Pinsar)
Le Mossi
Marrit Riche
Polit Mes de Mai
Pitit'Ome
Margoton
Miserere
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Entorna ti
Adieu Paure Carnavas