Il n’y a pas grand-chose à rajouter aux précédents comptes-rendus -publiés
ici - de cette dernière tournée d’
Herman Düne. Tout a déjà été dit. Alors il ne me reste qu’à répéter. Répéter que ces gars –et une fille- sont adorables et généreux. Qu’on ne perd jamais son temps à les voir jouer sur scène, même si c’est la xième fois, ou même, si au contraire vous n’avez jamais entendu leur musique, même si pire encore, vous êtes fan de métal ou bien de musette et totalement étranger au folk rock, le style dans lequel s’illustre ce groupe franco-suédois. Si on aime la musique, si on est du genre à siffler sous la douche, ou à vélo, on ne peut pas résister à Herman Düne.
Ces dernières semaines, nos troubadours étaient accompagnés de
Julie Doiron, une de leurs nombreuses camarades, qu’ils ont accompagné comme backing-band sur son dernier disque
Goodnight nobody. Julie est canadienne et maman tout à la fois. On retrouve dans ses chansons le même mélange de douceur et de tourment qui caractérise les mélodies de
Low, d’autres musiciens à bébés. Elle commence seule avec une guitare. Elle est souriante. Elle propose au public, si par hasard il se trouverait parmi nous quelques-uns à connaître son répertoire, elle nous propose donc de choisir les titres qu’elle va chanter. J’aurais bien aimé
Le piano, mais je n’ai pas osé.
Le piano figure sur
Désormais, un album chanté en français (le reste de sa discographie est en anglais). Pas de
Piano ce soir, mais
Ce charmant cœur, la première piste de
Désormais. Cela a beau être en français, on ne comprend pas grand-chose. Les paroles sont susurrées, quelques mots se détachent en pointillé et c’est effectivement charmant. A un moment, elle nous explique l’origine d’un titre, un de ses premiers comme chanteuse solo. C’était après la naissance de son premier enfant, qui a 11 ans aujourd’hui. Trois semaines après l’accouchement, sa première sortie est un concert et sur scène elle découvre, stupéfaite, son ancien groupe (
Eric’s Trip probablement) avec une nouvelle bassiste. On l’a remplacé dans son dos, elle qui croyait toujours faire partie de ce groupe, elle qui pensait être leur amie. Elle s’interrompt plusieurs fois pendant la chanson pour nous expliquer le contexte. Ca date, la blessure aussi.
Après peut-être huit chansons, Julie convoque sur scène ses copains
André,
David et
Néman pour jouer les titres qu’ils ont enregistré ensemble. Au-dessus de tous, une mélodie crèvecoeur de saison,
Snowfalls in november :
When snowfalls this november
It’s such a great place to be
And when the snow falls this November
I see you and me
Cette chanson est belle comme une amoureuse qui émerge du sommeil sous la couette et sous vos yeux. André dorlote la mélodie avec des mignardises de sa guitare. Et pour finir définitivement en beauté, Julie annonce un morceau qu’ils n’ont joué qu’une seule fois. Une, deux puis trois notes et c’est un nouveau petit bonheur quand je reconnais
Shady Lane, une des chansons les plus difficiles à interpréter de
Pavement (sur l’album
Brighten the corners) et Julie de nous prouver ainsi qu’elle peut opérer en dehors du registre du murmure, essayez vous-même :
Blind date with a chancer
We had oysters and dry lancers
And the check when it arrived
We went dutch, dutch, dutch…
Après une pause, les mêmes, André, David, Julie, Néman, plus
Professeur Schönberg (aka
Lori Berg du duo instrumental
Berg sans Nipple) reviennent sur la scène du cabaret de la Cartonnerie pour interpréter cette fois le répertoire d’Herman Düne. Le set précédent a été comme un échauffement et les musiciens ont les doigts qui les démangent quand ils retrouvent leurs instruments. David, en particulier, est gai comme un pinson. Il ébauche quelques pas de danse et accompagne au micro une chanson diffusée par les hauts-parleurs de la salle. Il nous informe gentiment que c’est une reprise de
Patti Smith.
Ca n’a l’air de rien comme ça., mais cette petite improvisation illustre et résume l’esprit d’Herman Düne. C’est un gang de fous chantant, de toqués du ukulélé dont le sang contient autant de globules rouges que de ré mineurs.
On peut ne pas être emballé par l’intégralité de leurs chansons, mais il est difficile de rester insensible devant l’enthousiasme dont ils font preuve avec une constance désarmante. Je crois que c’est la cinquième fois que je les vois et c’est la cinquième fois que je reste bouche bée de plaisir.
Ce soir, à Reims, ils ont joué sans setlist, au feeling, explorant l’ancien, le nouveau et l’inédit (ensemble ou chacun de son côté, ils sont extrêmement prolifiques). J’entendais certains titres pour la troisième fois et chacun d’eux furent joués dans une nouvelle version, avec un André décidément inspiré à la guitare. On atteint ainsi des sommets sur les pépites de
Not on top, leur dernier et meilleur album (attention les autres sont passionnants aussi),
Good for no one,
You could be a model et le bien mal nommé
Not on Top qui contient les lignes suivantes :
I thought i’d never say
That I bought Nevermind and it changed my life
some fifteen years ago
Thought that my little sister
Would have never ever made it out of high school
and be looking for jobs
L’ensemble a duré un peu plus d’une heure et demi. Le public, tout aussi emballé que moi-même, a obtenu une flopée de rappels. Et après un
Sunny, sunny, cold, cold day, de frère André, frère David conclut définitivement la soirée par une reprise des
Flaming Lips,
She don’t use Jelly. Royal !
