Tout d’abord, une petite mise au point : La Grande Sophie n’est pas vraiment grande et elle n’a pas les cheveux rouges comme sur les affiches. Elle est passée pas loin de moi, j’ai pu le constater. Elle bénéficie de proportions tout à fait dans la norme et elle est brune. Encore une fois, on nous ment éhontément pour vendre plus de disques ! Si je n’étais pas timide, j’aurai pu lui demander si elle s’appelait réellement Sophie, mes petites névroses et mes phobies m’en ont empêché. Caramba encore raté ! La Grande Sophie est accompagnée par cinq jeunes-hommes qui sentent des dessous de bras en fin de semaine. En tout cas, c’est ce qu’elle nous a dit. Guitare lead, basse, batterie, claviers et trompette soutiennent la voix et la guitare rythmique de la frisée Sophie. De loin, elle ressemble à une P.J. Harvey française et souriante. La musique, plutôt calme, avec quelques moments distordus, n’est pas très originale. Toutefois, le pop-rock à la française de La Grande Sophie emporte l’adhésion grâce à l’humour des textes, au naturel des interventions et à la joie de jouer de tous les musiciens. Elle dédicace la dernière chanson « aux dépressifs du monde entier », « et ils sont nombreux », rajoute son manager. C’est la première fois qu’on me dédicace une chanson, ça me fait bien plaisir que quelqu’un pense à moi ! Après cette chanson enjouée, ils quittent la scène. Le fan club étant bien présent, ils récoltent de nombreux applaudissements enflammés et obtiennent un rappel triomphal. Ils jouent une version rigolote de la chanson « These boots are made for walking », composée par Lee Hazelwood et immortalisée par Nancy Sinatra en 1966. Cette chanson est une merveille de pop song sixties. Cela prouve, s’il était nécessaire, que la Grande Sophie est une femme de goût !
Même s’il n’avait pas drainé les foules en novembre 2000, le premier passage de Madrugada à la Coopé m’avait laissé une excellente impression. Il est sûr que ces quatre norvégiens auraient du mal à éviter les quolibets en première partie de Frankie Vincent lors d’une soirée étudiante comme la Boudu Noche. Ils ne sont pas très fun, ils sont sobres dans leurs prestations et dans l’instrumentation, l’entertainement n’est pas exactement leur tasse de thé. Le début du concert est très calme, presque religieux, on se sent irrémédiablement happé par les atmosphères sombres et ténébreuses de Madrugada. Après le premier titre, « Beautyproof », les morceaux s’enchaînent et gardent ce charme particulier. Extraits du deuxième album, plus calme, « Black Mambo » et « Two black bones » sont très réussis. La voix mâle du chanteur, mise en avant à juste titre, est le point fort du groupe. Loin d’en faire des brouettes, alors qu’avec ses atouts vocaux et physiques, d’autres se la péteraient gravement, il interprète avec ferveur et retenue des compositions simples. De temps en temps, il empoigne une Telecaster, une guitare sèche ou un piano pour enrichir un peu le son. En écoutant Madrugada, on pense aux Doors pour les ambiances et à Neil Young & Crazy Horse pour la guitare incisive mais minimaliste. Le guitariste joue les notes qu’il faut, sans en rajouter. Le bassiste, très présent dans le son du groupe, est parfait. Enfin, le batteur, qui joue sur un tempo assez lent, est aussi à l’aise sur les morceaux calmes que sur ceux qui décapent les tympans. Quand ils le veulent, les quatre Madrugada peuvent produire un mur du son. Le titre « Higher » de l’album « Industrial silence » est un bon exemple de la puissance de feu que le groupe peut atteindre. Grâce à ces changements, le concert n’est pas monotone et quand ils quittent la scène après une heure de concert, les gens demandent un rappel. Ils reviendront deux fois, visiblement sensibles à l’accueil chaleureux qui leur est réservé. Au bout d’une heure trente de concert, ils regagnent définitivement les loges. Revenez dans un an ! Dommage qu’ils n’aient pas joué le titre « The nightly disease part 2 », un titre acoustique figurant en bonus track sur le dernier album. Cette démo de 6 minutes, où la guitare frise un peu, est troublante. Trois accords à la guitare (j’arrive à les jouer, c’est fou !), quelques notes de piano et d’harmonica, et on est cloué au sol. Pas besoin de 64 pistes et de tonnes d’effets pour enregistrer une bonne chanson.