« Choisir entre Nicolas Sarkhozy et Jacques Chirac ? Impossible, ce sont tous les deux mes amis ! » déclarait récemment
Henri Salvador sur un plateau télé, un dimanche après-midi… Ce genre de déclaration n’est vraiment pas de nature à encourager le fan de punk rock dangereusement « gauchiste » à venir assister à un concert d’un crooner de 86 ans, c’est sûr ! Rien d’étonnant donc à ce que les heureux possesseurs des disques du
MC5 et des
BellRays se soient fait « excuser » à l’occasion du passage du vétéran de la chanson française au Zénith d’Auvergne… L’assistance - qui a déboursé une somme conséquente - est d’ailleurs composée presque exclusivement de fans de la première heure affichant un certain nombre d’années au compteur, c’est le moins qu’on puisse dire !
L’atmosphère est à la communion - dans le calme et l’ordre - quand le toujours vert Monsieur Henri démarre son spectacle avec une série de morceaux récents… et réjouissants malgré leur douce mélancolie. Comme par miracle, les considérations d’ordre politique et l’ambiance limite « soirée de gala à la maison de retraite » passent immédiatement au second plan : accompagné par un groupe irréprochable, la vedette de la soirée chante admirablement ses meilleurs morceaux, se lance dans de petits sketches très drôles (ce qui n’était pas gagné !) et boit moult gorgées de vin rouge… En crooner féru de jazz, de bossa nova, et de chanson française bien écrite,
Henri Salvador surfe sur la vague musicale déclenchée par des cordes, des cuivres, et un orgue électrique parfaitement arrangés.
Avec un fond de scène constellé d’étoiles associé à des lumières intimistes, le spectateur se croirait presque dans un petit théâtre permettant une proximité bienvenue entre l’artiste et son public. Monsieur Salvador s’y laissera d’ailleurs prendre en mentionnant de nombreuses fois le « Théâtre de Clermont »… Car l’auteur d’un come back artistiquement et commercialement fracassant avec
Chambre avec vue et
Ma chère et tendre, se lance souvent dans des discours pour présenter les chansons qui lui tiennent particulièrement à cœur. Malgré l’émotion - souvent présente -, tout ceci est ponctué des énormes rires caractéristiques du bonhomme.
Boris Vian et
Bernard Dimey, entre autres, ont droit à des citations pour avoir écrit des tubes intemporels, mais
Keren Ann et
Benjamin Biolay, les auteurs et compositeurs de
Jardin d’hiver et
Ailleurs (pourtant deux moments forts du spectacle) n’ont pas droit à cet honneur… Oubli malencontreux ? Brouille passagère ? On n’en saura rien… Cela semble d’ailleurs être le cadet des soucis du public, simplement reconnaissant d’être convié à un véritable
Voyage dans le bonheur pendant 1 heure 45. Les morceaux magistraux se succèdent, tour à tour sautillants, émouvants ou drôles : l’excellent arrangement brésilien du
Vous de hum…
Guy Béart, les bouleversants
Syracuse et
Avec le temps (
Léo Ferré), le délicieusement enfantin
Le loup, la biche et le chevalier (une chanson douce)…
Le charme suranné et non dénué de swing de l’artiste
Henri Salvador a donc fait son effet. On sort heureux du Zénith d’Auvergne initié par Valery Giscard d’Estaing, en sachant qu’on votera pour… Monsieur Salvador pour le titre de « révélation scénique 2004 ».
(Photo
Benjamin Hort)