Sous un chapiteau bien convivial,
Orange Blossom déclare ouvertes
Les Sensations d’Esfacy 2002, un festival à taille humaine ayant lieu en Haute Loire, à une heure de Clermont-Ferrand. Malgré l’horaire (21 heures), le groupe au complet a fait très forte impression dans sa nouvelle formation. Un véritable tourbillon dans lequel l’électronique, les percussions, le violon hystérique et les voix enregistrées et chantées en direct se percutent pour donner
Orange Blossom. Tout est emporté par cet ouragan en forme de melting pot sonore ! Un peu chamboulé, on retient la voix de la nouvelle chanteuse, totalement fascinante, l’énergique violon et les percussions conduisant à la transe…
Juste après, sous le petit chapiteau,
Saw El Shark apporte une touche encore un peu plus exotique avec sa musique traditionnelle acoustique en provenance de Syrie. Un joueur de luth accompagne sobrement une chanteuse : ce groupe n’a besoin d’aucun artifice pour se produire sur scène. Une découverte à revoir dans un lieu plus intime et calme…
L’électro-dub d’
High Tone a encore cassé la baraque ! Sous un chapiteau archi comble, le public est parti dans un long trip grâce au groupe lyonnais. Le mélange des instruments acoustiques et de l’électronique est particulièrement propice au décollage vers les étoiles ! Certains ne sont d’ailleurs redescendus que longtemps, longtemps après … D’autres ont suivi la musique hypnotique faite de longues montées vers un jubilaloire déluge de beats puis de redescentes sinueuses sur les chemins du dub. Comme les éclairages et les vidéos projetées sont très réussis : le public ressort légèrement groggy et en sueur du chapiteau !
Les Néo-Zélandais de
Salmonella Dub ont un peu pâti du concert, énorme, d’
High Tone : leur dub/reggae festif a paru bien convenu et déjà entendu après le passage des français… Malgré des efforts évidents pour faire bouger les gens et la louable intention de varier les styles, beaucoup sont restés sceptiques devant leur prestation.
Double Nelson a fini de vider le chapiteau en essayant de reproduire pendant la totalité de son show le bruit d’un avion ayant des réacteurs encrassés pendant son décollage. Arrivés sur une scène aux allures spatiales avec des parures en aluminium en fond de scène et des lumières vertes, nos deux spationautes soniques ont exploré tous les confins de l’univers du bruit avec leurs basses, leur guitare, leur batterie et leurs bandes carrèment barrées ! Le premier réflexe est de reculer devant le volume sonore et l’absence de la plus infime trace de mélodie puis on se rapproche, comme emporté par l’œil du cyclone ! La souriante bassiste produit des sons jamais entendus : il lui suffit d’effleurer son instrument pour déclencher un ouragan noisy où se mêlent le son d’une tronçonneuse regardant une perceuse décoller à bord de la fusée Ariane… Aie aie aie ! !
Le résultat évoque
Suicide : une sorte de rockabilly concassé à l’aide de boucles. On pense parfois à
Tom Waits ou au
Jon Spencer Blues Explosion au détour d’un riff de basse, de guitare ou d’une intonation du hurleur en second. Le "chant" du guitariste/batteur/bassiste est particulièrement perturbé : ce petit agité chante à l’aide d’un micro H.F. placé sur un casque bricolé à la maison. Il ressemble donc à un spationaute russe jouant de la batterie dans la station Mir : les voisins ne risquent pas de se plaindre ! Quand il empoigne une basse ou une guitare pour supporter sa partenaire qui émet des miaulements dans le micro, une forte tension sexuelle émane de la scène… Ces deux corps chevauchant leurs instruments bougent en rythme l’un derrière l’autre, la fusion des corps et des instruments n’est pas très loin !
La musique noise rock expérimentale, les éclairages futuristes et le jeu de scène déjanté réussissent à faire entrer en ébullition le cerveau des aficionados qui se ruent devant la scène comme des zombies. Les autres partent en se bouchant les oreilles ou restent cois, comme pétrifiés par tant de bruit blanc. Le concert se finit en apothéose par un morceau où le guitariste tape frénétiquement son instrument pour faire le rythme. Puis nos deux chercheurs à l’université du bruit descendent de scène en fendant le foule : ils regagnent sans doute leur vaisseau spatial garé en double file à Esfacy, le temps d’un concert puissamment scotchant.