Quand j’arrive ce soir, la salle est comble.
Cerberus Shoal a déjà commencé à jouer. Je suis derrière, tout ce que je peux voir c’est cet écran avec une image baveuse. Sur l’écran, j’en vois quatre, un batteur, un percussionniste, une bassiste, une clavier dans une robe à paillette. En vérité, ils sont cinq. Un guitariste se tient contre le mur de gauche, à l’abri du regard de la caméra. Ils sont américains. Leur musique me fait penser à ce que produit
A Silver Mount Zion depuis qu’ils se sont mis à chanter en cœur. C’est très intéressant, des fois un peu pénible quand ils se laissent à aller dans l’expérimentation style
Captain Beefheart, mais souvent c’est beau. La bassiste, très belle, du rouge, une taille fine, lance un rythme, et le reste suit dans des échappées instrumentales avec beaucoup de percussions chamaniques, et d’autres instruments comme une trompette ou un machin à soufflet qui sonne tel un accordéon. La plupart du temps le chant se fait à plusieurs voix dans un seul élan d’amour. Sur le côté de la scène, on peut observer
David et
André d’
Herman Düne. Ils dansotent, le sourire aux lèvres, cette musique les transporte. Les deux groupes se connaissent et s’apprécient, ils ont déjà enregistré un disque en commun.
Cerberus Shoal propose des compositions plus expérimentales, mais le même esprit hippie unit ces artistes.
Hippy ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Pour moi, il s’agit d’amour et de partage, le plaisir de partager de l’amour. Un sentiment très positif que l’on rencontre effectivement quand on assiste à un concert d’
Herman Düne. Ces types sont précieux. Toute la discographie des
Beach Boys, tous les rastas du monde entier ne parviendront jamais à émettre autant de bonnes vibrations que ces trois types réunis :
David,
André et
Néman.
C’est du folk, rien de révolutionnaire, de pauvres chansons, couplets-refrain, accompagnées à la guitare, avec un chouïa de batterie ou bien une scie musicale, ou bien deux flûtes. Il fut un temps où il y avait aussi du ukulélé, la petite guitare hawaïenne, mais pas ce soir. C’est simple donc, et très, très inspiré. On dirait que les chansons sortent d’eux naturellement, que c’est leur seul moyen de communication. On dirait que ce sont des anges et qu’au lieu de flèches c’est des mélodies qu’ils décochent. Ils sont barbus comme le dieu Paon et en eux brûlent le feu sacré, un feu si puissant qu’
André doit plonger sa main dans de la glace. Il évoque un souci de magnétisme, mais nous ne sommes pas dupes. C’est le feu, le feu originel d’où tout jaillit. Et ce feu leur a fait écrire de nouvelles chansons sur la route avec lesquelles ils débutent leur concert. Ils ne sont que trois. Ca n’est pas assez.
Leurs chansons sont communistes, elles réclament le partage. Alors, ils rappellent leurs copains et copines de
Cerberus Shoal pour des chœurs, une guitare, des percussions. C’est une communion, une partouse de troubadours. (Qu’est-ce qu’elle est belle cette bassiste ! La musique la magnifie.) Cela donne de merveilleuses versions de
Not on top,
Good for no one,
My friends kill my folks,
Whatever burns the best.
Quentin Rollet apparaît avec son saxophone et
Red aussi pour quelques secousses de maracas. C’est la maison du bonheur ! Les musiciens s’accouplent sur scène. Tout semble s’improviser à la dernière seconde sous nos yeux. Et pourtant, ce n’est pas le chaos, c’est juste cool, une évidence d’harmonie et de joie.
